samedi 7 novembre 2026

Le soleil se lève deux fois. Soundouss Chraïbi.

Chaque chapitre porte le nom d’une pièce de la maison, où sont réunies deux filles et une petite fille, la narratrice, au chevet de la maîtresse des lieux en fin de vie. 
« Ce lieu, celui de nos pensées, de nos amours et des blessures que l’on se transmet, c’est le monde où j’ai grandi, c’est aussi celui où j’ai eu la chance d’avoir trois mères, alors que d’autres n’ont même pas le droit d’en avoir une seule. » 
Cette proximité complice entre femmes peut être pressante et belle, sans se dispenser d’un banal secret de famille constituant le fil dissimulé du récit devenu déterminant au fil des 239 pages. 
« Elles continueraient à se tenir par la main, mais peut être avaient-elles atteint l’âge où l’on cesse de se regarder dans les yeux. » 
J’ai retenu la finesse de l’écriture dans la description des caractères et des relations :
les hommes dans des rôles secondaires ne sont pas caricaturés, pas plus que ces trois générations de femmes. 
« Elle avait peur qu’on dise que ce n’était pas assez propre, pas assez grand, qu’on ne mangeait pas assez bien.
Et quand tout était parfait, elle souhaitait qu’on l’envie, tout en craignant qu’on la jalouse. » 
L’écriture limpide et profonde se met au service d’une trame parfaitement tissée avec des hypothèses, des conditionnels et des « si » tellement familiers, bien qu’ils ne fassent pas illusion au moment des choix.
Le titre longtemps énigmatique, situé à la hauteur de ce récit ardent, concerne une des protagonistes et non celle qui s’exprime avec générosité et honnêteté. 
« … j’ai voulu éprouver son désarroi et sa solitude. Je n’y suis pas arrivée. » 

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