mardi 11 novembre 2014

Oh ! Merde ! Cha.

BD punk où en première page une fille sans nez marche dans une merde rose.
Humour potache  avec parfois des trouvailles et des convictions végétariennes qu’elle assène avec vigueur. Quelques planches où un mec est à la place d’une femme sont bien menées : dans le métro, un mâle porte un foulard pour cacher sa barbe qui pourrait exciter les femmes, et dans la voiture de police qui le protège des harcèlements de pétasses, les policières lui demandent de boutonner sa chemise jusqu’en haut car ses poils débordent :
 «  Dans cette tenue, ce n’est pas étonnant que vous ayez des ennuis »
Les trois petits cochons finissent cette fois ébouillantés et Gwenaëlle, la baby siter, a du talent pour fournir quelques cauchemars aux enfants qui lui sont confiés ; mais ils risquent d’en redemander.
Pas besoin de science- fiction pour dépeindre un monde désespérant, le petit théâtre de l’hôpital psychiatrique où la peur tord le ventre, fournit de quoi enfiler la blouse spéciale. Ses dialogues avec elle-même sont plus divertissants mais quand une fée apparait qui réalise les vœux des consommateurs d’un bar, ça finit  en carnage et les farces des enfants peuvent faire des ravages entre eux.
De toutes façons, « les histoires d’a… les histoires d’am…. finissent mal en général. »
Car « Tant boit le punk de l'eau qu'à la fin il se casse »
Quelques planches dans l’obscurité sont rigolotes, mais l’éclaircie est de courte durée,  décidément tout n’est pas rose !

lundi 10 novembre 2014

Magic in the moonlight. Woody Allen

Un prestidigitateur rationaliste doit démasquer une charmante médium.
Cette comédie élégante fait du bien, hors de notre temps brutal et des misères du monde.
Dans les années 20, les voitures sur la Côte d’azur ne sont pas prises dans les embouteillages.
La raison  joue contre l’illusion en une promenade plaisante et drôle.
Le scénario est semblable à un tour de magie, les dialogues pétillants et enivrants comme le whisky consommé à foison pour arriver à la conclusion qu’on devine : 
«  c’est l’amour qui est magique ».
La critique de la Voix du Nord est bien dite :
« Un aimable et ravissant divertissement aussi volubile que volatile. »
Woody aime les femmes et sa dernière trouvaille Emma Stone  réchauffe nos vieux os sous le soleil de La Riviera dont il est agréable de repérer des lieux partagés par une amie qui gite parfois en ces contrées. Le cinéma est le lieu de l’illusion, notre plaisir en est augmenté.

dimanche 9 novembre 2014

Ella Fitzgerald. Antoine Hervé, Déborah Tanguy.

Comme il a paru que la vie de Coltrane retracée  lors d’un concert précédent http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/05/coltrane-antoine-herve-stephane.html  fut  d’une couleur au-delà du blues, Antoine Hervé, qui tient le clavier pédagogique depuis 4 ans à la MC2, a introduit son évocation de la « First Lady of the swing » sous le signe de la story à l’américaine qui commence mal et finit à Bervely Hills.
Le père Fitzgerald est parti peu après la naissance de sa fille en 1917. La petite, violentée par son oncle, est placée dans un foyer qui donne sur la rue, elle se fait remarquer d’abord par ses danses, puis elle gagne un concours à l’Apollo à Harlem où un membre de l’orchestre exige qu’on l’engage. Et c’est le début d’une carrière somptueuse au cours de laquelle elle récoltera 13 Grammy Awards.
Reprenant une comptine « A ticket a tasket », elle en fait un succès.
Pas facile de se mettre dans l’amplitude des nuances vocales (tessiture de trois octaves) de « the first Lady of song », et pourtant Déborah Tanguy, ce soir, a été plus que la comparse du maître de cérémonie, elle a ému le public fidèle de l’auditorium grenoblois, dans le scat de « Mr Paganini » :
«  If you can’t play it, you can sing it and if you can’t sing it, you will have to swing it ».
ou dans le swing de « Lady be good » des Gershwin.
Très jeune, Ella prend la tête d’un orchestre, à l’époque où les plus fameux fondent sous l’effet de la crise.
Elle  était la seule à pouvoir imiter Armstrong, elle va chanter avec lui, nous avons eu un aperçu de leur rencontre:
« These foolish things » « They cant’ take that away from me » « Can’t we be friends » puis « Cheek to cheek »« How high the moon»
Ces petites choses de la vie qui font répondre à la question posée par les bigots :
« Est-ce que le jazz met le péché en syncope ? » 
« Oui,  et c’est tellement bon » même que parfois « I can see the light »
en tous cas
« Ooh, I've got a crush on someone
I've got I've got a crush on you, sweetie pie »
La femme noire dit avoir plus souffert de la discrimination envers les femmes qu’envers les noirs.
Elle meurt en 1996, Wikipédia  nous apprend qu’elle était devenue aveugle et  fut amputée des deux jambes. »”.

samedi 8 novembre 2014

Certificats d’études. Antoine Blondin.

Le chroniqueur flamboyant du Tour de France ne fut pas qu’un familier de Bahamontès, « l’aigle de Tolède », mais aussi de Verlaine, dans ce recueil d’articles, chez qui : « l’homme descend du songe et tend à y retourner ».
En 244 pages, un des auteurs les plus alcoolisés de la littérature française, apporte un regard vif, original, élégant sur quelques figures qui l’ont précédé au comptoir : Baudelaire, Dickens rapproché de Piaf qui avait perdu la vue:
« elle conservera pourtant l’angoisse de ceux qu’on a abandonnés dans le noir et le sentiment retranché que certains manèges de la vie continuent de tourner sans elle. »
Les biographies de Jacques Perret, d’Alexandre Dumas, de Goethe, de Musset ne sont pas qu’anecdotiques et son évocation de l’Odyssée n’est pas triste, son portrait de Rimbaud et Verlaine est émouvant et enlevé celui de Scott Fitzgerald « dont le chariot transporte les premiers charançons de la psychanalyse et quelques tubes d’aspirine contre la gueule de bois. »
Son sens de la formule n’altère pas la limpidité du propos.
 « L’Amérique profuse et diverse, faisait bien les choses en 1925. J’ai sous les yeux les deux échantillons les plus représentatifs du cheptel littéraire qu’elle exportait à pleins  paquebots vers Montparnasse (descendre à station Vavin ; Gertrude Stein revient de suite) A gauche Hemingway, boucanier sentimental en peau de rhinocéros, sur lequel il ne reste  plus grand-chose à dire… »

vendredi 7 novembre 2014

Clowns.

Quand sont apparus les clowns agressifs, ma première réaction fut de me morfondre encore une fois, face à une attaque de plus atteignant le pays de l’enfance où les rires sont souvent sans calcul.
Même lorsque j’eus compris, après quelques réticences, le besoin de (se) faire peur à Halloween par exemple, je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’il n’y ait plus de territoire exempt de violence.
Pourtant j’essaye de m’extraire d’un autre conformisme gnangnan tout aussi poisseux qui n’appelle plus un chat, « un chat », et cache tout ce qui fâche.
Ces figures effrayantes ont été gonflées par les médias et les réseaux « sociaux », en terrain familier où règnent l’anonymat et les maquillages outranciers. Mais cela n’empêche pas que ce surgissement tapageur est secouant et ne se dissipe pas dans l’amalgame qui renverrait le théâtre politique à ses masques grotesques :
Thévenoud,  Cahuzac, Guérini, l’agité de Neuilly...
Le gendarme de Guignol a du sang sur la matraque.
Oui, la grimace démesurée de Nicholson en Joker, comme la cicatrice éternelle de « L’homme qui rit » d’Hugo ne datent pas d’aujourd’hui.
Cependant nous sommes en plein dans  « La «carnavalisation des mœurs» (Umberto Eco) qui bat son plein et efface toute frontière entre le sérieux et le spectacle, entre la violence et son mime »  comme le souligne le sociologue David Le Breton dans Libé.
 Il rappelle que chez les nez rouges :
« En dérobant les traits, le masque suspend aussitôt l’exigence morale. Il lève le verrou du moi et laisse libre cours au jaillissement de la pulsion. »
Que reste-t-il de ces belles affiches pop, des sourires lumineux, quand « le mythe Obama se retrouve en miettes » d’après les titres collectés par Courrier International ?
Et bien qu’ayant abandonné depuis Bugey les lieux où claquent les lacrymos, ce sont les yeux qui peuvent devenir rouges et pas que le pif, quand dans le même numéro du quotidien, l’avocat William Bourdon, pointe là où ça fait mal:
« Bien sûr, la gauche au pouvoir ne porte pas à elle seule la responsabilité de cette défiance grandissante entre citoyens et élites ! Mais on assiste à une remise en cause croissante de ceux qui, au lieu d’incarner l’intérêt général, lui substituent les intérêts catégoriels ou les logiques court-termistes, préfèrent le cynisme à l’éthique, le déni au courage de la vérité, le repli sur soi à l’universalisme. »
…….
Cette semaine, Zep dans « Le Monde »

jeudi 6 novembre 2014

&. Virieu.

Sous le signe de « &"», l’esperluette qui lie le « e » et le « t » de jolie façon, comme est mignon son nom, une association a ouvert un lieu d’exposition rue Carnot à Virieu sur Bourbre à l’emplacement du magasin d’habillement Deverchère.
Des photographies et des peintures consacrées à la guerre de 14 étaient présentées jusqu’au 18 octobre et témoignaient, loin des lignes de front ou de lieux plus considérables, de la persistance du souvenir. L’empressement éditorial autour du centenaire a donc porté bien au-delà des monuments gravés de tant de noms de disparus.
Benoit Caponi a recopié des lettres en dessous de ses images en noir et blanc  pour repérer les traces de combat sur les lieux où le sang a abreuvé les sillons.
Sylvia Boumendil, a  traduit plastiquement des lettres de son grand père : « ma petite femme adorée » 
comme Monique Navizet qui a installé ses bannières dans l’église en face où une main maladroite a inscrit dans le marbre un nom qui ne figurait pas dans la liste officielle des morts pour la France.
Les éditions Entre temps sises rue du château  à Virieu également mettaient en souscription  le livre de Jean Philippe Repiquet : « Le parcours de Camille Roux » un réserviste  qui trouvait : « si ce n’était le canon ce serait épatant, on se croirait en vacances à la campagne. »
A partir du 15 novembre Cathy Gabasio présente ses arbres et déjà des troncs aux alentours ont pris des couleurs.

mercredi 5 novembre 2014

Iran 2014. J 5. Yazd. Tchaktchak .

Nous quittons l’hôtel après un petit  déjeuner frugal  car matinal.
A la sortie de la ville, la route est bordée de portraits de martyrs de la guerre Iran-Irak.
Il faut une grosse heure pour aller à Tchaktchak à travers le désert de pierres où ne résistent que quelques touffes épineuses. La route goudronnée s’arrête au pied de la falaise que nous gravissons pour atteindre une grotte dédiée à Zoroastre parfois appelé Zarathoustra, nous restons dans le thème d’un des premiers monothéismes.
Le site est grandiose, les marches sont raides avec de chaque côté des constructions modernes servant aux fidèles de logements d’été lors des cérémonies. En haut de l’escalier nous attend le gardien qui en échange des droits d’entrée nous délivre la clef du cadenas de la porte dorée de la grotte où figurent deux lanciers surnommés Immortels comme ceux de Persépolis. Ce sont des gardes dont Xénophon  disait : «si quelqu'un d'entre eux venait à manquer (...), on en élisait un autre parce qu'ils n'étaient jamais moins ni plus de 10.000».
La légende raconte qu’une princesse sassanide fuyant devant les arabes trouva refuge dans la montagne qui s’ouvrit et se referma derrière elle. Contre la paroi qui suinte, brûlent constamment trois bougies. Une structure sert à installer un feu indispensable pour les cérémonies, dont les pétales réceptionnent les cendres. A côté une petite salle ouverte vers l’extérieur est protégée par une grille originale découpant le pâle paysage montagnard comme une mosaïque. Le signe de l’homme oiseau, Ahura Mazda, apparait plusieurs fois, dont  les trois parties en forme d’ailes et de queue sont parfois sous titrées : bonne pensée, bonne parole et bonne action. Nous nous appliquerons désormais à respecter ces préceptes.
L’eau d’une citerne mise à la disposition de ceux qui vont gravir les marches est délicieusement fraîche. Nous quittons Tchaktchak dont le nom serait né du bruit des larmes de la montagne émue par le sort de la princesse et nous nous dirigeons vers Kharanaq.  
Le paysage est tout aussi rude et aride puisque nous nous rapprochons du désert salé de Dasht- e Kavir.
Kharanaq (« lieu de naissance du soleil ») qui  nous évoque les ghorfas tunisiens est un joli village en  voie de désertification lui aussi. Il connut son heure de gloire au temps de la route de la soie. Son caravansérail a été rénové en briques de différentes nuances : du rose au vert en passant par le beige.
Un jeune garçon escalade la porte pour nous ouvrir, et part précipitamment changer de vêtements lorsqu’il apprend que nous sommes enseignants. Nous montons sur le toit où nous nous désolons à la vue de lampadaires modernes incongrus dans une rue peu fréquentée et restons interrogatifs quant à l’espace réservé aux petits qui semblent absents.  
Le jeune enfant nous conduit dans la citadelle juste en face, véritable labyrinthe aux murs de briques en terre crue fondant mais encore suffisamment debout pour s’imaginer la composition des constructions édifiées dans des temps préislamiques. La mosquée plus récente date du XIII° siècle, elle est en cours de rénovation, avec des inscriptions coraniques blanches flanquées de deux tribunes face à face. Le minaret a la particularité de bouger. Nous ne pouvons y monter car l’accès est fermé par un verrou mais nous apercevons par la grille des marches extrêmement étroites. Si le minaret avait une fonction religieuse, il permettait aussi aux caravanes de repérer de très loin la ville grâce à un feu haut placé. Nous nous promenons aux abords de la citadelle, nous nous rafraichissons à un tuyau qui alimente des canaux descendant vers les cultures et prenons notre repas sur la grand route dans un restau pour routiers. Notre manque de souplesse nous pousse  à une table plutôt que de nous asseoir en tailleur dans des divans circulaires en métal comme le pratiquent des hommes vêtus de larges pantalons noirs resserrés aux chevilles. Le ventre bien calé et la pression des pneus contrôlée, nous partons pour une longue route ponctuée par des checkpoints rapides, des arrêts essence/esquimaux au chocolat ou pastèque. Nous traversons le sud d’Ispahan, la ville nous surprend par son ampleur, sa modernité et surtout sa verdure après tous ces paysages de reg. Nous poursuivons notre route dans une circulation débridée, où Ali n’hésite pas à effectuer des marches arrière sur les bretelles d’autoroute sans que d’autres usagers protestent.   Nous collectons quelques renseignements concernant les tours destinées à recevoir le fumier ou les fientes afin d’engraisser les cultures. La nuit tombe et nous entrons à Shar-e Kord (la ville de kurdes). Nous partons dîner à 23 h, les visages sont fatigués, les traits tirés et les yeux rouges.
D'après les notes de voyage de Michèle Chassigneux.

mardi 4 novembre 2014

J’ai pas volé Pétain mais presque. Bruno Heitz.

Tout est dans le « presque » comme dans des albums précédents avec
« C'est pas du Van Gogh, mais ça aurait pu... » ou http://blog-de-guy.blogspot.fr/2011/02/jai-pas-tue-de-gaulle-bruno-heitz.html .
Jean Paul, sympathique héros malgré lui, rencontre un fait divers ayant eu réellement lieu.
Une équipe de nostalgiques du maréchal avaient enlevé son cercueil en 1973 de l’ile d’Yeu jusqu’à un garage de la région parisienne.
Ce dessinateur que j’ai beaucoup apprécié dans ses chroniques ou ses polars, ses publications pour enfants, est presque un peu trop rigolo pour traiter de cet épisode au moment où se fondait le Front national. Dans le marigot de l’extrême droite d’alors, quelques personnages pathétiques apparaissent, leurs préoccupations semblent tellement vaines … et pourtant
Agréable à lire sous un format plaisant mais un peu léger, pour une collection Bayou de chez Gallimard, même si la nostalgie est là, vaporeuse, quand les trains s’appelaient alors Micheline et les camionnettes Estafette, on disait alors « une bande de branquignols » ou « les Pieds Nickelés » et l’on souriait.

lundi 3 novembre 2014

Mommy. Xavier Dolan.

Après « Le Paradis » de Cavalier http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/10/le-paradis-alain-cavalier.html, l’inverse : ce film plein de fougue, de bruit du jeune canadien allumeur de rampes médiatiques.  
Nous sommes de l’autre côté de l’Atlantique où les mots en joual sous titrés sont d’une violence inédite et au cœur des passions contemporaines quand l’amour est si difficile, et pas seulement celui d’une mère pas vraiment adulte et de son fils dysfonctionnant.
Les passions étouffent, les moments de rémission n’en sont que plus beaux, car périssables immédiatement. Bien qu’il y ait des éclaircies, nous sommes dans des vies qui  s’hystérisent si vite, on ne supporte plus rien, le pétage de câble devient une  façon de vivre.
Vers la fin, j’ai cru à une belle conclusion à l’américaine, ce n’était que le rêve irréalisable de la mère.
Toutes les critiques ont souligné la performance des acteurs : pareil.  
Comme est évidente la virtuosité de la mise en scène, son rythme qui jamais ne fait chic même s’il faut s’attendre à des chocs à chaque séquence. Etant donné queje ne connais pas Cassavetes qui est souvent cité, je verrais pour ma part, un Dardenne quelque peu pop.
Electrique, je ne l’ai pas trouvé drôle, mais alors pas du tout ; surprenant, foisonnant,  chamboulant : oui certainement. A voir.

dimanche 2 novembre 2014

Inspiré de faits réels. Bénabar.

... comme si c’était utile de préciser, ce titre "inspiré de faits réels", trahit le manque de confiance envers l’auditeur qui ne croirait plus en l’accrochage au réel. Pourtant c’est toujours le cas : le Renaud du XXI° (siècle) est en forme : genre texte en anglais Remember Paris pour lequel I understand enfin tout, ou bien dans la déconnade avec Gilles César dont le pote Henri Potter sera témoin de son mariage avec une certaine Marilyn Moreau. 
Tout se saisit à la première écoute aux mélodies plaisantes avec de petites surprises au bout des historiettes :
Coming in à l’humour convenable :
« Un mec, c’est plus honnête
Plus intelligent aussi
Le seul problème en fait
C’est que c’est moins joli. »
Une lui en fait voir de toutes Les couleurs, quand elle passe au jaune :
« Jaune comme son rire un peu gêné
Week end pluvieux, jaune le cirée
Une plage du nord il n'y avait pas foule,
Les pieds mouillés le chien maboule »
Chronique des amours contemporaines : Le regard romantique de l’aimée traverse les années,  et celui de la belle qui le sait croise un couple dont l’homme se crame Sur son passage. La Grande vie quand son bouquet ne trouve pas preneuse ne vaut pas les Bonbons de Brel mais bon… et Les deux chiens  cessent de se combattre en tuant un chat arrivent à " la morale qui fout le moral en l’air".
Mais Titouan  est bien à lui quand le papa paumé n’a rien vu arriver lors de sa séparation et entrecoupe ses regrets de rappels très terre à terre à son fils.
« J’arrive pas à tourner la page
Titouan, n’enlève pas tes chaussures
Eux, ils parlent déjà de mariage
Titouan, remets tes chaussures ! »
 Après une virée entrainante dans Le Paris by night, jazzy, dont « on regrettera seulement ce dont on se souvient », il peut se permettre la noirceur de La forêt, où personne ne le cherche.
« Parmi ce peuple indifférent
D’arbres, de feuilles, de vent
J’avais perdu ma propre trace
Depuis je sais que quoi que je fasse »
Les squares, c’est mieux.

samedi 1 novembre 2014

6 mois. Automne 2014.

Ces 300 pages, où quelques images du XXI° siècle sont rassemblées, coûtent 25,50 €, mais il y a de quoi voir et voyager, se remettre en mémoire et rêver.
Trois reportages  sont consacrés à Israël avec des photographies  fortes accompagnées à chaque fois par un dossier complémentaire très clair - nous sommes dans la famille XXI -  qui permet d’aller au-delà des évocations :
- les ultra-orthodoxes,
- « à l’ombre des jeunes filles en armes »,
- chez des colons, babas cool, installés parmi les palestiniens avec leurs six enfants.
On peut y trouver aussi:
- l’entretien avec Marie Laure De Decker ancienne mannequin anticonformiste qui du Viet Nam au Tchad balada son Leica à l’âge d’or du photo journalisme est revigorant.
- Les enfants de Silésie sous le titre poétique « les 400 coups » ne font pas l’école « buissonnière »,  avec leurs gueules d’ange, ils sont effrayants. 
- Elles sont appelées « Les petites reines », les jeunes femmes pygmées qui attendent un enfant, mais leurs conditions de recluses s’aggravent avec la pauvreté qui s’accroit au Congo.
- Les « insolents de Téhéran » arrivent par le théâtre à marauder quelque liberté.
- En Chine  subsistent quelques arpents de légumes au pied des barres de 40 étages.
- Les portraits de roumains et de russes dans les années 90 sont poétiques
- et  des inédits concernant la guerre du Viet Nam vue du Nord, instructifs.
- Le carnet d’un « père réticent » accompagnant le début dans la vie de sa fille est loin d’être gnangnan, -quant à la photobiographie du « pécheur » François, le pape, on ne s’en lasse pas.
« Qui suis-je pour juger ? »

vendredi 31 octobre 2014

Eloge des mathématiques. Alain Badiou

La villa Gillet a invité en avant première de son « festival des idées », le  professeur à l’Ecole  Normale Supérieure qui a pris les mathématiques comme pierre angulaire de sa philosophie. L’auteur de « Sarkozy, pire que prévu : les autres, prévoir le pire » avait attiré la grande foule à l’Université Jean Moulin à Lyon.
Cet entretien avec Gilles Haéri préfigure un livre qui viendra après ses éloges de l’amour et  celui du théâtre. Il est si bon d’approcher une belle mécanique intellectuelle qui n’hésite pas à admirer, aimer, faire partager ses enthousiasmes avec rigueur, clarté, pédagogie et humour.
Il compare la pratique des mathématiques à une promenade par un chemin tordu et complexe qui mène à une éclaircie : la découverte est une récompense, singulière la beauté conquise. Aristote en faisait une esthétique, le structuralisme avait mis les mathématiques en dialectique avec la philosophie, alors que Sartre dans sa jeunesse disait : « Science, c'est peau de balle, Morale, c'est trou de balle. »
Cette discipline qui au niveau de la recherche  est perçue comme aristocratique alors que la formule : «  je n’ai pas la bosse des maths » est tellement répandue se résume-t-elle à une histoire de « boss et de bosse » ?
Les mathématiques pour tant de philosophes sont la condition préalable à toute rationalité, le processus de connaissance passant par la preuve réfutable, explicite, décollé de tout récit  révélé, tout le contraire de la mythologie.
Les mathématiciens contemporains travaillent dans des spécialités souvent inaccessibles, dans une indifférence amère, alors qu’avec les philosophes depuis l’apparition des « nouveaux », il suffirait d’avoir une opinion, et surtout des réseaux pour faire croire à l’universalité et apporter la banalité aux princes. 
 A la sentence de Russell : « La mathématique est la seule science dont on ne sait pas de quoi on parle ni si ce qu'on dit est vrai » peut s’opposer  Galilée : « La nature est un livre écrit en langage mathématique ». Badiou pense que la mathématique n’est  pas qu’un jeu de langage rigoureux, sa vocation est ontologique, du côté de l’être, dans ce qui résiste, en route vers l’universalité. Les situations formelles peuvent s’organiser, les règles s’identifier. Les maths ont inventé des formes avant leur réalisation : l’ellipse est connue bien avant que la trajectoire des planètes soit repérée.
Platon le pédagogue : «  que nul n’entre ici s’il n’est géomètre », Spinoza : « Les hommes n’auraient pas pu sortir de l’ignorance «  s’il n’y avait pas eu la Mathématique » »
La philosophie a parfois un rapport de révérence aux maths qui échappent à la singularité des langues. Le plaisir peut être au rendez-vous de l’algèbre, de la géométrie, bien que depuis Nietzsche une rupture soit amorcée qui remet en cause la logique alors que dans le champ de l’infini les maths apportent des innovations saisissantes, une complexité provocatrice. Aujourd’hui l’histoire et l’esthétique semblent avoir pris le pas sur l’épistémologie.
De l’amour le plus cellulaire à la politique qui mène à l’univers tout entier, les arts, les sciences,  forment les catégories qui permettent d’aller vers la vérité.
Les croisements sont excitants : la politique peut elle parvenir à des décisions qui résultent de la rationalité et s’élever au dessus d’un mélange bourbeux d’affects et d’intérêts ?  Ne plus être vouée à n’être que de la rhétorique ?
L’amour lui ne laisse pas indifférent, il peut être un apprentissage de la dialectique offerte par l’approche de la différence.
Quand les questions inévitables sur la pédagogie adviennent, le philosophe propose de raconter l’histoire des mathématiques et pas seulement de ses résultats, commencer très tôt  à l’école mathématiques et philosophie,  ainsi la directive d’un inspecteur : «  la mort n’est pas au programme » pour contrarier l’initiative d’un formateur en maternelle pourra faire rire même son auteur à l’image de la salle conquise. Avec l’histoire du zéro, « l’être » a pu naître du « néant » ; à ne pas confondre avec les codages en 0 et 1 à la base de l’informatique qui ne dépasseront pas la pensée humaine. Pourtant toutes nos machines bourrées de mathématiques pointent paradoxalement nos pénuries de connaissances qui nous mettent sous les ordres de ceux qui savent, larbins d’un système où les usages financiers, militaires avec les cryptages sont hégémoniques. C’est bien un enjeu d’émancipation qui est en jeu.   
...........
 Cette semaine le roi du tampon au pays de trotsks:


jeudi 30 octobre 2014

Frans Hals et la peinture hollandaise du siècle d’or. S.Legat.



Le cycle de conférences consacré au siècle d’or de la peinture hollandaise a débuté avec Serge Legat.
Il a rappelé aux amis du musée de Grenoble que le Rijksmuseum (« Musée d'État ») d’Amsterdam qui vient d’être à nouveau inauguré après 10 ans de travaux était  le dernier acte officiel de la reine Béatrix. Elle excusait ainsi son lointain ancêtre Guillaume III qui en 1885 déclara : « Jamais je ne mettrai le pied dans ce couvent ! » en parlant du bâtiment destiné à présenter toute la peinture hollandaise.
Le style néo gothique mêlé à celui de la renaissance ne convenait point à son protestantisme.

Etait présenté ensuite le portrait, par Adrien Thomasz Key, du père de la patrie, Guillaume d’Orange Nassau aussi appelé « Guillaume le taciturne », pour situer le contexte historique.
Après une guerre de 80 ans contre les espagnols, les Provinces Unies ont gagné leur indépendance et très vite, ont accédé à la prospérité au XVII° siècle.
Ce petit pays, qui n’a pas hésité à détruire ses digues pour empêcher les troupes de Louis XIV de l’envahir, est bâti par un peuple dont un habitant sur dix était marin. Sa flotte fut la première d’Europe, en lien avec le monde entier. La bourse d’Amsterdam est alors florissante, les banques puissantes, le négoce prospère. Pays neuf, dirigée par les classes moyennes, son art est bourgeois et non aristocratique, réaliste et non idéaliste.
Une société tolérante, pour laquelle les livres sont importants, accueille les persécutés (juifs) ; la religion  est très présente, la rigueur est de mise. Il n’y a pas de hiérarchie dans les genres artistiques comme en France royaume de la peinture d’histoire. Les sujets sont populaires, la spiritualité nait du profane.
Au pays des natures mortes somptueuses,  
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2012/03/la-nature-morte-2-le-xvii-siecle-lage.html , quand ne subsistent que les reliefs d’un repas, cela signifie que les plaisirs de la table sont passés : la vie est brève,  fragile l’existence, Dieu est tout puissant.
Des sujets simples se reflètent dans les eaux, les paysages sous des ciels en majesté, témoignent d’une fierté des artistes vis-à-vis de leur environnement. Et quand il prend à Pieter Jansz Saenredam  l’envie de peindre des églises reconverties en temples, la sobriété est grandiose.

L’école d’Utrecht fait entrer les lumières caravagesques dans les tableaux, dans un « concert » ou avec « l’arracheur de dents ».
Quand le chien de la fidélité est endormi, la femme qui enlève un bas,"Femme à sa toilette", de Jan Steen, est de petite vertu.

« Une mère épouillant son enfant » de Pieter de Hooch est une bonne mère.
Frans Hals, premier de la trilogie qui abordera Rembrandt et Vermeer, est  essentiellement un portraitiste alors qu’aux Pays Bas s’invente un marché libre de la peinture qui n’est donc plus seulement fruit de commandes.
La légende d’un artiste violent, alcoolique, impécunieux s’éloigne dans les biographies d’aujourd’hui qui ne sont toujours pas sûres de son année de naissance à Anvers ; cependant depuis l’installation de la famille à Haarlem, où il passera sa vie, les documents suivent ses deux mariages et sa descendance nombreuse.
Dans le tableau « Catharina Hooft et sa nourrice » le maître du noir donne toute sa mesure et la virtuosité n’est pas que dans la collerette; les expressions des deux personnages sont tellement vivantes.
Les touches picturales allusives s’affirment dans leur liberté avec «Deux garçons chantant » « Le bouffon jouant du luth » ou « Le garçon jouant de la flute », « Le cavalier souriant ».
Les portraits de grands bourgeois avec Monsieur sur un tableau et Madame sur un autre respirent la force de ces flamandes de Brel, telles qu’en elles mêmes :
« Si elles dansent, c'est parce qu'elles ont cent ans
Et qu'à cent ans il est bon de montrer
Que tout va bien qu'on a toujours bon pied
Et bon houblon et bon blé dans le pré »
Les visages sont superbes seuls ou en couple et les gigantesques assemblées de groupe banquetant ou en cortège quand les individualités sont mises en valeur sont très célèbres :
« Les archers de Saint-Georges », « de Saint-Adrien,  « La Maigre Compagnie » terminée par Pieter Codde  était pour Van Gogh le plus beau tableau du monde.
Mais ce sont les portraits de caractère, du genre de « La bohémienne », de  la « Malle Babbe (La femme à la chouette) », du « Jeune garçon riant » qui feront le plus école : de Fragonard  à Courbet ou Manet.
« Peindre d’un seul coup, autant que possible, en une fois ! » Vincent Van Gogh
La matière glissante, les rehauts à peine brossés ; la technique très minutieuse se libère.
Dans les « Régentes de l’hospice des vieillards de Haarlem », la palette se réduit, et ce témoignage de vérité peint à 80 ans divise critiques et admirateurs : la tension intérieure annonce les expressionnistes.
« Ni dans Goya ni dans Gréco, il n’y a rien d’aussi magistral et d’aussi effrayant, car l’enfer même a moins de terreur pour nous » Paul Claudel n’y allait pas avec le dos du goupillon.

mercredi 29 octobre 2014

Iran 2014 # J4. Après midi à Yazd.

En ces temps de ramadan, nous rentrons à l’hôtel pour une pause méridienne gourmande et rafraichissante.
Nous partons vers les tours du silence, nous longeons le mur d’enceinte qui s’interrompt brusquement et en plein cagnard nous attaquons l’ascension de la première colline sur un chemin pentu. Nous sommes récompensés de nos efforts par la vue sur la ville et sur les bâtiments qui servaient à préparer les morts.   
La tour nous impressionne par sa taille et son puits aujourd’hui comblé, destiné à recevoir les os des cadavres nettoyés par les oiseaux. Nous escaladons l’autre colline puis nous visitons les maisons du bas qui s’avèrent être en piteux état. Haleh, notre guide,  nous raconte les grandes cérémonies autour d’immenses feux pratiquées par les zoroastriens tout de blanc vêtus, interdites maintenant à Téhéran à cause du trop grand nombre de personnes présentes et sans doute bientôt interdites ici aussi.
 Nous sortons par l’entrée officielle, Haleh s’acquitte des entrées, nous éclusons l’eau fraîche qui nous reste dans la glacière de M. Ali pendant qu’il nous transporte au temple du feu.
 C’est un bâtiment du XIX° surmonté du symbole d’Ahura Mazdā, avec un jardin et un bassin ovale différent  de ceux des mosquées, rectangulaires. Il abrite le feu sacré, entretenu dans un grand vase en laiton qui brûle de façon ininterrompue depuis 1500 ans et transféré à Yazd depuis 1940.
Haleh nous propose une visite non prévue sur le programme de Taméra pour conclure cette journée au Zurkhâneh ou maison de force située dans une maison dont nous devons faire le tour pour nous purifier. La pièce où se déroule la « cérémonie » comporte une petite arène accessible aux hommes purs avec des miroirs en hauteur et une tribune pour un chanteur accompagné par un autre joueur sur de grandes darboukas. Dans le périmètre octogonal en contrebas, évoluent des gymnastes de tous âges, vêtus d’un pantacourt noir à impression de cashmere. Ils commencent par une série de pompes appuyés sur des planches de bois, puis effectuent des mouvements du cou, des danses tournoyantes de derviches tourneurs, et des exercices avec des quilles visant à travailler les épaules et enfin quelques uns poursuivent avec de lourdes chaînes manœuvrées au dessus des têtes.   
Les assouplissements s’accomplissent sur un rythme intense. Il ne s’agit pas d’une séance d’éducation physique ordinaire mais de la perpétuation d’une tradition depuis qu’Alexandre le Grand eut interdit les armes aux Perses. Quelques exclamations des athlètes ponctuent les exercices où le nom de l’Imam Ali est fréquemment évoqué. Nous remercions le doyen de l’assemblée puis marchons tranquillement vers le restaurant. Après le chant du muezzin, nous mangeons des brochettes et du riz accompagnés de bière sans alcool qui ressemble plutôt à du cidre. Deux taxis nous évitent de marcher jusqu’à la mosquée du vendredi pour quelques photos nocturnes et nous revenons à pied à l’hôtel déguster des pâtisseries dans notre chambre ou plutôt notre suite.

mardi 28 octobre 2014

La campagne à la mer. Emmanuel Guilbert.



Carnets de croquis à l’aquarelle, craie, gouache, encre, feutres et pastels avec des notes écrites des conversations saisies au moment où l’auteur de « La guerre d’Alan », «  Le photographe » se posait dans les paysages de sa Normandie.
Comme dit un paysan qui l’a vu dans son champ :
« Et vous dessinez les bêtes ? Faites voir le dessin. Oh, putain ! Oh putain, fi de putain de putain, merde oh merde eh c’est pas con ça, c’est pas con fi de putain de merde ! »
C’est beau, délié, varié et il m’a donné l’envie de me remettre au dessin tant ces productions sont vivantes et chaleureuses. La plus anodine est en première page, si bien que tout m’a emballé.
« Méfi-té de ton pé, méfi- té de ta mé, méfi- té de ton fré, méfi-té de ta seu, méfi té de ton ami.
- Et le Bon Dieu ?
- Ah, le Bon Dieu, non…méfi-té quand même. » Proverbe Cauchois
Il  rend les arbres superbement, les pêcheurs à pied efficacement, les animaux vivement, les plages très bien et aussi les pièces vides, bien que quelques paysages auraient mérité une mise en page plus ample.

lundi 27 octobre 2014

Le paradis. Alain Cavalier.

Je peux comprendre ma femme qui pense qu’il s’agit d’un galimatias statique mais moi j’ai aimé cette forme poétique à partir de rien pour évoquer pas moins que la mort et donc la vie. Scénario familial déjà vécu avec Irène http://blog-de-guy.blogspot.fr/2009/11/irene-dalain-cavalier.html .
Oui c’est une œuvre de papy qui goûte les plaisirs les plus infimes, joue avec sa caméra et des bibelots, revisite ce qui fonde notre culture en ressuscitant avec malice le Christ, Pénélope, Calypso... avec une liste divertissante des expressions qui fondent nos discussions. L’émotion la plus régressive se mêle à la pensée la plus universelle.
Il dit : « deviner dans l’hiver les signes du printemps » et filme la jeunesse et l’enfance avec une justesse, une finesse, une sensibilité, une fraicheur que bien des files qui se pressent pour quelque « bande de filles » braillarde ne pourront connaitre.
Les séquences se succèdent en une heure dix qui passe tellement vite, comme lorsqu’on regarde se former des nuages dans le ciel : le chat qui figure sur l’affiche a chopé un moineau mais pourtant il est la vie, le diable peut naitre d’une racine et le christ d’une branche. Un arbre repousse sur une souche, il a fallu du temps, si peu finalement. La plus belle des filles du village ne se laisse pas avoir par une conjugaison au présent.
Il nous donne l’envie de filmer à notre tour et le vieux pédagogue se réveille qui faisait ce vœu de donner envie de lire, d’écrire, d’aller au cinéma, à ses élèves, sauf qu’ici ce n’est jamais professoral comme on dit quand on veut être désagréable avec ceux qui avaient foi en ce qu’ils disaient.


dimanche 26 octobre 2014

Il n’est pas encore minuit. Cie XY.

Une bonne portée (22 acrobates), nous a emportés pendant une heure à la MC 2. 
La compagnie qui  a enrichi le langage des « portés » appartient au pays des oiseaux.
Les filles ne sont pas les seules à s’envoyer en l’air, costauds et rebondissants se portent les uns les autres, et tous voltigent. Ils volent et sont réceptionnés parfois la tête en bas, ils font naitre les applaudissements en cascade et les cris d’admiration mêlés à l’appréhension.
L’affiche annonçait du cirque et eux qui ont fait un tabac à la biennale de la danse de Lyon ont dansé bien plus que dans certains spectacles de danse proposés parfois par ici.
L’arthritique spectateur que  je suis est  encore plus cloué par tant de force qui jamais ne parait forcée, par tant de fluidité, d’exactitude, de virtuosité, d’énergie, de rythme, de facilité.
Ils prouvent avec grâce et enthousiasme leur devise : « tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».
C’est qu’ils montent des colonnes humaines sans cesse et pour moi elles sont encore plus belles dans leur chute que dans leur édification, plus impressionnantes quand une réception est un peu incertaine, qu’on se demande si ce n’est pas fait exprès. Elles s’écroulent et se reconstruisent. Les parades sont une part essentielle du spectacle où les artistes se tiennent fort pour mieux voler.  et eux se hisseraient vers les étoiles.
Les lumières et la force du groupe m’ont fait penser à l’affiche du film "1900 " de Bertolucci par Pellizza da Volpedo,
Il y a bien eu de fausses bagarres en introduction pour s’échauffer en attaquant dans l’humour qui a été bien saisi par les enfants nombreux à cette représentation. Tout se termine dans les rires et  le Lindy Hop du Harlem des années 20 qui swingue allègrement.

samedi 25 octobre 2014

Tours et détours de la vilaine fille. Mario Vargas Llosa.

Romanesque. Si au début j’ai trouvé les pérégrinations de la belle femme trop systématiquement situées « in the place to be »  de la seconde moitié du siècle précédent :  Lima, Cuba, London (« Swinging »), Paris ( quartier Saint Germain), Tokyo( avec Yakusa), Madrid (« Movida »), je me suis pris au jeu de l’éternel retour de la passion et goûté la conclusion terrible, celle où s’épuisent les passions.
« Si soudain nous sentons que nous mourons et nous demandons quelle trace nous laisserons de notre passage dans ce chenil ? La réponse honnête serait : aucune, nous n’avons rien fait si ce n’est parler pour d’autres. Que signifie, sinon, avoir traduit des milliers de mots dont nous ne nous rappelons aucun, car aucun ne méritait qu’on s’en souvienne ? »
Du léger, et du grave, il faut bien plus de 400 pages pour que le sage traducteur un si « bon garçon » amoureux de Paris et d’une fuyante « vilaine fille » comme on les aime dans les romans, assèche ses rêves :
« Il m'avait suffit de la voir pour reconnaître que, tout en sachant pertinemment que toute relation avec la vilaine fille était vouée à l'échec, la seule chose que je désirais vraiment dans la vie, avec cette passion que d'autres mettent à courir après la fortune, la gloire, le succès ou le pouvoir, c'était de l'avoir elle, avec tous ses mensonges, ses caprices, son égoïsme et ses disparitions. »
………  Ci-dessus, il s’agit d’une photo d’une photo de Lucien Clergue et dessous on ne le présente plus, et merci Joelle pour ce dessin:

vendredi 24 octobre 2014

Le temps presse.

Mes contemporains me chiffonnent quand ils ne se tiennent pas à l’heure :
les écrans s’affichent à la minute près, mais à moins le quart, toujours personne au rendez-vous de la demie.
Cette désinvolture très partagée ignore les impératifs des autres. Nous ne sommes loin du temps de la diligence.
Des communes ont été amenées à infliger des amendes à des parents qui systématiquement ne récupéraient pas leurs enfants à l’heure.
Alors tropisme familier pour ma bafouille du jour : je ne peux m’empêcher de relier cette nonchalance essoufflée, à peine excusée, au problème des rythmes scolaires.
Leur réforme a aggravé la fatigue des enfants quand elle visait à la réduire, alors quand les élèves sont plus fatigués le lundi matin, ce sont les loisirs qu’il conviendrait de revoir.
Les nouvelles dispositions donnent le pouvoir aux communes, elles mettent en évidence la perte de pouvoir de l’école : ce n’est plus elle qui structure le temps. Elle ne contredit plus les enfants rois issus de dynasties que nous avons élevées dans la méfiance de l’institution/  institutrice et la toute puissance des émois et du moi.
Au moment de se placer en pôle emploi position, à bac donné plus quelques années cadeaux, comment accepter de choisir de se poser face à de jeunes arrogants?
Pénurie de profs et ce n’est pas qu’une affaire de salaire, l’arbre de transmission est brisé et les câbles pètent.
On ne parle que d’échecs, subséquemment il est question de supprimer toute note, pendant que les évaluations redoublent d’intensité.
Toujours est-il que les contrariés, les décrocheurs se multiplient.
Tous ne se « sauvent » pas en Irak, mais les brigades internationales d’aujourd’hui ne tirent pas pour un monde meilleur, en se suicidant, les aspirants visent le paradis.
Tous ne traduisent pas leurs ressentiments en allant vers l’extrême droite, mais ils barbouillent nos fenêtres, foutent en l’air le peu d’innocence qui nous restait.
Avoir chanté : «  mais on est chez nous » dans un Bourgoin-Grenoble et se retrouver devant une affiche du FN qui dit pareil : alors là ce n’est plus du jeu !
J’en étais à ces réflexions harassées quand je trouve dans Libération de samedi 18 octobre, un entretien avec Alex Williams et Nick Srnicek qui viennent d’écrire un manifeste… « accélérationiste » qui s’appuie sur les technologies pour « reconquérir le futur, délaissé par la gauche nostalgique ». Un petit extrait
« Rafraîchir la modernité consisterait à reprendre possession des idéaux de l’universalisme, du progrès, de l’humanisme, de la raison et l’émancipation. Cela signifierait combattre la conception néolibérale limitée de la liberté et admettre que la liberté doit inclure une dimension positive, constructive et pas seulement une protection négative contre l’Etat. Et reconnaître la valeur du raisonnement collectif (qui doit être opposé à tous points de vue aux images classiques de la raison). » Vive la jeunesse.
..............
La photo en noir et blanc est de Chema Madoz qui a illustré d’autres articles de ce blog : http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/09/rencontres-photographiques-arles-2014.html

………..
Dans le Canard de cette semaine :