samedi 14 mars 2026

Le fou de Bourdieu. Fabrice Pliskin.

Un bijoutier de Brioude a tué Chamseddine son voleur, d’une balle dans le dos.
Après sa sortie de prison, il va expier sa faute en essayant d’entrer en amitié avec un autre jeune homme nommé Chamseddine pour le sauver de sa situation de « dominé » comme il a pu s’excuser lui-même de son crime après avoir adopté les thèses de Bourdieu. 
« Un fait dit Durkheim, n’est jamais individuel. C’est un fait social, collectif, dont les causes sont à chercher non pas en moi, mais hors de moi. » 
Voici comment l’assassin de Chamseddine interprète le passage : 
«  Non tu n’as pas à endosser la pleine responsabilité de tes actes se dit-il en se crémant la nuque de son baume au gros thym. Et si tu es coupable, c’est au pire, d’un délit d’association de malfaiteurs où tes complices s’appellent Dieu, tes ancêtres, ta famille, le hasard, la société, etc… » 
Une écriture chatoyante, ironique, aborde en profondeur les sujets qui nous taraudent à travers une galerie de portraits amusants et tragiques où les tics de langage, les slogans publicitaires, les thèses sociologiques les plus baroques se révèlent à l’acide. 
« Quatre mois après sa sortie de prison, il entre avec une secrète horreur au conseil syndical de son immeuble. Objectif : se faire accepter comme l'un des leurs, respecter les formes, mimer une bienheureuse soumission à l'ordre rétabli, écrit-il doctement dans son journal intime, avant d'ajouter, moins doctement : « Ton modèle : Diego de La Vega, virtuose de la taqîya en chemise à jabot, licencié en feinte mollesse vaillante veulerie, héroïque obséquiosité. »
Le personnage principal passera de héros de l’auto-défense au banditisme, de la Haute Loire, à un immeuble dans le Marais et jusqu’à Miami, de la Twingo à la Lamborghini, de la soumission à un lecteur de Tiercé magazine à l’avilissement au pied de son « dominé ».
490 pages allègres, divertissantes et stimulantes intellectuellement : que demander de mieux ?La « gravitude » tourne à la comédie dans cette satire jubilatoire toute en finesse et clins d’œil où les woke en prennent plein le nez, les crypto monnaies sont ridiculisées comme le milieu médiatique que l’auteur journaliste au Nouvel Obs connait intimement. 
Tout comme nous avec nos contradictions : lucides dans les constats et tellement pusillanimes dans nos procrastinations, nos mauvaises consciences en passeraient pour de l’honnêteté.   

1 commentaire:

  1. Hmmm. Je me demande comment ça passera, de ridiculiser les moeurs du milieu médiatique qu'on fréquente... en te lisant ce matin, en bon(ne) Alceste, je soupire d'aise en me disant que je ne suis pas obligée de me coltiner tout ce beau monde dans mon quotidien...
    Tous ces gens qui font des contorsions en s'imaginant "dominants-dominés", en bons animaux de la cour qu'ils sont, sont très loin. Ouf.
    Mais tu ne m'as pas donné envie de lire le livre, là...

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