lundi 23 mars 2009

Bellamy

J’aime Depardieu et sa solidité, Brassens, la province, Simenon, la cuisine. La promo avec la paire Chabrol/Gégé laissait entrevoir des dialogues savoureux, de la sensualité ; hélas le coup est un peu éventé. Heureusement le dernier quart d’heure, à l’inverse des conclusions américaines sirupeuses, apporte une dose de complexité, de mystère, de subtilité : la morne intrigue se résout mais la réputation de Chabrol me semble encore une fois surévaluée.

dimanche 22 mars 2009

Juliette : de Goya à Goya.

Elle a du tempérament, la chanteuse, et à la MC2, elle a soulevé son public. Spectacle bien mené, poétique, politique, s’arrêtant devant les vieilles du peintre Goya « Que tàl ? » et déguisant son orchestre en lapins style Chantal. Les plaisirs de la vie : le vin, l’amour, des vieilles indignes, les jeunes de mon quartier, le pimprenelle de l’environnement, les ronflements, la notoriété, les étrangers, ceux qui chantent faux; ce n’est vraiment pas son cas : le spectacle est juste. J’ai apprécié d’autant plus la prestation que la veille je m’étais attardé à la télévision devant « les enfoirés » où les noms de Goldman, le Forestier, Benabar m’avaient appâtés : c’était factice, clinquant, de bien peu de sens. Avec Juliette, quelques reprises bien adaptées à son univers : les loups de Réggiani ; et une bonne paire de claques de Vian, réjouissant:
« Quand on est tout blasé
Quand on a tout usé
Le vin l'amour les cartes
Quand on a perdu le vice
Des bisques d'écrevisses
Des rillettes de la Sarthe
Quand la vue d'un strip-tease
Vous fait dire: Quelle bêtise
Vont-ils trouver autre chose
Il reste encore un truc
Qui n'est jamais caduc
Pour voir la vie en rose
Une bonne paire de claques dans la gueule
Un bon coup de savate dans les fesses
Un marron sur les mandibules
Ça vous fait une deuxième jeunesse »

samedi 21 mars 2009

Que voyons-nous de la ville ?

Sur les bords de l’Isère, où des SDF ont élu domicile improbable dans quelque caravane, ce sont des cabanes qui se sont édifiées récemment. Une femme sortait de l’une d’elle, tenant une fillette par la main. Je les ai croisées en allant à la manif.
Nos avons traversé la ville avec mes compagnons habituels et puis plein d’autres ; tous ensemble : une marée. J’ai marché en bonne compagnie , me réjouissant de la puissance de cette masse, mais nous interrogeant sur la faiblesse des syndicats, des partis à la voix certes amplifiée en ce jour, mais qui rallient toujours les mêmes fidèles, quand les boulevards sont rendus aux voitures.
Sur l’écran d’un téléphone portable, on m’a montré des voitures qui brûlent devant le bowling d’Echirolles à 21h. Surprise.
En participant à des essais d’invention d’un futur pour notre ville, nous avions envisagé de rechercher des solutions du côté des ordinateurs, machine à solitude et en même temps de lien, d’exclusion et de connivences. Nous devrons y revenir.
Les jeunes pour lesquels nous envisagions des activités de proximité, recherchent plutôt un certain éloignement. La chance gâchée d’un lycée à Saint Egrève n’a pas désolé tous les lycéens qui goûtent ainsi aux plaisirs anonymes du centre ville.
Les jardins d’ici s’éclairent sous le printemps, les petits enfants grimpent sur des jeux violets et jaunes dans les parcs.
Un révolutionnaire double face des années coupantes, n’a pas son badge, et personne en son domaine ne l’a reconnu. Il faisait tellement nuit.

vendredi 20 mars 2009

Les voyageurs du temps

Comme BHL, Sollers, à force de le voir, on ne le lit pas. Je viens d’essayer de l’approcher au cours de sa balade bavarde dans le quartier Saint Germain et du côté de Bordeaux où -nous apercevons des grands hommes- il rencontre Hölderlin, Rimbaud, Lautréamont, Orwell et se tire une jeunette rencontrée au centre de tir du ministère de la défense. Son art consommé de la citation au service d’une culture éblouissante, nous apporte plus que des anecdotes sensées alléger de trop exigeants propos où il pose avantageusement. Picasso et Bach sont requis pour nous guérir de vivre. L’évocation de la fin de Manon Rolland est bouleversant : « liberté, que de crimes on commet en ton nom » comme celui qui corne une page de son livre juste avant de se coucher sous la guillotine. Métaphore de la beauté vaine de la littérature, de sa nécessité? Ce livre comporte des pépites, mais la luxuriance de l’auteur qui s’aime tant, éloigne la sympathie. Maniéré, parfois élégant aussi, se répétant, décapant. « Priez le diable pour moi, il va plus vite que le Bon Dieu ! Tout le prouve »Céline. J’aime quand il n’est pas correct en citant Doris Lessing : « la femme la plus stupide, la plus méchante, la plus mal élevée, peut traîner dans la boue l’homme le plus charmant, le plus intelligent, et penser que ce qu’elle fait est merveilleux, et personne ne protestera ».

jeudi 19 mars 2009

GRRREnoble manif du 19 mars

De Sixte à Léon, art et communication au Vatican.

Catherine de Buzon, la conférencière des amis du musée, est un tourbillon d’érudition.
Au Vatican, jadis, les artistes étaient chargés d’assurer la postérité des pontifes, le temps a rendu son verdict : c’est Botticelli (Sixte IV), Michel Ange (Jules II) et Raphaël (Léon X) que nous admirons.
Au moment où le protestantisme frappe à la porte, ces peintres ont plus travaillé pour la gloire du catholicisme que bien des doctrinaires. Bien sûr, il y a des génuflexions suggérées pour rappeler l’autorité du pape, et des reconstructions savoureuses qui remontent aux dieux égyptiens pour légitimer un pouvoir qui fut fort terrestre, on voit aussi des « neveux » du pape qui étaient ses fils. Mais avec ces peintures de commande, c’est l’explosion des corps de Michel Ange célébrant l’homme au cœur de la spiritualité qui me frappe. Nous pouvons reconnaître Dante au milieu des saints, et au-delà des orgueils de ces éminences, il y a eu aussi la volonté de convoquer la fine fleur du XVI ° qui fait vivre jusqu’à nous l’esprit de la renaissance où l’intelligence rencontre la beauté. Désormais, la Renaissance est révolue pour les occupants du Vatican : dans leurs avions ils retournent aux âges les plus obscurs.

mercredi 18 mars 2009

Machines. Faire classe # 25

Nous avons rêvé révolution avec des couleurs plus cramoisies, mais celle des machines informatiques a emporté le morceau, aussi décisive que celle de Gutenberg. Une formidable mutualisation des connaissances s’annonce possible, en tous cas nos heures en sont reformatées. Il arrive qu’on se laisse surprendre à vouloir passer au feu vert par simple clic, ou taper un de ses codes devant le micro-ondes.
Nous regrettons que les enfants passent trop de temps devant la télé ; les victimes d’addiction aux langages sommaires des play-stations et autres extensions nous inquiètent d’avantage. Certes, ils acquièrent de la dextérité mais elle s’accompagne d’ un rétrécissement des perceptions, des possibilités d’actions. Je ne sangloterai pas sur l’éloignement du réel que procurent ces écrans, moi qui aime tant me fondre dans les livres. Maupassant / Mortal combat : même oubli.
Les récits de science fiction remplacent les hommes par des machines. J’ai la sensation, parfois de devenir machine. Machin. La mémoire de mon « Mac »conforte la fainéantise de la de la mienne de mémoire.
Les raisonnements sortent difficilement du mode binaire. Le Q.C.M. s’impose laissant peu de place à la nuance et puis la correction s’effectue en vitesse.
Le zapping, les taches multiples justement valorisés, cultivés dans les loisirs adolescents présentent quelque intérêt. Que l’école propose justement autre chose et se distingue de la griserie techno ! Les élèves doivent accéder à plus de dextérité intellectuelle par du suivi, de l’approfondissement.
Face aux écrans :
- Avec la même rigueur que dans l’écriture manuscrite, traiter les textes à l’ordinateur.
Le temps pris aux mises en forme ne doit pas empiéter sur la recherche d’une expression écrite plus précise, plus jolie.
- Distinguer le langage texto, de l’écriture de l’école, comme le langage familier se différencie du langage élaboré.
- Profiter de l’impassibilité de la machine pour des soutiens personnalisés.
- Valoriser la vivacité des jeunes, une occasion d’écoute réciproque, preuve de curiosité, d’adaptation à la nouveauté qui rend plus attrayants les apprentissages. Ne pas perdre une occasion de se mettre dans la peau de l’apprenti pour aiguiser ses stratégies d’appreneur.
- Mutualiser les démarches personnelles, les digressions permises, par l’utilisation d’un vidéo projecteur.
L’usage de l’ordinateur se banalise, mais il serait illusoire de penser qu’il offre un outil décisif vers plus de savoirs. Parfois l’inverse se joue quand un élève rétorque : « à quoi bon apprendre, puisque c’est sur internet », il est vrai que lors des manifestations anti-C.P.E. une banderole portait : « A quoi bon travailler pour se retrouver au chômage ». Je me sens bien peu malin avec mes incantations : et si justement le pouvoir résidait dans les savoirs, dans le travail ! Qui le leur fait savoir ?
Dans les premiers pas de « l’informatique pour tous », un engouement naquit pour le langage Logo dont la fortune fut aussi brève que brillante fut sa gloire. Comme une butte témoin dans l’histoire speedée de ce moyen pédagogique, j’en conservai quelques séances pour retrouver les rigueurs d’une programmation, la concrétisation immédiate d’une démarche, pour soulever un peu le couvercle de la boîte noire de ces engins magiques. Nous anticipons en construisant des figures géométriques dont la définition des propriétés va être validée à l’écran.
- Eviter les exercices à trous qui s’effectuent aussi bien à la main.
- Utiliser l’outil pour ce qu’il apporte de particulier : programmation en Logo
- Recherche rapide, tri d’informations. Cartes et vues aériennes
- Recherche d’adresses
- Complément ou amorce de thèmes abordés en classe, actualité à l’usage des enfants.
- Traitement de textes et correcteur orthographique.
Dans un premier temps je me montrai réservé quant à l’usage du correcteur orthographique qui se substituait à la réflexion personnelle et puis il m’apparut au contraire qu’il étayait les recherches. En outre, cette option relativise l’omniscience de l’ordinateur. L’élève a sa part dans le choix. Ce dispositif permet de surmonter bien des difficultés à conduire une autocorrection qui ne soit pas bâclée.
L’école n’ignore pas ce formidable levier d’une révolution en cours : concernant l’information aussi le rapport à l’humain. Après guerre, l’imprimerie à l’école ouvrait la chapelle laïque vers la cité : l’enfant prenait la parole. Que de chemin parcouru avec l’accès au réseau universel ! L’ordinounou, marqueur de la tribu djeun, protège du voisin agressif ou muet. Il cuirasse contre le monde en se disant mondial. Le grand cliquetis où chacun joue sa partition en blogs à la queue leu leu accentue l’illusion de la démocratie. J’ai posé ma bouteille à la mer, elle accostera exceptionnellement. La profusion crée la confusion, difficile de garder les pieds sur terre, sans s’enliser.
En payant de leur personne, les enseignants ont accompagné le mouvement. Leurs capacités d’adaptation n’ont pas été moindres que celles des paysans maintenant exploitants gestionnaires de paysage, hors sol.
Le successeur de l’occupant de l’appartement au-dessus de la classe, ne va pas recracher un cours formaté.
Il ne mutera pas en répétiteur mécanique libéré d’avoir à inventer comme dans ces formations d’aérobic avec moniteur labellisé où le vendeur de méthode n’autorise pas un pas de côté.
"On peut apprendre à un ordinateur à dire: "je t'aime" mais on ne peut pas lui apprendre à aimer." A. Jacquard