jeudi 5 février 2026

Anvers # 2

Gédéon (notre véhicule à moteur) mérite des vacances ; 
après avoir branché le stationnement informatique 4411 nous partons à pied prendre le tram 7 ou15 à la station de Saint Willibrorduskerk.
Nous l’empruntons jusqu’à Groenplatz.
De là nous commençons par une petite incursion à l’office du tourisme utile pour des renseignements sur  les visites du port en bateau mais utile aussi pour obtenir un petit livre payant pour pallier l’impossibilité de trouver une visite guidée de la ville. Nous prévoyons de nous y consacrer toute la journée.
Munis de « Anvers dans l’histoire, une échappée au fil des siècles » et du plan, nous nous attelons à suivre fidèlement le parcours des incontournables de la cité scaldienne (cité de l’Escaut)
Il débute par le Steen dont le nom provient de son château fort du 11ème siècle,   
1er édifice bâti en pierre (steen = pierre) à Anvers.
Devant l’entrée, une statue en bronze du sculpteur Albert Poels  (1903-1984) fait allusion à une légende du folklore anversois « le lange Wapper ». Cette histoire raconte qu’un géant (le lange Wapper) poursuivait les ivrognes la nuit, se métamorphosait en changeant de taille grand comme une maison ou tout petit comme un enfant ;
alors pour le repousser et l’effrayer, les habitants auraient déposé des petites vierges sur les façades de leur maison ; pour cette raison ou une autre (échapper aux taxes d’éclairage ?), nous en verrons effectivement, beaucoup dans notre circuit.
Il suffit de traverser la route pour voir Le musée Eugeen van Mieghem. Il regroupe les œuvres  de ce peintre et dessinateur anversois rendu célèbre par ses représentations des indigents et des migrants en partance pour le nouveau monde. Malheureusement, le musée est fermé.
Nous nous tournons vers la maison de la Hanse. 
La ligue hanséaltique réunit dès le moyen âge les villes prospères commerçantes et portuaires du nord de l’Allemagne et disposait d’une antenne à Anvers. Au début du XXème (fin XIXème ?) les tous premiers bureaux construits à la demande d’un négociant allemand reçoivent le nom de cette association. Le bâtiment imposant de style Haussmannien affiche ostensiblement la richesse inhérente aux affaires.
Des statues monumentales en bronze visibles sur les façades représentent des dieux marins,  Mercure, dieu romain du commerce, ainsi que des allégories du commerce et de la marine, de l’Escaut, du Rhin, de la Visurge et de l’Elbe.
 Diva, le musée du diamant de la bijouterie et de l’argenterie s’est installé non loin de là, sa présence ne surprend pas dans la capitale mondiale du diamant.
Peu attirés par les brillants, nous éprouvons plus d’intérêt pour la Rhuihuis, contigu. Il s’agit d’un réseau souterrain d’anciens canaux qui desservaient Anvers dès le Moyen âge pour l’alimenter en eau, évacuer les eaux usées, et transporter des marchandises en petits bateaux ; puis ils furent  comblés au XIVème siècle ou transformés en égouts. Pour information, les noms de rue terminés par « rui » indiquent l’emplacement d’un ancien canal ou cours d’eau. - Bien que la Rhuihuis se visite, nous poursuivons notre parcours vers l’une des trois buttes faisant face à l’Escaut, offrant une vue dégagée sur le fleuve et le port lointain
Notre petit livre nous entraine dans des rues étroites et sinueuses de niveaux différents, laissées par la ville médiévale. Il y subsiste la maison des bouchers qui avec son style gothique quoique civil s’apparente diablement à une église !
Elle en possède tous les signes architecturaux : des verrières, une voûte en croisée d’ogive, de solides  piliers en pierre et une hauteur plus élevée que celle d’une maison sans oublier les 2 tours étroites symétriques à l’extérieur, semblables à des clochers. Edifiée au début du XVIème par la 1ère guilde de la ville, cette halle à la viande connut d’autres fonctions selon les siècles, pour finir en musée des arts en 2006 (art des sons de la musique et de la danse) actuellement fermé jusqu’en 2030 pour rénovation.
En s’engageant dans une ruelle à droite (Repenstraat), nous remarquons une modeste porte basse en bois surmontée d’une enseigne « De poesje ».
Sans guide nous n’aurions pu imaginer qu’elle ouvrait sur un théâtre de marionnettes. Le quartier rassemblait au XIXème siècle plusieurs établissements de ce genre, théâtres de marionnettes ou de Polichinelle, destinés à distraire les matelots ou les gens de la cité. De poesje figure aujourd’hui aux monuments historiques en raison de ses sous-sols et son entrée. Tout le secteur a conservé son caractère architectural mais s’adapte au présent avec des rénovations en faveur de logements HLM totalement intégrés dans ce site historique.

mercredi 4 février 2026

La modernité du paysage anglais. Serge Legat.

Pour assurer la transition avec la conférence des amis du musée de Grenoble consacrée aux portraits,voici 
celui d’un propriétaire et de ses chevaux, avec le paysage en fond.
« William Anderson with two saddle-horses » peint par George Stubbs.
Une des études préparatoires du «  peintre des chevaux » est entrée dans la postérité.
Samuel Scott
, connu pour ses marines, « The Building of Westminster Bridge »,
est influencé par Canaletto, le vedutiste très populaire en Angleterre 
(veduta : paysage urbain en perspective topographique). 
Son « Arche du pont de Westminster » se rapproche de
«  The City Seen Through an Arch of Westminster Bridge » du Vénitien.
Dans « Paysage avec un Campement de Bohémiens », Georges Morland
d’une touche souple, associe scène de genre et paysage.
Avec Richard  Wilson commence d’après Ruskin  
« l'histoire du paysage véridique, fondé sur un amour contemplatif de la nature ». 
Sa lumineuse « Vue de Snowdon » annonce le romantisme.
John Constable (1776/1837) issu d’un milieu aisé, 
fut bouleversé par la mort de la mère de ses sept enfants. Il n’a jamais quitté l’Angleterre. 
« La Cathédrale de Salisbury vue des jardins de l'évêque ». 
« Le ciel est la source de la lumière dans la nature et gouverne toute chose. » 
« Étude de paysage marin avec nuage de pluie
 ».
L’homme et son ombre apparaissent si petits dans « Stonenge ».
Le temps est passé, laissant la cité médiévale abandonnée: « Old Sarum »
En quête de vérité, ses études en plein air saisissent le rendu des arbres, 
des pierres, de la terre, ses peintures recherchent l’expression des textures. 
« Stour Valley and Dedham Church ».
« La charette de foin »  avait obtenu la médaille d’or à Paris 
avant d’être reconnue comme l’un des plus grands tableaux britanniques.
L’œuvre saluée par Géricault et les romantiques, marqua Delacroix, «Mer à Dieppe »
ou Jean François Daubigny de l’école de Barbizon« L’embouchure de la Tamise ».
Richard Parkes Bonington, mort à 25 ans, 
ouvrit l’art du paysage à de nouveaux horizons en particulier avec ses aquarelles.  
« Parterre d'eau à Versailles »
« La Côte adriatique »
« Coucher de soleil dans le Pays de Caux »
William Turner
, (1775/1851) le contemporain de Constable pour lequel son père travailla,
resta un célibataire endurci malgré deux filles dont on ne sait si elles ne furent pas ses demi-sœurs.
« Le plus beau créateur de mystère qui soit en art » (Debussy),
illustre dès ses débuts le « sublime » de Burke comme « terreur délicieuse ».
« Pêcheurs en mer »
Les éléments se déchaînent, « Le naufrage »,
« La Chute d'une avalanche dans les Grisons ».
« Matin glacial »
saisit l’atmosphère, les impressionnistes s’en souviendront. 
Il dialogue avec ses maîtres (Claude Gellée dit Le Lorrain
dans l’imaginaire d’une nature recomposée:
« 
Didon construisant Carthage ».
La lumière dissout les formes :  
« Le Déclin de l'empire carthaginois » nous aveugle.  
« Le soleil est Dieu ».
Trois séjours à Venise pour assouvir une passion : « San Giorgio à l’aube »,
«  San giorgio at down »
transcendent les conventions.
« L'Exilé et l'Arapède »
, Napoléon à Saint Hélène représente la guerre dans un cadre lumineux contrastant avec son pendant saturé de noir en souvenir de la mort de son ami David Wilkie:
«
 Paix - Funérailles en mer ».
« Le lever de soleil devant le Château de Norham »
date de 1840,
« Impression soleil levant »
de Monet de 1872.
«Tempête de neige en mer»
Si Joseph Mallord William Turner est reconnu désormais en Angleterre, la plus grande collection privée du monde, celle  de sa majesté Charles III, dont il sera question dans une prochaine conférence, garde trace de l’incompréhension de la Reine Victoria envers celui qui avait offert à l’histoire de l’art une ouverture vers l’abstraction à la poursuite" de la lumière et de la manière libre". 
Il était passé par chez nous en 1824, mais son « Pont de Grenoble» n'est pas au musée de la ville.

mardi 3 février 2026

Le printemps suivant. Margaux Motin.

Quel plaisir de retrouver la charmante dessinatrice au moment où elle emménage avec son nouveau compagnon dans une belle maison au bord de la mer ! 
Les couleurs sont lumineuses, les traits délicieux et l’humour, la tendresse de la jeune femme, habillés d’autodérision font oublier sa mauvaise foi, son immaturité.
La féministe ne se donne pas toujours le beau rôle, alors que son Paco placide a tout loisir pour jouer avec les filles.
Son énergie, sa légèreté, ses exigences, sa sincérité excusent ses caprices. 
Au milieu des cartons, la musique : 
« Il en faut peu pour être heureux
Vraiment très peu pour être heureux
Il faut se satisfaire du nécessaire […] 
 Et quand je retourne un gros caillou
Je sais trouver des fourmis dessous. »
Des planches didactiques entre quelques scénettes croustillantes permettent 
de choisir son défaut ou sa qualité : 
« Ne sait pas déléguer ou simplifie la vie des autres ; 
bordélique ou décontracté ;  
maniaque ou organisée… »
 Nous aimerons encore réviser avantages et inconvénients de la vie de couple :
- le partage des taches :  
«  J’ai vidé la moitié du lave-vaisselle » 
- ne plus être la seule chef : 
« Quoi même pour planifier les vacances, je vais devoir te demander ton avis. »

lundi 2 février 2026

Les lumières de New-York. Lloyd Lee Choi.

Après Souleymane livreur à Paris, 
nous attendons l’arrivée de la femme et de la fille d’un porteur de repas chinois dans New-York la grise.
Son vélo a été volé, son loueur l’a escroqué. 
« Lucky Lu », son titre de la quinzaine des cinéastes à Cannes, où il est question de chance restera un terme ironique, tout au long de cette heure trois quarts pleine de tristesse.
Sous les yeux de sa petite fille, les tentatives du père ne parviennent pas à assurer, même le temps d’une journée, une existence digne à sa famille. La solidarité de la communauté ne peut masquer l’accumulation des mensonges. 
Les conditions de vie d’un sous prolétariat qui innerve nos grandes cités nous interrogent quand la plus puissante économie du monde a besoin de la main d’œuvre de son puissant concurrent, qu’elle ne saurait voir qu’au cinéma.
Blue sun palace. Constance Tsiang.
Commencée avec légèreté la chronique de la vie d’immigrés chinois à New York tourne au drame. La relation amoureuse naissante entre un exilé dont la famille est restée à Taïwan et une jeune fille qui travaillait dans un salon de massage est brisée par la mort de celle-ci lors d’un braquage. Pourra-t-il sortir de sa solitude avec l’amie de la disparue ?   
Malgré un contexte particulier, la violence surgissant à plusieurs reprises plutôt que d’abolir la fraternité, la sororité, laisse la place à la complexité, aux ambigüités, à la pudeur des sentiments. 

 

dimanche 1 février 2026

Mille et une nuits pour des regards croisés. Quatuor Debussy.

Les dimanches matin à la MC 2 sont des occasions de rencontres :
Keith Jarrett et Henri Purcell, 
Philippe Glass et Jean Sébastien Bach
cette fois Haydn fréquente les pulsations persanes.  
Le Quatuor Debussy  qui a déjà frayé avec le jazz et le hip hop avait invité le percussionniste franco-iranien Keyvan Chemirani adepte aussi des passerelles vers l’opéra, la musique baroque et le slam.
Violons, et violoncelle jouent sans les chœurs habituels « Les  sept dernières paroles du Christ  en croix » de Haydn et émerveillent par leur virtuosité comme si un seul homme jouait de mille cordes fines à l'image de la chevelure de Shéhérazade.
Zarb, daf, santour ne sont pas tonitruants mais plutôt que de reproduire le terme «  suave » du journal de salle, je parlerai plus volontiers d’une sensuelle énergie à deux mains et des tas de phalanges agiles.
Pour examiner un autre mot du titre, il s’agissait bien d’un croisement, d’une juxtaposition et non d’une fusion, chaque continent ayant ses charmes, mais le plus souvent les uns se taisaient quand l’autre jouait, admiratifs.