Parmi un million de femmes russes ayant chassé les
nazis,neuf actrices, interprétant d’anciennes combattantes de la
seconde guerre mondiale, témoignent pendant deux heures et demie.
C’était la guerre froide en 1975 au moment où dans un
appartement communautaire une jeune journaliste pose ses questions à des
ukrainiennes, une sibérienne, des soviétiques qui révèlent leur guerre, la seconde guerre mondiale.
Le texte de la Biélorusse prix Nobel de littérature,
essentiel, est sobrement mis en valeur par la mise en scène et rendu criant de
vérité et d’émotion par le talent des actrices.
« Les femmes sont des
armes de guerre ».
L’évident message féministe s’élève bien au delà des anathèmes contreproductifs des
pointillistes de la fin des mots. Et si j’ai craint quelque effet de mode avec
la salle restée allumée et les harangues frontales, je les ai appréciées tant
la véhémence s’impose et que progresse subtilement la dramaturgie.
Depuis le documentaire bourré d’anecdotes intimes toutes
signifiantes, nous revenons, au bout des trois mille guerres depuis que l’homme
est Homme, à la question :
à quand la der des ders ?
Brancardière, tireuse d’élite, pilote, leur récit choral
allant chercher la poésie et les chansons au cœur des horreurs offre un
éventail d’interprétations, de vécus différents pour compléter les versions
officielles. Les thèmes riches, intenses traitent de la mort, de la peur, de la
haine, de la faim, et des moments de joie, des vêtements et des godillots trop
grands, des corps épuisés et désirés.
« Face à la mort,
c’était encore la vie ».
Elles ont suscité la méfiance et comme beaucoup se sont
résolues au silence.
Ce soir elles nous ont parlé, fort, redonnant du sens au mot
devenu un peu pâlichon à force d'avoir été utilisé : devoir de mémoire.

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