Avant que la pellicule ne casse, j’énumère quelques images premières,
depuis celles d’un picador acculé aux barrières de l’arène par un taureau
jusqu’au mot « Fin » qui clôturait le film mensuel du samedi soir dans mon école communale.
Et j’ouvre quelques portes, affolé comme l’homme dans un long
couloir du générique de « Cinéma, cinémas » citant une séquence d’Alphaville
de Godard.
Enfants, nous complétions : « 3, 2,1… »
l’amorce clignotante du film avant que la lumière venue d’ailleurs advint.
L’affiche de « 1900 »
m’a servi de bannière et quand ce fut mon tour de « faire classe »
j’aimais proposer « Le vieil homme
et l’enfant » et « Jeux
interdits ».
Lorsque j’ai projeté à mon tour « Le passage du Rhin » où Charles Aznavour manie la faux,
je me
souviens des rires moqueurs des paysans du hameau qui venaient de payer leur
entrée pour alimenter la coopérative de l’école.
Au-delà des grands films de Kubrick et tous ceux qu’on
retrouve forcément dans toutes les listes, je me souviens d’avoir resquillé pour
voir avec mon fils : « La
gloire de mon père » et de sortir avec lui avant la fin de « Greystoke ».
Conformément
à la géométrie de la mémoire les souvenirs anciens sont les plus vivaces et se
teignent au noir ambiant. Les émotions
face au drame laissent plus de traces, surtout quand dans un film avec Fernandel,
le crime surgit au milieu de la fête.
« Quand passent
les cigognes » à la télévision m’avait bouleversé, alors que les coups
d’épée du film « Les Trois
mousquetaires », ont impressionné mon petit fils.
Comme les nostalgiques farandoles finales de Fellini, pour
lequel je mets au sommet « Les
clowns », la sentimentalité italienne laisse des traces… et Claudia
Cardinale.
La bouteille de coca des « Dieux sont tombés sur la tête », la noix cassée du « Passager de la pluie » objets
anodins s’accrochent, quand les grands horizons se bouchent et que
s’est inscrit l’effroi du « Silence
des agneaux » avant le regard aveugle de Morgan dans « La symphonie pastorale ».
Le piège à loup tendu au début des « Chiens de paille » en promettant de se refermer
permettait d’apprécier la patte de Sam Peckinpah et de mesurer ce qu’est la force d’un scénario.
J’ai beau regretter aujourd’hui la pénurie de films
souriants, dans cette recension reviennent plutôt les drames qui m’avaient fait
cataloguer comme « lecteur de Télérama », bien que désabonné depuis
longtemps, puisque je préfère les films qui se terminent mal.
J’accompagne
volontiers mon petit fils dont le film culte est « Mission Cléopâtre ».
Les Woody Allen me conviennent
tout autant que « Brazil »
de Terry Gilliam.
« Germinal » ou « Fahrenheit 451 » passent
après la littérature, et Loach et les Dardennes éclairent la rue des
boutiques obscures (où siégeait le parti communiste italien).
Le surgissement de Guédigian fut tellement ravissant
que la suite a déçu parfois, alors que le souffle de « Reds » avait réveillé les espérances archaïques de
l’apprêté « Potemkine ».
Je m’en tiendrais pour conclure à « Nous
nous sommes tant aimés » pour éviter de broder autour de « nous
nous sommes tant trompés » qui n’a jamais été tourné.

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