mercredi 4 novembre 2015

San Gimigniano.

La silhouette de la ville de Géminien, évêque du IVe siècle est caractéristique avec ses 14 tours qui furent plus de 70 à l’époque de la splendeur… plus que New York comportait de gratte-ciels.
A l’abri de ses triples enceintes, la bourgade de 7000 âmes a conservé les caractéristiques architecturales des XIIIe et XIVe siècles depuis qu’Etrusques, puis Guelfes et Gibelins marquèrent l’histoire.
La vue est belle depuis la ville « delle Belle Torri » qui figure au patrimoine mondial de l'UNESCO : les touristes y abondent.
A l’intérieur du Duomo, les fresques de Ghirlandaio évoquent en particulier Santa Fina, une jeune fille très pieuse, condamnée à être dévorée par les souris et les vers.
De part et d’autre de la nef, des œuvres à l’expressivité remarquable, magnifiquement conservées, permettent de réviser ou de s’initier à l’ancien et au nouveau testament.
Les visions de l’enfer de Tadeo di Bartolo sont spectaculaires et le célèbre  martyr de Saint Sébastien, par Benozzo Gozzoli est intéressant à comparer avec l’interprétation d’autres peintres.
Au Palazzo comunale où Dante passa en 1300, de belles fresques plus profanes avec des scènes de la vie conjugale, celle du podesta d’alors, sont également intéressantes.
Si les peintures modernes qui voisinent avec les objets du musée archéologiques ne révolutionnent pas l’histoire de la peinture, un petit tour à la Spezieria di Santa Fina, annexe à l'ancien hôpital, a gardé sa pharmacie.

mardi 3 novembre 2015

Les filles de Montparnasse. Nadja.

L’auteure est la sœur de  Grégoire Solotareff lui aussi illustrateur de livres pour enfants, leurs styles ont un air de famille, ils ont d’ailleurs travaillé ensemble.
Ici les gouaches de celle qui fut connue avec Le Chien bleu font tout l’attrait de ce livre mais magnifient à mon avis un peu trop l’époque au sortir de la commune dont le traitement certes charmant et expressif s’avère superficiel.
Les filles sont jolies et les jupons seyants :
« Amélie écrit, Garance peint, Elise veut devenir chanteuse, Rose-Aymée est modèle ».
Elles vivent ensemble, elles sont légères et les hommes lourds.

lundi 2 novembre 2015

Notre petite sœur. Kore Eda.

Film positif donc complètement original dans un ensemble de productions vues à Cannes où la violence occupe les écrans.
Trois sœurs aux caractères différents, mais unies, vivent dans une maison ancienne, elles accueillent leur demi sœur née d’un père qui a refait sa vie plus loin. Celui-ci vient de disparaitre. Elles vont élever la pétillante petite, s’apprivoiser. Toutes ces belles femmes, belles personnes, sont des battantes, tendres,  fines, drôles et généreuses. Ce que je sais du cinéma japonais qui interroge sans cesse sur la tradition et la modernité m’enchante souvent particulièrement pour sa façon de traiter de la famille avec délicatesse et profondeur.
Ce film parle de douceur, de bonheur, il fait du bien sans mièvrerie.
Deux adolescents sous un tunnel de cerisiers en fleurs sont bouleversants.

dimanche 1 novembre 2015

Coup fatal. Alain Platel.

Concert et danse: treize musiciens, danseurs, chanteurs, un contre-ténor, Bach à la senza, les épaules roulent, Monterverdi au balafon, « J’ai perdu mon Euridice » de Gluck, les genoux tremblent, « To Be Young, Gifted and Black » de Nina Simone, Haendel à la guitare, Vivaldi aux percussions, les arrières trains ont de l’entrain, les mains battent.
Serge Kakudji, le tout jeune soliste a une voix émouvante et un bassin qui ondule furieusement, il fait le lien entre les musiques baroques et les rythmes yéyé congolais sous les ordres du chef Rodriguez Vangama muni d’une guitare à deux manches aux sonorités jazz et rock.
Le mélange, le métissage sont souvent revendiqués, mais rarement  réussis à ce point, ils s’enrichissent mutuellement.
En deuxième partie, les artistes reviennent sapés comme à  Kinshasa, ville de la SAPE (Société des Ambianceurs et Personnes Elégantes) avec des couleurs éclatantes aux accords décalés, des assemblages de vêtements inédits, en dandys drôles et entrainants.
Ce soir, je suis revenu quarante ans en arrière, quand dans le quartier Mozart de Douala des airs de rumba s’élevaient des « maquis » (restaurants  boite de nuits).
Aujourd’hui l’actualité violente recouvre d’un voile noir le continent noir.
De la joie de vivre, de la complicité, de la vitalité, viennent de nous être données pendant près de deux heures, pied au plancher.
Le décor constitué de rideaux qui bruissent, évoque les étés d’antan chez nous, il a été réalisé par Freddy Tsimba, un plasticien, avec des douilles de munitions qui abondent là bas.
Platel qui a coordonné ces énergies, au bout d’un long processus, livre ses intentions :   
« J’ai aujourd’hui la conviction que l’on peut se rebeller, faire preuve de subversion, non pas en racontant l’objet de sa rébellion, mais en rendant compte d’une joie de vivre qui résiste à la misère et qui semble nous faire défaut ici, en Europe. »
Peu importe que nous n’ayons pas compris le titre, nous avons vibré de toutes nos membranes.

samedi 31 octobre 2015

Le roi disait que j’étais le diable. Clara Dupont Monod.

Je n’aurai pas retenu ce livre d’une journaliste que j’avais entendue bavarder dans le poste, mais comme ces écrits m’ont été recommandés par une amie qui s’y connait en histoire, je me suis plongé dans ces 230 pages, d’un trait, avec délices.
Aliénor d’Aquitaine, Louis VII, Troubadour et croisades me semblaient si lointain, encore que  des échos de tant de pratiques d’un autre âge nous parviennent chaque jour.
«  on me pousse vers la fête bouffonne où le corps a dévoré les livres »
Cette littérature prenant ses libertés m’a convaincu :
Robert de Poitiers, l’oncle raconte :
«  Et dans sa main, il y avait ma tête, qu’il lâcha dans une boîte en argent pour l’envoyer au calife de Bagdad. »
Je suis allé me documenter sur celle qui fut  successivement reine de France à 13 ans et d’Angleterre à 28 ans et sur son premier mari à l’orée de la guerre de 100 ans, elle dont la vraie vie est éminemment romanesque. Et Antioche.
Il y a du bruit, des odeurs, de la fureur, même si le procédé de journal intime en parallèle joue un peu facilement sur les oppositions : le religieux homme du nord embarrassé et la femme du Sud Ouest libre et déterminée. L’amoureux transi va tourner à l’entêté sanguinaire, calamiteux chef de guerre, mais finalement je l’ai préféré à la belle méprisante multipliant les phrases fortes :
«La puissance ne se mesure pas aux phrases que l’on prononce mais aux coups que l’on donne. Les mots, eux, sont pour les poètes. Pas pour les rois. »
« La joie est stupide. Elle s’offre facilement. C’est l’émotion la plus reconnaissable, donc la moins perfide. Elle fendille les visages avec la stupeur un peu niaise de se découvrir léger. Rien n’est plus angoissant qu’un être joyeux. Comment peut-il ignorer la faim et les menaces ? La joie produit de mauvais combattants. Je lui préfère la colère, c’est une autre histoire. Elle fait bouillir le sang. Elle est la forme même de la vie, sa première vocifération. Elle peut trahir. J’aime la colère parce qu’elle a toujours quelque chose à révéler. »
« La duplicité, l’abbé ! La duplicité que vous ne supportez pas, et qui est la marque des gens honnêtes »

vendredi 30 octobre 2015

Madame H. Régis Debray.

Depuis quelques mois Régis Debray me manquait http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/03/un-candide-sa-fenetre-regis-debray.html  pourtant cette fois je ne sors pas enthousiaste de ses 150 pages aux accents parfois crépusculaires, narquoises, drôles et brillantes.
Si Joffrin en mal de créneau porteur, ne l’avait casé côté réac et réactivé chez moi le devoir d’admiration inconditionnelle envers « 
Fukuyama la théorisa, mais d’un chant qui mouillait les yeux quand il convoquait les héros aux grandes heures du passé.
Gagné par l’air du temps allégé en sucre, il abuse de l’auto dérision. Sa rencontre imaginaire avec le général De Gaulle finit d’une façon burlesque : il arrive à l’entretien tellement bourré qu’il se fait virer. Son éloge des fumeurs de pipe est plaisante mais pas vraiment indispensable quand s’hystérisent les débats autour du souverainisme, des frontières.
Mais il a déjà tant clamé dans le désert des studios et le vide des éditos, son amour des majuscules à Peuple et Ecole.
«  Que pèse un édito à côté d’un otage décapité ou d’un cormoran mazouté ?
Une thèse de cinq cents pages à côté de la petite phrase, aussitôt reprise ?
On ne sait plus lire si l’on ne sait plus voir, et l’on ne parle plus que de ce qui s’exhibe.
L’image ou le néant. »
.........
Le dessin de la semaine du « Canard » :

jeudi 29 octobre 2015

Picasso, peintre d’un siècle. Christian Loubet.

La conférence initialement intitulée « Picasso au cœur de la révolution plastique du XX°siècle » a fait salle comble aux amis du musée.
La saison commence fort autour de ce que Picasso a reçu et ceux qu’il a formés.
Inutile de citer chaque tableau, leur nombre considérable confirme l’idée de l’envergure du personnage, pour lequel une autre approche est proposée, ne suivant pas forcément toutes ses remises en question au rythme de ses amours renouvelées.
Mais oui, il avait peint un « Moulin de la galette », dans les rutilances des couleurs de Lautrec, celui là est au Gugenheim.
Il avait 19 ans en 1900.Héritier des post impressionnistes, symbolistes, expressionnistes, c’est au Gréco qu’il emprunte pour l’ « Enterrement de Casagemas », son ami.
« La vie » peint dans une période noire cite Gauguin.
Si le personnage d’Arlequin exprime l’inconstance, l’éparpillement,
Pablito, « Paul » hérite du costume et clôt une époque aux couleurs roses et bleues.
Quelques autoportraits amènent bien au-delà de « 50 nuances de soi », ils ne délivrent pas une vérité de surface : jeune, il n’a jamais porté la barbe, et dans son dernier tableau, le vieux regarde la mort en face.
L’explosion des « Demoiselles d’Avignon » à l’origine de la révolution cubiste, tenait à Braque en « cordée » avec lui, mais aussi aux déchirements avec Fernande, à Cézanne et aux masques primitifs. Réalisée en 1907, la toile sera présentée 10 ans plus tard.
« Ce qui m’intéresse c’est la maladresse de Cézanne »
« L’art africain, connais pas »
Après avoir enregistré le XIX°,  rendu hommage à Ingres, il n’a jamais fait table rase du passé. 
Une fois franchi le mur de la figuration, il revient un moment à des figures sensuelles, des modèles lisibles. La « Femme assise les bras croisés »  c’est Sarah Murphy au moment où il divorce avec Olga
et rencontre Marie Thérèse avant Dora Maar.
Ses drames intimes se disent dans la figure du Minotaure et les séries des corridas.
L’icône du XX° siècle, « Guernica », ne fut pas forcément comprise par les républicains qui la présentèrent à l'exposition universelle de Paris en 1937.
Leiris disait de ce tableau de 7 m, devenu intemporel, faisant écho à Goya:
«  Picasso nous envoie notre lettre de deuil, ce que nous aimons va mourir »
A Antibes, voisin de De Staël, lui qui passe entre abstraction et réalisme,
il rivalise en gentleman avec Miro et Matisse dans un cubisme cursif.
Depuis les formes inspirées des vases grecs, en bord de Méditerranée, il recompose formes et thèmes dans une diversité de styles  qui dressent un inventaire de la peinture : 27 versions du déjeuner sur l’herbe pour « assumer l’héritage de Manet ».
Il déconstruit et reconstruit autour de Delacroix, en presse tout le suc, avec ses « Femmes d'Alger dans leur appartement » (14 exemplaires).
Si sa tentative est confuse dans « Le massacre des innocents » d’après Poussin, les Ménines de Vélasquez sont citées 44 fois et susciteront des émules avec des artistes comme Erro :
Gris, le coloré, fut un compagnon de route comme le rayonnant Delaunay, et Léger le « tubiste ». La dérision de  Duchamp s’abreuvera à l’œuvre gigantesque de celui qui  mourut à  Mougins en 1973 à l’âge de 91 ans.
Il inspirera aussi ceux de l’abstraction géométrique, Malevitch le faux naïf, Mondrian, Rothko, peintre des champs de couleur, les expressionnistes divers : futuristes et autres Lichtenstein , Hockney, l’Equipo Cronica, ceux qui exhibèrent les corps : Bacon, Freud, Niki de Saint Phalle,
Combas, Adami, Monory…
Pablo Picasso est devenu l’emblème d’un siècle qu’il a fourni abondamment en objets inédits, sans avoir perdu le fil de ses ancêtres. Il fut le témoin d’une époque où « les matadors tout puissants ont rendu les vaches folles où les massacres technologiques ont banalisé Guernica … »
Depuis « Le peintre matador qui a tué l’objet de son désir », certains  ont exploré d’autres supports, comme Warhol,
ou cherché dans les écritures : Garouste,
les associations d’idées : Dali,
les surréalistes ont trouvé des fantômes,
et les abstraits ont fait tapisserie.
Vidéos.
Ernest Pignon se lança en peinture à cause de lui :
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/03/ernest-pignon-ernest-fantomes-et.html

mercredi 28 octobre 2015

Volterra.

La ville de 10 000 habitants est à taille humaine, mais bien présomptueux serait celui qui ferait le tour en un jour de ses 3000 ans d’histoire.
Voisine de Pise la gibeline, la ville avait choisi Florence la guelfe, qui à la fin du XVe siècle mit fin cependant à son autonomie.
L’architecture médiévale bien conservée ( Piazza dei Priori) nous a ravis comme la vue depuis la falaise dominant la belle campagne environnante.
Si comme à Carcassonne, il y a un musée de la torture, nous n’y avons pas mis les pieds, préférant aborder les Etrusques en leur musée, celui  du collectionneur Mario Guarnacci (XVIIIe), l’un des plus anciens d’Italie qui  a nous conduit de la préhistoire à l'époque romaine.

Bronzes, céramiques noires, et surtout des urnes funéraires en terre cuite, en albâtre témoignent d’une très riche civilisation demeurant assez mystérieuse.
Hommes et femmes aux traits très réalistes figurent sur les trésors antiques qui foisonnaient dans les environs. Dans la classe supérieure, les rapports entre conjoints étaient plus égalitaires que dans bien des contrées d’aujourd’hui.
Tant de sculptures accompagnant les morts témoignent d’une belle vitalité et une figure filiforme surnommée  par D’Annunzio « L’ombra della sera » fait penser à un Giacometti sans aspérité, reliant 300 ans avant JC aux 2000 après lui. Un paysan trouva cette statuette et s’en servit comme tisonnier.
Les Étrusques qui accédèrent les premiers au poste d’empereurs à Rome avant de se dissoudre dans la civilisation latine venaient-ils d’Anatolie ou des Alpes ? 
Leur langue était aussi atypique que le basque derrière d’autres frontières. Commerçants avec les grecs, ils prirent le pas sur les Phocéens pour une suprématie dans cette partie de la Méditerranée.
Merci au « Routard » qui nous a indiqué le restaurant La Carabaccia, piazza del XX Settembre( date de la fin des états pontificaux en 1870), sans prix excessif qui aurait pu se justifier par l’originalité et l’authenticité de plats «  Slow food ».
De baptistère en Duomo, nous n’aurions pas porté une particulière attention à La Descente de Croix de Rosso Fiorentino si des artistes contemporains ne l’avaient réinterprétée et régénérée  mettant en lumière la force du tableau de 1521.


mardi 27 octobre 2015

Le papyrus de César. Jean-Yves Ferri. Didier Conrad.

A Carrefour, j’ai mis dans mon chariot le 36° album d’Astérix, notre familier compagnon, sachant que cette livraison était  plus en prise avec l’actualité que son histoire précédente
Il est question de l’univers de l’information et tout pourvoyeur de poubelles à papier ne peut que se réjouir de tant de clins d’œil.
Promoplus, conseille à César qui a fini de rédiger « La guerre des Gaules », de caviarder le chapitre concernant ses déboires en Armorique où un village d'irréductibles gaulois résiste.
Ce gars là, le communiquant,  croise Doublepolemix, une variante d’Assange, colporteur sans frontière, qui rêve de «  Canalis », un tuyau : un scoop quoi !
« Je n’ai pas conqvis toute la Gaule »  ces aveux de Jules César qui font trembler l’empire ».
Les oiseaux font « Tweet »  et Gasdechix, un copain de promo de Panoramix, utilise un roseau  pour communiquer car :
« Pas de roseau pas d'appel. » 
Les jeux de mots fusent, les coups pleuvent sur les romains, Bonnemine, la femme du chef a pris de l’assurance, le barde ne finit pas ficelé et son intervention en procédure d’urgence est déterminante. Obélix essaie de suivre son horoscope et se rédime, relativement, côté viande rouge.
Le précieux chapitre sur papyrus, moteur du scénario, a été sauvegardé  grâce à Bigdatha, un scribe numide (un « nègre »), Panoramix va le faire enregistrer  par son très ancien maître  qui vit dans la  légendaire forêt des Carnutes. Goscinny et Uderzo apparaissent en post scriptum comme héritiers de cette tradition orale :
« Les écrits s’envolent, les paroles restent »
Pourtant quelques défaillances de mémoire apportent le trouble sur la relativité de la vérité historique:
« Etait ce Paroxistix ou Panélectrix ? »  

lundi 26 octobre 2015

Fatima. Philippe Faucon.

Une des filles d’une femme de ménage ne veut pas nettoyer la merde des autres comme sa mère. Et il n’y a pas que les beurettes dans cet état d’esprit !
Sujet  crucial quand s’ajoutent au conflit des générations, les barrières de la langue.
Ce film court est intéressant, même si ce n’est pas un grand film. Il aborde la vie en banlieue sans esthétisme, ni misérabilisme, avec optimisme et honnêteté, pour moi, avec justesse.
Faut-il que le cinéma français soit si peu social pour que l’on s’étonne à ce point de pousser une porte d’appartement sans vue sur la mer, ni délice bio dans le frigo ?
Adapté du livre autobiographique de Fatima Elayoubi, la Fatima du film interprétée par une actrice non professionnelle totalement investie, trouve dans l’écriture en arabe, un moyen de se guérir de bien des douleurs.
Cette femme est attachante, car si elle n’a pas tous les codes, son énergie, sa finesse peuvent clouer le bec en douceur de bien des grandes gueules. Cependant son courage ne l’élève pas au rang d’ « héroïne du quotidien », expression qui vient trop facilement à l’esprit. Elle n’est pas une exception : combien de mères souvent bien seules élèvent leurs enfants, du mieux qu’elles peuvent ? L’une des filles travaille et n’écoute pas les appels « osez osez Nasserine » vous amuser, elle commence des études de médecine, la plus jeune proche du décrochage, a de la verve mais se trompe de colère, pour l’instant.

dimanche 18 octobre 2015

Nobody. Falk Richter Cyril Teste.

Encore du cinéma au théâtre ! Bien mieux : le dispositif avec un montage virtuose en direct, met à égalité cinéma et théâtre et revivifie les expressions artistiques en pleine cohérence avec le sujet.
Il est beaucoup question des apparences, de la communication, tout au long d’une heure et demie très rythmée, éminemment politique. Les caméras au plus près, depuis des emplacements prévus au millimètre, accusent la perte de l’intimité. Les images ne sont pas illustratives.
Les dialogues visent la vérité et les protagonistes débarrassés de toute politesse, de tout sentiment de culpabilité, ne peuvent à leur tour que se montrer sourds au verbiage ambiant, pour survivre. La perte du sentiment d’utilité sociale ne se partage guère, malgré les dispositifs omniprésents appelant au dialogue, elle mine les personnalités au plus profond.
A quoi sers-je ?
La vie d’un groupe humain, confiné dans un espace tellement clean, est passée au scanner, loin de comédies autour de la machine à café, ne manquant cependant pas d’un humour, noir sur blanc, chirurgical.
Au-delà de la vie d’une entreprise de « consulting » c’est la description à peine soulignée de la deshumanisation de toute une société qui a les Macron qu’elle mérite !
Et s’il ne dit pas que des bêtises ce ministre, les consultants de cette pièce-ci, qui s’essayent à la culture comme si c’était un sport, font peur par leur cynisme, leur violence.
Leur vie est vide, nappée de mots des plus porteurs qui  arrivent à nous faire horreur :  implication, équipe, travail…
« Outsources unlimited, Drive permanent, hight speed, case team Meeting, performance ». 
Dans l’open space, le tutoiement obligatoire est obscène, quand aimer ne signifie plus rien, et que la compétition a tout emporté. Alors que la créativité est requise, le conformisme est de mise.
Bien que vus derrière des vitres, et par écran interposés, les comédiens sont étonnants de justesse, à proximité de nos inquiétudes intimes, interrogeant nos avis définitifs et nos solitudes.  
................
Je reprends la publication d'articles dans une semaine. 

samedi 17 octobre 2015

6 mois. N° 10. Automne 2015.

300 pages de photographies dont chacune apparait d’autant plus unique que nous sommes recouverts d’images.
Evitant de trop séjourner sous les fourches caudines des perches à selfie, ce semestriel permet de trouver des éléments de réflexion qui vont bien au-delà d’un cadrage ou d’une lumière.
Les photographes en majesté ici nous invitent à la modestie en même temps que se cultivent nos envies de photographier.
Ce numéro comme son cousin XXI le fait avec l’écrit est centré sur un thème principal :
« Un milliard de touristes et moi et moi », en suivant un groupe de chinois visitant l’Europe, lors d’une croisière en bateau parmi les 1500 passagers, ou sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle. Partout se pose la question de l’image, tout en évitant quelque posture méprisante de la part des auteurs.
Les formats sont variés : quelques images de la vie de Nidaa Badwan enfermée dans sa chambre comme l’est son pays la Palestine, intenses.
Et quoi de plus banal que des  photos d’anniversaire ?  A travers cet évènement chez les riches ou les pauvres, les blonds ou les bouclés, une néerlandaise donne un aperçu excellent de la diversité de son pays.
Shahidul Alam du Bangladesh est mis dans la lumière : un sacré caractère !
Loin des sympathiques pères au foyer suédois
ou des Coréens du Sud qui fréquentent des établissements où l’on simule sa propre mort : «  La mort qui guérit », « l’académie du cercueil »,
voire des élèves d’un LEP au pied des Pyrénées dont un prof chargé de présenter les métiers du bâtiment dans un collège du coin raconte :
« Quand je me suis présenté, les gamins se sont mis à rire »…
Variété, puissance : le quotidien d’un obèse, l’épopée d’un météorologue solitaire près du cercle polaire qui, lorsque le bois de chauffage est venu à manquer a arraché les planches du vieux phare voisin pour les brûler.
La photobiographie de la Pythie, Patti Smith, le souvenir d’une expédition dans l’Everest en 1953 avec Hillary et Norgay le sherpa à présent cité, l’album de famille d’une petite trisomique « vulnérable et sereine » …
«  La photo, c’est l’instinct de chasse sans l’envie de tuer, on traque, on vise et clac ! Au lieu d’un mort on fait un éternel » Chris Marker.

vendredi 16 octobre 2015

Le Postillon. Automne 2015.

J’ai l’honneur de figurer dans le courrier des lecteurs de la saisonnière feuille aux reflets rouges et noirs paraissant dans la cuvette grenobloise, voir ci-dessus, où je me fais ramasser, à la pelle, avec humour, pour mes propos quelque peu solennels extraits d’un article par ailleurs bienveillant que je leur avais consacré :
Ce numéro-ci, au titre alléchant concerne les gangs à Grenoble, mais comme toute presse à sensation, déçoit, quand on a passé l’accroche, bien que l’interview de Paul Weisbuch, ancien juge d’instruction soit fort instructif :
« Un jour en 1984, j’ai organisé une confrontation, dans mon bureau avec un « beau mec » [surnom donné aux gangsters et membre de la pègre], un maghrébin qui avait provoqué les Maldera. Il avait une main menottée à un gendarme. Quelques bouteilles traînaient sur une table du bureau et tout d’un coup, il a cassé l’une d’elles et m’a passé un tesson de bouteille sous le cou. Puis il s’est pris pour Spaggiari et a sauté par la fenêtre, toujours attaché au gendarme »
Sur le thème de la sécurité, cette évocation du temps passé des Italo Grenoblois constituait un angle intéressant, mais le  traitement concernant les temps présents est vraiment  timide et partiel.
Dans leur domaine privilégié : une fois les obsessions anti technologies mises à distance, leur esprit critique est bienvenu qui brocarde les connections envahissantes jusqu’en pleine nature, alors que même les managers digitaux s’émeuvent de cette omniprésence des écrans.
En écolos mutins, ils sont dans leur rôle en pointant les contradictions du Centre culturel scientifique technique et industriel (CCSTI) de la Casemate lorsque les animateurs préparent une exposition sur le réchauffement climatique à coup de réalité virtuelle. Par ailleurs leur échange avec un certain Confesson du Parti de Gauche est piquant.
L’article concernant Clinatec (centre de recherche autour du cerveau) intéressant quoiqu’anecdotique parfois, est pollué par un dessin ambigüe où le professeur Benabib visant  parait-il le Nobel pourrait se sentir froissé.
Les rédacteurs persistent à s’adosser au Dauphiné Libéré, qu’ils ne cessent de nommer Daubé, ce qui les empêche d’élargir leur lectorat et d’être pris au sérieux par ceux auprès desquels ils pourraient recueillir des renseignements. Pourtant leurs démarches à intentions provocatrices sont souvent novatrices.
Lorsqu’ils établissent le portrait chinois de nos importants politiques locaux, les archéos anars retrouvent des accents de leur modèle Charlie :
Destot en Tour Perret, et Safar en Mac Do Comboire ne permettent pas d’établir que le « Postillon » est un organe de la droite selon l’adage facile qui fait se rencontrer les extrêmes :
« Mathieu Chamussy : la Porte de France.
Ça fait longtemps qu’elle est là, mais il faut se rendre à l’évidence : on ne l’utilise jamais. »
Quand ils traitent des migrants à la rue dans «  La défaite des voisins », il n’y a pas de flou, ils sont du côté des réprouvés et  de ceux qui ont la solidarité au cœur, en donnant la parole à des militants sans frontières.
…………
Le dessin politique de la semaine vient de Jordanie de Emad Hajjaj copié dans « Courrier international »

jeudi 15 octobre 2015

« Just around midnight ». Alter art

Jusqu’au 1° novembre la galerie du  75 rue Saint Laurent à Grenoble propose une exposition originale de Christian Dell’Ova.
Le titre laisse entendre l’influence de la musique sur les réalisations d’un instit’ de Saint Martin le Vinoux, mais nous sommes vraiment aux antipodes des clichés insupportables du «  collier de nouilles » accolés à toute production de l’école et de ceux qui y travaillent.
L’artiste se réapproprie par le collage des icônes de la culture musicale techno, électro, avec des stickers, flyers, affiches, récoltés dans les nuits des villes et de leurs clubs à Berlin ou Barcelone...
Ses « remix » pêchus confrontent des univers, et inventent de nouvelles formes dynamiques.
Le plasticien livre des toiles cohérentes, bien rythmées et des installations inventives où un téléviseur éclaire de sa neige des images poétiques sur plexiglas.
Une vitre de flipper s’enchâsse dans un autel pour de nouvelles dévotions.
Les pixels répondent à la trame d’un tapis ou à l’élégance d’un tulle, évoquent Roy Lichtenstein ou d’autres figures de l’art récent qui l’ont nourri, sans qu’il se pousse du coude, tout en présentant un parcours vu nulle part ailleurs.

mercredi 14 octobre 2015

Carrare.

En bord de mer Ligure sur les flancs des alpes Apuanes, à Carrare nous allons à la racine de notre mot « carrière », il y en a 150  où se « cultive » le marbre.
Le paysage grandiose est marqué par l’activité des hommes qui ont tiré de la montagne le plus pur des marbres, non pas ici depuis l’antiquité, mais depuis le XII° siècle pour les cathédrales toscanes.
Un émouvant musée à ciel ouvert est situé à l’endroit où l’on prend le mini bus pour pénétrer dans la montagne ou bien  un 4X4 pour sillonner les chantiers à l’extérieur. Il permet d’avoir une idée du travail titanesque des carriers.
Si aujourd’hui le sciage avance de 20 cm par heure par l’action d’un fil diamanté, du temps des scies à la main, j’ai retenu une avancée de 7 cm par jour ! Mais j’ai peur d’avoir mal compris tant cette patience infinie me parait incroyable en regard d’une dépense d’énergie folle.
Du temps des premières photographies, le transport s’effectuait avec des bœufs après une descente sur des troncs d’arbre. La chute des plaques s’effectue toujours sur des gravats et le système des coins reste à l’ordre du jour. 
L’extraction de tant de blocs gigantesques ont fait naître des cathédrales grandioses dans ces caves majestueuses.
La ville au pied des montagnes poudrées compte plus de 65 000 habitants, sa place Sacco et Vanzetti témoigne d’une identité anarchiste. De nombreuses sculptures occupent les places,  et une biennale propose des œuvres contemporaines chaque année paire.
Nous avons pu jeter un coup d’œil aux ateliers Nicoli et ce que nous avons découvert était d’autant plus étonnant que c’était jour de fermeture. Les formes anciennes sont en train de renaître, des ébauches contemporaines stationnent dehors, un monde minéral s’étend sous les verrières où le temps semble suspendu.

mardi 13 octobre 2015

… à la folie. Sylvain Ricard & James

Un homme et une femme se rencontrent, s’aiment et continuent à parler en ces termes, même après la première baffe du mari installant une violence qui ira en augmentant.
L’amie compatit, mais ne peut aider, le médecin prescrit des antidouleurs, le psy des antidépresseurs, la mère dit :
«  On ne divorce pas chez nous ».
Chronique au sein d’un couple comme tant d’autres, où la femme ne travaille pas et pense surtout au confort de son mari, stressé par un emploi auquel il se consacre avec zèle.
Le choix de la représentation de cette histoire d’une famille par des  animaux bonhommes est bien vu.
Le drame aux couleurs sépia est traité avec efficacité : tout est explicite, clair, sans fausse pudeur. Le récit parallèle des deux « interlocuteurs » montre l’agrandissement du fossé entre eux, en évitant le Grand Guignol mais avec une force d’autant plus évidente que le décor est familier.
Les fables de La Fontaine mettant en scène des animaux vont à l’universel, ces chiens à bonne tête ne vérifient pas l’adage voyant un animal qui sommeillerait en l’homme pour dire la sauvagerie.
Les chiens mordent-ils leur chienne ?