Voilà un format léger dont les 24 chapitres courts conviennent
parfaitement aux salles d’attentes et autres places assises dans les transports
en commun, pour remplacer avantageusement les défilements hypnotiques sur nos
téléphones.
105 pages pour s’abstraire d’un monde agressif tout en nous
appliquant à goûter à chaque instant de nos vies.
« On n’a rien à
se dire,
et c’est précisément ce silence partagé qui donne à l’instant sa
consistance. »
Pas d’effet « waouh », mais la simplicité
minutieusement décrite lorsque le bruit du moteur de la 2 CV prend des couleurs gris
pâle et une toile d’araignée devient une étoile d’araignée.
« Vendanges
tardives est une jeunesse prolongée, glissant vers la mélancolie,
et célébrant mezza
voce le mariage de l'automne et de l'été. »
J’aime retrouver l’écrivain des petits plaisirs qui régénère
à tous coups, pour moi, des récréations bienheureuses.
Chaque moment est justement décrit quand la rigide rose trémière s’anoblit, quand une tête de
veau sauce gribiche à Issoudun vaut du caviar, et les rideaux en lanières
ouvrent vers l’été :
« C'est le bruit
qui compte. Comme un infime claquement de fouet vers l'ombre ou vers la
canicule. C'est curieusement à la fois sec et soyeux, impérieux et désinvolte.
Un numéro de dressage de l'instant, paraphé d'un coup de vent. »
Plaisirs atmosphériques : « Il va neiger dans
quelques jours »,
du voisinage : « Repeindre la grille »,
littéraires: ce cher Watson, Proust,
avec à la fois le plaisir tactile de
découper les pages d’un livre et les subtilités de l’acte d’écrire.
Modeste et ambitieux.
« Christian Bobin
a écrit une phrase qui n'en finit pas de résonner : "Celui qui est sans
lecture manque du manque." Celui qui écrit ce genre de texte court sait
qu'il manque de ce qui va cesser de lui manquer. C'est dans les choses, dans la
vie et dans les mots. On ne connaît pas la part des uns, la part des autres.
Seulement cette certitude qu'on doit chasser en lisière, pratiquer une maraude
buissonnière, un braconnage - déjà une chance en soi, comme une adolescence,
rester dans l'attente. La quête est très sérieuse et la découverte presque
n'importe quoi, mais le presque change tout. Un cristal de neige va se prendre
pour une avalanche. Certains diront que c'est un art modeste, on se demande
bien pourquoi. On sourira de soi, on trouvera quelqu'un qui sourira. »
Il nous réveille, et dans les nombreux soirs de défaite avec mon club favori, sourire comme ces supporters accablés qui se voient à l’écran et « suspendent alors leur cérémonial funèbre. »

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire