samedi 4 juin 2011

Causette.

Le titre de la revue bimestrielle est une promesse d’humour de bon aloi qui ne va pas chercher midi à quatorze heures. Ce magazine féminin est à « Elle » ce que « So foot » est à « France football » : décalé, vif, avec un ton, et parfois des angles originaux.
J’ai vraiment aimé la vivacité de touche de l’article qui relate le licenciement d’employées de Tati pour avoir fait profiter de leurs bons d’achat à des amies, à la hauteur du scandale « Le bon (d’achat) la brute et le puant ». Je voulais prêter ce numéro à une de mes copines pour un sujet où il est question du « Blues des mamans d’Ambert » après la fermeture de la maternité mais les sept pages suivantes « Prendre un pénis par la main » m’ont fait hésiter. C’est que les délices de la plaisanterie, de la dérision, peuvent se prendre pour de la désinvolture ou virer à la lourdeur. Alors je vanterai plus volontiers un portrait sympathique d’Audrey Pulvar, ou la rencontre de Jeanne Moreau et Marianne Faithfull ou avec Christiane Kubrick : toujours les peoples. Si, il y a les femmes en Egypte et en Tunisie et puis Carla Bruni nominée aux quiches d’or ça ne pouvait que flatter mon antisarkosisme primaire. De bonnes photographies de l’agence « tendance floue » et pas de publicité. Pour les Saint Egrévois : celle qui fut la candidate écologiste aux cantonales Mathilde Dubesset est citée à deux reprises dans un article concernant le mouvement féministe : « Episode # 1 : Les féministes n’aiment pas les hommes. Et si le mythe était fondé ? »

vendredi 3 juin 2011

Allah n’y est pour rien. Emmanuel Todd.

Un format bref de 89 pages, pour un éclairage original sur « les révolutions arabes et quelques autres » par l’historien démographe iconoclaste qui apporte souvent avec vigueur des éléments puisés dans le temps long.
Il s’agit de la transcription augmentée d’une émission d’ « Arrêt sur images » qui lui donne un côté très pédagogique.
Depuis la vieille Europe (âge médian 40 ans en France et 44 en Allemagne) que comprenons nous de l’Egypte (24 ans d’âge médian) ?
L’auteur du « Rendez-vous des civilisations » réfutant le livre De Samuel Huntington « Le choc des civilisations » montre que l’évolution des structures familiales et du niveau éducatif sont plus déterminants que l’économie et les préceptes religieux pour avancer vers la modernité.
Au passage, il nous amène à réviser notre révolution française avec des familles égalitaires dans la transmission de leur patrimoine portant des valeurs préexistantes aux Lumières.
Les taux d’alphabétisation qui progressent et à la taille des familles qui diminue se nuancent avec la spécificité des mariages endogames dans certaines zones.
Le mariage entre cousins était une règle, celle-ci évolue d’ailleurs rapidement.
Nous passons avec les questions de l’exigeant Schneidermann de l’Algérie à La Chine en retournant vers l’Europe, le ton est vif et ces lignes stimulantes.
Todd fait parler les statistiques : « la manière dont les êtres humains s’aiment, s’unissent, et se perpétuent, leur éducation, leur durée de vie » c’est de l’Histoire millénaire qui dépasse le lancinant débat sur l’Islam comme l’annonce la quatrième de couverture.
………
« Le Canard » de cette semaine m’a paru un peu fade, Sempé, jamais:

jeudi 2 juin 2011

Dans l’intimité des frères Caillebotte. Jacquemart-André.

Alors que Jean Dufy est exposé avec son frère Raoul à Marmottan, le beau musée du Boulevard Haussmann accueille Martial Caillebotte le photographe avec les toiles de son ainé Gustave. Manière de présenter une fois encore le peintre, sponsor des impressionnistes qui mérite sa notoriété par ses cadrages inédits, ses perspectives audacieuses, ses plongées qui appartiennent justement au vocabulaire de l’art au bromure d’argent.
Prévoir une bonne heure d’attente pour accéder aux salles où sont regroupées d’abord des scènes d’un Paris qui se transformait. Les paysages de la modernité traversés par des trains, où les structures métalliques organisent efficacement la toile, ont une force intacte.
Le musée est situé dans les quartiers peints et photographiés depuis les balcons qui servirent de points de vue aux deux frères. Mais est-ce de se retrouver non loin du ministère de l’intérieur et de la demeure de Sa Sérénissime Toute-Puissance (Patrick Rambaud) que mon plaisir a été quelque peu émoussé ?
Jusqu’alors les impressionnistes éveillaient chez moi des images de bonheur lumineux, cette fois j’ai vu aussi les privilèges d’une classe sociale où on s’adonne à des loisirs créatifs.
Malgré la générosité de Gustave qui a beaucoup aidé d’autres artistes, les vues de jardins sont celles de leur belle propriété familiale, les intérieurs sont toujours de « la haute », les femmes sont à la couture ou se font servir, et au bord de l’eau, le chevalet, la chambre noire, sont posés à proximité du chantier naval qui leur appartient. Là, une embarcation à voiles de soie pour le yachting se mettait au point.

mercredi 1 juin 2011

Touristes en chine 2007. # J 18. Monastère et chevaux.

Miao = bonjour Mafa mi = s’il vous plait
Nous avons du temps ce matin, le rendez-vous étant fixé à 9h, mais problèmes d’eau : il y a de l’eau chaude mais pas de froide. Nous nous débrouillons avec l’eau minérale de la bonbonne de la chambre.
Monastère Songzanlinsi avec notre guide local anglophone, très doux, naturel et maîtrisant bien l’anglais. Le monastère est une réplique du Potala, en reconstruction pour les bâtiments, les accès ; le lac comblé par les gardes rouges est recreusé. Nous grimpons tranquillement le premier escalier. Sur le premier bâtiment une portière noire en poils de yack est couverte de dessins symboliques, svastika, biches, roue en blanc. Nos femmes n’ont pas le droit de visiter les cuisines. Dans le hall, quatre gardiens sont peints et un grand bouddha doré veille. Le deuxième bâtiment comporte de belles fresques anciennes, éclairées par des bougies au beurre de yack, une petite pagode est entourée de riz que l’on déverse sur son toit, 3 ou 4 moines récitent des prières. Des tissus de soie pendent au dessus des autels. A l’étage, c’est la salle des moulins à prières, sous une verrière qui donne des couleurs formidables orange, vert. Sur la terrasse nous admirons les toitures à la feuille d’or et deux statues de biche et la roue recouverte d’or également.Nous avons l’opportunité d’assister à une prière. Dans une salle sombre, moines et moinillons dissipés et pas très attentifs sont réunis. La musique nait de tambours à main aux vibrations prenantes, de trompes, de cymbales, des cloches, et de deux hautbois posés. Nous sommes autorisés à déambuler pendant les récitations et attirons l’attention des distraits. Dans le hall un singe et un éléphant en peinture blanchissent progressivement grâce à la méditation. Cette sorte de B.D. se lit de bas en haut, il y a aussi la roue de la vie sur un autre pan de mur. Il pleut, pleuvine, en alternance. Nous choisissons de déjeuner avant les prochaines visites. Nous nous écartons des rues commerçantes de la vieille ville. Beaucoup de maisons sont en reconstruction, avec des frises en bois sculptées à la main à partir de grosses poutres, les traditions semblent respectées. Des voiturettes poubelles s’annoncent par des chansons européennes (« Frères Jacques », « Happy birthday ») en sons électroniques au tempi parfois surprenants. Repas à l’entrée de la rue commerçante : brochettes et fried rice with yack and vegetable. Difficile de se faire entendre mais le langage avec les mains nous sauve.Le lac sacré : Il se trouve au loin après une grande prairie plate saturée d’eau. Pas d’accès à pied, mais possible à cheval. Jean est bien tenté, nous le suivons plus ou moins rassurés mais les Tibétains guident les chevaux des inexpérimentés. Nous nous retrouvons sur cette grande étendue avec en toile de fond la montagne, au milieu des troupeaux de bêtes noires de la famille du yack dont un spécimen attend pour la photo. Les touristes chinois auront le bon goût de ne se pointer qu’à notre retour. J.J. a piqué son petit galop et notre guide a caracolé lui aussi avec plaisir. Nous visitons un village avec une nuée d’enfants polissons et excités. Les photos vues sur le petit écran des appareils les ravissent. Mitch joue au manège en les faisant tourner à bout de bras. Une villageoise les calme. Le guide a acheté des bonbons pour les petits, les filles sont plus farouches. Les chemins sont boueux, nous voyons de grands séchoirs à fourrage pareils à des structures de panneaux publicitaires.
Repos à l’hôtel, courses pour des pommes, des litchis, des cacahuètes et des pâtes sèches comme des Bolinos et chocolat.
Notre guide passe nous prendre pour un spectacle de chants et danses tibétains. Nous sommes accueillis avec une écharpe blanche. Dans une maison traditionnelle, une grande salle a été préparée avec bancs et tables garnies de nourriture : orge grillé, fromage, pâte de lentilles, une bouteille d’alcool et des tasses de thé tibétain. Le spectacle autour d’un poêle est assourdissant et se rapproche d’un karaoké, les spectateurs sont invités à danser. Comme Yuizhou nous l’avait prédit, ce spectacle « n’est pas à notre goût ». Nous nous éclipsons. Notre petit guide nous conseille d’aller sur la place de la vieille ville. Effectivement, tous les soirs se déroulent des performances de danses où se mêlent hommes et femmes, jeunes et vieux en vêtement traditionnels ou modernes dans une ambiance conviviale avec beaucoup de grâce. Contrastes : même si les danses évoluent sur des musiques plus modernes proches de la techno ou percussives, elles conservent leur caractère authentique.

mardi 31 mai 2011

Le rêve de Jérémie. Riad Sattouf.

J’apprécie les chroniques du dessinateur de Charlie hebdo quand il porte un regard sur les jeunes, acerbe mais sympathique, dénué de démagogie. Ici il passe du documentaire à la fiction pour narrer « les pauvres aventures de Jérémie ».
Le héros se met en ménage avec une ravissante et riche jeune femme amoureuse - on se demande pourquoi – de cet être immature ; il est affublé de surcroit d’un collègue qui s’applique à rater sa vie. Personnage assez fréquent dans les BD qui traitent de nos contemporains. Dans ces 48 pages, on peut réviser que FUCK signifierait « Fornication Under the Consentment of the King » (« fornication sous le consentement du Roi »), entendre en musique de fond Vincent Delerm, faire un tour, vite fait, chez les riches, dans le milieu de l’édition jeunesse ou dans une boite échangiste. Mais point d’émotion, tout est superficiel : pourquoi ces relations d’amitié, d’amour ? Il y a certes beaucoup de remords que les rêves n’arrivent pas à éponger, mais ce sont des cauchemars à gros nez.

lundi 30 mai 2011

I wish, I knew. Shang Hai Zhuan Qi

Une série d’interviews entrecoupées de plans mélancoliques à intentions poétiques de la ville colossale qu’est Shanghai. L’ambition du réalisateur de rendre justice à l’histoire n’est pas atteinte : les révolutions politiques, culturelles, l’exil de millions de personnes vers Hong Kong et Taïwan manquent pour moi, de souffle, d’émotion. Nous ne sommes pas bouleversés par ces bouleversements, même si la diversité des témoins ne contrarie pas une attention à leurs paroles dans la durée. Nous avons la possibilité d’entrevoir des façons originales d’envisager l’existence et le passé mais certaines approches nous paraissent encore étranges. Nous manquons de repères et des détails, des énumérations ne nous parlent pas, si l’on n’a pas une solide culture historique. A l’heure de caméras agitées, nous avons du mal à nous tenir tranquilles plus de deux heures.

dimanche 29 mai 2011

Causes perdues et musiques tropicales. Bernard lavilliers

- « Tu ne viendras plus tourner à la bastille
Le soir du grand soir avec ta famille
Coudes serrés pour bousculer le monde
Qu’est ce qui s’est passé
T’as perdu ta fronde »
- « Quand, quand la nuit tombe
Quand elle balance comme ça
Collée contre moi
Quand ses parfums sombres
Tournent autour de nous »
-« C'est le blues d'Angola
mineur et solitaire
qui nous vient de Luanda
c'est un chant de poussière. »

Le dernier Lavilliers c’est encore ça:
- de la politique avec de forts airs nostalgiques,
- les femmes qui chaloupent,
- les couteaux sous les tropiques pour de l’or et des diamants.
Notre Tintin de soixante ans a mis une veste sur ses épaules baraquées à l’occasion des victoires de la musique sur la télé à Pfimlin.
« Frapper à des portes en fer qui ne s’ouvrent pas
Parler à des gens trop fiers qui ne me voient pas
Plus rester, plus partir, plus rêver, en finir
Naufragé solitaire barbelés aux frontières »

"Causes perdues et musiques tropicales", c’est son 19e album, et je n’avais pas mis de mots sur ses années où il m’a accompagné, lui, pour qui j’ai collé des affiches quand il venait dans une petite salle de Grenoble seul avec sa guitare et un projecteur avant de passer par la Lorraine. Lui, qui m’a empêché d’arrêter mon sonotone à Braferbrel.
Avec son énergie, les parfums du monde qu’il ramenait, ses poses théâtrales quand il la ramenait.
Son dernier titre résume parfaitement son propos, même si je suis plus séduit par ses arrangements et le son de sa voix que renversé par ses paroles qui ont le charme des retrouvailles mais pas la verdeur de la nouveauté.