Une grande bande dessinée pas seulement pour ses 500 pages qui s’avalent dans la journée, aux dessins épurés sans cases où le mal vivre de deux adolescents porte bien plus loin que le passage obligé d’une vie qui se résoudrait dans la page courrier des lecteurs d’un magazine féminin.
La jeune fille est anorexique :
« J’ai si froid la nuit… je voudrais dormir sans fin. Qu’un rêve m’emporte. Mais je me réveille et je dois tout recommencer. Me nourrir pour survivre alors que chaque bouchée est un supplice. Du poison dans ma gorge. Je veux être vide… légère… la nourriture me remplit. Ce poids dans mon estomac me répugne. Il faut purger ses entrailles. Réduire cette charge qui me pèse. Devenir si frêle… et s’envoler »
Le garçon est violent :
« Mon père me manque... Je regrette tellement toutes ces fois où il me proposait de venir avec lui sur le chalutier et je refusais... J'aurais pu passer tout ce temps avec lui... et apprendre... Je ne sais rien de mon père. (...) Je sais juste que je porte son putain de prénom, et celui de mon grand-père... et je sens que ça me colle la poisse... que je pourrais me foutre en l'air moi aussi. J'aurais préféré hériter d'autre chose que de cette merde. »
Ils vont s’aborder et se perdre.
Poignant. Leur folie semble familière, c’est que l’auteur a finement noué son récit qui décolle parfois du réel sans distraire notre attention envers ces deux jeunes « fêlés » dont les précautions envers l’autre sont d’autant plus émouvantes qu’elles surviennent en milieu sec.
mardi 22 novembre 2011
lundi 21 novembre 2011
Les neiges du Kilimandjaro. Robert Guédiguian.
Jaurès est à l’apéro et au dessert avec « les pauvres gens », poème d'Hugo comme inspirateur.
« Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.
Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose
Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur… »
En route vers la retraite, Daroussin et Ascaride savent allumer les barbecues pour les camarades et bien s’occuper des enfants.
La carte postale en couleurs de Guédiguian, depuis L’Estaque avec sa troupe à peine touchée par le temps qui passe, peut nous ravir dans un monde où le cynisme est la couleur dominante. La fraternité ne va plus de soi dans la classe ouvrière qui conserve pourtant quelques belles âmes sachant pardonner alors que les jeunes submergés par la précarité sont plus durs.
« Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà! »
« Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.
Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose
Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur… »
En route vers la retraite, Daroussin et Ascaride savent allumer les barbecues pour les camarades et bien s’occuper des enfants.
La carte postale en couleurs de Guédiguian, depuis L’Estaque avec sa troupe à peine touchée par le temps qui passe, peut nous ravir dans un monde où le cynisme est la couleur dominante. La fraternité ne va plus de soi dans la classe ouvrière qui conserve pourtant quelques belles âmes sachant pardonner alors que les jeunes submergés par la précarité sont plus durs.
« Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà! »
dimanche 20 novembre 2011
H.F. Thiefaine. Suppléments de mensonges.
L’ami qui m’a fait écouter le dernier CD d’Hubert Félix Thiéfaine, m’a bien dit que ses fans - qui ne manquent pas - trouvaient le sexagénaire trop assagi : moi ça me va.
Après avoir apprécié cette dernière livraison, je suis allé faire un tour du côté de ses premières chansons que j’avais remisées au fond des années post soixante huitardes quand les fumées lacrymogènes avaient viré aux volutes d’herbes hilarantes.
Il tentait de prendre alors la succession de Ferré, drapé dans les synthés où il convoquait la folie :
« la folie m’a toujours sauvé & empêché d’être fou »
Aujourd’hui, il ouvre sur une nostalgique promenade vers l’enfance, certes dans la
« ruelle des morts », où les filles y « faisaient goûter leurs framboises ».
Sage, même si le corbeau de Rimbaud, Poé et Van Gogh se pose dans les coins du livret.
Le voyageur court les banlieues d’Izmir, Santa Fe, Cuzco, et cherche l’amour toujours
« à l’ombre de mes rêves ».
Ses accents rappellent Baschung, Gainsbourg, et j’aime sa voix singulière et ses orchestrations élégantes. Sur fond noir, la moindre paillette de couleur donne toute sa lumière. Où l’on apprend que l’étymologie d’orchidée signifie « testicule » en grec ancien, si bien que l’orchidoclaste à qui il consacre un titre doit être sérieusement
« brise burnes ».
Il se fait le torse d’Iggy Pop sur la pochette et le maquillage dégouline sous ses yeux, mais quand il s’exprime en québécois il se montre en pleine forme : il « toffe les runs » c'est-à-dire « qu’il tient le coup envers & contre tous » et s’il dit « j’sus sur le go » c’est une autre façon de dire qu’il « tient le coup ».
Tant qu’il y aura des filles pour « prendre son pion dans son circuit » .
Après avoir apprécié cette dernière livraison, je suis allé faire un tour du côté de ses premières chansons que j’avais remisées au fond des années post soixante huitardes quand les fumées lacrymogènes avaient viré aux volutes d’herbes hilarantes.
Il tentait de prendre alors la succession de Ferré, drapé dans les synthés où il convoquait la folie :
« la folie m’a toujours sauvé & empêché d’être fou »
Aujourd’hui, il ouvre sur une nostalgique promenade vers l’enfance, certes dans la
« ruelle des morts », où les filles y « faisaient goûter leurs framboises ».
Sage, même si le corbeau de Rimbaud, Poé et Van Gogh se pose dans les coins du livret.
Le voyageur court les banlieues d’Izmir, Santa Fe, Cuzco, et cherche l’amour toujours
« à l’ombre de mes rêves ».
Ses accents rappellent Baschung, Gainsbourg, et j’aime sa voix singulière et ses orchestrations élégantes. Sur fond noir, la moindre paillette de couleur donne toute sa lumière. Où l’on apprend que l’étymologie d’orchidée signifie « testicule » en grec ancien, si bien que l’orchidoclaste à qui il consacre un titre doit être sérieusement
« brise burnes ».
Il se fait le torse d’Iggy Pop sur la pochette et le maquillage dégouline sous ses yeux, mais quand il s’exprime en québécois il se montre en pleine forme : il « toffe les runs » c'est-à-dire « qu’il tient le coup envers & contre tous » et s’il dit « j’sus sur le go » c’est une autre façon de dire qu’il « tient le coup ».
Tant qu’il y aura des filles pour « prendre son pion dans son circuit » .
samedi 19 novembre 2011
Les derniers indiens. Marie Hélène Lafon.
Une écriture comme une litanie fait le tour une dernière fois de la société paysanne qui n’a plus d’enfant.
Là bas, dans le Massif central, Jourde avait déjà porté sa plume dans « Pays perdu » et Depardon sa caméra attentive et patiente.
Une écriture précise :
« Les voisins aimaient les bêtes bruyantes, ils avaient eu des paons dont les cris funèbres et lancinants avaient vrillé l’air lourd du dernier été de Pierre, ils eurent des coqs impérieux et des kyrielles hoquetantes de dindons, dindes et pintades, ils achetèrent pour l’agrément des enfants des ânes doux et bruns qui se répandaient à toute heure en braiements éperdus. »
Les maisons, les gîtes, la vaisselle, le linge, les chiens, les solitudes, « les voisins qui ont le goût de devenir », l’église, le monument aux morts, les silences, le temps qui passe.
« Elle avait acheté sa Cocotte –Minute neuve en juillet 1983 chez Veschambre à Allanche, elle avait conservé les mêmes pieds de géranium rose pendant treize années, les volets des deux pièces de derrière avaient été changés à l’automne, l’année de la grande sécheresse, en 1976, par le père de l’actuel menuisier de Condat qui était mort subitement en décembre, trois mois plus tard, on était allé à l’enterrement… »
Ces 166 pages parleront à mes pays, mais il n’est pas besoin de connaître l’importance d’un changement de toile cirée pour apprécier l’auteure.
Je remercie la personne qui me l’a fait découvrir au cours des échanges que nous avons dans le groupe de lecteures qui se réunit une fois par mois sous l’intitulé « Page à page », à la bibliothèque Barnave de Saint Egrève.
Là bas, dans le Massif central, Jourde avait déjà porté sa plume dans « Pays perdu » et Depardon sa caméra attentive et patiente.
Une écriture précise :
« Les voisins aimaient les bêtes bruyantes, ils avaient eu des paons dont les cris funèbres et lancinants avaient vrillé l’air lourd du dernier été de Pierre, ils eurent des coqs impérieux et des kyrielles hoquetantes de dindons, dindes et pintades, ils achetèrent pour l’agrément des enfants des ânes doux et bruns qui se répandaient à toute heure en braiements éperdus. »
Les maisons, les gîtes, la vaisselle, le linge, les chiens, les solitudes, « les voisins qui ont le goût de devenir », l’église, le monument aux morts, les silences, le temps qui passe.
« Elle avait acheté sa Cocotte –Minute neuve en juillet 1983 chez Veschambre à Allanche, elle avait conservé les mêmes pieds de géranium rose pendant treize années, les volets des deux pièces de derrière avaient été changés à l’automne, l’année de la grande sécheresse, en 1976, par le père de l’actuel menuisier de Condat qui était mort subitement en décembre, trois mois plus tard, on était allé à l’enterrement… »
Ces 166 pages parleront à mes pays, mais il n’est pas besoin de connaître l’importance d’un changement de toile cirée pour apprécier l’auteure.
Je remercie la personne qui me l’a fait découvrir au cours des échanges que nous avons dans le groupe de lecteures qui se réunit une fois par mois sous l’intitulé « Page à page », à la bibliothèque Barnave de Saint Egrève.
vendredi 18 novembre 2011
République des idées. Refaire société.
Pendant que nous assistions aux exposés où se pesaient au trébuchet les mots, ce titre du Dauphiné Libéré :
« Deux enfants abandonnés à Villefontaine ».
La misère en milieu ville nouvelle aux indigences qui s’aggravent, est à la porte d’un cénacle, dont je fus un des 12 000 participants recensés.
Le cahier d’accompagnement gratuit du Monde, distribué lors de ces journées,cite Plutarque :
« Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale maladie des Républiques »
Lors de tels débats, il y a toujours dans l’assistance , le démagogue de service, à l’élocution rodée, pour regretter longuement que chacun ne puisse s’exprimer plus longuement. Et les excuses rituelles, elles aussi, concernant la rareté des femmes comme intervenantes qui ne changent rien à la composition des tribunes.
Il n’en demeure pas moins que j’ai eu l’impression de profiter d’un privilège en suivant pendant des heures le développement de pensées exigeantes, ramassant dans mon petit calepin quelques formules, applaudissant aux belles mécaniques intellectuelles.
Pour titiller quelques compagnons croisés dans les travées de la MC2, je ne me sens pas dans une situation très différente de l’amateur du jeu de Lionel Messi virtuose du Barça, quand je constate la pertinence de Robert Castel, le bon sens de François Dubet, la conviction de Maylis de Kerangal, l’intégrité de Mauvignier, la profondeur de Rosanvallon qui ne délivre pas de vérité toute faite mais nous aide à déployer les contradictions, les paradoxes, la complexité d’une société où règne la défiance.
Des ateliers traitaient des blocages, de la crise des valeurs d’égalité, de l’individualisme, des peurs, du mépris, de la défiance à l’égard de l’impôt, de la crise de la représentation, et cherchaient des éclairages du côté de l’art, du roman …
« Refaire société suppose que l’on comprenne les ressorts de nos frilosités et de nos replis. Si des peurs ainsi se manifestent, des désirs se font également entendre : désir de justice, de reconnaissance, de représentation, de protection, mais aussi d’engagement et de culture »
.....
Dessin du canard de ce mercredi:
« Deux enfants abandonnés à Villefontaine ».
La misère en milieu ville nouvelle aux indigences qui s’aggravent, est à la porte d’un cénacle, dont je fus un des 12 000 participants recensés.
Le cahier d’accompagnement gratuit du Monde, distribué lors de ces journées,cite Plutarque :
« Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale maladie des Républiques »
Lors de tels débats, il y a toujours dans l’assistance , le démagogue de service, à l’élocution rodée, pour regretter longuement que chacun ne puisse s’exprimer plus longuement. Et les excuses rituelles, elles aussi, concernant la rareté des femmes comme intervenantes qui ne changent rien à la composition des tribunes.
Il n’en demeure pas moins que j’ai eu l’impression de profiter d’un privilège en suivant pendant des heures le développement de pensées exigeantes, ramassant dans mon petit calepin quelques formules, applaudissant aux belles mécaniques intellectuelles.
Pour titiller quelques compagnons croisés dans les travées de la MC2, je ne me sens pas dans une situation très différente de l’amateur du jeu de Lionel Messi virtuose du Barça, quand je constate la pertinence de Robert Castel, le bon sens de François Dubet, la conviction de Maylis de Kerangal, l’intégrité de Mauvignier, la profondeur de Rosanvallon qui ne délivre pas de vérité toute faite mais nous aide à déployer les contradictions, les paradoxes, la complexité d’une société où règne la défiance.
Des ateliers traitaient des blocages, de la crise des valeurs d’égalité, de l’individualisme, des peurs, du mépris, de la défiance à l’égard de l’impôt, de la crise de la représentation, et cherchaient des éclairages du côté de l’art, du roman …
« Refaire société suppose que l’on comprenne les ressorts de nos frilosités et de nos replis. Si des peurs ainsi se manifestent, des désirs se font également entendre : désir de justice, de reconnaissance, de représentation, de protection, mais aussi d’engagement et de culture »
.....
Dessin du canard de ce mercredi:
jeudi 17 novembre 2011
Assassins démasqués. C. Loubet.
Non, l’insécurité n’a pas atteint la paisible assemblée des amis du musée quand le conférencier nous a entretenus de « la peinture du crime » depuis Caïn jusqu’à Détective.
Victimes et criminels, que l’ordre social légitime parfois, nous fascinent :
il est des guerres justes…
Des figures emblématiques émergent. Judith(Holopherne) David(Goliath).
Le Caravage est dans les parages ainsi que David, le peintre, sobre avec Brutus qui a condamné son fils, ainsi que Füssli et son chevalier désolé après avoir exécuté son épouse en revenant de croisade.
Charlotte Corday, autre figure féminine meurtrière de l’ami du peuple, la veille du 14 juillet, est présentée par Baudry en héroïne farouche alors que Munch retient la femme « fatale ».
La guillotine, « vieux totem sanglant », la privera de sa vie, un soir d’orage.
Les fusilleurs de Napoléon ont déposé, à leurs pieds, les lumières du siècle finissant quand ils abattent des patriotes espagnols dont la figure christique depuis Goya sera reprise par Otto Dix et Chapman.
Salomé offre la béatitude à sa victime chez Gustave Moreau et Klimt la traite d’une façon ambiguë alors que Mossa, peintre symboliste que je découvrais, marie Eros et Thanatos.
Cézanne dans sa période « couillarde » restitue la violence du crime comme Frida Khalo dans « Quelques petites piques » qui transcrit à travers un fait divers, une vie personnelle tourmentée.
Le charnier s’agite dans l’enfer de Grosz et chez Bacon deux personnages affrontés et inextricables souffrent tous deux.
Hugo parlait de la guillotine comme crime permanent, Clovis Trouille peint celle qu’on appelait « la veuve » et Warhol nous rappelle que l’abolition n’a pas gagné de partout.
Thomas de Quincy auteur de « L’assassinat comme un des beaux arts » aurait pu avoir toute sa place dans la soirée :
« … les gens n’acceptent pas qu’on leur coupe tranquillement la gorge ; ils s’enfuient ; ils se débattent, ils mordent ; et alors que le portraitiste a souvent à se plaindre d’un excès de torpeur chez son sujet, l’artiste qui nous concerne est généralement embarrassé par un excès d’animation »
Au XIX°, la tête fascine, et des analyses anthropométriques, céphalométriques, physiognomoniques, se multiplient. Des bustes de cire de condamnés sont offerts à Lombroso auteur de l’Atlas du crime :
un faussaire, un criminel, un violeur et un voleur.
L’étranger d’alors vient des campagnes françaises, c’est l’Apache dont la stature démesurée face à la police démunie figure dans le supplément du Petit journal et autres « canards » et « L’œil de la police » se vendra très bien.
En 1907, au référendum du « Petit Parisien » la peine de mort est approuvée à 90%.
Plus près de nous, Monory donne une vision démultipliée d’attentats et si Spoerri garde les termes de l’art pour désigner son triptyque « enquête sur un meurtre », l’atmosphère est proche des séries télé qui se consacrent à touiller notre effroi, nos pulsions, nos inquiétudes, dans un exorcisme qui n’en finit pas.
De quoi perdre la tête.
Victimes et criminels, que l’ordre social légitime parfois, nous fascinent :
il est des guerres justes…
Des figures emblématiques émergent. Judith(Holopherne) David(Goliath).
Le Caravage est dans les parages ainsi que David, le peintre, sobre avec Brutus qui a condamné son fils, ainsi que Füssli et son chevalier désolé après avoir exécuté son épouse en revenant de croisade.
Charlotte Corday, autre figure féminine meurtrière de l’ami du peuple, la veille du 14 juillet, est présentée par Baudry en héroïne farouche alors que Munch retient la femme « fatale ».
La guillotine, « vieux totem sanglant », la privera de sa vie, un soir d’orage.
Les fusilleurs de Napoléon ont déposé, à leurs pieds, les lumières du siècle finissant quand ils abattent des patriotes espagnols dont la figure christique depuis Goya sera reprise par Otto Dix et Chapman.
Salomé offre la béatitude à sa victime chez Gustave Moreau et Klimt la traite d’une façon ambiguë alors que Mossa, peintre symboliste que je découvrais, marie Eros et Thanatos.
Cézanne dans sa période « couillarde » restitue la violence du crime comme Frida Khalo dans « Quelques petites piques » qui transcrit à travers un fait divers, une vie personnelle tourmentée.
Le charnier s’agite dans l’enfer de Grosz et chez Bacon deux personnages affrontés et inextricables souffrent tous deux.
Hugo parlait de la guillotine comme crime permanent, Clovis Trouille peint celle qu’on appelait « la veuve » et Warhol nous rappelle que l’abolition n’a pas gagné de partout.
Thomas de Quincy auteur de « L’assassinat comme un des beaux arts » aurait pu avoir toute sa place dans la soirée :
« … les gens n’acceptent pas qu’on leur coupe tranquillement la gorge ; ils s’enfuient ; ils se débattent, ils mordent ; et alors que le portraitiste a souvent à se plaindre d’un excès de torpeur chez son sujet, l’artiste qui nous concerne est généralement embarrassé par un excès d’animation »
Au XIX°, la tête fascine, et des analyses anthropométriques, céphalométriques, physiognomoniques, se multiplient. Des bustes de cire de condamnés sont offerts à Lombroso auteur de l’Atlas du crime :
un faussaire, un criminel, un violeur et un voleur.
L’étranger d’alors vient des campagnes françaises, c’est l’Apache dont la stature démesurée face à la police démunie figure dans le supplément du Petit journal et autres « canards » et « L’œil de la police » se vendra très bien.
En 1907, au référendum du « Petit Parisien » la peine de mort est approuvée à 90%.
Plus près de nous, Monory donne une vision démultipliée d’attentats et si Spoerri garde les termes de l’art pour désigner son triptyque « enquête sur un meurtre », l’atmosphère est proche des séries télé qui se consacrent à touiller notre effroi, nos pulsions, nos inquiétudes, dans un exorcisme qui n’en finit pas.
De quoi perdre la tête.
mercredi 16 novembre 2011
Lisbonne J 5 # Azulejos
Il est déjà 15h 30. Le métro Santa Apollonia puis le bus 759 nous mènent au musée des azulejos. Sans connaître notre destination un homme nous prend en main dans le bus car nous allions rater l’arrêt, info confirmée par une dame, nous évitons ainsi de nous perdre.
Le monastère et l’église Madre Deus qui abritent le musée se cachent derrière le pont bruyant du chemin de fer. On entre dans le musée par une cour colorée par de flamboyants bougainvilliers, ornée de palmiers qui se balancent au vent et de plantes vertes englobant une énorme jarre de terre. Le monastère a sans doute été rénové il y a peu de temps car les murs blancs intérieurs ne portent aucune trace de salissures. Le patio jouxte une cuisine et son jardin aussi soigné que la cour d’entrée, pimpant sous le soleil. Nous n’avons que peu de temps pour la visite et nous passons assez vite devant les carreaux précieux du XVI° siècle protégés dans des vitrines. Certains semblent tout droits sortis d’une medersa ou d’une maison de riches marocains tant par les couleurs que les motifs enlacés. D’autres sont plus figuratifs. Dans une vitrine, pas besoin de lire les explications pour comprendre la technique : à partir d’un carreau de terre enduit d’un produit blanc sur lequel est posé un calque dessiné marqué par des contours piqués serrés. Avec un pochoir on tapote le calque qui laisse passer de l’encre par les petits trous, il suffit ensuite de colorer le dessin avant de le cuire.
Nous accédons à l’église par un premier cloitre. C’est une merveille du XVII° siècle en deux parties. Les murs sont couverts d’azulejos bleus figurant des scènes religieuses ou champêtres jusqu’à mi hauteur puis des dorures rutilantes et des tableaux occupent tout le reste de l’espace au dessus de la première partie, une tribune permet de voir l’ensemble de l’église. Elle recueille des stalles avec derrière chaque banc des reliquaires exubérants et dorés avec plancher en bois précieux du Brésil. Les salles du premier exposent toute une série d’azuléjos bleus figuratifs et plus on avance, plus on traverse le temps jusqu’à nos jours. Nous nous bousculons pour admirer le panorama de Lisbonne avant le grand tremblement de terre de 1755, grande fresque d’azulejos réalisée pour un ancien palais. Nous reconnaissons quelques lieux encore existants. Nous avons aussi vu un deuxième cloitre plus petit et plus sombre mais ravissant et pris le temps de poser pour quelques photos ridicules derrière des silhouettes de l’ancien temps percées au niveau du visage.
Le bus 28 pris sur la grand route Avenida infante Dom Henrique nous ramène à la gare de Santa Apollonia que nous repérons de loin grâce au bateau de croisière gigantesque qui stationne en face. Nous voulons grimper à pied à travers l’Alfama jusqu’au quartier de Graça, c’est raide et vraiment typique. Nous avions déjà traversé le quartier avec le tram 28, mais s’y enfoncer, prendre son temps nous permet de mieux ressentir le côté vieillot, décrépi et charmant. Nous atteignons le largo de Graça que nous traverserons bien trois fois à la recherche d’un ancien palais introuvable au numéro 18 de la villa Souza en azulejos assez décevante et de la vila Berta, rua del Sol, charmante : il s’agit d’une rue village pour ouvriers avec de curieuses terrasses supportées par des filins métalliques époque Eiffel devant des maisons possédant chacune un jardinet. Nous faisons quelques courses sur le largo da Graça, vu l’heure avancée puis nous nous acheminons vers le métro Martin Moniz en descendant la pire rue en pente rencontrée qui porte bien son nom : calcade do monte. Vers la place Moniz, nous passons par des rues où vivent plutôt des Indiens.
Le monastère et l’église Madre Deus qui abritent le musée se cachent derrière le pont bruyant du chemin de fer. On entre dans le musée par une cour colorée par de flamboyants bougainvilliers, ornée de palmiers qui se balancent au vent et de plantes vertes englobant une énorme jarre de terre. Le monastère a sans doute été rénové il y a peu de temps car les murs blancs intérieurs ne portent aucune trace de salissures. Le patio jouxte une cuisine et son jardin aussi soigné que la cour d’entrée, pimpant sous le soleil. Nous n’avons que peu de temps pour la visite et nous passons assez vite devant les carreaux précieux du XVI° siècle protégés dans des vitrines. Certains semblent tout droits sortis d’une medersa ou d’une maison de riches marocains tant par les couleurs que les motifs enlacés. D’autres sont plus figuratifs. Dans une vitrine, pas besoin de lire les explications pour comprendre la technique : à partir d’un carreau de terre enduit d’un produit blanc sur lequel est posé un calque dessiné marqué par des contours piqués serrés. Avec un pochoir on tapote le calque qui laisse passer de l’encre par les petits trous, il suffit ensuite de colorer le dessin avant de le cuire.
Nous accédons à l’église par un premier cloitre. C’est une merveille du XVII° siècle en deux parties. Les murs sont couverts d’azulejos bleus figurant des scènes religieuses ou champêtres jusqu’à mi hauteur puis des dorures rutilantes et des tableaux occupent tout le reste de l’espace au dessus de la première partie, une tribune permet de voir l’ensemble de l’église. Elle recueille des stalles avec derrière chaque banc des reliquaires exubérants et dorés avec plancher en bois précieux du Brésil. Les salles du premier exposent toute une série d’azuléjos bleus figuratifs et plus on avance, plus on traverse le temps jusqu’à nos jours. Nous nous bousculons pour admirer le panorama de Lisbonne avant le grand tremblement de terre de 1755, grande fresque d’azulejos réalisée pour un ancien palais. Nous reconnaissons quelques lieux encore existants. Nous avons aussi vu un deuxième cloitre plus petit et plus sombre mais ravissant et pris le temps de poser pour quelques photos ridicules derrière des silhouettes de l’ancien temps percées au niveau du visage.
Le bus 28 pris sur la grand route Avenida infante Dom Henrique nous ramène à la gare de Santa Apollonia que nous repérons de loin grâce au bateau de croisière gigantesque qui stationne en face. Nous voulons grimper à pied à travers l’Alfama jusqu’au quartier de Graça, c’est raide et vraiment typique. Nous avions déjà traversé le quartier avec le tram 28, mais s’y enfoncer, prendre son temps nous permet de mieux ressentir le côté vieillot, décrépi et charmant. Nous atteignons le largo de Graça que nous traverserons bien trois fois à la recherche d’un ancien palais introuvable au numéro 18 de la villa Souza en azulejos assez décevante et de la vila Berta, rua del Sol, charmante : il s’agit d’une rue village pour ouvriers avec de curieuses terrasses supportées par des filins métalliques époque Eiffel devant des maisons possédant chacune un jardinet. Nous faisons quelques courses sur le largo da Graça, vu l’heure avancée puis nous nous acheminons vers le métro Martin Moniz en descendant la pire rue en pente rencontrée qui porte bien son nom : calcade do monte. Vers la place Moniz, nous passons par des rues où vivent plutôt des Indiens.
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