jeudi 10 mars 2016

L’art du portrait au XVII° siècle. Fabrice Conan.

L’historien de l’art intervenant devant les amis du musée de Grenoble a présenté un portrait de « La princesse palatine » par François de Troy, au début d’une série devant illustrer « le temps de la grandeur » pour ce genre de peinture, moins bien considérée alors que la peinture d’histoire ou religieuse, puisqu’elle n’est qu’une représentation du réel.
« Madame » mariée au frère de Louis XIV aimait moins les bijoux que son époux de convenance, et quand au cours d’une chasse, elle versa dans un fossé, le roi lui dit : « le fossé a dû être comblé ». Elle, qui ne manquait pas de verve, pouvait se permettre de se comparer à une pagode, vers la fin de sa vie. Au moment du portrait, tout est apparat, les étoffes soulignent le statut social et les colonnes, la stabilité.
« L’Atelier du peintre » d’Abraham Bosse met en scène une profession qui a gagné ses lettres de noblesse au cours du XVII°, l’activité devient rémunératrice rencontrant le narcissisme des « personnes de qualité » : il s’agit de faire le plus ressemblant possible, le plus flatteur aussi, parfois. Ici, l’artiste s’inspire des livres, des autres arts (la sculpture) et de  la nature. Derrière le portrait du roi Louis XIII, Richelieu n’est pas loin, mais posé au sol.
«  La galerie des illustres » du  château de Beauregard au bord de la Loire comporte 327 portraits répartis sur trois niveaux, elle rassasie le besoin d’images qui se faisait jour (déjà) à cette époque.
La simplicité va bien à « Louis XIII » par Dumoustier : dans une attitude naturelle, son regard est intense,
comme « Le chanoine » de  Jean Chalette.
Par contre dans son « Portrait de Jean Caulet en Apollon couronné » le modèle est engoncé sous ses lauriers, derrière un parapet inspiré de l’école flamande.
Pourtant l’inscription latine  signifie :
« Ici, sous la présidence d’Apollon, les Muses distribuent des fleurs aux poètes, et le véritable Apollon est pareil au protecteur portraituré ».
Nicolas Lagneau, lui, n’est pas loin de la caricature avec son « Hippocrate ».
Henri IV n’hésitait pas à figurer en  Mars, dieu de la guerre,  mais son fils n’en avait pas le goût. 
Sa femme, « Marie de Médicis » par Frans Pourbus, portait une robe de 35 kg cousue sur elle.
En ces temps, le côté flamand se marie au mouvement à l’italienne et au goût espagnol, la lumière vient de Bologne.
Philippe de Champaigne peint « Les enfants de Habert de Montmor », six garçons, en robe pour les plus petits, qui entourent une fille, leurs mains dans la diversité de leurs positions suggèrent la vie, amorcent des mouvements. Son Richelieu de la National Gallery où la lumière se pose sur les plis est en majesté.
Mais le « triple portrait » du cardinal, destiné à  documenter un buste du Bernin est d’une grande « densité psychologique ».
 C’est marqué sur l’ « Effigie de Nicolas Poussin des Andelys, peintre, âgé de 56 ans, Rome, année jubilaire de 1650 ». «Auto portrait » du maître classique, docte et sévère sans brillance inutile, ni effet chatoyant.
Simon Vouet est plus bouillant, il a connu les peintures du Caravage et des frères Carache,  son « self portrait » est vif.
Robert Nanteuil, se hisse à l’excellence avec ses pastels, ainsi ce « portrait de Louis XIV ».
Si les représentations télévisées de Colbert le voient en noir, c’est  que le  « Portrait de monseigneur Colbert »  par Claude Lefebvre a marqué les esprits : le serviteur de l’état est majestueux.
La fille de madame de Montespan et du roi  est morte en bas âge, Mignard la peignit en «  jeune fille aux bulles de savon ».
Je ne retiens parmi ceux « qui livrent un regard aiguisé sur leurs contemporains » au temps des Louis XIII et XIV,  que Charles Lebrun qui  a peint bien des notables (par exemple son protecteur le Chancelier Séguier ).  
Son « Portrait »  par Nicolas de Largillière, montre que le peintre des princes est devenu prince de la peinture. J’ai oublié Tournières  « qui témoigna du souci d’apparence de leur temps »

mercredi 9 mars 2016

Mad Max: Fury Road. George Miller.

« L’espoir est un leurre » : la citation est lapidaire, dans un film tout en images, aux paroles rares, bien résumé par son titre.
« My name is Max » avoue le héros masculin, vraiment à la toute fin, alors que généralement James, lui, annonce « Bond » d’emblée au pays des 007.
Les références au western sont évidentes avec des évocations de « Métropolis », là où bien des critiques voient des codes de jeux vidéo. Mais la série des Mad Max est en elle-même, mythique.
La dernière livraison remontait à trente ans ; l’univers cohérent et fort de celui de 2015 nous parle encore plus d’aujourd’hui.
Crise écologique et fanatisme décérébré, pourtant l’avenir appartient aux femmes.
Les scènes sont  explosives, grandioses, trépidantes, pendant deux heures de poursuite avec des véhicules extravagants conduits par des inhumains aux masques inventifs.
La présence de quelques tissus vaporeux enrubannant de belles créatures féminines constitue un contrepoint bienvenu parmi tant de rage, mais leur blancheur sera provisoire sous un cagnard d’enfer où l’eau est tellement rare.
On ne dira jamais assez l’importance du coupe- boulons. C’est que l’humour excuse bien des invraisemblances dans la résistance à tous les feux de l’adversité.
Le désert, sillonné par des hordes aux « antennes » élégantes s’inclinant d’une façon inquiétante, est ponctué de panaches de fumées dont les particules ne sont pas particulièrement fines.
Vite, une douche à la sortie pour se débarrasser de tant de cambouis et de poussière, mais si la tension « tient la route », trop de pression pétaradante contrarie une émotion plus subtile et durable. Me reviendront plus facilement  les vers de Heredia : « Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal… » pour habiller des souvenirs d’épopée qu’une Furiosa interprétée par Charlize Theron au seyant maquillage. Question de génération.

mardi 8 mars 2016

Ici. Richard McGuire.

Le titre, aussi élémentaire et sobre que la couverture ouvrant sur plus de 300 pages, était attrayant et on ne peut plus élémentaire.
L’idée simple d’imaginer le passé et le futur à partir du coin d’une pièce avec fenêtre et cheminée va chercher dans les mémoires et exciter les imaginations.
L’iconographie foisonnante et élégante à partir de ce lieu unique où se multiplient les images, interroge sur le temps qui passe et qui efface, d’où resurgissent des mots de tous les jours qui prennent force à apparaitre le temps d’une bulle de BD.
Les graphies diverses participent à un carrousel vertigineux, qui aurait pu nous épargner les épisodes préhistoriques, pour nous permettre de suivre quelques personnages, que nous ne faisons qu’entrevoir.
Un bel objet aux couleurs pastels où le foisonnement des images, les ruptures temporelles incessantes, nous font cependant perdre le fil de l’émotion.
« Au vingtième siècle, la majorité des gens portaient sur eux plusieurs objets essentiels. D’abord, un petit appareil qui indiquait approximativement l’heure. Il se composait d’un boitier rond de métal et de verre fixé sur une lanière de peau animale et porté autour du poignet. On l’appelait montre, parce qu’il montrait l’heure. »

lundi 7 mars 2016

Zootopia. Rich Moore, Byron Howard.

Quel plaisir de pouvoir partager avec ma toute petite fille, un de ses premiers films, où elle a bien saisi que la petite lapine avait surmonté beaucoup d’obstacles pour devenir policière !
Quelques méandres d’une société où coexistent les animaux les plus divers lui auront échappé, mais les plus grands, qui savent bien que les plus faibles ne sont pas forcément gentils, retrouveront mafia et corruption de leurs polars habituels. Avec aussi chez renards et souris, pas si bêtes, de quoi éviter de se laisser guider par la peur, ou succomber aux préjugés : si ce n’est pas d’actualité !  
Je viens de regarder la définition de « budy movie » qui caractérise justement ce film des studios Disney: deux personnalités très différentes finissent par devenir amies.
Ces deux heures pleines de trouvailles, de paysages magnifiques, d’émotions et de rires, limpides et trépidantes qui permettent aux petits et aux grands de se retrouver est une belle entreprise menée avec délicatesse sans abuser de clins d’œil malins.
Un beau message de tolérance exempt de mièvrerie.

dimanche 6 mars 2016

S’en sortir. Danielle Collobert, Nadia Vonderheyden.

Je n’ai rien compris.Où était l'entrée?
L’intérêt de ce moment fut d’essayer de remonter aux souvenirs d’autres pièces de théâtre d’une telle opacité que je n’en vis point.
Parfois des images, des phrases en cours de lecture ou de spectacle conduisent vers ailleurs mais cette fois, en essayant de m’accrocher, j’étais comme ces acteurs qui dérapent sur le plateau, sans appui, dans l’ennui. Un tel moment de glissade qui était peut être donné comme séquence de danse, je le perçus  au cours de cette heure et demie comme les seules minutes de virtuosité. Sinon les cinq acteurs n’échangent jamais, ils débitent une langue qui associe les mots pour les obscurcir dans une diction distanciée: « la douleurE ». Ils se jettent des confettis, du sable, se couchent sur du riz, mettent des robes et des perruques, méditent devant une table couverte de roseaux.
« Contraste clair entre mes voix - route étonnante pour sortir des chairs bouleversées »
Pourtant après plus de 2000 articles sur ce blog, des interrogations autour de l’écriture auraient pu m’intéresser, et l’obscurité dans laquelle je me complais parfois aurait pu m’être familière.
Là je n’ai entendu avec la maigre assistance qu’une poésie surannée, d’un sous René Char sans fulgurance,  vu seulement quelques panneaux lumineux coulissants d’une beauté très Monsieur Bricolage, des images déjà aperçues chez Mona Hatoum avec chaussures attachées derrière chaque pied d’une marcheuse. http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/09/mona-hatoum-centre-pompidou.html

samedi 5 mars 2016

J’ai vu la fin des paysans. Eric Fottorino.

Les articles rassemblés dans ce livre de 200 pages publiés dans le quotidien « Le Monde »  comptent parfois 35 ans d’âge, ils passent l’épreuve du temps, sans un soupçon d’obsolescence.
Même si l’idée des paysans «  jardiniers de l’espace » apparait plusieurs fois:
« le paysan sera-t-il le lynx du siècle prochain qu’il faudra réintroduire dans les campagnes pour y rétablir un équilibre ? L’avancée de la friche agricole est pour beaucoup le fruit d’une friche des idées »
Je connais ce monde paysan, même si quelques soubresauts récents soulignent la distance entre « connaître » et « comprendre ». Si mon père fut pour moi à un moment « un homme qui transpire beaucoup pour faire de son fils un monsieur qui rougira de lui plus tard » selon la formule de Julien Decourcelle, j’en rougis encore, de confusion.
Les photos de Depardon
ont joué pour moi dans l’appel à une lecture de ces dernières décennies du XX° siècle expliquant les racines d’une situation présente qui pose des problèmes allant bien au-delà d’une profession.
Le mot dérivé du latin « pagu », qui fut une insulte, est désuet : « paysan » signifie un état alors qu’ « agriculteur » désigne un métier.
Le maïs hybride a remplacé le « grand roux basque » malgré sa « mauvaise mine comme les gens des villes ». Ce milieu routinier comme les saisons est entré dans les rendements à coups d’intrans au bruit des moteurs, avec un sens de l’adaptation insoupçonné.
Et bien que l’on sache la diversité des situations, le rappel de la cour des comptes de 1987 notant qu’un producteur de moutons du Limousin touchait 11 000 F d’aides pendant qu’un céréalier recevait 195 000 F, est utile.
Bien des commentateurs s’extasient devant la cogestion syndicale allemande ; celle qui existe en France pour les agriculteurs est jugée néfaste par ces mêmes éditorialistes.
«  Combien de volets se ferment pour ne plus s’ouvrir, chaque année, dans les villages du Sud de la France pas seulement  dans la Lozère ou dans la Corrèze ? Les quotas laitiers, les limitations de productions céréalières, les importations massives de produits de substitution aux céréales, la course à la concentration des élevages ont, au fil du temps, donné à l’agriculture un visage nouveau, moderne, mais effrayant, une agriculture hyperproductive qui produit plus sur moins d’espace, rétrécit ses bases au risque de se dénaturer »
Si le mot crise figure souvent dans les titres des courts chapitres, nous révisons quelques paroles de ministres qui ne furent pas tous des « Lalonde de choc »,  François Guillaume syndicaliste devenu ministre, Raymond Lacombe resté paysan, Nallet, Cresson, Rocard et je ne m’en souvenais pas : Mermaz.
L’auteur, rédacteur aujourd’hui de la revue « 1 », est aussi un écrivain

vendredi 4 mars 2016

Le Postillon. Février mars 2016.

Les Albert Londres de la place Saint Bruno nous livrent ce printemps 16 pages telles qu’on peut les attendre d’eux : inattendues et familières.
Classiques : les réactions outragées de Ferrari, président de La Métro, après l’article à lui consacré dans une édition précédente.
Distingués : portrait distancié du directeur du journal concurrent « Les Affiches » dont il est difficile de différencier les articles des publicités. Cette fois l’hagiographe Andrevon qui vient de rédiger un livre en l’honneur de son patron est pris le doigt dans la confiture.
Infiltrés : Dans un séminaire de la Banque postale où il est question pour les « chargés de clientèle » de se gaver avec les crédits à la consommation proposés à leurs clients.
Opportun, documenté, évitant les simplifications : Des précisions sur le conflit en cours au « Magasin », le bien nommé centre d’art contemporain, où le pognon, les copinages ravagent tout.
Original : un article consacré aux ferrailleurs pour qui « c’était mieux avant » la mondialisation.
Opportun : autour des conséquences des restrictions du conseil général envers les éducateurs hors zone prioritaire.
Renouvelé : le regard des cathos sur l’écologie non à travers un papier général mais rassemblant des opinions issues de rencontres variées.
Ma rubrique préférée : un dérivé de portrait chinois, bien que se référant parfois à quelques personnalités obscures, mais « Gorilles dans la brume » comme film dédié à Fabrice Landreau, entraineur du FCG rugby révèle un certain courage. Carignouille la fripouille serait bien dans « Les Visiteurs » car tant des choses ont changé maintenant qu’ « on veut virer les chariottes du diable du centre ville pour les remplacer par les bestioles montées par Dame Longo ».
………..
Dans « Le Canard » de cette semaine  et sur le site de "Slate":

jeudi 3 mars 2016

Le spectacle des rues & des chemins. Musée de l’Ancien Evêché.

Jusqu’à fin mai 2016 le musée de la rue Très Cloîtres à Grenoble propose les photographies prises entre 1890 et 1908 par Joseph Arpin, greffier de justice né à Montferrat,
C’était du temps où le pont de la Porte de France se construisait, où des vaches étaient à l’attelage d’une charrue du côté des Eaux Claires.
Les enfants se baignaient dans le Drac et pour traverser l’Isère un bac à trailles était en service à Saint Martin d’Hères, alors que des radeaux de grumes étaient amarrés au quai de la Graille.
Au vu du titre de l’exposition, je m’attendais à suivre ces petits cirques qui passaient autrefois de village en village, là ce sont des vues plus banales qui témoignent de l’emprise de l’armée sur la ville de Grenoble ou de petites saynètes de la vie familiale.
L’emplacement tracé à la craie où la petite Marie doit poser est visible sur la photographie
et les convives d’un repas dominical sont quelque peu figés,
les vues de  la campagne avec enfants et chèvres sont plus vivantes,
une femme et son ombrelle sur la route de la Bérarde est  plus inhabituelle.


 

mercredi 2 mars 2016

Michel Pellissier



Nous avons accompagné Pellissier au cimetière d’Allemont ce premier mars 2016.
Il avait écrit  en juin 2003 :
« L’orage ici c’est d’abord un peu de vent soudain que l’on ne sent pas
mais que l’on voit courir à la cime des touffes de frênes qu’il courbe.
Et le ciel qui noircit sur le massif des Rousses.
C’est dans ce noir que roulent les premiers grognements du tonnerre.
C’est loin encore et, pour un peu, ça s’arrêterait là.
Ma tante disait : « c’est là que ça se plaide ».
Jusqu’au moment où un vent plus fort et plus fou, désordonné, bouscule en tous sens, les arbres et les herbes.
Alors le tonnerre s’emballe et craque à grands coups :
le plaidoyer a tourné en faveur de l’orage… »
Je prends un autre extrait de cette lettre à la belle écriture.
« J’écris entre trois bougies sur un papier d’écolier, le seul que j’ai trouvé ici où je n’étais pas venu avec la pensée d’écrire. C’est un papier d’enfance, un papier d’apprentissage, bref un papier comme on n’en fera bientôt plus. Mais lorsqu’il s’agit de parler autour de la mort, on est toujours un peu à l’école. »
Le maître modeste écrivait ainsi depuis sa montagne magnifique,
celui qui fut dans les combats anti autoritaires avait une autorité certaine.
Membre fondateur de « l’école moderne » il portait aussi l’écho du passé.
Il avait vu les terres du nouveau monde et n’oubliait pas ses amis depuis son coin au dessus des nuages.
Découvreur familier des bouquinistes, il précédait les modes,
donnait de la valeur à la simplicité et rehaussait l’essentiel,
simple, comme on dit de certaines plantes médicinales et des cœurs discrets.
Curieux de technologie et d’un incorruptible esprit critique envers les dernières futilités,
conteur magnifique, écrivain trop rare, penseur exigeant, profond et élémentaire,
il était instituteur.
De ses mains, il faisait chanter la terre, animait des brindilles et montait des charpentes, des jouets et des maisons, des jardins …
Il faut bien Primo Levi quand toute la fragilité et le poids du mot  « homme »  sont contenus dans le titre de son œuvre majeure « Si c’est un homme », pour situer la hauteur de notre gratitude d’avoir connu Michel Pellissier qui nous a appris la dignité d’être homme jusqu’au dernier essoufflement.
« Souviens-toi du temps
Avant que se fige la cire :
Chacun  de nous porte l’empreinte
De l’ami rencontré en route.
Dans les bons et les mauvais jours,
Nous les fous et nous les sages,
Chacun marqué par chacun.
Maintenant que le temps presse,
Que les combats sont finis,
 A vous tous le souhait modeste
Que l’automne soit long et doux. »

En lien musical : Felix Leclerc. La mort de l’ours, ci dessous:

mardi 1 mars 2016

La présidente. François Durpaire Farid Boudjellal.

Le frère du président du Racing club de Toulon qui dessina « Le gourbi » et « Le petit polio » passe au noir et blanc, pour mettre en images réalistes, les textes de l’historien consultant sur BFM.
L’intention est louable, le résultat inégal, le début bien vu avec des éclairages originaux,  mais quelques péripéties semblent improbables, dans l’hypothèse d’une victoire à la présidentielle de Marine Le Pen contre Hollande : Sarkozy, Fillon, Bayrou  ayant disparu après le premier tour.
Ce qui est intéressant c’est l’incrédulité d’une vieille résistante et sa colère qui contraste avec l’impavidité des commentateurs dans les médias, si ce n’est une grève dans l’audiovisuel public pas vraiment inattendue.
Il y a bien quelques échauffourées, des rappeurs arrêtés, mais ce sont les conséquences de l’application du programme économique qui sont bien documentées : inflation, effondrement des investissements, explosion du chômage… Des affrontements  ont lieu en Nouvelle Calédonie.
Il est question d’état d’urgence, mais ça y est on a déjà donné, et l’insistance des auteurs sur la surveillance qui laisse l’opinion assez indifférente en ce moment, donne à réfléchir quant aux conséquences redoutables si l’appareil d’état tombe en de telles mains. Surtout que les extrémistes en veulent encore plus : Philippot est enlevé, un coup d’état se prépare, le premier ministre Gérard Longuet est effacé, la présidente hésite.

lundi 29 février 2016

Nahid. Ida Panahandeh.

En Iran aussi, les fils de famille monoparentale peuvent être insupportables. La maman ne vient pas à bout de son fils préadolescent, elle se débat en tous sens, accumulant les dettes et les dissimulations dans une société où le mensonge est la règle. Entre un ex junkie et un nouveau « temporaire », elle n’a pas même pas le temps de se poser la question  de choisir entre un rôle de mère ou d’amante ; heureusement sa copine lui permet d’assurer au jour le jour un gite toujours incertain. Nous pouvons apprécier cette énergie féminine, en regrettant de la voir se dévoyer dans l’achat d’un canapé rouge tranchant sur le noir ambiant et entrer dans un engrenage qui est d’avantage un motif dramatique que comique.

dimanche 28 février 2016

Ne me touchez pas. Anne Théron.

Quand au programme de la MC 2 s’est annoncée une pièce de théâtre autour des « Liaisons dangereuses », peu de temps après la performance de la princesse de Clèves http://blog-de-guy.blogspot.fr/2016/01/la-princesse-de-cleves-magali-montoya.html je pensais me plonger dans des œuvres patrimoniales, mais n’en soupçonnais pas une si vive actualité.
Un tel titre, après les évènements de Cologne, sonnerait comme un  infranchissable commandement, alors qu’avec les siècles écoulés depuis « Les liaisons dangereuses » (1782) dans le genre « pas touche minouche ! » aurait pu être compris comme une rebuffade ambigüe.
De cette époque des lumières qui pointaient alors en Europe, m’émerveille toujours la sophistication des sentiments. Cette liberté portée avec élégance par quelques aristocrates allait accompagner, vivifier, les libertés politiques promulguées par la révolution de 1789.
D’autres, aujourd’hui, ennemis de la complexité, veulent la tuer, la liberté, la tuent.
L’utilisation de mots anglais dans le texte proposé m’a plutôt semblé vulgaire («  game over »)  alors que les dialogues, sans parodier la langue de Pierre Choderlos de Laclos, rendent bien la richesse des relations, les jeux, les drames des deux amants qui ne cessent de parler d’amour et se retrouvent encore plus seuls. Pourtant l’idée de faire évoquer les aventures passées de madame de Merteuil et Valmont avec des mots du cinéma est bienvenue : qui aujourd’hui n’est pas venu au théâtre avec dans la tête Malkowitch, voire Gérard Philippe et Jeanne Moreau?
Le vicomte militaire se serait inspiré de « la chronique scandaleuse de Grenoble où il fut en garnison pendant six ans ».  
Le « Quartett » de Müller qui est une réinterprétation de l’œuvre originale a aussi servi pour cette vision contemporaine qui ne supportait pas la fin tragique des femmes. 
«Cessez de mépriser vos proies, Monsieur, vous me prenez pour une dinde ou toute autre femelle à plumes incapable de distinguer vos manœuvres d’approche…vous rêvez de me fouler aux pieds. Lâchez ma main… ne me touchez pas. »
Le destin des manipulateurs libertins est donc transformé : la dame poitrine nue au départ a gagné en liberté mais la mélancolie supplante bien vite la sensualité, Don Juan est fatigué.
Malgré une certaine froideur, la sincérité, le désir, la révolte, sont toujours là, par le pouvoir de mots qui ne tiennent pas en 140 caractères.
Un troisième personnage, la voix off, est incarné par une actrice, avec une belle présence parmi les miroirs ayant perdu leur éclat, des carrelages défaits, devant une projection vidéo discrète éclairée magnifiquement qui prolonge dans la rêverie un noble décor en voie de désagrégation.
Quel metteur en scène essaiera comme avec la version fleuve telle que Madame de Lafayette avait écrit sa « Princesse », de donner l’intégralité  des « liaisons » par Laclos ?
Quand on lit à la page 379 de l’édition Flammarion :
« Adieu, ma chère et digne amie ; j’éprouve en ce moment que notre raison, déjà si insuffisante pour prévenir nos malheurs, l’est encore davantage pour nous en consoler » 
Il n’y a pas besoin de rajouter des « much love» ou des « fuck ».

samedi 27 février 2016

Dans le grand cercle du monde. Joseph Boyden

Après le chemin des âmes http://blog-de-guy.blogspot.fr/2010/10/le-chemin-des-ames-joseph-boyden.html  tant aimé, il faut être à la hauteur quand la presse présente le dernier roman de l’irlando amérindien comme « le premier grand roman canadien du XXI siècle ». Il l’est, grand.
Violent, subtil, palpitant et touchant au plus vif de notre humanité, historique, mystique, politique et intime, exotique, flamboyant, instructif, épique, étourdissant.
Au XVIIème siècle, au Canada, trois narrateurs donnent leur vision d’un monde à découvrir, à évangéliser, à préserver, ce qui évite le manichéisme : bon sauvage contre vilain colonisateur.  
Ce sont, réunis par un destin cruel, « Le Corbeau » : un jésuite breton, « Chutes-de-Neige » : une jeune iroquoise farouche qui vient d’être adoptée par le massacreur de sa famille, « Oiseau », un chef Huron.
Il est grand temps d’enrichir des images enfantines.
Les  sociétés indiennes sont sophistiquées : les « sauvages » cultivent les trois sœurs (maïs, courge, haricot), et vivent dans  des conditions climatiques extrêmes, aggravées par les guerres incessantes entre tribus. Leur rapport à la nature est mythique et leur cruauté ahurissante, le respect de l’ennemi se juge à sa capacité à subir les tortures les plus ignobles.
« Comme lui non plus ne réagit pas au bâton rougi que je lui enfonce dans l’oreille, je réclame une coquille de clam avec laquelle je lui coupe deux doigts, et pour qu’il ne se vide pas de son sang, j’enduis les moignons sanguinolents de poix brûlante. »
Une horloge devient « capitaine de la Journée », poétique et mystificatrice, et nous redécouvrons :
« Il prétend même avoir tâté leurs vêtements qui ne sont pas faits de peau d’animal mais fabriqués par de vieilles sorcières qui, comme les araignées, produisent du fil que d’autres vieilles sorcières tissent. ».
Le courage et la force de la foi se livrent au milieu de la fureur, des puanteurs, de la misère la plus extrême:
« Seigneur, je crois bien que c’est la dernière fois que je verrai le soleil se lever sur cette terre que Vous avez créée, et je prie pour que Vous me donniez la force d’accepter avec dignité et en état de grâce, les souffrances que je suis sur le point d’endurer, car mon corps n’est que le vaisseau de mon âme. Et quand ce vaisseau se brisera, mon âme s’élèvera jusqu’à vous. »

vendredi 26 février 2016

Ski scolaire à Saint Egrève.

Un de mes camarades, qui n’a pas oublié le sens du mot « camarade », m’a fait parvenir un texte pour partager ses inquiétudes sur le devenir du ski pendant le temps scolaire à Saint Egrève.
Cet acquis éducatif de 40 ans d’âge permet, deux ans de suite, à tous les enfants de la commune de faire connaissance avec une pratique en fond et en piste réservée de plus en plus à une minorité. 
Au-delà des vertus du plein air, où se surmontent les appréhensions et s’éprouve le sens de l’équilibre, ce sont des moments fondamentaux de formation qui seraient compromis.
Je me souviens d’une élève, surplombant la pente depuis le télésiège, qui constatait émerveillée : 
« j’ai descendu tout ça ! »
Bien mieux que tant de discours pour expérimenter la confiance et de nouvelles dimensions : c’est de grandir et aimer le monde qu’il s’agit !
A réinvestir dans des domaines quand la lumière est plus chiche et les lunettes de soleil inutiles.
Mais je ne vais pas tartiner sur ces plaisirs aigus qui rougissent les oreilles, révèlent le prix d’un abricot sec en tant que remontant et la valeur d’une première étoile. Je reprochais à mon avertisseur  de faire reluire les cerises abusivement dans un texte exhaustif, en convoquant dans cette affaire de flocons, les traités européens et le qualificatif infamant : « libéralisme économique ». Voilà que je l’imite en rappelant la réflexion, ô combien datée, d’une collègue fière de payer des impôts. Je m’exalte dans des souvenirs d’un Jack London collant à la ferraille d’un forfait et recolore bien vite les pistes où dévalaient les petits.
Ils s’étaient essayés à conter au micro des cars qui nous montaient dans le Vercors, quand la notion de plateau pouvait mieux se comprendre, en promettant de revenir sur les traces des résistants des années 40.
L’affaire est politique, même si je ne formule pas mon désaccord comme ce collègue, retiré lui aussi  des cahiers à corriger,  et toujours résistant qui en appelle aux siècles antérieurs, afin de donner de l’énergie à ceux qui pourraient renoncer avant de combattre :
«  Si les ouvriers s'étaient mis à la place des patrons… il n'y aurait pas eu de conquêtes »
Cette menace d’un abaissement pédagogique est le prix à payer des impôts considérés comme boulets, de la soumission aux temps égoïstes et une des conséquences de la modification des rythmes scolaires, allant de pair avec des évolutions des périmètres d’intervention des collectivités locales. Dégradations bien contemporaines des missions de l’école oublieuse de ses objectifs de démocratisation. Ignorer par ailleurs les raisons des gérants d’une commune serait idiot, comme serait contre-productif  de s’opposer  à de telles mesures d’économie en se  drapant dans quelque drapeau rouge, hors de saison.
Aux instits, aux parents, de valoriser ces expériences indispensables à un développement harmonieux des élèves. Aux élus à faire preuve de pédagogie envers les contribuables pour que le ski scolaire ne soit pas envoyé par le fond.
 ................
Dessin paru dans "Le Point":

jeudi 25 février 2016

Au-delà du cinétisme. Thierry Dufrêne.

Quels sont les ancêtres des sculptures machines ?
Pour répondre à cette question de la troisième conférence concernant le mouvement dans l’art,  l’intervenant devant les amis du musée de Grenoble projette un extrait du film « Dans la peau de John Malkovich ».
Une marionnette en bois au bout de ses fils, connait le désespoir en se regardant dans un miroir, et lorsqu’elle croise le regard de son créateur, elle peut se demander à qui s’adressent les bravos.
Le poète allemand  Kleist  dans son « Essai sur le théâtre des marionnettes » a mis en scène un danseur face à des « fantoches » innocents et spontanés, pour qu’il apprenne à perdre sa vanité.
Les moteurs ont remplacé les doigts des marionnettistes, déjà le beau canard de cuivre de notre Vaucanson mangeait et digérait.
Thierry Dufrêne par ailleurs commissaire de l’exposition « Persona » au musée des Arts Premiers a incité le public à venir quai Branly à Paris où est exploré dans les civilisations les plus diverses, la question : « comment un objet accède à un statut de personne » ?
L’automate de Stan Wannet, n’a pas de tête, c’est qu’il est en cours de construction. 
La réinterprétation par l’ingénieur et artiste hollandais de l’escamoteur de Bosch peut surprendre comme les oiseaux de Zwanikken, mêlant l’organique et l’artificiel, imitant « Le bon la brute et le truand ».
La frontière entre art majeur et populaire est de plus en plus ténue, dans ce domaine en particulier, depuis les statues de marbre inertes aux œuvres mécaniques en métal ou en bois. Giacometti trouvait plus facilement des regards dans les statues du monde que dans les yeux blancs des bords de la Mer Egée.
Tinguely achetait des tableaux mécaniques au musée des arts forains avec ses musiques entrainantes dont un aperçu incite aussi à la visite et rappelle l’importance du son dans les œuvres d’aujourd’hui. Il avait propulsé à une échelle monumentale une esthétique de l’abstraction, fait rouler Kandinsky :
« L'unique chose stable c'est le mouvement, partout et toujours. »
Et Calder, lui, disait : « Je voudrais faire des Mondrian qui bougent ».
Chris Burden a frôlé la mort à plusieurs reprises, il s’était fait tirer dessus.
Ses machines volantes étaient des rouleaux compresseurs « The Flying Steamroller », et des maquettes de bateaux tournant autour de la tour Eiffel.

Pour ce qui concerne, l’art savant : sous la toile blanche sensuelle de Norio Imai un objet se devine qui pousse. « White Event IV »
Les traces de ratissages dans le sable comme celui d’un jardin sec à la japonaise sont effacées dans le même mouvement. Elle renouvelle  dans « Foyer (« Home »)  le thème des natures mortes sous des éclairages variables en les enfermant derrière des limites qui à la fois dénoncent la place exclusive des femmes à la cuisine, alors que d’autres aimeraient accéder à ces nourritures.
Le terme mímêsis venu de chez Aristote définit l'œuvre d'art comme une imitation du monde alors dans le sombre musée des arts premiers, propice à la survie des âmes, les robots vont-ils  devenir nos fétiches contemporains parmi d’autres fétiches ?  Heureusement la mythologie grecque est toujours pleine de richesses pour nous ressourcer, remonter à nos recherches artistiques tellement humaines, par exemple lorsque « Pygmalion » épouse sa statue. Mais « L’inquiétante étrangeté » se retrouve même chez le guilleret Offenbach: dans ses contes, Hoffmann s’est laissé aveugler : Olympia est une poupée !
Un robot à chapeau melon nommé « Berenson » du nom d’un historien de l’art se promène dans l’exposition parisienne, il est né d’un anthropologue et d’un ingénieur, on lui apprend à aimer les œuvres, alors il met sa bouche en cœur en une admiration statistique il suit les appréciations du public.
Hiroshi Ishiguro apprend à répondre à ses robots dont une dernière version est comme son double recouvert de latex, pour lequel il est question qu’il assure des conférences à la place du concepteur : là nous entrons dans la vallée de l’étrange.
« Lorsque l’objet se met à ressembler trop à l’un d’entre nous, il devient au mieux bizarre au pire totalement effrayant. Si l’on reporte ces observations sur une courbe, on verra celle-ci grimper au fur et à mesure que le degré d'humanité de l’objet augmente. Jusqu’au moment ou la courbe atteint son apogée avant de s’effondrer. C’est ce trou dans le graphe qui constitue la “vallée de l’étrange”. »

mercredi 24 février 2016

Babel. Jean Louis Murat.

Je trouvais l’Auvergnat quelque peu déplaisant et n’étais jamais entré dans son univers.
Avec 20 chansons de ce 29° album, nous en avons pour nos sous.
Sa voix nasillarde m’a même convenu.
«Le jour se lève sur Chamablanc :
Ce matin Bozat est encore blanc
Les enfants dorment
C’est l’été dans le pays où je suis né »
Je suis chez moi dans ces espaces : Le Mont-Dore, Le Crest, le Col de Diane, le Chambon, les Vergnes, les Ferrandaises… pas loin de mes terres.
«  Le facteur n’est pas encore passé
 Je veux voir les avis de décès
C’est à 9 heures pour le Fernand
Il faudra tous y aller nom de nom.»
 Et je m’inscris dans ce temps où les campagnes disparaissent dans les brouillards.
« C’T’y pas Henriette
Là-bas au loin
Qui nous fait
Signe de la main »
Les musiques variées s’accordent aux paroles douces ou âpres, nostalgiques ou vigoureuses et même parfois ludiques dans un « camping à la ferme » joyeux :
« Le paysan vient en tracteur
nous chercher je te jure
C’est vraiment la folie
Des gens charmants qui vous
accueillent dans leur famille
Devine pour quoi, pour qui
Cool, super cool (voix d’enfants) »
 Pourtant la mort rôde même s’ « il ne faut pas faire de mal aux petits quand il neige au Sancy »
 «  Que vas-tu faire
 À minuit
 Seul dans la forêt ?»
La consolation, habite ces lieux de pierre et de jonquilles, comme l’amitié, les amours et même les rêves de voyages :
« Et chaque nuit
Manger la proie
Et l’ombre »

mardi 23 février 2016

Pablo. Julie Birmant Clément Oubrerie.

Ce premier tome sous titré « Max Jacob » débute une série de 4 albums consacrée à Picasso, phare du XX° siècle.
Le jeune catalan arrive à Paris avec son ami Casagemas au moment de l’exposition universelle de 1900 et c’est le récit de deux ans de sa vie à Montmartre, au Bateau-Lavoir.
Les prémisses d’un destin hors du commun sont esquissés avec vivacité.
Oubrerie a déjà travaillé sur Aya de Yopougong et Django Reinhardt
et son trait très décontracté convient parfaitement  pour décrire ces années intenses avec poètes, artistes et modèles dans les cafés et les mansardes ouvrant sur les toits de Paris au carrefour des libertés.
Picasso a connu le succès très tôt, puis l‘incompréhension, quand seul le poète Max Jacob, le suivait, l’hébergeait.
Il apprenait le français :
« Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer ! »
Rimbaud
Cet épisode chargé en joie de vivre et jeux de mort, se clôt sur la rencontre de vies habillement croisées de Fernande et Pablo, que nous pouvons être impatients de retrouver dans les chapitres suivants.

lundi 22 février 2016

Les Huit Salopards. Quentin Tarantino.

Pan pan tue tue !  La musique est excellente(Morricone) et la neige du Wyoming  bien belle, qui passe à travers les planches de la cabane, où se retrouvent tous ces salauds caricaturaux que les acteurs se plaisent à camper avec talent, mais c’est de l’excessif, du gerbant qui explose enfin, après une attente bavarde. Huit : un de plus que la jauge habituelle de ce genre d’individus.
C’est coloré, bien fichu, d’un humour noir roboratif, mais je ne peux m’empêcher de revenir à un thème aujourd’hui dépassé par la réalité : tant de rigolarde complaisance dans la violence ne produit-elle pas de l’indifférence, de la déshumanisation? Quand se font dessouder tant de personnages avec tant d’allégresse, que pourra-t-on dire des jeux ultra-violents et de passages à l’acte quand la mort fait rire?
Nous sommes dans un huis-clôt : à chaque passage de la porte il faut la reclouer.
Si le politiquement correct m’irrite souvent, je ne comprends pas que nos prêcheurs en général plus véloces ne se soient guère exprimés à l’égard du cinéaste qui me séduisit pourtant  jadis. Les ligues de vertu féministes n’ont pas été gênées par les rires qui éclatent dans la salle à chaque fois que la seule salope du film s’en prend plein la gueule, il est vrai qu’avec son cocard de comédie, on ne va pas la plaindre quand elle dégouline de ketchup ou autre hémoglobine factice.
La bande de lancement était attirante mais aurait presque suffi, car 2h 48mn plus tard, cette « tarantinade » mot venu d’ailleurs que je partage volontiers est bien longue, la lettre de Lincoln ridicule, les  références à Agatha Christie plutôt en faveur de la vieille anglaise coincée que du pétaradant résident de la côte Ouest.

dimanche 14 février 2016

Le canard sauvage. Ibsen, Braunschweig.

En revoyant la date de création de la pièce : 1885, et sa modernité, je mettrai Ibsen dans son domaine aussi haut que Picasso qui toujours étonne.
L’originalité de l’approche est bien mise en valeur par le metteur en scène qui cette fois,
met la sobriété au service de la profondeur tout en ménageant la part de la folie et du rêve.
Le mensonge est-il préférable à la transparence ?
En ces temps où le politiquement correct poursuit son chemin d’autruche face à la barbarie la plus primaire, l’exploration de nos passions contradictoires n’est pas du luxe.
Malgré le titre et les métaphores concernant la nature, je n’ai pas perçu la centralité de l’aspect forêt primaire, bien que la symbolique soit forte : lorsqu’ils sont blessés, les canards sauvages préfèrent plonger et s’accrocher aux herbes du fond plutôt que de survivre.
J’ai vu plutôt ce qui figure dans le livret d’accompagnement substantiel distribué à la MC 2, l’illustration de Nietzsche :
« L’Européen se travestit avec la morale parce qu’il est devenu un animal malade, infirme, estropié, qui a de bonnes raisons pour être « apprivoisé », puisqu’il est presque un avorton, quelque chose d’imparfait, de faible et de gauche… Ce n’est pas la férocité de la bête de proie qui éprouve le besoin d’un travestissement moral, mais la bête du troupeau, avec sa médiocrité profonde, la peur et l’ennui qu’elle se cause à elle-même. »
Les acteurs sont excellents, et je regrette que le médecin dont les interventions sont irradiantes ne soit pas plus présent. Le photographe causeur, qui vit de l’argent du père d’un ancien ami se rachetant de ses faiblesses, est veule à souhait, cet ami pathétique, les femmes ne sont pas dupes.
Pas de pathos, la distance est maintenue, sans froideur : les éléments d’un mélo qui touille secrets de famille, enfant du péché et affaire d’argent, s’installent sans trompette pendant 2h 30 indispensables.
Les allusions autour des images retouchées nous emmènent, au-delà des photochoperies, vers  nos arrangements avec la vérité pour continuer à vivre.
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 Après une semaine de pause, je reprends la publication quotidienne de mes articles lundi 22 février.

samedi 13 février 2016

XXI. Hiver 2016.

Marie Desplechin dans les dernières pages du trimestriel a rédigé un article amusant, clair, original, bien vu, sur le lien entre journalisme et littérature.
Plutôt que d’imaginer le journalisme dans un placard sous l’escalier d’une maison où le roman occuperait la salle à manger et la poésie le salon, elle lui donne volontiers la place dans le jardin :
« ce serait bien, le parc et les jardins, ouverts aux pluies, au soleil et aux vents. »
Voilà comme d’habitude
210 pages riches en portraits de femmes magnifiques :
la punk Birgitta Jónsdóttir promise au poste de premier ministre en Islande,
la maire de Madrid, l’incorruptible Manuela Carmerna,
et « Mutti » Angela Merkel.
Il faut bien de ces femmes fortes pour ne pas désespérer du monde,
quand on suit l’échec d’un groupe de citoyens mexicains pour ne pas subir la loi des cartels,
la fragilité d’une station d’observation dans l’Amazonie équatorienne,
les difficultés d’un SDF qui depuis un passage à la télévision fut embauché dans une entreprise qui s’est révélée un cauchemar,
la vie d’une municipalité FN à Hayange.
En Dordogne, un village a accueilli des Syriens, et comme toujours le reportage qui prend son temps présente plusieurs points de vue.
Le travail de réseaux permettant  la libération d’otages de Daech est impressionnant,
comme est bienvenu le témoignage d’une journaliste qui a suivi des trains de réfugiés dans les Balkans. 
Du coup l’entretien avec un médecin concernant la souffrance au travail apparait assez habituel,
comme est folklorique le festival de Black rock, ville éphémère dans le désert du Nevada où chaque année est  brûlé « Man ».