samedi 9 mars 2024

Un roman russe. Emmanuel Carrère.

Dans le débat jamais fini de la distinction entre écrivain et auteur, ce roman sincère, impudique, révèle un créateur passionnant et un individu insupportable. 
« C'est bien. Et ce que je trouve surtout bien, c'est que tu parles de ton grand-père, de ton histoire à toi. Tu n'es pas seulement venu prendre notre malheur à nous, tu as apporté le tien. Ça, ça me plait. »
Au prétexte de la révélation du destin honteux de son grand-père, il va chercher dans une ville russe les traces d’un hongrois interné là bas pendant plus de cinquante ans après la fin de la  seconde guerre mondiale. 
«On ne peut pas vivre ici, et pourtant on y vit. » 
Il tourne un film où se développent les questionnements autour de la création, de l’authenticité. 
« Honte d’être pauvres, paumés, poivrots et peur d’être montrés tels. » 
Entre temps, il entretient une relation torride, avec une femme qu’il aime et qu’il méprise, jouet de ses fantasmes exprimés par l’écriture d’une nouvelle dans « Le Monde ». 
«…  un mélange de forfanterie sexuelle et de perte de contrôle qui, sans laisser indifférent, met plutôt mal à l’aise.» 
Dans une intrication de toutes ces palpitantes histoires personnelles, tant de mots fervents à l’égard de sa mère, de sa compagne, nous touchent, entre malaise et intérêt durant 397 pages: 
« Il fallait que les gens soient un peu ridicules pour que ressorte combien nous étions, elle et moi, intelligents, cultivés, ironiques, en un mot supérieurs. » 

1 commentaire:

  1. Je suis très ambivalente pour Emmanuel Carrère... Mais le fait de se révéler tant m'interroge, moi qui tend à me révéler... beaucoup ? trop ?

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