jeudi 23 octobre 2014

Le 111 à Le Pin.

Un de mes copains de jeunesse m’a informé que dans notre village de Le Pin se tenait une exposition, accompagnant son invitation d’une photographie qui m’a saisi, tant l’installation présentée paraissait  convenir parfaitement au lieu.
Effectivement sur place, le tissage aux allures de macramé, connoté MJC années 70,  dégageait toute sa poésie aux fragrances d’antan. Les toiles d’araignées de Sonia Serano, ludiques et colorées sur fond de tapisseries années 50 et les fleurs découpées d’Emmanuelle Radziner occupent une chambre donnant sur les champs jusqu’au 25 octobre au 111 de la route du Chassigneux dans l’ancienne maison Rivat, celle du charpentier.
A Paris ils ont le 114, à Le Pin c’est le 111.
Cette maison remarquable avec ses deux étages, fut une des dernières à être construite en pisé en 1920. Vous y serez bien reçus par Maurice Jayet http://mauricejayet.free.fr/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=6&Itemid=19  qui a installé son atelier dans lequel ses dernières toiles en noir et blanc évoquent abstraitement Léo Ferré de manière fort lyrique.
D’autres artistes locaux y ont déposé leurs œuvres : Joël Gorlier qui allie pierre et lames de fer, Marjo Van Der Lee aux personnages de terre rêveurs. Maler, lui,  évoque d’autres espaces mais à situer les propositions dans leur contexte, le soleil d’un bord de mer aurait mieux convenu que les lumières comptées -donc de prix- de mes  terres froides natales. Florence Escaich-Paquien, arthérapeute,
 et Monique Navizet à retrouver aussi à Virieu, apportent leurs couleurs élégantes.

mercredi 22 octobre 2014

Iran 2014. J4. Yazd au matin.

La journée commence par la visite de la mosquée du vendredi où nous nous rendons à pied sous une température déjà élevée. Nous prenons la mesure de la hauteur de deux minarets élancés construit l’un par un maître architecte, et l’autre par son élève qui a mieux réussi.
Une lourde chaîne représentant la forme d’une balance de la justice pend sous la porte d’entrée, symbole d’asile pour les non-musulmans ayant besoin d’une protection. Une fois cette porte franchie, un chaudron fixé par trois chaînes s’agite au gré du vent de façon ininterrompue. Le revêtement des murs extérieurs ou intérieurs est composé de mosaïque de faïences et non de carreaux de faïence : chaque motif du dessin est découpé en tesselles et incrusté dans un mortier.
D’ailleurs l’artisan chargé de la restauration nous propose de le regarder travailler. Dans les deux salles de prières d’été et d’hiver, corans et pierres de prières sont laissés à la disposition des fidèles.
Haleh nous conduit ensuite vers la place Mir Chaqmaq que nous avons aperçue du mini bus, richement éclairée lors de notre arrivée hier. Un édifice qui pourrait se confondre avec une mosquée s’élève sur trois étages à arcades avec deux minarets. Mais il n’y a pas de salle de culte à l’arrière, seulement des magasins.
Devant, une étrange structure en bois posée sur des rondins afin de faciliter son portage, symbolise le cercueil en forme de « palmier » de l’imam Hussein. Lors de cérémonies importantes pour les chiites, il est recouvert de tissus noirs, d’oriflammes et d’épées.
Nous trouvons un peu de fraîcheur dès que nous nous engouffrons dans le bazar couvert puis nous visitons le musée de l’eau, installé dans une superbe maison marchande. A partir de quelques ustensiles et outils, nous pouvons nous rendre compte de l’enjeu que constitue l’eau dans cette ville née d’une oasis avec des maquettes montrant les canalisations souterraines ( qanâts), des citernes et un système de pompage par pédalage actionné par le gardien.
Ces canalisations souterraines emmenaient l’eau sur des centaines de kilomètres.
« Le problème de l’eau existant depuis toujours en Iran, les Iraniens furent dès les premiers temps de leur histoire conscients de l’absolue nécessité qu’il y avait pour eux à équitablement partager les ressources existantes. Pour certains archéologues, ce fut même cette nécessité qui poussa les premières communautés en Iran à se doter d’un ordre spécial qui permit très tôt la formation d’une société ordonnée et puissante, qui se transforma rapidement en empire. Le rôle des mirâbs, "les maîtres des eaux" ou les préposés au partage des eaux, était d’une remarquable portée il y a à peine une cinquantaine d’années. »
La maison est jolie avec des stucs délicats et un bassin avec poissons et tortues qui fait face à une loggia décorée de stucs propice à accueillir les divans de nos rêves orientaux.
Nous revenons sur nos pas pour acheter des gâteaux, réputés pour leur qualité, appréciés de quelques politiques célèbres.
Plusieurs « tours du vent » (bagdir) s’élèvent au dessus des maisons basses, elles captent le vent et souvent couplées à une citerne, rafraichissent les habitations.

D’après les notes de Michèle Chassigneux

mardi 21 octobre 2014

L’arabe du futur. Riad Sattouf.

A  travers les souvenirs de sa petite enfance, un des auteurs de BD  parmi les plus réputés, nous instruit sur la jaune Libye et la rouge Syrie au cours de 150 pages sous titrées « Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-84).
Si la France est décrite sous des couleurs bleutées tout n’est pas rose et la chaleureuse voisine de la grand-mère bretonne n’avait alors pas l’électricité.
La famille Sattouf voyage beaucoup en suivant le père qui croit à la révolution verte de Kadhafi et retourne du côté de Homs où il est né au temps de Hafez el-Assad.
Au-delà des absurdités des dictatures, la violence des enfants à l’égard du blond Riad est le produit de sociétés où règne une bigoterie qui ne fera que s’amplifier, où les femmes rongent les os que les hommes ont laissés.
Cette violence se retrouve aujourd’hui dans les observations crues livrée chaque semaine dans Charlie http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/12/la-vie-secrete-des-jeunes-riad-sattouf.html.
La plaisante autobiographie à travers le regard naïf d’un enfant laisse de la place à une observation d’une époque où se rêvait encore un progrès humain même maladroit voire franchement dévoyé. Ce récit où il est aussi question de petites voitures sur le carrelage, de chantiers inachevés, de propagande, nous offre un angle original pour comprendre l’histoire dans ces contrées chaudes de la planète et une efficace galerie de portraits aux lignes claires et aux odeurs soulignées.

lundi 20 octobre 2014

Bande de filles. Céline Sciamma.

Film intéressant mais désespérant : les filles adoptent les codes les plus détestables des machos : bagarres, intimidations, conformisme. Les parents ont disparu, les bandes sont monocolores, la violence  explose à chaque instant, y compris entre « amies ».  Même lors d’une récréation, le temps d’une danse, ou dans les éclats de rires casseurs. L’école ne peut plus rien. Elles cherchent à s’éloigner d’un asservissement familial réel avec un grand frère odieux, à ne pas confondre avec la mère qui travaille et fait de son mieux. Les jeunes qui dans l’hystérie, veulent échapper à leur condition,  à cet univers, vont vers une  autre aliénation aux allures d’une émancipation dérisoire et sans avenir.
Les critiques ont bien aimé la musique et ces actrices jeunettes sur la Croisette le temps d’un festival les changent de l’éternelle nostalgie qui affiche encore Sophia Loren.
Combien de ces béats papas parisiens (intra-muros), qui s’extasient sur l’énergie du film, souhaiteraient un tel destin pour leurs filles ?

dimanche 19 octobre 2014

Trois sœurs. Claire Lasne-Darcueil.

Parfois la présence d’images filmées en fond d’écran peut apparaitre comme un procédé théâtral de plus. Ici trois femmes sont sur scène, et les hommes sur l’écran : l’équilibre est impeccable.
La quête  de Macha, Olga et Irina dans un monde finissant -forcément finissant- c’est dire son actualité de toujours, n’est pas datée, ni géolocalisée.
La nature apparait en noir et blanc, cela permet de garder la distance propre à l’universel. La poésie s’incarne plus facilement, les personnages offrant quelques combinaisons d’incommunicabilité jusqu’au comique.Le temps passe, le passé éclaire le présent, le futur n’ira pas loin.  Tcheckov for ever.
Moscou, ville dont elles rêvent est plus que la capitale de la Russie, c’est le rêve inabouti d’un ailleurs, par ailleurs, l’évocation du raffinement des  militaires gradés n’a pas choqué mon antimilitarisme pas forcément assoupi, mais qui peut oublier parfois le premier degré. 
« Pourquoi on vit, pourquoi on souffre ? »
Parfois les actrices m’ont parues trop exaltées, c’est que j’étais à quelques décimètres de leurs visages expressifs.
L’ennui, la vacuité qui sont au cœur de la pièce en étant trompétés moins fort pourraient dans leur évidence, mieux retentir:
« Le temps passera, et nous quitterons cette terre pour toujours, on nous oubliera, on oubliera nos visages, nos voix… »
Evidemment… alors sourire et aller au théâtre.

samedi 18 octobre 2014

L’éléphant. Revue de culture générale. N°4

Tiens, encore un « mook », il se trouve qu’il s’agissait du numéro 4 d’Octobre 2013 que j’ai cueilli sur les rayons de ma librairie du Square, mais la culture générale qui est traitée dans ces 160 pages ne devient pas obsolète aussi vite et il y a quelque charme à se poser en dehors de l’affairement quotidien où un tweet chasse l’autre.
Embrassant la philosophie, les arts, l’économie, la littérature, les sciences et l’histoire, pour chaque thème, un état des connaissances est pédagogiquement expliqué suivi de l’avis plus approfondi d’un expert. Des quizz variés vérifient si notre lecture n’a pas été trop superficielle.
Dans cette livraison trimestrielle les sujets abordés sont suffisamment divers pour susciter l’intérêt, rafraichir nos connaissances, en aborder de nouvelles, en prenant du recul sur une actualité tyrannique tout en se donnant des éléments pour saisir tranquillement quelques enjeux. Ainsi concernant le budget de la France : la quadrature du cercle ou la transition énergétique : moins et mieux consommer l'énergie.
J’ai beau m’appliquer : la comète Ison me laisse froid, et les théories sur la matière, la composition de la lumière, de marbre.
Par contre « Les 12 évènements qui ont façonné l’Espagne » est bien dosé avec une mise en perspective utile. L’économiste Esther Duflo en grand Témoin est intéressante et un retour vers Aristote, bienvenu, puisque l'étonnement est pour lui une source de réflexion philosophique.
Si les textes sur la grande guerre n’apportent guère d’éléments nouveaux, la littérature à ce sujet a été abondante, mesurer l’enjeu stratégique que constitue la sécurité maritime pour la France est stimulant. Il y a de quoi se nourrir avec « Le radeau de la Méduse », Claudie Haigneré, Malraux, Littré, Le Grand Meaulnes, Jean Tinguely, Saclay…
L’article concernant l’humour anglais est sérieux :
«  Quelle est la définition d’un pessimiste ?
C’est un optimiste bien informé »

vendredi 17 octobre 2014

De haut en bas et de bas en haut.

Depuis « l’insouverain » (François Hollande) selon le mot du linguiste C. Salmon jusqu’à quelques pêcheurs en eau trouble de proximité, je suis accablé de voir des caractères d’ici se retrouver dans des sphères là haut, et vice Versailles.
Ainsi à Saint Egrève,  rabâchage autour de la séquence du « canard sans tête qui continue à courir » : la défaite aux élections municipales cataclysmiques pour la gauche n’a toujours pas été examinée, à tête reposée. Et sans attendre les avis d’autres, censés réfléchir, qui éviteront comme d’habitude de ne pas tirer d’enseignement de ces échecs électoraux, je  retourne le couteau à bout rond dans la plaie aux capteurs désactivés.
Il faut croire que les mots ne signifient plus grand-chose : au moment où le label « Gauche » connaissait quelques problèmes d’identité, chez nous, toutes les listes aux municipales s’en réclamaient.
Jusqu’à la mairesse étiquetée centre gauche qui a gagné dès le premier tour, elle n’avait pas de concurrent à droite.
Les écolos alliés à « la » Front de Gauche et un PS derrière une tête de liste opposant depuis toujours à toute évolution de la commune, surtout quand elle était gouvernée par le Mouvement des citoyens, continuaient à s’opposer : ça ne leur a rien rapporté.
Pas plus qu’à une autre liste Fond de Gauche sur le même créneau démago :
« c’est bien la piscine, mais pas ici, la maison de l’enfance, oui,  mais  ailleurs… »
Quant à la densification nécessaire pour atténuer les agglomérats de véhicules au nord de l’agglo, pour permettre aux jeunes de se loger, il ne faut pas contrarier le pote âgé qui ne veut pas de ça au bout de son jardin.
Quand le manque de courage  se maquille derrière l’appel au peuple, la guillotine en rougirait encore.
Les opposants à l’abandon de l’écotaxe ont table ouverte chez les médias, que n’étaient-ils montés au créneau pour la défendre, la taxe, quand les têtes près des rouges bonnets s’échauffaient !
Le gouvernement perd sur tous les tableaux : quand il installe les portiques et quand il les abandonne. Vals fait le fort, il fait des efforts pour séduire une société qui se droitise, il se contredit comme sur la G.P.A, il ne fait qu’exaspérer une gauche qui ne veut surtout pas gouverner.
Le mot « pathétique » commence à s’user mais comment qualifier tant de paroles péremptoires en regard de tant d’actes dérisoires.
Et dire qu’un boulevard s’ouvrait devant eux après la chute de Sarkozy, « ah non  plutôt une autoroute » aurait dit l’autre dinde, à tremper dans le gasoil avec quelques plumes.
Les mots de la droite sont les seuls à avoir droit de cité, la défaite est consommée : les lettres ne nous appartiennent plus, quant aux chiffres ! Les médias qui  vivent du spectacle du désastre sont entrainés dans un trou noir. Les voleurs règnent ou aspirent à revenir. 
« Mais comme moi, dis-toi qu’il est tellement plus mieux d’éradiquer les tentacules de la déréliction, et tout deviendra clair ! » Les Inconnus
…………..
Un ami de la montagne m’a envoyé ces deux citations :
Orwell : « ...le remplacement d'une orthodoxie par une autre n'est pas nécessairement un progrès. Le véritable ennemi, c'est l'esprit réduit à l'état de gramophone, et cela reste vrai que l'on soit d'accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. » (1945)
Saint Exupéry dans sa lettre à Dalloz du 30 Juillet 1944: 
« Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière du futur m'épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j'étais fait pour être jardinier. »
…………
Dans le Canard de cette semaine :

jeudi 16 octobre 2014

Matisse et le parfum des odalisques. G. Croué.

Gilbert Croué a ouvert la saison des conférences aux amis du musée de Grenoble par un récit fiction à la première personne, depuis la chambre de Matisse dont les persiennes ouvraient sur le ciel de Nice.
Arrivé à ses 80 ans en 1949, il se souvient de sa vie, de ses plaisirs, de la peinture et de ses modèles.
Les formes pleines de Lydia au corps renversé, arqué, abandonné. Son dessin capte quelque chose de la beauté, un peu du mouvement, de l’instant, du désir, de la tension, tout en se tenant à distance respectueuse du corps.
« Sa tête penche et se renverse
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins. »
Théophile Gautier
Le tableau de « L’odalisque à la culotte rouge » est peint à Cimiez. Seuls les tissus, les vêtements viennent du Maroc. A la lumière du matin suivant la réalisation, il revoit sa toile dans sa vérité et remplace des harmonies de bleu  par le rouge, « la couleur de la peinture ».
« Paresseuse odalisque, arrière!
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l’amour! »
Théophile Gautier
Gustave Moreau, pour lequel une bonne conférence pourrait me faire réviser un jugement  personnel réservé, fut son professeur, respecté par ses élèves surnommés « les Moreauïdes ».
Très respectueux, il les amenait à s’affirmer dans leurs choix, à croire en leur destin : « pas à suivre leur chemin mais à côté du chemin ». « Penser par la ligne, s’exprimer par la couleur ».
Lors d’une sortie en maison close sise « rue de la Trinité », le jeune étudiant ne fut pas seulement fasciné par les décors orientalisants, mais lorsque plus tard il peignait  toutes ses odalisques entre 1920 et 1939, sa femme passant une tête par la porte de l’atelier lui demandait : « alors toujours à la recherche de la Trinité ? »
« L’odalisque à la culotte grise », « L’odalisque au genou levé », « L’odalisque au bras levé », « L’odalisque à la fleur de magnolia », « L’odalisque au coffret rouge », «L’odalisque au tambourin », « L’odalisque à la robe jaune et anémones », «L’odalisque assise », « L’odalisque sur fond rouge »…
Alanguies, solaires, leur corps n’est pas réel ; les contre courbes s’équilibrent avec les courbes dans un espace cadré, le chemisier s’harmonise avec les rayures du sofa. Il faut que ça tienne !
« Sur un tapis de Cachemire,
C’est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l’admire
Avec un rire de corail. »
Théophile Gautier
Lui qui fut adulé par Pollock ou Rodhko, vénérait Ingres et son « Odalisque » au corps d’ivoire, au regard en suspension, parmi des harmonies subtiles de bleus, sous un vide central étonnant.
Arrivant à Paris depuis Saint Quentin, il apprécia Jean-Léon Gérôme qui a peint quelques femmes charnues au bord d’une piscine, mais il n’avait pu entrer dans leur hammam ; l’orientalisme est un conte qui a mis dans le mille.
Il a vu aussi les nabis avec Paul Ranson et ses couleurs en aplat dans « La chambre bleue », le corps féminin est ocre.
Avec ses amis Camoin et Marquet, ils se sont  rendus à Tanger où les ombres profondes découpent des plans nets, et les contrastes de bleu et de blanc font tort aux yeux, des yeux neufs, pour une mémoire vide alors qu’il « prend ses distances avec le fauvisme ». Fathma la petite mulâtre pose pour lui et  aussi Zorah.
« Quant aux odalisques, je les ai vues au Maroc et je fus ainsi en situation de les mettre dans mes toiles sans faux-semblants à mon retour en France. »
Les souvenirs sont des parfums, ceux des corps, de la térébenthine, des gâteaux et des vieux cuirs.

mercredi 15 octobre 2014

Iran 2014 # J3. Après midi à Naqsh-e Rostam et Yazd.

Nous pique-niquons assis sur une énorme natte, sous une allée d’arbres, de pains plats tartinés de thon et fromage et d’une pastèque.
Nous nous arrêtons à Naqsh-e Rostam. Dans la falaise 4 tombeaux en forme de croix, évoquant Pétra pour l’une d’entre nous, abritent des rois achéménides dont Darius. Des bas reliefs postérieurs célèbrent la victoire de Shapour sur les romains ou l’investiture d’un roi.
Face aux tombeaux s’élève la Kaaba-e-Zardusht ou Kaaba de Zoroastre, tour de feu enfoncée dans un carré en dessous du niveau actuel du sol.
D’un coup de mini bus, nous nous dirigeons vers Pasagardes. C’est l’ancienne capitale achéménide de Cyrus. Nous n’en voyons que le tombeau au centre d’une immense plaine. En forme de pyramide à la base, 7 marches plus ou moins hautes conduisent à un édifice de pierres dont il ne reste plus que les lourds vantaux chargés de protéger jadis le corps et le trône en or du roi.
Nous buvons un café au lait bouillant avant de reprendre une longue route. Nous faisons une halte à Abarkuh devant un cyprès de 4500 ans, «  probable témoin des premières vagues aryennes » trônant dans un jardin d’un vert reposant après toute l’aridité des alentours. Très vite trois jeunes garçons  nous repèrent et  débarquent en motos pétaradantes autour du mini bus. Ils testent leur anglais pour entrer en contact avec nous, répètent nos noms. Ils n’ont pas l’âge de conduire, sans casque qui plus est, mais pratiquent le dérapage contrôlé avec maestria devant les étendards noirs mortuaires d’une  maison voisine.
Nous buvons un thé bouillant préparé par notre chauffeur. Dernière étape : il nous reste 200 km avant d’atteindre Yazd.
La route en ligne droite traverse des étendues désertiques d’un paysage sec et rocailleux, sans village pratiquement depuis ce matin. Pour nous distraire Haleh (« croissant de lune »)  passe de la musique, des chansons italiennes, françaises (Juliette Gréco, Michel Berger revisité) un peu d’anglais, lorsque nous ne somnolons pas.
A chaque check point M. Ali enfile son pull à épaulettes. On commence à apercevoir des dômes en terre, construits au ras du sol, qui servent de châteaux d’eau.
Nous arrivons à Yazd dans la nuit, surpris de l’ampleur de la ville, de son côté plus moderne par rapport à Shiraz. Les monuments à caractère musulman sont joliment éclairés. Nos deux Iraniens semblent hésiter sur la direction. Haleh s’arrête pour demander son chemin, téléphone et finit par trouver le jeune homme envoyé à notre rencontre par l’Hôtel Abib Almamalek situé dans la vieille ville. Il s’agit d’une ancienne maison de marchand en torchis avec des murs hauts et une porte d’entrée plus haute encore. Nous pénétrons dans un patio couvert aménagé en restaurant, bordé de larges divans en bois. L’accueil est agréable avec un verre de jus d’orange en bienvenue. Nous investissons les chambres surélevées de 3 marches composées de trois à cinq lits chacune. Nous héritons de la plus grande avec un petit salon central. Nous sommes les seuls clients à cette heure tardive, nous mangeons bien après une petite balade sur le toit proposée par un jeune employé. Douche, lessive, journal et dodo.
D’après les notes de Michèle Chassigneux.

mardi 14 octobre 2014

La vie des festivals. Gaudelette.

Depuis  sa majesté Gaston La Gaffe, la vie des rédactions des journaux de BD est un genre à part entière, car c’est bien de cela dont il s’agit et non de la vie des festivals qui n’est l’objet que d’une histoire sur huit.
Ne fréquentant plus Fluide glacial depuis longtemps, je ne connaissais pas le dessinateur et j’ai aimé son humour désinvolte, sa mauvaise foi, l’éternelle panne d’inspiration qui arrive à remplir la planche, les collègues, son chef, son trait  paresseux mais expressif.
L’auto dérision est un  sujet inépuisable.
« Je sais… JE SAIS !...  que ça fait une page débitée pour ne rien dire… que j’en fais quoi du respect des lecteurs… que si je crois qu’on me paye pour débiner mes collègues… je sais ! Et eux aussi, ils savent…les lecteurs… et surtout les abonnés !! Tu y as pensé aux ABONNES toi ? Abonnés au prévisible, à l’attendu… au même refrain récité par cœur »
Pas de quoi avoir le grand prix d’Angoulême … quoique avec un ruban adhésif un petit bandeau rouge sur la couverture pourrait être vendeur, mais le rafistolage se voit.

lundi 13 octobre 2014

Saint Laurent. Bertrand Bonello.


Ce film étoffé aborde les enjeux économiques de la haute couture, le travail des petites mains, les affres de la création, la lumière et le noir, la beauté, la boue, l’étourdissement, les hommes, La Femme, la peur du petit matin. La richesse, tant de « choses » accumulées, le raffinement et la vanité.
Gaspard Ulliel, léger et habité, qui apparait dans la pub de… Channel quand les murs s’effondrent, interprète le couturier, génie précoce, remarquablement.
"Tu as tout. La beauté, la richesse, la jeunesse. C'est beau d'être comme ça. Mais de cette vie, tu es déjà las. Tu n'en as plus envie".  
La bande son est somptueuse, les personnages ambigus, fragiles, vraiment pas univoques:  Pierre Berger ( Jérémie Régnier) a-t-il sauvé Saint Laurent ou s’en est-il servi ?
Depuis les années 70, fumantes, quelques images à conserver. L’écran est partagé : le smoking pour les femmes, à la fois très classe et novateur, et les gaz au quartier latin, des poussières dans le désert, des volutes de cigarettes. Le révolutionnaire de la mode semble hors du monde.
YSL : Yves si seul.

dimanche 12 octobre 2014

Six personnages en quête d’auteur. Pirandello.

" File la laine, filent les jours
Garde ma peine et mon amour
Livre d'images des rêves lourds
Ouvre la page à l'éternel retour. "
Une petite fille chante, elle est à l’âge où l’on joue dit-on à faire semblant, au cœur de cette pièce où le théâtre se joue dans le théâtre ; des personnages venant supplanter des acteurs en train de répéter.
Miroirs : où est le vrai ? Qui pourra dire la douleur ? Qui suis-je ?
La comédie dramatique de 1920, de genre philosophique, passe très bien grâce à l’humour, au dynamisme des acteurs, à l’évidence de la mise en scène, à sa poésie.
A l’heure où l’exposition de soi nous fait des gros nez en selfie, le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota élargit le propos :
« Est-ce parce qu’aujourd’hui, il nous semble que la réalité s’est substituée à l’idée, que la figure de ce monde passe et n’est qu’une illusion, que nous croyons que le monde entier est une scène? On a plutôt aujourd’hui le sentiment que l’illusion a gagné les corps et les âmes, et engendré ce malaise de sujets irrémédiablement divisés. » 
Nous sommes bien au-delà d’un questionnement sur le monde du théâtre, nous révisons les mots qui tournent autour de la vérité : le mot « représentation », voire « arrête ton cinéma ! ».
Le théâtre ou le roman ne disent-ils pas les faits plus fidèlement que le visible, le trop évident ? J’adore discuter de l’indiscutable.

samedi 11 octobre 2014

Le quatrième mur. Sorj Chalandon.

J’ai lu ce livre au moment où depuis nos écrans nous savions que Gaza était encore mis à feu et à sang.
Alors l’acharnement du narrateur à vouloir faire jouer Antigone à Beyrouth en 82 au moment des massacres de Sabra et Chatila m’a paru bien dérisoire.
Le « quatrième mur » est dans le vocabulaire du théâtre ce qui sépare les acteurs du public. Dans leur lieu de répétition, il n’y a plus que trois murs.
Ce livre qui a reçu un prix de lycéens m’a paru désespérant en montrant l’impuissance de la culture face aux passions de mort. Il avait embauché dans son entreprise une palestinienne, un druze, un maronite, des chiites, un catholique mais même pour le temps d’une illusion de paix : impossible ! Mettre « ses tripes à l’air » n’étant pas une métaphore sous ces latitudes.
« Avant le cri des hommes, le sang versé, les tombes, avant les larmes infinies qui suintent des villes, les maisons détruites, les hordes apeurées, la guerre était un vacarme à briser les crânes, à écraser les yeux, à serrer les gorges jusqu'à ce que l'air renonce. »
L’ancien correspondant de Libé connait son affaire et ces 323 pages sont l’occasion de faire s’exprimer quelques protagonistes armés, de revenir sur les engagements militants des années 70,  avec une honnêteté et une lucidité qui nous laissent nus.
La violence, l’absurde sont rendus avec force mais l’éclat des mots pâlit sous les années corrosives  et les haines recuites. 
Le trop beau projet de reprendre cette pièce  d’Anouilh jouée en 1944 où une résistante préfère la mort à l’injustice se fracasse sur le réel, le metteur en scène qui a voulu honorer la promesse à un ami y perdra la raison et ses amours.
« Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. »

vendredi 10 octobre 2014

Le Postillon. Octobre 2014.

Le gauche bimestriel (2 € les 16 pages), traitant de la cuvette grenobloise, titre pour ce numéro 27: «  Pierre Gattaz et le modèle grenoblois : c’est l’amour » avec Destot reconnaissable à son badge CEA et une rose, dans les bras du président du MEDEF.  
C’est du surligné, sans humour. Les dessins sont pour beaucoup toujours aussi maladroits, mais certains articles sont éclairants tel celui concernant le modèle Grenoblois reposant « sur un pillage de l’argent public, une philosophie inepte et des procédés immoraux » : c’est qu’on n’y va pas avec le dos de la clef à molette chez les amis de « Pièces et main d’œuvre ».
 « La recherche développement » peut être une manne pour les financiers quand le devenir des aides n’est pas suivi. C’est clair à travers l’explication de la stratégie de Raise Partner: cette startup permettant d’optimiser les placements boursiers à l’intérieur de laquelle était impliqué le nouveau maire de Grenoble comme le Postillon le révéla http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/06/le-postillon-ete-2014.html . Où l’on peut apprendre aussi que Pierre Gattaz n’a rien à voir avec l’enracinement isérois de son père Yvon qui créa  l’entreprise Raddiall devenue depuis très branchée sécurité.
« Cette année là, au cours d’une compétition officielle ayant lieu tous les six ans, une équipe d’outsiders de gauche menée par un capitaine charismatique fracasse les tenants du titre. Une victoire historique, un match qui marqua son époque. La recette de ce succès inattendu ? Des candidats issus en partie du monde associatif et de la société civile, un futur maire dynamique à l’image «  efficace »un programme faisant la part belle au « local », à la démocratie participative et au renouvellement de l’action publique… sans parler d’un contexte électoral favorable : gauche traditionnelle déboussolée, droite à la ramasse et un taux d’abstention élevé comme toujours. »
Il s’agit de l’année 1965, quand Dubedout fut élu, en habile introduction à un article intitulé « Piolle, jusqu’audubedoutiste ? » argumenté et vigilant quant aux injonctions participatives de la nouvelle municipalité.
La rencontre avec un contrôleur de la SEMITAG, un compte rendu d’audience au tribunal, un petit tour à l’Ile d’amour ou le récit d’un duel à l’épée entre journalistes du Petit dauphinois et celui du réveil du Dauphiné en 1887, sont vraiment à leur place dans ces pages apportant un regard sans concession sur notre biotope. 
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 Dans le "Canard" de cette semaine:

jeudi 9 octobre 2014

How much can you carry ? Floriane de Lassée.

Pour avoir, avec mes compagnons de voyage, croisé depuis nos 4X4 ces marcheuses du bord des routes d’Afrique ou d’Asie aux invraisemblables chargements, je viens de recevoir ce livre de 95 pages sous titré : « le poids de la vie ».  
Dans un dispositif  de photographe des temps anciens, la photographe au joli nom a  transcendé la peine, la pesanteur, sans tomber dans l’onirisme en faisant poser ses modèles devant des toiles tendues dont la texture est bien visible et les a fait jouer avec leurs chargements qui prennent des dimensions ludiques, poétiques, complices.
La métaphysique passe ici au delà de l’anthropologie, la créativité dépasse le témoignage. Sous une couverture toilée, la beauté rejoint la douce fantaisie, les visages graves voisinent avec des timidités et des fous rires.
Dans la diversité des propositions, difficile de choisir une image pour illustrer cet article, entre des éthiopiens aux caisses de plastique, des népalais portant leur famille au pied de poteaux de basket, des boliviens ou des japonais, des indiens ou des brésiliens, révélés par un regard original sans apprêt.

mercredi 8 octobre 2014

Iran 2014. J3 au matin. Persépolis.

Il faut partir  de Shiraz tôt ce matin et exceptionnellement le restaurant ouvre ses portes à 7h.
Nous sommes les seuls clients.
Au check point à la sortie de la ville, M. Ali, notre chauffeur, doit enfiler un pull sans manche ornementé d’épaulettes dignes d’un commandant.
Durant le trajet sur une autoroute bien chaussée, nous en apprenons un peu plus sur le pays dont la silhouette a une forme de chat assis. Sur la carte figurent la route de la soie, celle de Marco Polo, le trajet des Moghols… A l’Est l’on parle le turc, la région du Sud est riche en pétrole, dans le Sud Est une partie de la population vit du trafic de drogue.
Nous arrivons à Persépolis dont la construction remonte à 500 ans avant JC.
Sous les ordres de Darius  la cité a été édifiée par des ouvriers  venus de toutes les satrapies de l’empire. Elle fut détruite par Alexandre le Grand en 331 av JC.
Vers 9h, le soleil chauffe déjà fort, le parking immense n’offre aucune possibilité d’ombre. Munis de bouteilles d’eau, nous nous lançons dans la visite n’apercevant d’abord que les colonnes qui dépassent et le grand escalier qui y mène.
La grande « porte des nations » en impose et annonce d’entrée les particularités de ce site patrimoine de l’UNESCO où le shah Mohammad Reza Pahlavi donna de somptueuses fêtes en 71, ce fut son chant du cygne.
La porte des nations était un passage obligé des délégations venues faire allégeance chaque année au roi  Darius, il reste deux énormes colonnes avec des sculptures de taureaux ailés à tête humaine ; l’apadana (salle d’audience) le palais de Darius, de Xerxès, le palais des 100 colonnes, un harem et une banque composaient le lieu.
Des bas reliefs magnifiques représentent des combats de lions et de taureaux, les différents peuples reconnaissables à leurs tenues vestimentaires, robes courtes ou longues, couvre-chefs, cadeaux apportés au roi…
D’énormes têtes doubles de taureaux ou griffons s’accrochent au haut des colonnes ou sont tombées au sol exposées derrière des vitres protectrices.
Pour avoir une vision globale, nous grimpons au tombeau d’Arta Xerxès avant de reprendre le véhicule à moteur. Nous croisons un couple de vieux espagnols qui nous parlent en français de… La Mure.

mardi 7 octobre 2014

La revue dessinée. Automne 2014.

La revue pédagogique, 226 pages pour 15€, peut être aussi poétique et drôle. 
Mais son apport  lié à l’actualité qui dure est d’offrir un angle nouveau  aux informations.
Si le résultat du référendum en Ecosse désormais connu modifie notre lecture de l’histoire du « Yes », le reportage est très intéressant 
comme celui consacré au juge Renaud dont le meurtre reste impuni. Cette enquête de Benoit Colombat et Etienne Davodeau nous rappelle que dans les années Giscard (75) la république n’était  vraiment pas mieux avant : mafia et politiques pour le financement des partis, SAC… 
Les dessins remettant Pierre Etaix dans la lumière ont beau être séduisants, je n’ai pas été convaincu, pas plus que mon inculture économique n’a pu être surmontée par des pages bien ficelées concernant les emprunts toxiques qui ont fait des ravages dans les collectivités locales. 
Je me suis régalé par contre avec le décryptage de la photo de l’homme seul face aux chars de Tien An Men ou d’une scène du film de Fritz Lang « Le cabinet du Dr Caligari ». Les rubriques régulières sont utiles avec
la découverte d’un artiste de face B : Daniel Johnson,
la rencontre avec des « ouvriers prêtés » qui vivent la semaine loin de leur foyer et vont faire l’appoint dans d’autres usines du groupe où ils sont embauchés,
l’histoire de l’informatique,
un sport peu pratiqué : la natation synchronisée,
la xyloglossie : la langue de bois, très pratiquée.

lundi 6 octobre 2014

Shining. Stanley Kubrick.

Dès le générique aux accents d’un Dies Irae, nous allons vers les sommets.
Il m’a pourtant fallu des stratégies Hitchcockiennes et une mauvaise foi inattaquable même par une quelconque tronçonneuse pour que l’on m’accompagne vers ce monument de l’horreur, où Nicholson est ébouriffant.
Tout est clean dans l’hôtel  isolé dont la démesure va perdre le couple avec enfant qui doit garder le bâtiment pendant la période hivernale.
Nous sommes pris dans le labyrinthe du récit du réalisateur qui a embrassé tous les genres et à chaque fois produit un film qui a fait date.
Celui là est de 1980 et des interprétations concernant l’holocauste, le génocide des indiens ou les premiers pas de l’homme sur la lune ont été avancées, pourtant en tant que film de fantômes, nous pouvons l’aimer.
 « Shining est un film optimiste. C'est une histoire de fantômes. Tout ce qu'il dit c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est optimiste »
Même si l’unique phrase réitérée de l’écrivain  à la hache frappant par ailleurs sur sa machine à écrire dans une salle trop vaste :
« All work and no play makes Jack a dull boy ».
« Beaucoup de travail et pas de loisir font de Jack un triste sir »
est traduite en « un tien vaut mieux que deux tu l’auras » assez éloigné de l’original.
Nous sommes derrière le vélo de Danny le petit garçon médium qui parcourt les couloirs frénétiquement et Jack qui apparait derrière la porte fracassée peut fournir le poster de nos nuits quand nos yeux sont écarquillés.