Le plaisir de retrouver le magazine d’Antoine De Caunes
alliant légèreté et sérieux se renouvelle chaque trimestre.
Un dialogue concernant la fin de vie est précédé d’un
entretien avec Jacques Dutronc léger comme la fumée de ses havanes, « les
cigares du fanfaron ». Il vient de se faire appareiller.
« Je ne peux pas
faire grand-chose, ce qui me donne un bon prétexte pour ne rien faire »
Le style ironique de ce chameau de Laurent Chalumeau oblige
à saisir son téléphone pour apprendre le
sens des mots : « rudânière » ou « eulogie » à
l’occasion d’un hommage à Harrison Ford:
« Certes un
auditorium hollywoodien glamoure plus que Crousty Poulet privatisé à la
retraite de Jean-Kévin ou le jubilé de papy entouré de toustes celleux qui ont
mis au pot pour le déambulateur connecté. »
Et il fallait bien l’article de Nicolas Estienne D’Orves
« Ne bougez-plus » en contre point du dossier consacré aux bienfaits
du sport avec même des fiches pratiques pour « rester jeune ».
Un ancien coureur cycliste proclame par ailleurs que le
sport à outrance est un signe de fainéantise bien que tant d’autres témoignages
illustrent :
« Je préfère être
le plus vieux à la salle de sport que le plus jeune à la maison de
retraite ».
La marche est vantée comme le foot en marchant alors que
l’incidence de l’architecture sur la mobilité enjeu central pour l’autonomie
est développée :
« le banc, c’est
l’aire d’autoroute des vieux ».
Daniel Herrero ancien troisième ligne était tout désigné
pour valoriser le jeu alors que Thomas Legrand plaide pour les valeurs
progressistes du rugby en réaction aux propos d’un Insoumis regrettant la
blanchitude des équipes de quinze.
L’évidente évolution du désir en fonction de l’âge
accompagne une évolution des rôles avec des hommes davantage soumis à des
exigences esthétiques alors que« le regard
social avait toujours assigné aux femmes une position de visibilité plutôt
qu’une position de désir. »
Dans ces 150 pages, nous sommes décidément dans une niche
peuplée de vieux puisque des recommandations de lecture abondent dont je
retiens « Journal de guerre au cochon » d’Adolfo Bioy Casares, une
histoire de vieux persécutés par des jeunes et bien sûr une BD de Baru «
Rock’n Roll-Salauds de boomers ».
Un philosophe remonte de Beauvoir en De
Gaulle jusqu’à Chateaubriand pour ce fameux naufrage que serait la
vieillesse :
« je retrace
[..] ma jeunesse pénétrant dans ma vieillesse […] par l’inconstance même des
tempêtes déchainées contre ma barque, et qui souvent m’ont laissé pour écrire
tel ou tel fragment de ma vie que
l’écueil de mon naufrage. »
Les aidants, « piliers et héros invisibles de la
dépendance », ne sont pas oubliés avec des adresses de guichets dédiés et
des références pour conserver du lien et des idées pratiques comme la gazette
« Familéo » qui fait le pont entre numérique et papier.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire