mardi 20 mars 2012

Habibi. Craig Thompson.

Comme je ne suis pas du genre à passer mille et une nuits sur une BD, je ne suis pas allé au bout de ce pavé de 670 pages.
Je n’ai pas été entortillé par les ornements, les volutes, les arabesques d’une histoire qui entrelace joliment les brutalités d’un monde violent aux effluves d’un merveilleux revenu à des racines sacrées.
Mes mots auraient pu virer au positif mais l’arrière plan religieux omniprésent étouffe les personnages. L’esthétique très soignée ralentit une lecture dynamique. Tous les lieux et toutes les époques se mêlent.
J’avais l’impression d’avoir entre les mains un volume daté d’un XIX° siècle corseté, dont les grands mots seraient devenus atones même si l’esclavage et les ravages de la planète sont d’actualité.
Du temps où les livres étaient rares et l’espace compté, depuis j’ai su apprécier les plages silencieuses, l’humour.
 Je ne suis pas monté à bord du bateau échoué dans le désert.

lundi 19 mars 2012

Eléna. Andrei Zviaguintsev.

Je venais de voir « Les bonnes » de Genet, alors je n’ai pu m’empêcher de dire à la sortie du film que je venais de voir : « La bonne ».
Même si les usages interdisent de divulguer la fin, très vite nous comprenons qu’un drame se prépare.
J’ai beaucoup aimé le rythme des plans séquences qui nous laissent le temps d’entrer dans l’intimité des personnages, entre lesquels les rapports de classe demeurent malgré les apparences.
Les liens familiaux surnagent dans cette société violente, désespérante que les cinéastes russes, trop rares, savent décrire avec une lucidité bouleversante.
La musique de Phil Glass convient à cette froideur qui n’est pas celle du thermomètre.

dimanche 18 mars 2012

La loi du marcheur. Nicolas Bouchaud.

L’acteur joue pendant 1h 50 Serge Daney.
Les paroles du critique emblématique des Cahiers du cinéma et de Libération sont portées avec une vivacité extraordinaire. Le dispositif est original et sobre, avec des variations autour d’un extrait de « Rio Bravo » où l’acteur se projette sur l’écran.
Je retournerai lire les « Cahiers » qui m’avaient découragé à force de paroles péremptoires et souvent absconses. Nous recroisons des mots qui tapissaient notre mémoire : « faux raccords, yéyés, portes vitrées, photos charbonneuses, accident métaphysique, Ava Gardner, A bout de souffle, Nuit et brouillard, l’Amérique… »
Dans ce spectacle j’ai surtout retenu les hésitations du passeur, sa modestie, son originalité, et à travers l’évocation de son enfance, cette notion de promesse qui recommence à chaque fois qu’on envisage d’aller dans une salle obscure. L’interrogation sur notre position de spectateur va au-delà des références à nos films préférés, il s’agit rien moins que de notre conception de la vie, des autres.
« Par chance il se trouve que le cinéma - et ça je l'ai découvert plus tard - était né dès le début sur deux jambes, une jambe absolument populaire, basique, triviale, imaginaire, et une jambe cultivée, compliquée, philosophique, élitaire, et qui a fait la critique, et que donc choisir le cinéma c'était sans s'en rendre compte choisir une culture. . . une maison avec deux portes, une porte que tout le monde prend- et qu'il faut prendre sinon on comprend rien au cinéma, et puis aussi une porte dérobée dans laquelle les gens - dès le début. dès le début - ont demandé au cinéma des choses absolument extravagantes. Il suffit de lire. Je sais pas. les textes qu'Abel Gance jeune homme écrivait, c'était quand même un intellectuel malgré tout Abel Gance eh ben moi je m'en suis pas rendu compte à l’époque mais je trouve que c'était le bon choix - ça je le regrette pas - d'avoir choisi le cinéma puisqu'on pouvait y rentrer avec tout le monde ou tout seul. »

samedi 17 mars 2012

XXI. Hiver 2012.

Après le numéro quelconque consacré aux utopies, celui ci consacré aux « Justes » constitue une livraison essentielle, pas seulement pour les articles traitants du thème principal, pas forcément  justement titré, se déroulant surtout dans des tribunaux. Un avocat est persuadé de l’innocence de son client, un père veut comprendre pourquoi sa fille a été violée à mort, un alpiniste virtuose est condamné pour homicide par imprudence après la mort de son bébé.
Le récit d’une catastrophe qui a tué autant de monde que la seconde guerre mondiale m’a secoué : la grande famine en Chine à la fin des années 50 où une population se retrouve dans la situation des camps d’extermination au plus profond de ses campagnes. Un monsieur veut édifier un muret à la mémoire de ceux qui sont morts pendant cet épisode stupéfiant : sur 121 habitants de son village seulement 50 ont survécu. Mais cette initiative est mal vue du pouvoir. De 35 à 55 millions de morts demeurent un secret d’état.
Le trajet de Johannesburg au Congo dans la cabine d’un camion avec une femme au volant nous dit beaucoup sur un continent flageolant raconté aussi en BD à travers les enfants des rues de Kinshasa.
Dans les effets de la mondialisation : ces femmes indonésiennes qui vont travailler à l’étranger comme domestiques.
Le reportage photographique porte cette fois sur une novice au New jersey, là rien ne bouge.
Le portrait de Bachar el Assad, qui suicide son pays après avoir représenté un espoir, replace l’actualité dans l’histoire, comme une interview d’Orhan Pamuk écrivain turc prix Nobel dont les racines sont à Istanbul, sa compagne est indienne et il dispense ses cours à l’Université de Columbia ; ses propos prudents sont intéressants.

vendredi 16 mars 2012

Ça commence à se voir !

J’avais renoncé à envoyer des courriers aux journaux quand sur leur site internet ils ont préfiguré les réactions sommaires type twitter, mais je n’ai pu résister à la complaisance de Patrick Cohen sur Inter; mon message n’a pas été accepté par le modérateur alors que ceux à tonalité UMP avaient droit de cité.
Où je reprochais au dit journaliste de s’être tu au moment des « n’importe quoi » de C. Bruni lors d’un repas télévisé et de ne pas intervenir quand V. Pécresse ne cessait d’interrompre M. Sapin, comme il l’avait fait pour protéger H. Guaino des saillies de D. Cohn Bendit. Et j’ajoutais avant que D.Schneiderman le souligne que l’anniversaire de Fukushima par les antis nucléaires - dont je ne suis pas - avait eu lieu sous des projecteurs éteints. La chaîne humaine entre Lyon et Le Tricastin a connu un silence retentissant, alors que G. Depardieu à Villepinte…
P. Val peut être content de ses troupes avec lesquelles ils attendaient impatiemment, le croisement des courbes, pour le spectacle. Leur parti pris commence à se voir. Je me garderai d’accabler les médias pour excuser la gauche de ses imprécisions et puis c’est tellement évident. Mais j’aimerais comprendre pour quelles raisons Val qui chantait :« rien n’est plus poétique que l’autogestion », qui pendant des années donna des leçons des plus vertes, est tombé dans les rets de la droite la plus cynique, la plus grossière.
Les hommes ne sont pas tous, bon sang ! des Besson, des Woerth, les femmes des Dati, des Boutin, des Bruni…
Il reste bien un lieu qui n’est pas enfoui sous les buvards républicains, où sous le mot 
« morale » on peut coller quelques images, où tout ne se vend pas, où payer ses impôts est un devoir, une fierté, un temps d’avant que la com’ ne nous ait rendu complètements cons.
Parce qu’au bout du bout, c’est bien de cette idée de l’homme que proviennent nos choix politiques : l’autre est-il une menace ou un frère ?
Après les églises où le mot « amour » résonne dans le vide, les préaux à proximité de chez nous sont désertés ; clignotent seulement de grands rassemblements où la gesticulation a pris la place de l’engagement. Les matchs de Ligue des champions ont tué ceux du quartier.
Rue 89 filiale du nouvel Obs dont le directeur donne le ton de l’opposition aux 75% d’Hollande, a rédigé un article sur la fin des blogs. Il ne resterait alors que 140 signes pour faire signe.
 ....
Dessin du Canard:

jeudi 15 mars 2012

Nature morte # 4 : un objet littéraire ?

Entre vie silencieuse et poésie. Bien que les catégories en littérature et en peinture soient différentes, les objets ayant une existence propre, le dialogue peut se nouer pour conclure avec Alain Guyot le cycle de conférences à eux consacré pour les amis du musée.
Le bouclier d’Achille dans l’Iliade est l’œuvre d’un dieu ; le roman fait œuvre d’art en dépeignant des œuvres d’art.
Philostrate de Lemnos décrit une galerie de tableaux rares à cette époque.
Au moyen âge aucun objet à signaler, par contre Rabelais va les accumuler en festin de mots.
Scarron dit du Sirus de madame de Scudéry qu’il est « le roman le mieux meublé », il est déjà le plus long de la littérature française.
De Saint Amant, poète baroque :
« C'est un melon, où la nature, 
 Par une admirable structure, 
A voulu graver à l'entour 
Mille plaisants chiffres d'amour, 
Pour claire marque à tout le monde 
Que, d'une amitié sans seconde, 
Elle chérit ce doux manger » 
Le style est haut pour un bas registre, et le créatif interprète le message de la nature.
Le siècle des lumières est riche en descriptions chez Restif de la Bretonne ou dans des contes érotiques chez Jacques Rochette de La Morlière, libertin grenoblois.
« les bougies placées derrière des rideaux de taffetas vert, qui semblaient être faits pour rompre la trop grande clarté, et qui ne laissaient que ce demi-jour qui paraissait avoir été inventé pour éclairer les entreprises de l'amour, ou pour ensevelir la défaite de la vertu. » 
Au XIX° siècle les ustensiles révèlent une position sociale avec la redingote du « père Goriot », l’intensité d’une passion amoureuse se tient dans un bouquet du « Lys dans la vallée », les marchandises sont abondantes chez la Sarriette, vendeuse de fruits du « Ventre de Paris » où les cerises « ressemblaient à des lèvres trop étroites de Chinoise qui souriaient ».
Théophile Gautier va faire un tour au delà des barrières du côté de Montfaucon.
« nous sommes dans une fabrique de poudrette : femmes, enfants, garçons et petites filles, vannent, blutent, tamisent la précieuse poudre [d’excréments humains] qui a la couleur, mais non le parfum du tabac d’Espagne… Tout est passé avec un soin minutieux, car il paraît que l’on trouve là dedans de l’argent, de l’or, des montres et autres objets précieux. » 
La franchise de l’horreur est aussi dans la charogne de Baudelaire.
Tout l’art n’est-il pas de trouver des pépites dans la plus noire des merdes ?
« Une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. » C’est la casquette de Charles Bovary.
Dans le genre citation à la Audiard où « un con qui marche va plus loin que dix intellectuels assis » :
« une carotte bien peinte vaut mieux qu’une madone mal peinte. »
Au XX°, après guerre, l’homme divorce avec son passé, alors ressurgissent les choses qui occupent toute la place.
Qui marche ? « Les chaussures légères à semelles de caoutchouc ne font aucun bruit sur le carrelage du couloir ».Robbe Grillet.
J’ai bien aimé l’expression du conférencier qui évoque « le langage qui se retend » chez Ponge redynamisant les choses dont il prend le parti.
« L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos. A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords. »
 Guillevic par la parole délivre-t-il les objets de leur gangue diabolique ?
« L'eau que tu bois a connu la mer. »

mercredi 14 mars 2012

« On refait le voyage » : Saint Petersburg 2004 # 2

L’hôtel nous corne comme demandé à 7h.
Il nous faut nous équiper pour affronter la journée.
A 9h nous quittons l’hôtel « Octobre ».
Nous prenons la Nevski Prospekt jusqu’à la rivière / canal Fontanka que nous longeons ; nous nous extasions sur les bâtisses monumentales jaunes, ocres, pistaches voire rouges. Elles possèdent toutes d’énormes gouttières repliées obstruées et dégueulant la glace. La Fontanka ne laisse percevoir l’eau que sous les ponts sinon, elle se montre figée sous la glace et la neige. Des employés municipaux dégagent les trottoirs glissants à petits coups de pique. Des femmes ramassent les détritus peu nombreux. St Pet' offre la vue d’une ville propre sans trop de pubs, de tags et de déchets sans doute à cause du nettoyage entrepris pour le tricentenaire de la ville en 2003. Le soleil nous accompagne, campé dans le ciel bleu, mais quoi qu’en dise notre compère tête nue, il ne fait pas tellement moins froid qu’hier. En évitant de s’étaler sur la glace, nous repartons par la Moskovski Prospekt, traversons le canal et tirons vers la cathédrale Saint Isaac. Nous découvrons sur notre chemin un marché, qui permet l’achat de quelques oranges et d’une chapka pour celui qui était le plus réchauffé du groupe. Les marchands ont le teint plus foncé et leur sourire s’ouvre sur une dentition parée d’or, chez les jeunes comme chez les vieux.
Nous pénétrons dans la Cathédrale Saint Isaac, œuvre du français Auguste de Montferrand. Si l’extérieur est imposant, l’intérieur est époustouflant par sa taille, sa hauteur ainsi que par la richesse de ses matériaux : grande porte en or protégeant l’autel et les objets du culte, colonnes recouvertes de malachite ou de lapis-lazuli, statues dorées dans le tambour de la coupole, marbres polychromes du pavage. Quelques babouchkas grises jouent du chiffon et veillent au respect du lieu, pas un grain de poussière. En regardant vers le haut de la coupole, nous nous interrogeons sur la réalisation de la colombe : est-ce un trompe l’œil, une peinture, une sculpture ? Mais saint Isaac, c’est aussi la « colonnade », la plus belle vue de toute la ville. Il suffit pour la modique somme de 100R par personne de grimper les 250 marches en colimaçon de plus en plus étroites pour se retrouver sur les toits autour de la coupole encadrée par des colonnes érigées là Dieu sait comment ! Une vieille dame postée en surveillance brave le froid dans sa guérite. Elle tente de nous expliquer qu’il aurait fallu s’acquitter d’une taxe pour photographier aux guichets 250 marches plus bas. Devant notre simili incompréhension, elle abdique, surtout que nous sommes français, comme Auguste de Monferrand ! Des haut-parleurs diffusent de la musique. La vue est fantastique et nous permet de nous repérer côté Neva, côté Baltique, de situer les bâtiments d’après leur couleur et leurs dimensions. Vraiment un bon plan, avec en fond de grandes cheminées fumantes ! Nous optons pour l’un des premiers restaurants croisés. A l’étage, la lumière est parcimonieuse, mais le repas, nourrissant et bon : borchtch et poulet Stoganoff avec légumes frits (poivrons entre autres) Dommage que l’habitude soit ici de servir tiède, presque froid. Nous refaisons nos forces cependant et reprenons notre route vers l’Amirauté. Plus de soleil, mais quelques flocons épars commencent à tomber. Nous apercevons le palais d’hiver, la place immense tout comme l’édifice de l’état major avec l’arc de triomphe en l’honneur des armées russes et passons sur l’île Vassilievski. Nous assistons là à visiblement une coutume locale : devant une statue au pied de l’une des colonnes rostrales, des couples de mariés posent pour la photo. Après l’offrande d’un bouquet de fleurs à la statue, face au photographe, ils boivent une coupe de champagne ou de la vodka et repartent en luxueuses limousines ou voitures plus modestes. Trois couples se succèdent ainsi en peu de temps.
Nous poursuivons notre chemin le long de la Neva vers la forteresse Pierre et Paul. Nous la contournons en suivant les remparts puis la traversons en flânant sans visiter les bâtiments. Nous rentrons tranquillement ; Il fait froid sur le pont Troïtski most (pont de la trinité), mais la balustrade en fer forgée est bien jolie. Après notre passage dans les Champs de Mars, domaine des corneilles mantelées grises et noires, bien rondes, nous nous orientons vers l’Eglise Saint Sauveur du sang versé ou Eglise de la Résurrection du Sauveur. Une magnifique grille en fer forgé aux motifs végétaux sépare les jardins de cette église totalement russe avec ses bulbes et ses couleurs impensables qui lui donnent un aspect tarte à la crème vue de près. L’entrée, comme à Saint Isaac, est payante ; il nous manque quelques roubles, dont nous fait cadeau la guichetière en nous refilant un billet étudiant à demi tarif. Là aussi, comme à St Isaac, l’intérieur surprend, mais dans un tout autre style (début 20ème ) La mosaïque recouvre tout, et représente des scènes religieuses ou des décors floraux, assez « modern style ». Le bleu presque turquoise domine ; nous déambulons selon un trajet délimité par des tapis, de manière à ne pas endommager le pavage magnifique en marguerite. Nous remarquons les formes orientales disposées au-dessus des portes ; elles imitent les fameuses coiffes des femmes russes, ces sortes de diadèmes nommés kokochnika. Les lustres en laiton semblent eux aussi s’inspirer de l’orient. Lorsque nous sortons vers 18h, la nuit enveloppe la ville. Nous retrouvons facilement le chemin de la maison, et après change et commissions (vodka , lait et pain) nous regagnons notre asile avec plaisir. Dans un restau nous sommes accueillis par un jeune marocain étudiant natif de Fez avec lequel nous avons une connivence de latins (il nous apprend la température d’hier soir = - 20°.. )

mardi 13 mars 2012

Chroniques de Jérusalem. Guy Delisle.

Nous sommes bien contents d’avoir des nouvelles du canadien et de sa petite famille.
Papa est toujours au foyer pendant que maman sous le feu des conflits travaille avec MSF.
Comme en Birmanie qu’il nous fit découvrir si bien, les préoccupations du quotidien : trouver un terrain de jeu pour les enfants, passer du temps dans les embouteillages, permettent de décrire sans accabler une situation complexe, avec une simplicité biblique. Des moments de tension surgissent à la terrasse d’un café, après un moment de douceur dans un jardin caché, les petites contrariétés se mêlent aux absurdités les plus lourdes.
Le mur.
En 340 pages, il a le temps de nous faire part de l’actualité la plus spectaculaire :
opération « plomb fondu » (1400 morts),
de la violence permanente de la colonisation avec ses faux semblants : l’armée qui déloge des « illégaux » et les laisse se réinstaller le lendemain,
des sédimentations de l’histoire avec des cultes divers et rivaux.
Il évolue avec nous de la candeur vers une compréhension plus fine.
La description de l’intime avec ses lassitudes, ses paresses, rend encore plus présente une situation politique préoccupante grâce à son souci constant de multiplier les points de vue.
Il suit une visite de colonie avec un colon et sympathise avec des palestiniens ou des israéliens plus acerbes sur Israël que se le permettent les médias de chez nous.

lundi 12 mars 2012

Never let me go. Mark Romanek.

Dans le cadre du festival Cinéduc, j’ai appris le mot « dystopie »,
le contraire d’ « Utopie », thème de cette année. J’ajoute les précisions de Wikipédia puisque ce film de 2009 m’a semblé une parfaite illustration de cette définition : « Une dystopie- ou contre-utopie est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur et contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde le lecteur ».
Il convient de ne pas dévoiler le secret de cette pension anglaise tellement cosy et peuplée d’enfants si beaux qui chantent tellement bien.
La force de ce récit tiré d’un roman d’Ishiguro "Auprès de moi toujours " tient à la douce acceptation des personnages d’un destin
où « ils ne seront pas pilotes de ligne ».
Bien que « Le cri » de Munch me soit venu en référence où comme dans un cauchemar, l’effroi s’accroit quand aucun son ne peut sortir.
La brutalité implacable de ces destins, n’éclabousse pas l’écran, elle se love efficacement dans les belles lumières de la campagne et des bords de mer anglais.
Ce film d’amour romantique, appelle à une réflexion sur notre société grâce à un scénario qui nous embarque sans tapage, laissant pour nos mémoires saturées des traces pouvant persister.
« Je me retrouvais face à des hectares de terre labourée. (...) le long de la clôture, surtout sur le rang de barbelés le plus bas, toutes sortes de détritus s'étaient accrochés et enchevêtrés. C'étaient comme des débris qu'on trouve au bord de la mer : le vent avait dû en charrier une partie sur des kilomètres et des kilomètres avant de se heurter enfin à ces arbres et à ces deux rangées de barbelés. Je voyais aussi dans les branches des morceaux de plastique déchirés et des bouts de vieux sacs qui claquaient. Ce fut l'unique fois où, me tenant là, regardant ces étranges ordures, sentant le vent souffler à travers ces champs vides, je me laissai aller à une petite fantaisie de mon imagination (...) je pensais aux détritus, aux plastiques, qui claquait dans les branches au littoral de curieux objets accrochés le long de la clôture, et je fermai à demi les yeux pour imaginer que c'était l'endroit où tout ce que j'avais perdu depuis mon enfance s'était échoué, et que je me tenais là devant à présent. »
 Merci à mon camarade Daniel qui a aimé aussi ce « mélo en SF » pour être allé chercher dans le livre, les mots qui viennent à la fin.

dimanche 11 mars 2012

La salle d’attente. Krystian Lupa.

Ces 3 heures intenses de théâtre inspirées par les travaux du Suédois Lars Norén  nous donnent à voir les bas-fonds d’une société qui fait pourtant référence parmi les modèles à suivre.
Les marginaux aux yeux qui saignent nous renseignent sur le monde et sur nous-mêmes.
Quinze jeunes acteurs remarquables jouent les drogués, les alcooliques, les fous dans un sous terrain bétonné où ne parviennent que quelques bouffées de musique électrique ou des bruits de circulation automobile ; nous avons quelques nouvelles d’enfants abandonnés par téléphone portable.
Les soliloques des différents personnages projetés sur les écrans ont une grande force et nous interpellent. Cependant je ne suis pas d’accord du tout avec ceux qui interprètent ces existences violentes destructrices comme des choix de liberté alors que c’est tout le contraire : les drogues, la précarité la plus extrême, les traumatismes antérieurs les dominent.
Leurs cris au registre restreint : « suce ma bite ! », « ferme ta gueule ! » et l’obsession de « la chatte » ne sont pas entendus par les autres, chacun est congelé dans une solitude inexpugnable. Ils n’attendent rien.
La mise en scène en recherche semble amenée à évoluer, la diffraction sur les écrans de séquences jouées d‘ailleurs à plusieurs reprises, en multipliant les images n’étourdit-elle pas le spectateur ?
Des questions passionnantes sont posées concernant l’intensité, l’engagement des acteurs.
Désormais un spectacle fera œuvre d’originalité si personne ne se met à poil. Mais au-delà de modes parfois complaisantes, j’ai apprécié l’énergie d’une troupe qui malmène notre confort.

samedi 10 mars 2012

J’aime être gourmande. Colette.

J’avais un professeur passionné de l’auteure du « Blé en herbe », je me souviens de sa passion mais je n’avais plus de la dame que l’idée lointaine de parfums de rosiers anciens dans un jardin protégé des bruits de la cité.
Les carnets de l’Herne proposent un recueil de ses articles destinés au magazine « Marie Claire » en 1939 - 40. La cuisine, ses actrices et acteurs préférés, la « chatte », celle qui n’a pas voulu d’autre nom, les enfants, des conseils exprimés avec malice et légèreté…
J’ai été surpris de la modernité du style et si nos conceptions d’un appartement, des rapports hommes/ femmes, d’un menu ont évolué, son ton personnel, sa fraicheur font glisser ces 100 pages comme un sorbet léger.
Le Clézio : « La vie : le léger frémissement qui trouble les choses et les êtres, la passion pour tout ce qui bouge, pour tout ce qui se débat, aime et souffre. Aucun écrivain n’a apporté une telle attention à traduire le frémissement, le fourmillement, le pullulement de la vie sous toutes ses formes. »
………
Mon vieux copain Jean me transmet cette information :
Lundi 19 mars 2012 à 20h au Cinéma Le Club, rue Tourtain, à la Côte-Saint-André,
jour anniversaire officiel de la fin de la guerre d'Algérie,
projection et débat autour du film : "Octobre à Paris" de Jacques Panijel
Octobre 1961. La guerre d'Algérie dure depuis près de 7 ans. A Paris, le préfet de police, Maurice Papon, impose un couvre-feu "applicable pour les Français musulmans algériens". 
En réponse à cette mesure, 30 000 Algériens manifestent pacifiquement à Paris. 
La répression sera brutale … le silence s'installe. 
Fin octobre, Jacques Panijel commence la réalisation d'un film.
Terminé en 1962, censuré, il ne sortira officiellement qu'en 2011. 
La séance sera suivie d'un débat.

vendredi 9 mars 2012

Foot et chansons.

Posé devant « Les victoires de la musique » pour percevoir ce qui émerge des airs du temps, je suis sorti accablé par cette émission.
Il est vrai qu’en dehors des informations et quelques matchs du dimanche soir, j’ai peu fréquenté la télé ces derniers temps en ses divertissements.
La présentatrice Alessandra Sublet a beau faire dire à un de ses comparses qu’elle est « pathétique » cela ne l’excuse pas de sa vacuité.
Nous en sommes là, quand ceux qui occupent la lucarne assument leur nullité, leur vulgarité. Quel mépris pour le spectateur d’avoir comme leitmotiv après chaque chanson : « alors ça va ? »
Dans quel état est notre télévision ! Pujadas à la propagande et de surcroit une telle pauvreté dans les loisirs quand même Voulzy et Clerc sont en petite forme.
France 2 en tant que miroir d’une société qui ne s’aime plus comme le football en est un, ou Sarko qui est le nom d’une mise à bas de tout ce qui nous tenait ensemble.
Je laisse de côté le chahuté de Bayonne qui a accéléré un processus et bien qu’il veuille se présenter comme l’Omniscient Despote, il n’est qu’une marionnette, une façon de dire.
Je reviens au bord des pelouses que j’ai désertées depuis un moment, parmi mes potes les manchots méprisés, mettant de côté les mots enveloppés de nostalgie qui convoquaient l’enfance et les connivences des chauffeurs de taxi du monde entier.
Les 75% d’imposition d’Hollande et les réactions (bien nommées) qui en ont suivi, en soulignant les salaires choquants des sportifs m’ont amené à me mettre en cohérence avec mes convictions égalitaires, y compris dans un domaine où j’étais plus indulgent avec le salaire de Messi que pour les patrons ou les traders.
Il est temps que les joueurs enlèvent leurs écouteurs et mettent le nez au dessus des cohortes d’agents et profiteurs divers qui les entourent, pour entendre parler de décence, de solidarité.
Les matchs internationaux du sport le plus populaire sont plus que jamais des leurres où comme jadis les équipes nationales dans le Tour de France, les intérêts des financiers sont en train de prendre le dessus.
La majorité des joueurs de l’équipe de France joue à l’étranger, le championnat de France lui est animé essentiellement par les internationaux africains.
Peut-on "faire société" quand 1% s’en mettent plein les fouilles et que leurs frères des terrains pelés de leurs débuts souffrent davantage ?
Le bus de Knysna a écrabouillé le roman nécessaire de 98.
Il y en a marre des blessures imaginaires, des tricheries, des comportements infantiles qui abiment nos enfants.
Le Qatar Saint Germain, où l’Omni n’a pas été neutre, arrive dans un paysage où il faut des consignes du coach afin que les stars daignent saluer les supporters qui se sont sacrifiés pour accompagner des équipes qui ne vibrent plus que lors des mercatos. La marchandisation.
Bernard Lacombe dénonçait : « par moments, j’ai l’impression de voir une équipe de fonctionnaires! On dirait que chacun calcule ses efforts en pensant: « Faut pas trop que je coure, je vais passer pour un con ». »
En tant qu’ancien fonctionnaire j’approuve le bras droit d’Aulas que je ne porte pourtant pas dans mon cœur, il sort de la langue de bois qui fossilise tout.
Et l’OM perd tant de plumes !
Voir l’interview d’Onesta l’ancien entraîneur de l’équipe de France de hand dans Libé et la conférence de presse de Carteron entraîneur de Dijon sur le site rue 89.
De surcroit cette phrase magnifique de Michel Seydoux le président du club de Lille, qui parlant de Hollande : « Cela fera reculer le foot français de 15 ans en arrière » , c'est-à-dire… en 1998.

Dans le Canard cette semaine :

jeudi 8 mars 2012

La nature morte # 3 : face au monde moderne.

Au XVIII° siècle, la représentation de trophées de chasse affichait un privilège aristocratique, mais la profusion des miroirs dans les riches intérieurs déporta les natures mortes au dessus des portes et les destinèrent à la décoration avec effets de perspective inévitables.
C’est alors que Chardin qui inspira Manet et Matisse, dont la carrière fut aussi limpide que sa peinture, advint.
Les fonds ne sont plus anecdotiques et l’animal vivant qui apparaît au début de sa carrière à côté d’une raie fondatrice disparaitra, les objets amoncelés s’ordonneront. Le peintre qui perdait la vue se consacrant aux pastels à la fin de sa vie, n’est pas photographiable tant ses rajouts de blanc rompent subtilement les couleurs.
Diderot, premier des critiques d’art en parle si bien : « Ô Chardin ! Ce n’est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette : c’est la substance même des objets, c’est l’air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile. Après que mon enfant aurait copié et recopié ce morceau (pot d’olives), je l’occuperais sur la Raie dépouillée du même maître. L’objet est dégoûtant, mais c’est la chair même du poisson, c’est sa peau, c’est son sang ; l’aspect même de la chose n’affecterait pas autrement. Monsieur Pierre, regardez bien ce morceau, quand vous irez à l’Académie, et apprenez, si vous pouvez, le secret de sauver par le talent le dégoût de certaines natures. On n’entend rien à cette magie. Ce sont des couches épaisses de couleur appliquées les unes sur les autres et dont l’effet transpire de dessous en dessus. D’autres fois, on dirait que c’est une vapeur qu’on a soufflée sur la toile ; ailleurs, une écume légère qu’on y a jetée. »
Avec la révolution décline le genre.
 En Espagne Luis Meléndez va apporter de l’originalité en privilégiant les gros plans, en assurant un rendu d’une grande vérité à vous tromper l’œil, l’objet perd de sa symbolique bien que Serge Legat, le conférencier nous précise qu’une noix cassée était un symbole christique puisque la chair y est offerte.
La dinde plumée de Goya, le premier peintre de l’inquiétude moderne, nous fait passer du romantisme à la violence expressionniste.
Au XIX° le romantisme revient avec Géricault et Delacroix au homard baroque parmi les gibiers. Courbet va vers le réalisme et sa truite qui manque d’air c'est lui même.
Fantin La Tour célèbre la beauté du réel et délaisse le pathos.
Le pédagogue de cette soirée a mis l’accent sur le rôle déterminant des collectionneurs : le Docteur La Caze qui fit don au Louvre de 582 toiles et De Camondo Nissim, dont la famille disparut dans les camps, avait légué, entre autres, l’impressionniste bouquet d’asperges de Manet.  
« Monet, ce n’est qu’un œil, mais quel œil ! », disait Cézanne aux pêches et poires à perspectives multiples. Celui-ci recompose la notion d’espace et rompt avec l’impressionnisme, augurant du cubisme.
Picasso fait « du trompe l’esprit » et son seul rival Matisse libère la forme, en héritier du fauvisme, il fait chanter les couleurs.
Van Gogh dont les tournesols se tournent vers le soleil, cherche-t- il Dieu ?
Soutine pose un regard incorruptible sur la réalité et rend avec son bœuf écorché la version la plus douloureuse de la nature morte.
Finalement les surréalistes ne sont pas les moins minutieux à rendre compte d’un monde où tout est possible. « Une authentique nature morte nait le jour où un peintre prend la décision fondamentale de choisir comme sujet et d'organiser en une entité plastique un groupe d'objets. Qu'en fonction du temps et du milieu où il travaille, il les charge de toutes sortes d'allusions spirituelles, ne change rien à son profond dessein d'artiste : celui de nous imposer son émotion poétique devant la beauté qu'il a entrevue dans ces objets et leur assemblage. » Charles Sterling

mercredi 7 mars 2012

« On refait le voyage » : Saint Petersburg # 1

Je picore dans les carnets de voyage de ma femme.
Février 2004 : Depuis l’aéroport St Exupéry, nous faisons escale à Frankfurt avec la Lufthansa.
Deux heures de vol séparent Frankfurt de St Pet’ et il y a 2 heures de décalage entre la France et la deuxième ville de Russie de 5 millions d’habitants (8h en France = 10h à St Pet’)
A la nuit tombante nous amorçons l’atterrissage; par les hublots premières images de neige et de longues avenues illuminées de l’ancienne Pétrograd, Léningrad , de la ville aux 42 îles, la plus étendue de la fédération.
Nous passons assez rapidement les formalités de douane et de police, et récupérons nos bagages. La neige épargne la route et ne s’amoncelle pas sur une grande épaisseur, elle a gardé une certaine blancheur. Nous atteignons assez vite la ville, et longeons une cité genre Teisseire à Grenoble, aperçue à travers les vitres gelées, puis sur des artères bordées d’immeubles d’un standing plus élevé où les réverbères sont peu efficaces par rapport aux dimensions de l’avenue. Près de la gare de Moscou, le taxi de l’agence nous dépose à l’hôtel OKTIABRSKAYA, signalé en caractères cyrilliques. Nous prenons possession de vastes chambres surchauffées avec vue sur la place à obélisque et la gare, et nous lançons à la découverte de la ville. - 12°6 : au début, la température nous semble tout à fait supportable mais très vite, la chaleur emmagasinée s’évapore, nez et oreilles souffrent, même le plus jeune d’entre nous enfile une cagoule. Par contre, nos yeux sont à la fête lors de la découverte de la Nevski Prospekt. Nous effectuons une halte à une officine de change (28 roubles = 1$). Nous remontons l’avenue principale où beaucoup de monde circule sur les trottoirs sans manifester des signes apparents de refroidissement. Je suis déjà frappé de frénésie photographique: il faut dire qu’il a de quoi shooter entre les bâtiments, les églises baroques, les canaux et les arbres pris par le gel.
Nous arrivons au 17 Nevski Prospekt, au café Stroganoff Yard : il s’agit d’un grand chapiteau dressé dans la cour du palais du même nom bien chauffé mais avec peu de monde. Au menu, blinis fourrés ou spaghetti, pas de Stroganoff ni en blini ni en viande. Retour à grands pas à l’hôtel, avec l’objectif de grignoter des croquants et des chocolats importés par notre pâtissière émérite et de surcroit il reste des saucissons pour lutter contre la
« malnutrition ». Nous sommes perplexes sur la façon dont les lits sont faits : le matelas tient plus de la couette que du matelas, et la couette a un pliage bien étrange. Même dans les lits « matrimoniaux », les couchages sont individuels

mardi 6 mars 2012

Action originale au collège Barnave contre la dégradation du service public.

Pour protester contre la DGH (dotation globale horaire) insuffisante octroyée cette année au collège, ce mardi 6 mars, les élèves vont vivre une journée de cours particulière qui vise à les mettre dans les conditions d’enseignements qui les attendent l’an prochain.
Des heures, obligatoires d’après les textes officiels, sont absentes, et un nombre très important d’heures de cours doit être assuré en heures supplémentaires par les enseignants.
Ceux ci refusent ces heures sup car cela prive de travail d’autres personnels enseignants et nuit à la qualité du travail.
 Alors :
- en SVT, physique-chimie et technologie : les élèves n’ont pas manipulé ni fait de TP, qui nécessitent du matériel, que les professeurs n’auront plus le temps de préparer l’an prochain car les heures de laboratoire ou vaisselle (prévues pour la gestion du matériel) sont absentes de la DGH.
« La semaine prochaine, vos enfants bénéficieront du même cours mais avec tout le matériel nécessaire, pour rendre évidente la différence dans la qualité de l’enseignement. » a-t-il été précisé aux parents dans un tract envoyé à toutes les familles que j’ai recopié pour rédiger cet article.
- en latin : les 37 élèves de 5e, actuellement répartis sur deux groupes, ont eu une heure de cours à 37, dans une seule salle avec un seul professeur, puisqu’il n’est prévu qu’un groupe de latin l’an prochain en 4e et que les élèves, selon les textes officiels, ne sont pas autorisés à abandonner cette matière en cours de scolarité.
- en EPS : les élèves ont fait des activités sans matériel, toutes les classes d’un même créneau horaire dans un même lieu puisque les heures de coordination absentes de la DGH permettent de répartir l’occupation des locaux, gérer le matériel … etc.
- dans certains cours (espagnol, latin 3e, … etc.) : les élèves ont eu une demi-heure de cours puis ont été surveillés par le professeur une demi-heure, puisque il y a actuellement trop d’heures de cours pour le nombre de professeurs et que des contrats pour assurer les heures restantes ne sont pas prévus : des classes n’auront donc pas d’enseignants.
- dans les autres matières : les élèves ont vu leur heure de cours partagée entre deux enseignants. Les partages de classe vont en effet se généraliser l’an prochain : si les professeurs ne prennent pas d’heures supplémentaires, des partages de classes seront imposés, sans heure de concertation comme c’est déjà le cas cette année.
- dans l’ensemble des matières : le matériel informatique n’a pas été utilisé, car aucune heure n’est prévue pour rémunérer le professeur qui entretient le réseau informatique. Celui-ci serait donc très rapidement hors état de marche et voué à le rester, ce qui aurait comme conséquences : un suivi des absences et retards des élèves moins réactif (plus d’appel informatisé), un accès au cahier de texte numérique et aux notes des enfants impossible, plus aucun cours avec vidéoprojecteur, plus de séances en salle informatique (alors que la validation du B2I est indispensable à l’obtention du brevet) et des manipulations en physique ou technologie impossibles.
Après le boycott commun du C.A., les professeurs sollicitent les parents pour faire parvenir au rectorat leur soutien à leurs revendications.
Depuis le temps que les lassés des grèves de 24h en appellent à d’autres formes d’action, celle-ci me semble intéressante.
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Par ailleurs Monique vient de me faire parvenir ceci que vous pouvez agrandir en cliquant dessus:

lundi 5 mars 2012

Martha Marcy May Marlene. Sean Durkin.

Une femme échappée d’une secte va connaître des difficultés insurmontables à se réinsérer dans la société.
Les conditions confortables de la maison de sa sœur qui l’accueille ne vont pas apaiser ses terreurs.
Les valeurs mises en avant par le groupe où elle vivait questionnent les évidences de son beau frère qui justement refuse de s’interroger. Mais des dérives graves découvertes peu à peu, loin des premières images « peace and love », expliquent les perturbations de la jeune fille dont nous suivons l’enfermement.
Ce film évite les caricatures, il est aussi une occasion de réfléchir sur nos façons de vivre. Les flashbacks ne sont pas mécaniques mais suggèrent habilement plusieurs interprétations et participent à la montée de la tension, à l’installation dans une folie se heurtant aux bonnes volontés avec qui elle ne peut communiquer.
Une baba chez les bobos. Un thriller qui donne à méditer.

dimanche 4 mars 2012

Le centaure et l’animal. Bartabas.

L’actualité de Zingaro c’est Calacas à Aubervilliers aux références mexicaines et je ne me souvenais plus quel spectacle nous devions voir à Annecy.
Cette représentation dépouillée est loin des chevauchées sous chapiteau mais illustre un des points forts de Bartabas : sa capacité à nous proposer une telle variété d’univers.
Il rend totalement cohérent la danse butô avec les chants de Maldoror de Lautréamont et la présence intense des chevaux émergeant de la nuit nous fascine avec des musiques minimales et des lumières essentielles.
Du fond des âges, des forêts, de la vie, la quête de la sagesse. Des tableaux saisissants tels ce centaure où l’homme a tête de cheval, des chutes, des mouvements coordonnés entre le danseur et l’animal, un dialogue, un jeu des confusions entre cavalier et monture et les contrastes des sables blancs et noirs. La sauvagerie, la violence, et aussi la lenteur, la méditation, la liberté et la contrainte, le grandiose et l’infime intime, les oreilles des chevaux sont facétieuses.
Nous avons pu ressentir tout cela depuis la place privilégiée que nous avions car la perception du spectacle pouvait être altérée plus loin.

samedi 3 mars 2012

L’homme à genoux. Agustin Gomez Arcos.

Si ce n’était un ami qui m’avait recommandé le livre, je crois que je me serais lassé avant d’arriver à la 210ième page.
 Un jeune homme a laissé femme et enfant dans le nord de l’Espagne, il remonte le fil de ses souvenirs derrière sa pancarte lorsqu’il mendie à genoux dans le sud en bord de mer:
 « Mes frères, je n’ai pas de travail mère, femme et enfant sont restés au village
 Le besoin me met à genoux devant vous
 Pour demander l’aumône, merci » 
Le mendiant pose un regard désespéré sur la société depuis les mines de charbon, un passage dans une secte catholique, une approche des milieux de la nuit, la rue...
Parfois quand je fatigue à la lecture, j’accélère ; avec cet auteur je n’y suis pas parvenu car je perdais le fil d’une histoire chargée, lourde, grave, comme un ostinato déchirant.
« Le délabrement devient plus angoissant, plus cruel. Chats sauvages, chiens perdus, rats et pigeons crevés. Des étalages vides attendent les marchands du petit matin. Puanteurs d’urine, eaux putrides. Sur un banc, visages émaciés, cheveux gras et bras maigres, un couple adolescent sombre dans le sommeil. Le jeune homme les observe du coin de l’œil. Une fois encore, il a le sentiment qu’ils seront morts demain… »
La trace que laissent des œuvres n’est pas forcément indexée sur le plaisir de la rencontre; il se pourrait que je garde souvenir de ce destin qui est tragique même après Franco; le malheur est posté au coin de la rue.
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Depuis le site "rue 89", Marie Françoise m'a envoyé ce dessin de Na:

vendredi 2 mars 2012

Petits morceaux :

Un conte :
Une souris vit dans une ferme et voit la maîtresse de  la maison installer un piège.
Elle va avertir ses amis la poule et le veau.
Mais ils n’en ont cure : « les pièges ne concernent que les souris ».
Un jour un serpent est pris au piège. En s’approchant la fermière est mordue par le reptile.
Elle tombe malade et son mari tue la poule pour nourrir sa femme.
Puis elle meurt, alors le mari tue le veau pour les funérailles.
(d’après Maria Malagardis dans Libé évoquant les problèmes de la Grèce).
Des chiffres : 
- L’évasion de l’argent dans les paradis fiscaux est de 30 milliards d’€uros, soit plus de quarante fois la fraude aux allocations familiales.
- Plus de 8 millions de français vivent en dessous du seuil de pauvreté (954€ mensuels).
Des listes :
«Notre Artificieux Souverain»,«Notre Majesté Immature», «Notre Turpide Leader», 
« Notre souverain Sapiens », «Nicolas le Névrosé», « Notre Leader enflammé », 
« Notre vipérine Majesté », « le Père du Déficit », « Le Protecteur des Grandes Fortunes », « Notre frivole monarque », « Notre trépidant tyranneau », « Notre Glaiseux potentat » , « Le petimonier » d’après Patrick Rambaud.
Les personnels de santé, de l’éducation, de la justice, de l’éducation populaire, du pôle emploi, des eaux et forêts fatiguent.
 Morano, Copé, Lefebvre, Bertrand, Pujadas, Guéant, Guaino, Apathie, Hortefeux , Ségala, Woerth.
« Merveuilleux » : Carla Bruni.
Du positif : De Jean Viard sociologue dans Libé :
"Maintenant, comment passe-t-on d’un discours de tragédie à un discours heureux ? On sort d’un imaginaire du monde pour passer à un autre. Dans cette mutation, chaque identité nationale a des armes [...] Reste la France. Qu’est-ce qui nous rassemble ? Nous sommes une nation très politique. Ce qui nous rassemble, c’est la philosophie des Lumières, la révolution française, la laïcité, la langue française. Ces quatre fondamentaux sont un système de valeurs - les droits de l’homme - qui nous caractérise. L’abandonner et tout s’écroule[…] Il faut se demander comment récréer un projet français collectif. On a réalisé quelque chose d’extraordinaire : on est au cœur du modèle social européen que tout le monde rêve d’imiter. Désormais, on a, au cœur des sociétés, l’investissement sur l’individu. Aujourd’hui, 40% des emplois consistent à s’occuper du corps des autres. C’est une révolution : éduquer, soigner, divertir. Et c’est d’ailleurs parce que l’on a autant investi sur l’homme qu’il est devenu aussi productif. "
...
Dans le Canard de cette semaine:

jeudi 1 mars 2012

La nature morte # 2 : le XVII° siècle, l’âge d’or.

Les natures mortes ne sont pas inertes, elles disent le monde et les saisons.
La conférence de Serge Legat aux amis du musée de Grenoble s’ouvre avec Le Caravage et se clôt avec « l’amour vainqueur » du peintre décidément au pinacle, bien que les Italiens n’aient pas été les plus prolixes en peinture d’objets. Sa corbeille de fruits exposée à Milan, par une vue de profil originale, annonce la modernité. Sur une autre toile du pape du clair obscur, le jeune garçon vieillira comme les fruits qu’il présente en train de se flétrir.
Le caractère moralisateur est très présent aux murs des églises et des palais quand advient la contre réforme : les sujets doivent être intelligibles. Plus de maniérisme : du symbolique ! Les Hollandais, eux, viennent d’être indépendants, ils se distinguent de la Flandre catholique par une minutie toute médiévale, les objets sont isolés, le décor austère, calviniste. Au début du siècle, les mets sur les tables sont modestes ; les harengs laisseront la place aux homards. Une vision paradoxale est présente sur bois, cuivre ou toile : l’accumulation des richesses ne déroge pas à l’humilité et à la pauvreté.
Willem Claesz Heda replie la nappe sur une moitié de table. Les verres magnifiques sont renversés : le plaisir a eu lieu, les objets sur fond monochrome donnent à réfléchir. Tout n’est que vanité. Les livres venant contrarier Le Livre dépérissent, fragiles comme bulles de savon, pétales tombés, et rejoignent la bougie éteinte, le crâne, dans la vitrine des futilités.
" La nature morte hollandaise est un arrangement qui est en train de se désagréger, c'est quelque chose en proie à la durée ". Paul Claudel.
Les bouquets évoluent et prouvent toutes les possibilités de la nature ainsi que la virtuosité des artistes, arrivant à une apothéose décorative. Si la Hollande des provinces unies a offert des natures mortes diversifiées, la Flandre sera la plus influente mettant en scène la profusion des victuailles en hommage à la beauté de la création.
Les Espagnols mettent en action les puissances surnaturelles et si le Christ apparaît chez Vélasquez au second plan, la cuisinière s’affairant à l’avant, les objets sont des compléments. Zurbaran le peintre des moines et Juan Sánchez Cotán le moine peintre peuvent être associés autour des « bodegóns » (natures mortes).
Une vanité de Philippe de Champaigne, le janséniste, s’intitule aussi : « Allégorie de la vie humaine ». Les français se consacrant au genre sont souvent influencés par des peintres du Nord qui installent leurs ateliers dans le quartier Saint Germain, ils sont remis à la mode par Louis XIV qui apprécie J.B. Monnoyer, peintre de fleurs.
Le bœuf crucifié de Rembrandt, à la puissance terrassée, repris par Soutine et Bacon, nous écorche encore.

mercredi 29 février 2012

Planète Grenoble. L’Alpe N° 55.

L’élégant trimestriel l’Alpe édité par les éditions Glénat et le Musée dauphinois consacre sa livraison de cet hiver à « La planète Grenoble » avec en couverture une vue à 360° de la capitale des Alpes prise depuis la tour Perret.
Beaucoup de photographies sont l’œuvre de Vincent Costarella qui a déjà cadré les différentes cultures caractéristiques d’une des villes les plus cosmopolites de France.
Un article original donne le point de vue des montagnes, et un navigateur passe des océans aux nuages, alors qu’une canadienne qui compare la ville à d’autres dans leur rapport à la montagne qui les environne livre son regard affectueux.
Doisneau était venu à Grenoble et si ces photos là ne sont pas passées à la postérité, elles illustrent des pages consacrées aux travailleuses de Brun en particulier, alors que les hommes en bleu de Nerpic par exemple ne sont pas oubliés.
Les discours à propos de Grenoble sont décryptés par Pierre Frappat, un expert qui publia en 1979 « Grenoble, le mythe blessé ».
Michel Destot en montagnard urbain dialogue avec un alpiniste parisien Robert Paragot.
Nous suivons JJ Rousseau herborisant dans les parages.
Et avant les pages recensant les expos, les rencontres, un article concernant la convention alpine pose, pour cette institution qui fête ses vingt ans, la question de sa raison d’être.
Un port folio chamarré ajoute du charme aux 86 pages qui reflètent bien le souci pédagogique permanent du Musée dauphinois.

mardi 28 février 2012

Paul en appartement. Michel Rabagliati.

J’avais adoré « Paul au Québec », chronique de la vie d’une grande famille, plus fort ; là j’ai retrouvé le gentil Paul dans ses années où il passe à l’âge adulte en s’installant avec Lucie.
Changement d’époque dans les années 80 : découverte du design et du marketing dans l’école de graphisme et approche de l’art contemporain. Pas de drame, la grand tante leur fait cadeau d’un masque africain témoin de sa vie aventureuse, on en verra la photographie à la fin des 110 pages du livre quand les petites nièces se cacheront derrière à la sortie du bain.
Familier, apaisant, chaleureux, limpide.

lundi 27 février 2012

Un homme qui dort. Georges Perec Bernard Queysanne.

Dans le cadre du cycle « Traversées Urbaines » la Cinémathèque de Grenoble présentait un film culte, « hypnotique » m’avait averti un de mes collègues cinéphile qui m’a permis d’étoffer cet article.
Plus que la déambulation dans la ville de Paris débarrassée de tout aspect touristique, c’est toute une époque parfumée à la Gauloise qui resurgit.
1974. Un étudiant vivant sous les toits, se déprend du monde en continuant à le lire
« Le Monde ». Une dépression douce où l’acteur Jacques Spiesser sur un texte lu par Ludmilla Mikaël, se montre indifférent, mesure la vacuité de la vie, en arrive à ne plus penser, sa seule attente est celle de la pluie.
Perec écrivait: « C'était le contraire des Choses..."Un homme qui dort " face à la multiplication des signes, la fascination, dit: « Vous m'emmerdez, ça ne me concerne pas votre petite échelle, vos promotions sociales. Je suis sac de sable sur un lit, je resterai sac de sable sur un lit. »
S’il est des « films miroirs » celui-ci est fendu, et en prolongeant une métaphore sculpturale : cette œuvre est née d’une soustraction de matière. Le cinéma a visé parfois à regrouper tous les arts : ici la musique née d’une goutte vient rejoindre une littérature à la recherche du mystère de l’individu : très occidental, très seventies.
Perec a été inspiré par Bartelby de Melville, décidément tendance ; est ce pour sa résistance, l'anti-transparence, chez un homme qui préfèrerait n'en rien faire : « I would prefer not to » ?
«Tu as tout à apprendre, tout ce qui ne s'apprend pas: la solitude, l'indifférence, la patience, le silence. Tu dois te déshabituer de tout: d'aller à la rencontre de ceux que si longtemps tu as côtoyés, de prendre tes repas, tes cafés à la place que chaque jour d'autres ont retenue pour toi, ont parfois défendue pour toi, de traîner dans la complicité fade des amitiés qui n'en finissent pas de se survivre, dans la rancœur opportuniste et lâche des liaisons qui s'effilochent.»

dimanche 26 février 2012

J'y suis, j'y reste. Raymond Vincy et Jean Valmy.

La compagnie de théâtre amateur « La dent du loup » présentait cette pièce des années 50 dans la salle bien garnie du Pont de Vence.
Ce vaudeville tint sa place dans les riches heures du « théâtre ce soir » quand trois coups étaient frappés avant que le rideau s’ouvre.
Prototype du théâtre de boulevard, avec boniche qui a perdu son plumeau, majordome, des personnages sautillants ingénus, sans-gênes, coincées ou roublards.
Mon jugement manquera de distance puisque je connaissais deux des comédiens qui nous ont fait partager leur plaisir de jouer.
Il est question de baronne, de cardinal, d’amoureux qui veulent se marier, dans un autre temps où  dans ce milieu se disait « on ne divorce pas chez nous ».
Les convenances ont bien changé, mais c’est toujours jouissif quand elles explosent, en trois actes rythmés.
Un moment agréable.

samedi 25 février 2012

Le Postillon. Décembre 2011.

Un camarade, veillant à mon salut idéologique, m’a recommandé la lecture du
« Postillon » que je ne m’étais pas privé de critiquer déjà sur ce blog.
Suite :
Dommage qu’il ne garde pas le format A 4 qu’il présente chez le marchand de journaux : une autre mise en page amènerait peut être plus de nerfs à des articles trop bavards qui ne tiennent pas ce qu’ils promettent dans les titres.
 Ainsi « Moody’s sévit aussi à Grenoble » nous accroche mais il ressort essentiellement que « le boss n’a même pas de cravate, mais une simple chemise et un pull très classique ». C’est du journalisme alternatif ?
Par ailleurs concernant le buraliste de la Place des Géants à la lecture de l’article, il s’avère qu’il n’est pas harcelé que par la police.
Le reportage sur les boulistes de Catane est vivant et le rédacteur a l’honnêteté de retranscrire l’avis de Marcel qui juge que « Destot a bien fait son boulot ».
 Ce témoignage tranche avec le ton général d’un journal accusateur, hostile, dénigrant, donneur de leçons contre les journalistes du Dauphiné Libéré, Grenew’s, M6, Jérôme Safar, Minatec, le SMTC, les maires de La Tronche, Echirolles, Pont de Claix …
Leur proximité avec les technophobes de « Pièces et main d’œuvre » les amène à traiter des mêmes sujets sur le même mode : Monéo, Clinatec.
Ils dénoncent « la pensée unique » tout en excluant dans chaque article la moindre mention d’une opinion qui n’est pas la leur. Ainsi ils s’opposent à la ligne ferroviaire Lyon-Turin .
Et quand ils évoquent les débats de « La république des idées » à la MC 2, leur mépris me range vigoureusement à l’opposé de ces postures.
Les statues du communisme ne sont plus présentes que dans quelques musées sous forme d’installations ironiques. Mais « le gauchisme, » qui fut disait Lénine en 1920, « la maladie infantile du communisme », même à dose résiduelle,cette grosse gauche godiche me donne toujours autant d’acné.

vendredi 24 février 2012

La faim dans le monde, une fatalité ?

« Toutes les cinq secondes un enfant de moins de 10 ans meurt de faim » : tout est dit.
 Et pourtant le sujet n’est plus très à la mode bien que dans les révolutions arabes la flambée des prix des céréales ait été la base des mouvements dont facebook n’a été que l’amplificateur.
Au forum de Libé à Lyon deux pointures pour aller chercher les causes du mal : Jean Ziegler et Jean Christophe Ruffin.
Le sociologue suisse remue la fourchette dans la plaie : « La production agricole actuelle peut alimenter 12 milliards d’humains » mais la spéculation sur les produits agricoles venant après la crise financière empêche les pays de constituer des réserves. Le riz a augmenté de 115% dans les 18 derniers mois :
« les spéculateurs sont coupables de crimes contre l’humanité ».
A cela s’ajoute le dumping qui rend, sur les marchés de Dakar, les fruits et légumes d’Europe deux fois moins chers que les produits africains équivalents. Et ces tonnes de blé et de maïs destinés aux agrocarburants qui partent en fumée au détriment de l’alimentation.
L’écrivain ex-ambassadeur précise que les famines ne sont pas que des phénomènes climatiques mais aussi humains avec des politiques agricoles inadaptées. Il ne désigne pas l’occident et ses institutions internationales comme uniques coupables mais pointe la responsabilité des gouvernements locaux concernant aussi les phénomènes de sous alimentation chronique.
Des marques de l’héritage colonial perdurent : le riz brisé tellement prisé au Sénégal est une survivance des premiers envois vers l’Afrique des débris des productions du Tonkin.
Les campagnes sont négligées, l’Afrique a perdu de ses ressources agricoles en devenant à moitié urbaine et la vente des terres arables à la Chine menace les populations locales.
Le bon sens qu’on prêtait aux paysans a bien disparu puis qu’il est utile de repréciser qu’il conviendrait de
 « donner la priorité à l’alimentation dans l’agriculture » 
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Un dessin du Canard de cette semaine:

jeudi 23 février 2012

La nature morte de l’antiquité à nos jours. #1 Entre réalité et symbolique

Serge Legat commençait un cycle de conférences aux amis du musée.
La nature morte c'est la peinture d'objets. L'expression, assez péjorative, apparaît en France au 18ème, alors que, depuis le 16ème les Provinces Unies parlent de « Modèle Immobile » et que les Anglais utilisent le plus poétique « Still Live » (vie tranquille). Assez lié au monde du théâtre (trompe l'œil, décors), le genre est considéré comme mineur en France jusqu'au 18°, il figure au cinquième rang, le dernier du classement académique.
Peu de traces de cette catégorie de représentations subsistent aujourd'hui, venues du monde grec et hellénistique.
Par contre d’Herculanum et Pompéi du 1er au 4ème siècle à Rome, abondent les décors de scène, imitations d'objets, trompe l'œil, sur les mosaïques et les fresques.
L'effondrement du monde romain entraîne la décadence de la nature morte qui devient uniquement « symbolique » du christianisme : l'objet n'a pas de raison d'être par lui-même, il est complément et se doit d'être beau car associé au message mystique comme dans la Cène. Avec l'Art Occidental, c'est le retour à l'observation et au naturalisme.
La pensée d'Aristote le rationaliste, soucieux des choses matérielles, des inventaires méthodiques et de la systématisation. est redécouverte. L'influence de St François d'Assise, de St Thomas d'Aquin qui écrivent sur l'importance de la nature, font, à la fin du Moyen Age, que l'objet devient digne de l'amour du chrétien. A Padoue, à Sienne, à Florence les artistes comme Giotto s'y intéressent. L’Italie cherche la perfection et en Flandre les peintres amènent de l'homme à Dieu. Dans le monde nordique, on représente de plus en plus d'objets du monde religieux ou profane. La Vierge par exemple est peinte dans le cadre de la vie quotidienne, souvent dans des intérieurs flamands bourgeois chez Van Eyck ou Campin. La représentation de l'objet prend de plus en plus d'importance dans le tableau, chargée de symboles : Le lys est l’immaculée conception, la pureté, la rose c’est Marie et la bougie éclairée la lumière de Dieu qui éclaire l'humanité
 Au 17eme au revers de triptyques ou diptyques apparaissent « les vanités ».
Merci à Dany qui a pris ces notes.

jeudi 16 février 2012

La rigoureuse géométrie de Mondrian.

Pieter Cornelis Mondriaan, le peintre complexe, va aussi simplifier son nom en Piet Mondrian.
Né en 1872 en Hollande dans une famille calviniste, il est inquiet du passage vers l’an 1900.
Ses paysages influencés par Van Gogh traitent des données permanentes des Pays Bas : l’eau, le ciel, la terre, puis il abandonne le vert pour le rouge, le bleu, le jaune : les primaires.
Ses références remontent à l’âge d’or de son plat pays, au XVII° siècle: quand il sera reconnu comme « le Rembrandt de la modernité », quelle lumineuse consécration !
Catherine De Buzon conférencière a apporté ses éclairages aux amis du musée de Grenoble:
« comment ce jeune homme fragile, pauvre, peu instruit va-t-il, au fil d’une traversée de l’image, conduire la peinture sur les terres conceptuelles de l’abstraction ? Des années de recherches formelles pour travailler ensuite durant vingt ans sur l’exclusive (ou à peu près) d’une surface peinte avec verticales et horizontales, le noir et le blanc et les trois couleurs primaires. 
Sept signes, comme sept notes et toute la musique du monde ! » 
La peinture est « una cosa mentale » depuis Léonard de Vinci, autrement dit, avec Klimt, une affaire intellectuelle : la peinture se fait dans l’atelier, les sous bois forment des rythmes une fois que les images de la promenade se sont sédimentées.
S’il peint des fleurs pour répondre au goût du public, il poursuit ses recherches apportant dans une grande rapidité d’exécution, des couleurs tonitruantes.
Il revendique l’artificialité de la peinture, la perspective disparaît, mais pas sa ferveur quand les branches sont comme des arches de cathédrale.
En 1909, année heureuse, il se fiance et révèle au public un rouge moulin archétypal incandescent, audacieux, extravagant. Ses dunes sensuelles, ses accords chromatiques évoluent vers plus de froideur mais lorsqu’il dérive vers les théosophes, le public ne le suit plus. Kröller-Müller va l’aider financièrement, un moment.
Avec les cubistes Picasso, Braque, à Paris, ses formes se décomposent, se recomposent. A partir de la représentation d’un immeuble en démolition, il fortifie sa géométrie peuplée de signes plus et de minus (moins) qui apparaissent dans des ovales, des carrés reposant sur un angle.
Un critique d’art Theo van Doesburg lui propose un vitrail à partir d’une de ses propositions ; désormais les couleurs primaires enchâssées dans des lignes noires vont constituer son champ de recherche de pureté, son chant d’amour divin. Il ne veut pas de cadre à ses tableaux, pour que la lumière respire.
Une bombe dans son jardin de Londres lui fait surmonter ses réticences à partir pour New York.
Lui qui influencera l’architecture était fait pour rencontrer cette ville.
Il recommandera Pollock à Peggy Guggenheim et saura exprimer les rythmes le jazz rigoureusement, harmonieusement.
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 Je reprends la publication des articles sur ce blog dans une semaine.

mercredi 15 février 2012

Toulouse.

Quelle ville en dehors de Paname a pu se voir dédier une chanson comme Nougaro le fit si bien ?
C’est que la ville rose ne manque ni de caractère ni de couleurs :
quelques traits verts (46 jardins) et trois canaux,
du violet des violettes rapportées de Parme par un soldat de Napoléon qui ont bien poussé quand les maraichers avaient un répit,
avec le bleu du pastel qui fit la fortune éphémère de la ville occitane,
le rouge et noir des capitouls est depuis 1907 celui du stade toulousain.
Capitale de la région la plus vaste Midi Pyrénées, 3° ville universitaire, avec 15 000 habitants nouveaux dans l’agglomération par an.
Au Nord : le bourg autour de la basilique Saint Sernin occupe un des lobes d’une ville en forme de cœur alors que la cité autour du Capitole en dessine l’autre moitié sur la rive droite où la Garonne change de cap. Après les romains au premier siècle et les Volques Tectosages, tribu gauloise, les Wisigoths se sont arrêtés là entre océan et Méditerranée.
J’ai appris à cette conférence de Myriam Pastor, aux amis du musée de Grenoble, qu’un plat emblématique français, le cassoulet, était à l’origine un ragout de mouton bien sarrasin.
La ville est prospère au temps des comtes de Toulouse et des capitouls ; les Raimond se succèdent. La religion cathare a séduit 2000 personnes dans la ville qui comptait déjà 40 000 habitants. La croisade contre ces albigeois menée par Simon de Montfort qui fut tué lors du siège de Toulouse, laissa des traces durables. Des épidémies ravagèrent la population et un incendie gigantesque détruisit 7000 maisons, mais si l’indigo des colonies supplanta le pastels, des fortunes eurent le temps de s’édifier pendant l’âge d’or où les coques , boulettes qui rassemblaient ces herbes précieuses, valurent le terme de « pays de cocagne » à la région.
Cent clochers dominent les toits de tuile et 49 tours capitulaires dépassent des bâtiments assez peu élevés en raison de la nature alluviale des sols.
De nombreuses confréries ont laissé des cloitres agréables, des chapelles remarquables.
Les anciens abattoirs reçoivent des œuvres contemporaines depuis un rideau de scène gigantesque de Picasso, et la fondation Bamberg accueille dans un hôtel particulier renaissance 35 tableaux de Bonnard. Le métro, dans chacune de ses 38 stations, présente une œuvre contemporaine.
L’aéronautique emploie 30 000 salariés mais la ville ne veut pas s’enfermer dans une monoculture industrielle qui fait sa renommée.
La description d’une telle ville convenait tout à fait bien à une évocation artistique, historique.
Pourtant s’il a été fait mention de l’accueil des républicains espagnols, quelques mots concernant par exemple le quartier du Mirail auraient pu étonner les amateurs de cartes postales mais m’auraient personnellement contenté, car il me semble qu’on y travaille à la police de proximité, malgré l’autre.

mardi 14 février 2012

Inès. Loïc Dauvillier. Jérôme d’Aviau.

Femme battue.
Face à l’incroyable : quand en France par exemple, une femme meurt tous les trois jours des suites de violences domestiques, on s’indigne et on oublie.
Le traitement de ce sujet, dans cette BD, est vraiment bien mené :
ce n’est pas un fait divers spectaculaire, mais une histoire inscrite dans un univers banal où les mots sont rares. Les voisins doivent-ils intervenir ?
Le copain qui passe et ne voit rien, ou ne veut pas voir.
Les images montrent la monstruosité mais aussi la tendresse désespérée, la petite si petite et ses grands yeux innocents et la maman qui s’accroche.
Pas d’effets grandiloquents, l’efficacité est plus évidente dans le dépouillement et la sobriété.

lundi 13 février 2012

Sur la planche. Leïla Kilani.

Une jeune ouvrière venue de la campagne travaille le jour à décortiquer à la chaîne des crevettes dans le port de Tanger.
Le soir, sous sa robe traditionnelle, elle a enfilé un blouson et un jean pour se livrer à des trafics, à des larcins : elle se déchaîne.
Elle n’est pas folle la guêpe, pas épaisse de corps, mais d’une vitalité, d’une verve poétique qui transmet une énergie extraordinaire au film.
La réalisatrice marocaine pour sa première fiction décrit une réalité sociale crue à travers une intrigue policière qui se permet de commencer par la conclusion, en restant passionnante, tant les rapports dans la petite bande de voleuses, « bricoleuses de l’urgence » qui jubilent, bougent, se cassent, sont au cœur de la vie.
Les clichés ensoleillés sont loin, mais la mondialisation a les coudées franches au bord des zones tranchantes.

dimanche 12 février 2012

Zebda. Second tour.

Le phénomène politique et musical, avait séduit il y a huit ans à la fois les campings et Le Lubéron : les toulousains sont enfin de retour.
Les temps ont changé depuis le toilettage des grands chants de lutte, désormais la question devient lancinante : où en sont les promesses ?
 « Dans le parcours qu’ils appellent Jules Ferry
 C’est les mêmes qui ont les places les plus pourries »
La pochette du CD est illustrée par la photographie de1952 de Mimoun derrière Zatopek grimaçant dans le sprint final. Un athlète dont on a oublié le nom chute derrière le duo mythique.
Dans le morceau qui passe le plus volontiers, un marché s’installe autour de l’église, le dimanche matin,  alors les marchés-de-Provence chantés par Bécaud sont définitivement fossilisés,
« Des roumaines même l’air vague
Te font regretter une bague 
Il faut qu’elles fassent de l’argent 
Sinon on les astique au détergent » 
Une chanson est consacrée aux femmes voilées et leurs silhouettes en traversent d’autres.
« Est-ce un principe de précaution 
Ces barricades de chiffons 
Et s’il fait peur à l’Amérique 
Ce look casse pas des briques » 
Les certitudes en ont pris un coup et si l’ironie, l’énergie sont là, la forme interrogative prime.
« Deux écoles chez nous se tiraient la bourre 
L’une disait « soit érudit » 
L’autre chuchotait « remplis ton caddie » 
Si je crois percevoir quelques désillusions dans leurs paroles, j’aime que leurs musiques continuent à m’entrainer.
« Ce jour là je me sens pas seul 
Putain qu’est ce quelle prend dans la gueule l’identité nationale » 
Leur démarche est civique, mais la belle chanson sur les mains ne constitue pas vraiment une défense du travail manuel, alors qu’ils se veulent des « ouvriers » de la musique et de la poésie. Parole d’instit’ qui échappa à la fourche. Leur faculté d’interpeller est intacte dans la « correction » quand la société n’arrive pas à aller au bout de la phrase : « les hommes naissent … libres et égaux… » 
 Non, Mouss ne finira pas en « guitariste chilien », mais la politique avec ces airs là reprend de la couleur et une grinta de bon aloi.
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 F. Morel de vendredi sur Inter :

Les mots des pauvres gens par franceinter

samedi 11 février 2012

Ecrire est une enfance. Philippe Delerm

« Le petit maître » que le prof de lettres aurait aimé être en peinture, il l’est pour moi en littérature. L’amateur de Proust, ambitionnait d’être édité dans la blanche de Gallimard mais sa sincérité, sa simplicité, sa modestie n’en font qu’un écrivain pour instituteur. C’est pour cela que je le comprends, que je l’aime, avec toutes ses contradictions, dans sa fidélité à son amour de jeunesse, Martine sa femme, et dans son admiration sans vergogne envers son fils Vincent.
Il revient sur ce qui l’a constitué comme écrivain, ses premières lectures, Crin Blanc,
« l’école comme un royaume », ses phares inattendus : Léautaud et Jules Renard,
ses soutiens dans le monde des lettres : D’Ormesson, Le Clézio, Gerber.
Il remonte à la genèse de certains de ses livres, et dit son admiration d’Hamerchoï, Barbara, des Vestiges du jour.
Lui qui sait bien doser mélancolie et bonheur, revendique ce qu’on médisait de lui :
« l’art d’accommoder les restes ». 
Il évoque les images de vocabulaire qui occupaient les murs des classes :
 « Une perfection douloureuse émanait de ces représentations du monde saisies dans la ligne claire du graphisme. Douloureuse, parce que dans le jardin potager, le jardinier qui bêche son coin de terre ne se disputera jamais avec la jardinière, que l’enfant qui cueille les cerises les pieds sur le quatrième barreau de l’échelle profite à l’infini de cette harmonie indestructible, qu’il peut être tout aux cerises, rien ne sera jamais menacé. Bienfaisante pour les mêmes raisons, bien sûr. Le monde de l’école protège, arrête sur image. Tout est simple clair. » 
 Du Delerm.