dimanche 21 septembre 2014

Défilé de la biennale de la danse 2014. Lyon.

J’ai regretté de ne pas avoir assisté au final du défilé place Bellecour parce que les images vues sur internet sont impressionnantes.
Le défilé de cette année dont j’avais vu pas mal de versions préalables http://blog-de-guy.blogspot.fr/2012/09/le-defile-ouvre-la-biennale-de-la-danse.html  jusqu’à ce dixième anniversaire, était encore très fort.
La formule anniversaire ne pousse en principe guère vers la nouveauté mais plutôt vers l’évocation à connotation nostalgique, pourtant l’assortiment d’images familières et de nouveautés a bien convenu à mes sens blasés pour cette dixième édition.
Certes l’inspiration brésilienne est  fondatrice mais les sons hip hop et électro ont colonisé toutes les troupes venues de la région Rhônes Alpes.
300 turinois sont venus renforcer les MJ lyonnaises autour de marionnettes, pièces identitaires par ici, bien accordées à l’évocation d’ « honorables délégations » gratinées.
Il parait que c’est  devenu également une spécialité lyonnaise d’associer d’une façon aussi massive amateurs et professionnels  autour de la danse.
Et pour jouer avec les costumes, les rythmes parmi quinze groupes qui mélangent toujours vieilles et jeunes, maigres et gros : quand on a dix ans, l’esprit d’enfance est là bien sûr, et le charivari coloré joyeux va de soi.  
Mais derrière un globe terrestre aux couleurs chatoyantes, j’ai perçu quelque gravité avec certaines évocations. Sous les fumées qui appartiennent de plus en plus  aux  spectacles, des voiles recouvrent quelques visages, et si les masques de la mort sont encore ludiques, Chaplin lui-même pointe sa canne vers «  nos faiblesses et nos illusions ».

samedi 20 septembre 2014

Opération Sweet Tooth. Ian McEwan.

et malgré le genre espionnage qui aurait pu me rebuter, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire son douzième roman.
Nous revenons dans les années 70 entre Brithon et Londres quand la littérature avait son rôle à jouer au temps de la guerre froide. Au-delà des sinuosités du M15, le service d’espionnage  britannique, l’habile construction du roman, ses personnages principaux, l’intrigue qui tourne autour du mensonge et de la divulgation, tout renvoie à une réflexion sur l’écriture, son économie, sa puissance et ses impuissances.
« Quatre quatrains aux vers brefs. Un train marque un arrêt inhabituel dans une petite gare perdue, personne ne monte ni ne descend, quelqu’un tousse, un oiseau chante, il fait chaud, il y a des fleurs et des arbres, du foin qui sèche, et encore des oiseaux. C’était tout. « 
 Quelques lignes plus loin, plus qu’une explication de texte, la vie prend plus de saveur :
« … le caractère arbitraire de cet arrêt, la sensation de l’existence à l’état pur, d’être suspendu dans l’espace et le temps, juste avant une guerre cataclysmique. »
Je tournai la tête vers lui et ses lèvres effleurèrent les miennes. « Ce poème ne parle pas de la guerre » dis-je très doucement. »
En 436 pages aux dialogues ciselés, nous sommes en empathie avec Serena la jolie espionne en apprentissage et suivons ses évolutions.
« Voilà le luxe de l’homme bien nourri : railler tout espoir de progrès pour le reste de l’humanité. T.H. Halley (c’est le nom de l’écrivain que Serena doit appâter) ne devait rien au monde qui l’avait élevé avec bienveillance, instruit gratuitement et avec tolérance, lui avait épargné la guerre, l’avait amené à l’âge adulte sans rituels effrayants ni famines, ni dieux vengeurs à redouter, et le gratifiait avant la trentaine d’une allocation généreuse, mais ne limitait en rien sa liberté d’expression. Il s’agissait d’un nihilisme facile qui ne doutait jamais de la nullité  de ce que nous avions produit, ne proposait jamais de solutions de rechange, ne trouvait jamais dans l’amitié, l’amour, la liberté des échanges, l’industrie, la technologie, le commerce, tous les arts et les sciences, la moindre raison d’espérer. »
Nous nous laissons manipuler par le narrateur entre fiction et banalité, inspiré par son propre métier, il boucle brillamment son roman : des protagonistes oubliés réapparaissent, nous avons pu apprécier des nouvelles et leurs critiques qu’il insère dans quelques tiroirs, et toujours l’humour nous accompagne.

vendredi 19 septembre 2014

Dire Non. Edwy Plenel.

L’amie qui m’avait prêté le livre écrit par le directeur de Médiapart avait souligné la moitié des 175 pages, tant les paroles sont fortes rappelant en ces temps accablés quelques fondamentaux.
J’avais tardé à me plonger dans les mots de celui qui a créé le phénomène politique le plus novateur de ces dernières années, redressant la bannière d’un journalisme flapi et soumis aux airs du temps. Je craignais la rigidité de l’imprécateur dont le titre de cet essai annonçait un positionnement toujours contredisant, chicanant , négatif qui a tendance à lasser à mon âge.
Il n’en est rien, le propos chaleureux se place dans la trajectoire d’un père « breton d’outre-mer » qui fut engagé. Cette fidélité à des valeurs impressionne lorsque quelques paresseux accommodements reviennent nous déranger.
Prophétique en 83, il écrivait : « …que révèle M. Le Pen de l’état de la France, de l’ampleur de sa crise, du délitement de son corps social ? » Nous n’avons pas avancé.
Il revient sur à la triade issue de lumières : « liberté, égalité, fraternité », à laquelle s’opposent « hiérarchie, égoïsme et force », les marqueurs de ceux qui entendent déterminer et immobiliser les femmes et les hommes, les asservir sous la fatalité.
Ses références à Gramsci, Jaurès, Glissant… ne sont pas des postures, mais au service d’une pensée cohérente, où la critique des institutions de la V° république ne touchent pas à la forme mais à l’origine de toutes les dérives de tous les archaïsmes de notre vie politique.
Il cite Paul Alliès jugeant la Ve République anachronique, exotique et adémocratique.
« Anachronique, elle l’est de par les conditions de sa naissance, quand la France était encore un empire colonial et méconnaissait la communauté européenne. Elle a conservé la nécessité d’un homme fort à sa tête, reproduisant les traits du bonapartisme dans l’effondrement d’un régime d’assemblée. Et elle est aujourd’hui en complète rupture avec la société de la connaissance, de l’horizontalité des réseaux sociaux, de l’interactivité des groupes et des individus ; si bien que la figure du président devient improbable que ce soit dans son hystérisation ou sa banalisation. Exotique, elle l’est tout autant puisque la France est le seul régime en Europe à pratiquer un tel présidentialisme où «l’absence de morale, le climat de complaisance ou de complicité, de résignation est au principe de ce régime où les institutions sont confisquées par un souverain unipersonnel et sa bureaucratie» (Pierre Mendès France, 1974).
Adémocratique elle le reste tellement elle repose sur l’irresponsabilité générale, politique et pénale d’un chef de l’Etat qui gouverne sans avoir à rendre des comptes et qui contamine ainsi tous les niveaux jusqu’à la périphérie, celle des exécutifs locaux.
Son développement concernant le passé colonial de la France, ne revient pas sur l’excuse trop facile du mal développement des anciens pays asservis, mais ce qu’il induit de notre rapport au monde et il rappelle :
« Je dis souvent que notre France est d'origine étrangère... Je m'explique ! Savez-vous qu'au 31 juillet 1943, sur l'ensemble des Forces Françaises Libres - je parle donc de la deuxième guerre - on comptait 66% de soldats coloniaux, 16% de légionnaires - la plupart étrangers - et seulement 18% de Français de souche ? (selon les termes de l'époque qui font hélas retour !). »  
………….
Dans le Canard de cette semaine : « L’assemblée a voté en doute confiance » ce dessin :

jeudi 18 septembre 2014

Kurar à la galerie Nunc.

Les choix de la galerie au 7 de la rue de Génissieu à Grenoble ont trouvé leur public : il y avait du monde au vernissage de l’exposition qui se tiendra jusqu’au 25 octobre.
Moins cérébral que bien des lieux consacrés à l’art contemporain, si les termes du projet de « la gallery » n’échappent pas à l’anglais langage, « la monstration » actuelle ne manque pas de charme comme la vive directrice des lieux qui a l'oeil.
L’artiste dit Kurar est french mais les titres  sont écrits dans le dialecte de Banksy auquel il est bien difficile de ne pas penser. Les pochoirs amusants de l’insaisissable maître du street art http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/03/banksy-humour-et-murs-gilbert-croue.html  se renouvellent sans cesse. Ici le report sur toile de thèmes percutants lorsqu’ils sont délivrés en direct des murs, affadit leur message.
L’enfance innocente représentée face aux armes,  face à la nocive société de consommation et ses robots, ses écrans : on a déjà vu ça quelque part.
Le rendu est agréable, et j’aime souvent les photos en noir et blanc d'où émergent quelques couleurs , mais il se trouve que la joliesse entrave parfois l’intention contestataire : ainsi les images du visage du Che lui-même  ont dérivé en produits.

mercredi 17 septembre 2014

Iran 2014. J1. Lyon-Istanbul-Shiraz.

Partis à 8h 30 de Grenoble, ce dimanche 20 juillet, nous arrivons suffisamment tôt pour éviter la queue au comptoir de la Turkish Airways à Satolas. Comme il faut un certain temps pour régler les formalités, nous prenons rapidement un café et pouvons embarquer dans l’avion à 11h30.  Et il faudra plus d’une heure encore avant qu’on s’élance dans les airs, à regarder la pluie tambouriner sur le tarmac. Nous survolons Turin, l’Adriatique, la Croatie après avoir laissé la mer de nuages derrière nous.
Nous arrivons à 17h à l’aéroport d’Istanbul regorgeant de boutiques en duty free, où une foule cosmopolite circule en tous sens et en toutes tenues : du short à « la boite aux lettres ».  Premiers contacts chaleureux dans la zone d’attente avec deux iraniennes qui nous abordent l’une après l’autre en anglais avec beaucoup de courtoisie et de bienveillance.
Nous quittons Istanbul à 21h 40. Les avions décollent à la chaîne et nous découvrons la mégapole stambouliote dans son immensité : la nuit est féérique.
Les écrans de l’avion annoncent un décalage horaire en Iran de 1h 30 avec la Turquie (2h 30 avec la France).  Désormais plus aucun alcool n’est servi.Peu de touristes ont pris place dans ce vol, les autochtones repoussent le moment de se recouvrir du voile.
Nous débarquons à Shiraz vers les 2h 30, heure locale, avec notre foulard, nous nous soumettons aux formalités douanières, récupérons nos bagages. C. ouvre son sac pour que les autorités vérifient avec bonhommie que sa gourde ne comporte aucun liquide illicite. Nous repérons facilement dans ce petit aéroport provincial, une grande femme qui tient un panneau Tamera : ce sera notre guide, Haleh.
Dehors la température chaude reste néanmoins supportable et nous trainons nos sacs jusqu’au mini bus dans lequel nous attend Ali, notre chauffeur pour ce séjour. Malgré l’heure tardive, les gens circulent, prennent le frais, des estancos attendent le client nocturne qui se restaure en ces temps de ramadan. Nous stoppons au Tahar Hôtel, prenons possession de nos chambres climatisées où une flèche au plafond indique la direction de la Mecque, un Coran est posé sur la table de nuit.

mardi 16 septembre 2014

Le guide du mauvais père.2. Guy Delisle.

J’avais tellement aimé la première parution de ce petit album trop bref  http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/06/guide-du-mauvais-pere-guy-delisle.html que je me suis précipité sur le tome 2.
Et je n’ai pas été déçu, même si le moment d’heureuse surprise est passé et si la vigueur du premier, son parti pris iconoclaste envers les  bons pères d’humeur égale, adultes et responsables, laisse de la place à la tendresse, à la complicité avec un humour toujours égal.
J’aime ce papa menteur, essayant d’effrayer ses petits Louis et Alice qui connaissent bien sa  mauvaise foi et ses facéties, allant jusqu’à dénigrer les livres sans images et n’hésitant pas à les gaver de Magnum au chocolat quand maman n’est pas là.
Comme on cède devant un recueil de BD à épuiser en 5 minutes.

lundi 15 septembre 2014

Hippocrate. Thomas Lilti.

Nous suivons un jeune interne un peu trop tendre à mon goût dans sa découverte du milieu hospitalier qui tout-le-monde-le-sait-n’est- pas-en-bonne-santé avec une erreur médicale couverte par la hiérarchie, un dilemme concernant la fin de vie, des tensions entre services, les FFI (faisant fonction d’interne) : les médecins étrangers et les amitiés, les inimitiés, les ambitions, les rudes beuveries et les solidarités.
Intéressant, bien filmé, rythmé par les  passages des chariots et autres conteneurs, impliquant, drôle et émouvant.  Mais si Réda Kateb fait le job, je n’ai pas été emballé par tous les acteurs. Et l’unanimité critique constituée un peu facilement m’inciterait plutôt à préciser que bien que sympathique ce n’est quand même pas un grand film.
Il n’y a plus que la taille 4 à la lingerie pour une blouse  à destination du fils du patron du service et c’est un peu grand pour lui, à la fin la bonne taille est disponible.

dimanche 14 septembre 2014

Les Copains d'abord.

Sous ce titre un peu daté, France 2 diffusait l’hommage rendu à Jean Louis Foulquier par trente chanteurs pour le trentième anniversaire des Francofolies à La Rochelle.
Une occasion de réviser des grands classiques : Souchon avec Foule Sentimentale, Jean-Louis Aubert, Elodie Frégé, Nolwenn Leroy et Renan Luce reprenant Dès que le vent soufflera de Renaud ou Salvatore Adamo et Les filles du bord de mer en duo avec Joyce Jonathan, Voulzy  ne nous rajeunit pas avec Changer le Monde  grâce au jasmin et au lilas…
Redécouvrir Un jour j’irais à New York avec toi  par Yannick Noah, Matt Bastard et Jean-Louis Aubert  ou L’Hymne de nos campagnes avec Tryo, Tri Martolod  cette fois par Nolwenn Leroy, ne pas se lasser de J’aime plus Paris de Thomas Dutronc.
Thiéfaine,  un pionnier de la place Saint Jean d’Acre, était tout à fait à sa place avec Lorelei ainsi que Bruel qui créa Casser la voix  après un bide  ici même, chanté sans complexe par Omar Sy maître de cérémonie dont ce fut la prestation la plus convaincante, après une série laborieuse de refus des différents intervenants de chanter avec lui en duo.
Bernard Lavilliers a garanti le minimum avec On the Road Again,  alors que je l’ai connu plus entrainant, Zaz  par contre avec Je veux emballa la foule très réactive et connaissant bien les répertoires,  ainsi la Super Nana de  Jonasz passa bien, même si l’interprète de La boite de jazz en fit un peu trop. Ce qui ne fut pas le cas de Bénabar émouvant avec "Je suis de celles"
« J'étais de celles
Qui disent jamais non
Les "Marie couche-toi là"
Dont on oublie le nom.
J'étais pas la jolie
Moi, j'étais sa copine
Celle qu'on voit à peine
Qu'on appelle machine. »
Parmi  les nouveaux, je n’accroche toujours pas avec Julien Doré, et si Christine and The Queens  a produit une interprétation originale d’Aimer est plus fort que d’être aimé de Daniel Balavoine ce fut sans émotion. Christophe Willem attire l’attention mais ne vaut pas Renan Luce léger comme Delerm. Sanson, elle, assure depuis toujours.

samedi 13 septembre 2014

Crocodiles. Philippe Djian.

Ces nouvelles datent de 1989 et dans le moteurs de recherche de nos appareils, ce recueil de 147 pages vite lues ne figure plus guère que chez les soldeurs ou  bien dans une définition  sans surprise du saurien, alors que le seul moment où apparait le mot dans le livre de Djian c’est quand un vieil écrivain faisant un récit de pêche à un enfant dont il héberge la mère lui décrit des arbres qui ressemblent à des crocodiles.
Habileté du titrage pour des portraits efficaces et impitoyables qui permettraient de disserter sur une sensibilité cachée sous une peau dure. Mais les écrivains souvent mis en scène même s’ils sont peu commodes deviennent vite familiers par l’efficacité de l’écriture du plus américain de nos french scripteur.
« Cette manie de  ne pas compter leurs efforts - en hiver, les femmes cueillaient des perce-neige, à peine de quoi payer l’onguent de leurs engelures - cette obstination à croire que la sueur était la réponse à tout. »
Même si les histoires de haine finissent mal en général, les sentiments peuvent aller vers la tendresse sans s’y vautrer… surtout pas ! La violence y éclate le plus souvent avec une nature qui participe à la rudesse des vies.
« Je n'attendais plus rien de la vie. La mort ne m'effrayait pas. Il me restait encore quelques bons livres sous la main et il y avait encore de beaux saumons en perspective, mais rien qui ne me retenait vraiment. Cette idée que ma dernière heure approchait n'éveillait aucune amertume en moi. Je n'étais pas pressé mais je ne souhaitais aucun sursis. Je n'aurais pas su qu'en faire. » 
Dans ces existences où les personnages ne se sentent pas à leur place, les coups de cœur sont précieux  alors pas de demi-mesures:
« C’est alors qu’elle est entrée […] J’ai senti quelque chose se déchirer à l’intérieur de ma poitrine. J’ai rapidement baissé les yeux et tenté de disparaitre à six pieds sous terre tandis qu’elle traversait la chambre.

vendredi 12 septembre 2014

Thévenoud n’est pas parti, il est partout.

Je ne me sens pas habilité pour savoir si « la politique de l’offre » est la bonne, mais ce que je sais, c’est que la cascade de « cagades » déversée sur nous par le personnel politique, nous submerge, nous étouffe.
Qui peut se dispenser d’échapper au tragique vaudeville ?
J’en veux à François H. d’avoir vécu avec Valérie T. si longtemps sans se douter de ses capacités de nuisance : l’impudeur venimeuse de la journaliste de Paris Match est bien plus ravageuse que toutes les diatribes d’un quelconque abruti d’extrême-droite.
Mais le mal ne se situe pas que dans la tête en décomposition. L’émergence d’un ministre du commerce extérieur ne payant pas ses impôts, croyant s’exempter de tout reproche en plaidant la négligence aggrave son cas et après Cahuzac et autre Morelle, en rajoute une couche aux caractéristiques de politiques désinvoltes, arrivistes, cyniques, menteurs, cumulards issus de mécanismes pervertis, a-démocratiques, sans foi ni loi.
Et l’école ? Quand un prof écrit « Cherches à être plus rigoureux » c’est comme le fameux  pourfendeur de la fraude qui fraude.
Tous les branleurs, les râleurs, n’ont pas attendu ces exemples venus du haut pour n’avoir comme ambition que d’arnaquer, se défiler, écraser les plus faibles, mais ces comportements sidérants et qui persistent dans le déshonneur viennent de loin et dissolvent nos résolutions, piègent les mots. Ici, à Saint-Egrève, la gauche après avoir touché le fond de la piscine (à Fiancey), persiste et creuse.
Présentement, j’accentue mes plis d’amertume comme Mélenchon, et  je me sens dans l’état où je fus premier communiant ne croyant plus aux paroles d’amour de l’église quand les pires commères en fleurissaient l’autel.
« Le Monde diplo » a beau dire que la gauche n’est pas morte car la gauche c’est une idée, comment penser, rêver, projeter, quand les pratiques sont scandaleuses ! Il n’y a plus un jour sans mensonge, plus un lieu, des Bouches du Rhône à la fédération du Pas de calais où le mot socialiste n’est pas sali.
Quelles peuvent être les motivations d’un jeune s’engageant en politique aujourd’hui ?
Le personnel qui arrive aux commandes est notoirement sans scrupules, qu’en sera-t-il à l’avenir ?
Dans mes engagements, l’admiration était un moteur, des militants qui donnaient leur chemise- mouillée nous tenaient debout pendant nos années ferventes.
Plus personne ne lit Dumas :
« On se sent heureux parce qu’on se sent bon »
A cette rentrée quand des profs demandent à un élève : 
« Pourquoi tu aimes le foot ? »
Celui-ci répond : « Parce que j’aime me moquer des joueurs ».
J’admirais les dribles de Kopa, si beaux dans mon imagination depuis quelques mauvaises photos sépia.
Là, les bras m’en tombent, après les dents.
…………….
Le « Canard » de cette semaine avait donné son meilleur dans le titre « une ex-première dame que mon dentier nous envie », c’est dans Politis que j’ai choisi les dessins à partager cette semaine :

jeudi 11 septembre 2014

Antonello da Messina.

Né à Messine vers 1425, formé à Palerme dans la zone de rayonnement de Naples, où se conjuguaient les influences flamandes, espagnoles et provençales, Antonello Da Messina est un représentant assez caractéristique de la Renaissance que Catherine De Buzon nous a fait connaître lors de sa conférence aux amis du musée de Grenoble.
C’était au temps du « bon roi René » qui hérita du royaume de Sicile, et combattit Alphonse d’Aragon. Tous deux étaient cependant des amis des lettres et des arts.
Les techniques évoluaient : Van Eyck au Nord, utilisait si bien la peinture à l’huile qu’il est longtemps passé pour l’inventeur de la technique. Les façons de traiter les sujets les plus sacrés évoluaient : Marie et Jésus se retrouvaient dans une demeure du XV°, et un pare-étincelle dessinait une auréole parfaite chez le maître de Flémalle. « La pêche miraculeuse » de Konrad Witz  se déroulait au bord du lac Léman sur fond de Mont Blanc, le premier paysage réaliste.
Colantonio, le maître d’Antonello, dans son tableau « Saint François donnant la règle de l'ordre »,  réunit sur fond d’or gothique, des anges aux allures flamandes, alors que le carrelage est Aragonais ainsi que les auréoles sculptées. Dans un autre de ses  tableaux, on peut remarquer le regard  craquant du lion de Saint Jérôme quand celui-ci lui retire une épine de la patte, dans le docte désordre de son cabinet de travail.
Les sujets religieux encore hégémoniques ne sont pas qu’un récit du passé. Parmi les vierges peintes par Antonello da Messina, celle qui lit a des de longs doigts et un bijou sur l’épaule. Quand  au dessous de deux anges tenant une couronne, elle est avec son enfant déjà roi du ciel dans ses velours, les influences provençales et bourguignonnes sont fortes ainsi que sont espagnoles les couleurs brûlées.
Mais le portrait de Marie, le plus saisissant est celui de l’Annonciation où ne figure pas l’ange : sur fond noir, la pudeur, la simplicité, l’élégance, la légèreté qui fait refermer délicatement les pans de son voile à la future mère, la pureté géométrique de ses traits, retiennent le souffle du spectateur.
Dans ses crucifixions, son souci de dire la souffrance est manifeste, et les larrons sur leurs branches sont bouleversants. Après des scènes dans des paysages complexes au début, le portrait du Christ, pourtant  abimé par des dévotions trop zélées, entouré de la douce attention de trois anges, respire la bonté.
Parmi les nombreuses représentations du martyre de Saint Sébastien, celle du messinien est originale: la perspective est radicale, autour de lui les individus vaquent à leurs occupations,  indifférents, la statue de chair semble apaisée malgré les flèches qui le traversent.
La série des Ecce homo, (voici l’homme) portraits du Christ aux couleurs  de miel, annonce des portraits expressifs de contemporains : celui d’un jeune homme fat et d’autres délicats, d’un condottière ambitieux, d’un marin au sourire roublard, d’un commerçant calculateur...
Les regards sont vivants, les ombres fortes, les volumes denses. Comme dans ses paysages minutieux, sa parfaite maitrise de l’huile rend toute la finesse de ses sujets, la transparence des étoffes, la lumière des intérieurs.  
Pour « Saint Jérôme dans son cabinet de travail », c’est la perspective florentine qu’il  a assimilée : une estrade est située dans une église dont l’architecture est éclairée de toutes parts, à l’avant figurent dans l’encadrement une perdrix symbole de luxure et un paon pour l’éternité, le traducteur est éclairé lui par le divin au dessus de lui. Malgré la modestie des dimensions, un paysage s’anime par les fenêtres.
Il ne passa qu’un an à Venise, mais il fut un bon passeur de la manière flamande et des techniques en particulier auprès de Bellini ; son retable de San Cassiano peint là bas dont il ne reste qu’une vierge en majesté et Saint Nicolas auprès de Marie Madeleine en cheveux, fut probant.
Après sa mort, à 50 ans, Jacobello, son fils a terminé quelques unes de ses œuvres

mercredi 10 septembre 2014

Qu’est ce que vous allez faire en Iran ?

L’ouverture récente du pays nous a paru une opportunité permettant d’approcher ce Moyen Orient qu’on se plait à imaginer comme mystérieux aussi bien dans son passé que dans l’actualité la plus immédiate.
Nous étions curieux  de mieux connaitre un pays, carrefour de civilisations, dissimulé à nos yeux sous ses voiles noirs. Par ailleurs l’envie de tout voyageur de ne pas croiser trop de ses semblables a sûrement joué.
Bien que cette destination ait été décrite comme « très tendance » nous n’avons pas croisé beaucoup de sujets de François H. : la chaleur en cette saison vide les parkings de Persépolis. Un baroudeur suisse travaillant au Soudan, un couple d’Espagnols, quelques Chinois et Coréennes se remarquaient parmi les Iraniens aux visages divers, mais ne constituaient nullement des foules.
A partir des notes de ma femme qui a du porter le foulard, illustrées de quelques photographies choisies parmi les 3500 mises en mémoire numérique, le récit de ces trois semaines de tourisme s’étalera en une vingtaine d’épisodes chaque mercredi sur ce blog.
Je ne prétends nullement caractériser l’Iran, ayant bien du mal à décrire mon propre pays que je fréquente depuis 64 ans : celui est-il encore l’héritier des lumières ou une contrée râleuse à bout de souffle ?
 Ce territoire dont les persans de Montesquieu disaient  en 1712:  
« Tu ne le croirais pas peut-être, depuis un mois que je suis ici, je n'y ai encore vu marcher personne. Il n'y a pas de gens au monde qui tirent mieux partie de leur machine que les Français; ils courent, ils volent: les voitures lentes d'Asie, le pas réglé de nos chameaux, les feraient tomber en syncope. »
Nous avons rencontré des personnes accueillantes, disponibles et fières de leur patrie, les commerçants et les enfants ne quémandant jamais. Notre guide et  notre chauffeur que nous avons connus de plus près se sont révélés courageux, attentionnés, fins et drôles. Quant aux ayatollahs, imams, mollahs, cheikhs, muftis, oulémas, califes, gardiens de la révolution, fédayins… nous en avons vu des images, surtout celles des martyrs le long des routes et celles de Khomeiny en 4X3.
Admiratifs de la beauté des mosquées, émus de la ferveur d’une foule impressionnante au moment de la fin du ramadan, je reste l’héritier d’une lignée de laïcards qui pensaient que la religion a pu apaiser la peur des hommes mais a créé tellement de malheur : l’alliance du sabre et du roupillon en quelque sorte pour jouer avec les termes du XIX° siècle pour un XXI° régressif.
Nous avions des échos de Gaza à travers des images d’horreur en boucle à la télévision, et les manifestations contre Israël ont du être immenses : la propagande étant bien plus décelable que chez nous, mais nous étions à la campagne à ce moment là. Le plus souvent, nous n’avons pas voulu mettre dans l’embarras nos hôtes en les embarquant dans des discussions politiques sans fin, ayant bien compris comme en Chine où « le soleil est très haut dans le ciel » que la liberté ne s’éteint pas forcément sous un bout de tissu et malgré la férule des codes les plus rigides, des accommodements sont possibles à condition d’y mettre le prix : la vénalité des hommes fournissant parfois une respiration en milieu étouffant.

mardi 9 septembre 2014

Cette beauté qui s’en va. Mathieu Berthod.

Une belle, subtile et forte BD, assume la nostalgie du titre au démonstratif engageant.
Le passé n’est pas idéalisé et les relations que le narrateur entretient avec sa montagne suisse est ambivalent comme son retour vers un ancien amour atteinte d’un mal qui progresse.
Entre deux trains, les paysages aux couleurs élégantes sont grandioses, et les textes  ne fanfaronnent pas :
 « J’avais, une fois de plus, le sentiment que tout foutait le camp. Bien qu’ici, rien d’extraordinaire n’aurait pu être sauvé. Cela faisait trop longtemps que la sauvagerie du site avait été détruite, pour le bonheur du plus grand nombre. Tout pouvait bien disparaître, emporté par un éboulement, sous des laves torrentielles, ça m’aurait presque réjoui. »
Il y a aussi du Rilke, dont la tombe se trouve dans le Valais :
« Pays, trop fier pour désirer ce qui transforme,
qui, obéissant à l'été,
semble, autant que le noyer et que l'orme,
heureux de se répéter »
«  Les noix plus personne ne les ramasse…les ormes ? Je sais même plus à quoi ça ressemble, ils ont tous crevé dans les années 70, empoisonnés par le fluor de l’usine. »
Au pays où subsistent quelques neiges éternelles, l’évocation des boules qui neigent convient bien dans sa simplicité, son artificialité, sa poésie pour décrire le glissement d’une nature habituée de loin en loin au tourisme.
Alors que l’exposition de l’intimité peut agresser, ce récit personnel nous concerne.

lundi 8 septembre 2014

Les combattants. Thomas Caillet.

" Bon si les meufs sont comme ça cette année, ça va pas être triste ! "
Et le film pêchu n’est pas triste,  car sans être d’un comique fabriqué, on rit beaucoup. Une fille portée vers les stages de préparation militaire est suivie par un jeune garçon aux manières plus douces. Il est attiré par la personnalité de l’énergique qui boit le maquereau cru à peine sorti du mixer. Sa vision de l’avenir se maquille de noir. Des acteurs rayonnants pour une histoire classique complètement renouvelée par de bons dialogues qui ne perd rien de sa vraisemblance avec un fond politique conséquent où il est question du chômage et de la destruction de la planète.

dimanche 7 septembre 2014

Au bonheur des mômes. Le Grand Bornand.

C’était la 23° édition du plus grand festival d’Europe, pour les spectacles jeune public, dans cette commune de Haute Savoie à l’ouest du massif des Aravis, comptant 2200 habitants et pouvant en recevoir dix fois plus.
Fin août, la bourgade était vouée aux enfants venus en grand nombre. Ils ont pu assister à une multitude spectacles présentés par plus de 80 compagnies, s’amuser à une  tripotée de jeux, participer à énormément d’animations dans les rues et places avec parkings pour poussettes, munis de bracelets pour éviter les pertes d’enfants.
Ici, les mômes ne sont pas pris pour « des porte - monnaie sur pattes » comme le titrait le Dauphiné Libéré.  Et ce que j’ai entendu du Québec, associé cette année au festival, m’a confirmé dans l’idée que je me faisais des chanteurs  de « La belle province » convenant parfaitement pour entrainer en deux coups de cuillère, les gônes dans la gigue.
Parents, grands parents et leurs petits croisent acrobates, musiciens, marionnettes et dragons catalans, près des manèges, des ateliers de maquillage, de poésie, mais aussi de traite des chèvres. Des tentes pleines de livres, ou le jardin musical, des initiations au trampoline, au bricolage scientifique, du jonglage… varient les plaisirs.
Les spectacles sont souvent gratuits ou alors à 3 €, atteignant 12 € exceptionnellement.
Avec ma Mia de trois ans d’âge, j’ai assisté à « Plouf et replouf » une jolie présentation de jeux musicaux avec l’eau. 
Dans « Les îles sonores » les enfants sont actifs ayant à leur disposition des instruments de musique à gogo : cloches, ballons, appeaux, percussions, tuyaux… bien embarqués par Etienne Favre.
« Brum »  qui signifie « j’ai soif », par la compagnie italienne « Drammatico vegetale » était le plus poétique, le plus inventif, avec ses dessins à partir de petites flaques d’eau, ses naissances de papier, sa marionnette élémentaire très proche de l’imaginaire des tout petits. 
Manquant de rythme, «  Graines de malice » m’a moins convaincu,  mais « Monsieur jardinote » était on ne peut mieux dans son élément à proximité d’un jardin potager beau comme dans les livres et pas loin de l’écurie où sont soignés les chevaux qui tirent la calèche.
Il parait que 100 000 personnes passent dans la semaine.
Nous reviendrons certainement dans ce magnifique village aux toits recouverts de tavaillons ( planchettes), car tout est fait pour que le slogan de l’évènement « lâche tes écrans, viens voir du vivant » soit suivi d’effets, d’autant plus que nous avons trouvé l’hôtel l’Alpage au hameau du Chinaillon à 5km du bourg particulièrement dans le ton, attentif à ses clients, grands et petits.

samedi 6 septembre 2014

XXI. Eté 2014.

J’ai à chaque parution envie de prêter ce trimestriel de 200 pages : à l’un partant pour le Cambodge qui à travers la passion d’une vie d’un journaliste irlandais verra ce pays d’un œil averti ou à l’autre enfant en Algérie pouvant revenir vers son passé tranquillement avec une BD pleine d’une humanité exempte de mièvrerie.
La thématique  principale porte cette fois sur les Etats-Unis, « L’empire du couchant » avec trois reportages: l’un concernant un professeur qui se bat contre la corruption constitutive d’un système où les congressistes sont soumis aux demandes des donateurs, puisque certains passent jusqu’à 70% de leur temps à lever des fonds pour leur parti. Un autre qui offre sa ville aux industriels chinois et celui qui tente de sauver des loyalistes irakiens menacés de mort parce qu’ils ont travaillé pour les américains 
« Etre un ennemi de l’Amérique peut se révéler dangereux, mais être son ami est fatal »
Des citations de Michelle Bachelet,  présidente du Chili, la rencontre avec une religieuse de l’église catholique souterraine de Chine, d’un vétérinaire en Colombie avec son camion plein de reptiles, un portrait de l’écartelé Pascal Lamy, un entretien avec l’auteur de « L’aventure ambigüe » récit d’un désarroi identitaire étudié dans tous les collèges d’Afrique :
« Nos Etats africains sont aujourd’hui des semblants d’Etat, avec des semblants de Parlement, des semblants d’Armée… ce n’est plus la faute de la colonisation, c’est la nôtre »
Une histoire d’amour et de curiosité place Maïdan, un reportage photo à Baïkonour où l’on voit des gens et pas que des fusées, le travail d’une association « Les petits bonheurs » qui offre à des malades du SIDA ces petites choses qui font l’essentiel pour se tenir debout : un collier, un rouge à lèvre, une réparation, une visite à la maison de Claude François …

vendredi 5 septembre 2014

L’âge de classe.

Ma dernière rentrée datant de dix ans, ceci dit pour relativiser mes imprécations sur le charme de la reprise du travail, je ne peux pourtant réfréner mon effarement vis-à-vis de la perte de prestige de l’école, à l’heure où je deviens grand parent d’élève.
Que l’inversion du sens de la transmission soit inversée pour les apprentissages autour des écrans : ce sont nos mômes qui nous enseignent, ne m’empêche pas d’émettre quelques objections depuis mon coin de clavier. Le stade adulte est devenu tellement peu porteur en terme publicitaire que parents et éducateurs s’écrasent, ou s’énervent : il leur faut des kits pour penser. Une mallette pour apprendre qu’une fille est l’égale d’un garçon : masters, vous n’aviez pas ça dans l’armoire à valeurs quand vous postuliez au « plus beau métier du monde » ?
Ma petite lyonnaise sera dans un dispositif des plus extravagant avec les activités péri scolaires regroupées le vendredi après midi, suggéré pour les communes rurales et adopté par la troisième ville de France.
Mais les professeurs eux mêmes dont les syndicats ont été particulièrement absents du débat sur les rythmes scolaires, reprennent des lieux communs courant les médias et voient  leur travail comme source de fatigue pour les enfants. Ne sont-ils pas en mesure de proposer des activités qui conviennent à ceux qui leur sont confiés ? Et que l’on cesse de causer d’un enfant de 3 ans comme s’il avait 11ans.
Le départ à la veille de la rentrée, du dernier ministre de l’éducation dans la foulée du ministre de l’économie faisant péter les bouchons, trouvant que la politique économique n’est pas la bonne, ne donnant guère un exemple de sérieux, ni de responsabilité.
On a tellement moqué les politiques qui auraient voulu laisser une trace pour l’histoire que le ballet des incompétents, remplacés par des arrivistes occupe une scène à laquelle il vaut mieux tourner le dos si l’on veut croire aux promesses des cahiers neufs, des cartables à remplir, pardon des sacs Vuitton ou leur copie pour une pose, le temps d’un selfie.
…….  

Les illustrations proviennent du "Canard" en vacances, que les bêtises quotidiennes accumulées par mon gouvernement, depuis la rentrée, rendent un peu plus dérisoires (Rebsamen, le ministre du commerce extérieur, Valérie T. …) quant à Poutine, Netanyahou, les mots tellement répétés manquent.

Et un petit plus: dans Courrier International ce dessin du  journal Le Soir:

 

jeudi 4 septembre 2014

Rencontres photographiques. Arles 2014.

Fidèle au rituel qui nous amène chaque année dans cette ville à la personnalité forte, http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/09/rencontres-photographiques-arles-2013.html, nous avons multiplié les visites sans tout épuiser ; le prix de la journée ayant augmenté (29€).  Mais nous  avons accumulé matière à nous réjouir ou à être perplexes.
Au parc des ateliers, dont les surfaces d’exposition sont diminuées car vouées à la transformation, nous avons commencé très fort avec l’espagnol Chema Madoz poète d’un quotidien enchanteur : élémentaire et essentiel. Une cuillère avec son ombre en forme de fourchette, un collier de gouttes d’eau, un nuage en cage très Magritte, nous ont ravis.
Quelques hollandais nous ont nettement moins convaincus avec une qui se photographie chaque fois qu’elle pleure, où une autre qui saisit des femmes en train de pisser, ou celui qui se débrouille pour être sur les photos d’un journal régional.
Ce sera l’année des séries : celle des reflets d’arbres sur le capot de voitures ou divers landaus, voitures sous housses, vélos, motos,  bouches d’égouts, voire crottes de chien.
La collection Hunt de foules prises dans la première moitié du siècle précédent est impressionnante de précision. Celle d’Artur Walther avec le portraitiste des citoyens de la république de Weimar, August Sander, met en évidence aussi quelques artistes africains et chinois et donne une idée de recensement du monde.
Je ne suis pas allé voir les propositions de Christian Lacroix ni celles de Martin Parr et parmi les noms que je connaissais : David Bailey, Lucien Clergue ou Richard Avedon m’ont paru fades vis-à-vis du Chinois Kechun Zhang dont le fleuve jaune aux couleurs pastels nous emmène loin, ou lorsque des initiées pygmées nous transportent au pays des rêves. Des photos découpées pour des pièces d’identité récupérées chez un photographe ougandais sont plus puissantes que le sempiternel poseur Andy Warhol.
Mon chouchou Depardon ne m’a pas accroché. Il était pourtant là avec des monuments aux morts de la « Grande guerre » que je croyais plus stéréotypés et dont le défilement donne une idée de la France. Une salle voisine présentait « La guerre des gosses », un point de vue original ne méritant pourtant pas les faveurs éditoriales qui ont ignoré tant d’autres comme ce chinois mettant son corps en jeu ou le Camerounais Samuel Fosso dans la peau de Mohamed Ali ou d’Angela Davis.
Par contre la mise en évidence de Vik Muniz est tout à fait justifiée : son travail considérable à partir de photographies et de cartes postales déchirées recomposant des scènes classiques d’anniversaire, de salle de classe, de mariage, de première voiture, de plage… nous parlent.
Il pose de bonnes questions : « Avec le numérique et ses manipulations, la photo ne prouve plus que l'événement s'est produit. Qu'il s'agisse de notre intimité ou de notre expérience collective, où allons-nous préserver notre histoire ? »
Peu de traces des déchirements du monde à part la mise en scène de violences africaines ( Kudzanai Chiurai) ou de paysages irradiés d’Azerbaïdjan. Mais l’insipide, le désertique, à travers le kitch qui m’a paru bien ringard  à Saint Trophime : des Sopalin agrandis de Mazaccio & Drowilal,  voisinent avec leurs photographies de tee shirt ou de tapisserie représentant des animaux  pour une exposition intitulée évidemment : « Wild style » avec les commentaires  ajoutant une pelletée dans le vide :
«  l’occasion d’explorer de nouvelles modalités de monstration de nos images en essayant de tirer l’accrochage traditionnel de photographies vers un dispositif intertextuel plus vaste »

mercredi 3 septembre 2014

Turin en trois jours. # J3.

Sur le chemin du retour nous faisons halte à Reggia di Venaria Reale,  partie de la « corona di delizie », qui comporte quelques résidences royales autour de la capitale Turin. Cette demeure grandiose (1675) dont on peut visiter une cinquantaine de pièces, appartenait à la maison de Savoie. Elle s’adonnait ici à la chasse à courre (vénerie) comme à Versailles sous Louis XIII. 
Ce palais comporte une galerie telle un couloir de lumière entre jardins immenses et cour d’honneur où des jets d’eau jouent en musique à midi. On peut penser à la « galerie des glaces », les dorures en moins, la surprise et une relative simplicité en plus. La réfection récente (2007) avec des installations de  Peter Greenaway font revivre ducs et duchesses d’alors. Pourtant le passé ne fut pas toujours fastueux quand les troupes napoléoniennes s’entrainaient dans les jardins. Sont mis en valeur, là une exposition de carrosses, ici la généalogie de ceux qui occupèrent les lieux, le salon de Diane et la chapelle Saint Hubert.
A Rivoli, qui fut aussi sur le chemin  de la campagne d’Italie de Bonaparte, le château datant à la base du IXème siècle puis remanié jusqu’à une quasi ruine au XIXème accueille depuis 1984 un musée d’art contemporain dont les œuvres présentées dialoguent magnifiquement avec les plafonds et les espaces majestueux. L’arte povera s’y trouve en majesté.
Au moment où nous sommes passés, le célèbre cheval  empaillé de Cattelan n’était pas là, mais une autre de ses œuvres, un écolier aux mains transpercées y figurait, ainsi que des installations de Penone, Pistoletto, Horn pour ceux que je connaissais avec des découvertes sympathiques ou émouvantes. Ainsi le tricotage de fils électrique bordé d’ampoules de Mona Hatoum, ou les sensations inédites avec le « paradise institute » de Janet Cardiff et George Bures Miller.
« Nous étions trente mille va-nu-pieds contre quatre-vingt mille fendants d'Allemands, tous beaux hommes, bien garnis, que je vois encore. Alors Napoléon, qui n'était encore que Bonaparte, nous souffle je ne sais quoi dans le ventre. Et l'on marche la nuit, et l'on marche le jour, l'on te les tape à  Montenotte, on court les rosser à Rivoli, Lodi, Arcole, Millesimo, et on ne te les lâche pas. Le soldat prend goût à être vainqueur. » Balzac
Le récit de notre journée précédente est ici :
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/06/turin-en-trois-jours-j-2.html

mardi 2 septembre 2014

La revue dessinée # 4. Eté 14.

Rien qu’à lire le sommaire du trimestriel en BD, prix coup de cœur de la presse magazine 2014, on sait que c’est du sérieux :
bruit de bottes en Grèce avec les nazis d’Aube dorée,
les dégâts humains suite aux mutations de la Poste,
les démarches d’un psychiatre qui suit des ados qui ont fait des tentatives de suicide,
un reportage chez les évangéliques à Saint Denis…
Et les rubriques habituelles concernant  l’économie :
la Banque Centrale Européenne,
l’histoire de l’informatique de 75 à 81,
le langage, cette fois celui des cruciverbistes,
la musique avec l’excentrique Captain Beefheart, 
la culture générale où sont évoqués les romantiques…
Si l’ensemble pratique une pédagogie de bon aloi sur 225 pages avec des dessins plaisants, des angles d’approche originaux, le reportage concernant l’espionnage numérique n’apporte pas d’éléments vraiment neufs sous le titre « Big brother : souriez vous êtes fichés ».
Par contre le reportage chez les Inuits est classique mais sans tapage : une église des évangéliques vient d’être édifiée dans ce village de 200 âmes.

lundi 1 septembre 2014

Winter Sleep. Nuri Bilge Ceylan.

Un grand film violent et subtil : les dialogues sont copieux, la Cappadoce magnifique, les acteurs excellents et belle l’actrice. Quelques sujets éternels sont rafraichis : se dire ses vérités, le vieillissement, les paroles rapportées aux actes et puis où aller ?
Il faut bien 3 heures pour que les personnages se découvrent, que les situations  évoluent. Quand la neige recouvre les pauvres épaves aux alentours des maisons troglodytes, des vérités s’ébauchent.
Le personnage principal, un héritier, ancien comédien, écrit. Il se fait porter ses valises, c’est qu’il a les moyens de se montrer au dessus des contingences pour délivrer de belles paroles, utiliser ses qualités pour humilier ses proches.
Si proche de nous et tellement agaçant avec l’âge qui accuse les traits, mais Shakespeare et Tchékhov ne peuvent pas grand-chose quand au bout de l’ivresse et des contradictions, on est rendu.
Voir billet bref à propos du réalisateur qui n’a pas volé sa palme du dernier festival de Cannes : http://blog-de-guy.blogspot.fr/2009/02/les-trois-singes.html