dimanche 10 avril 2011

Orphée. Hervieu Montalvo.

J’ai oublié le mythe antique du poète qui s’était retourné malgré l’interdiction après avoir récupéré son Eurydice qui séjournait aux enfers suite à la morsure d’un serpent.
C’est que ce qui était présenté par le couple de chorégraphes dans leur dernière collaboration sur le plateau de la MC2, sur fond de quai de Seine, m’a paru tellement plaisant.
Je n’ai pas vu passer l’heure dix, peuplée de chanteurs et de danseurs à l’énergie communicative. Un acrobate sur des échasses fait virevolter des danseuses à pointes, un musicien joue du théorbe, des musiciens sont danseurs et des danseurs chanteurs, les baskets hip hop s’allient aux chanteurs baroques, des trapus soulèvent des beautés élancées, des éléphants s’assoient sur un banc. Des conteurs africains apportent leur fantaisie, une joie de vivre qui va si bien avec une vision paradisiaque en vidéo où des animaux se côtoient tellement pacifiquement que les images de chairs dévorées paraissent comme des taches de couleur. Les musiques sont variées et s’harmonisent dans ce tourbillon réglé au millimètre : la synchronisation des danseurs avec leurs images est époustouflante. Des personnes courent sous leurs parapluies, des citations picturales s’ajoutent au kaléidoscope. Les seize danseurs sont tous excellents. L’humour vient après la gravité, quand un jeune qui a perdu une jambe réalise une performance inoubliable, il nous soulève au-dessus de nos fatigues.

samedi 9 avril 2011

Pierre Sang Papier ou Cendre. Maïssa Bey.

La reprise des mots D’Eluard au dessus d’une vieille photographie de voiliers dans la baie d’Alger laissait prévoir un ouvrage poétique. Il l’est, mais de façon exaltée, éloignant toute de légèreté. C’est vrai que le sujet traité ne manque pas de gravité. Je prends mes précautions car l’auteure est estimable et appréciée par beaucoup notamment par mes jeunes qui me l’avaient recommandée. Cette fresque de 200 pages vite lues couvre la période de l’occupation de l’Algérie par la France de 1830 à 1962. Elle est peinte à grands traits avec les couleurs tranchées de la passion. Un enfant innocent va être le témoin des destructions de madame Lafrance accompagnée de Laloi qui tente de s’imposer par la terreur et le sang.
Pas d’hésitation, les camps sont bien délimités, mais ce manichéisme dessert le rappel utile des méfaits de la colonisation. Tocqueville qui pensait que « la conservation des colonies est nécessaire à la force et à la grandeur de la France » écrit : « Nous avons rendu la société arabe beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu’elle n’était avant de nous connaître. »
Est-ce que le jeune berger de cette fable, tellement clairvoyant, a grandi ?
Ses voisins écrivent des pages nouvelles, que dit-il présentement ?

vendredi 8 avril 2011

Peur des jeunes, peur des pauvres : l‘ordre social contre la république.

Un français sur dix est pauvre :
de 4 à 6 millions selon que le seuil soit à 50% ou 60% du revenu médian à 1700 €.
150 000 jeunes sortent de l’école sans diplôme ni qualification chaque année.
Le taux d’échec à l’université est de 40%.
La société intégrée des trente glorieuses reflétait un certain ordre, il a été cassé.
L’école, la famille, le travail étaient rigides mais rassurants
avec une lutte qui voyait ouvriers et patrons s’affronter
mais renvoyait les immigrés hors du cadre.
Bien que nous ne nous appauvrissions pas, le revenu social se délite
et si la France protège assez bien, elle exclut.
Les catégories sociales qui avaient une certaine mobilité se figent :
les riches au centre de la cité, les pauvres autour et les classes moyennes au-delà.
Les victimes deviennent les boucs émissaires
alors que les mineurs- auteurs de délits mineurs- devraient être protégés, éduqués, comme le souhaitaient les politiques dans des années portant précaires au sortir de la guerre.
La peur était hier un «thème de campagne», elle est devenue aujourd’hui «un flux continu» avec la création d’un «ennemi intérieur».
Les majeurs aggravent les lois alors qu’ils s’exonèrent de celles-ci :
le découragement finit par nous gagner.
La promesse faite à la jeunesse n’est pas tenue.
L’école ne peut sauver le monde et le système est saboté.
La judiciarisation ne remplace pas l’autorité.
Au forum de Libé, Pierre Joxe que n’avais pas vu depuis belle lurette est toujours aussi tranchant
« On prétend organiser un ordre social aujourd’hui en organisant des lois et des politiques discriminatoires. C’est en fait un ordre social contre la République, contre ses fondements… on assiste aujourd’hui à une politique néo-colonialiste envers certains quartiers délaissés en France où vivent notamment de nombreux immigrés ».
Et même si certaines de ses approches m’ont semblé légèrement datées, la Villeneuve voisine habitait les pensées de la salle bien remplie qui appréciait aussi François Dubet.
Le sociologue entrait plus dans la complexité après avoir évoqué une gauche généreuse évitant les sacrifices mais s’accommodant d’un fonctionnement
« de nos institutions économiques et sociales qui reproduisent mécaniquement la pauvreté »
……
Additif : Sébastien Piétrasanta, Maire socialiste d'Asnières-sur-Seine qui a instauré un couvre-feu après la mort d’un enfant de 15 ans tué à l’arme blanche a écrit dans Libération du lundi 4 avril. Extraits :
« … Les pères sont trop souvent absents de l’éducation des enfants, alors que leur place est primordiale.
… Il faut en finir avec l’enfant roi.
… En même temps qu’on explique leurs droits aux enfants, il faut leur dire leurs devoirs.
… Il faut aussi permettre aux parents d’acquérir des outils pour renforcer la relation à l’enfant dès le plus jeune âge. Plutôt que des émissions de télé-réalité où une «Super Nanny» règle les problèmes des familles, inspirons-nous des services de soutien à la parentalité du Québec où la «coéducation» permet aux parents d’apprendre à investir cette fonction auprès de professionnels. Les parents sont des maillons indispensables de la chaîne éducative. Sans eux, le lien est rompu. »

…….
Dans le Canard cette semaine des suggestions pour Frédéric Lefebvre qui venait d’affirmer que « Zadig et Voltaire » était le livre qui l’avait le plus marqué,
Zadig & Voltaire est une marque de vêtements,
Zadig un conte philosophique,
Lefebvre un secrétaire d’état :
« Alpha Roméo et Juliette » de Shakespeare,
« Du côté de chez Swatch » de Proust,
« Triste Tropicana » de Levi-Strauss,
« Extension du domaine de la Matmut » de Houellebecq…

quant à Victor Hugo Boss ?
Et ce dessin :

jeudi 7 avril 2011

L’art de la caricature politique du XVIII° siècle.

« Caricare » : charger un fusil avec de la poudre.
Cette étymologie me paraissait en accord avec le sujet de la conférence de Gilles Genty aux amis du musée. Elle permet de dépasser un statut d’art mineur en misant sur l’efficacité, la fulgurance, le partage avec le plus grand nombre.
Lebrun avait codifié les divers moyens de représenter les sentiments et les expressions et devant le succès avait prolongé son cours par des tirages destinés à un public plus large.
Mais qui de mieux que Diderot dans son Encyclopédie pour rappeler les fondamentaux ?
" L’art consiste à démêler le vice réel ou d’opinion qui était déjà dans quelque partie, et à le porter par l’expression jusqu’à ce point d’exagération où l’on reconnaît encore la chose, et au-delà duquel on ne la reconnaîtrait plus ; alors la charge est plus forte qu’il soit possible."
L’abbé Grégoire donne envie de mieux connaître son œuvre quand il écrit : « Le législateur qui méconnaitrait l’importance du langage des signes, serait en dessous de sa mission, il ne doit laisser aucune occasion de s’emparer des sens, pour réveiller des idées républicaines ». Il parle d’or quand se réinvestissent tous les symboles y compris pour les moquer voire les mettre à bas.
En ces années révolutionnaires, seule la figure du roi était connue par les pièces de monnaie, il était nécessaire de sous- titrer les dessins à la pointe sèche ou les gravures à l’eau forte rehaussées de couleurs au pochoir. Les colporteurs, les placards sur les murs assurèrent une propagande à ces images qui commençaient leur règne. C’est le passage aussi du privé au public, et si nous furent épargnées les charges les plus crues envers Marie Antoinette, la virilité de Louis Capet, apprenti serrurier, est mise en doute. Le plus souvent c’est l’anonymat qui régnait, même si une gravure de David a pu être tirée à 2000 exemplaires. Au fur et à mesure des tensions, la violence des représentations augmente et mesure l’état de l’opinion.
Les rapports hiérarchiques basculent et les formules passent de« il faut espérer que ce jeu là finira bientôt » à « J' savois ben qu' j’aurions not' tour ! » Ce sont les titres pour signifier que le temps où la noblesse et le clergé chevauchaient le tiers état est révolu, nous en avons vu des versions féminines plus originales que celles qui figurent dans nos livres d’histoire.
J’ai découvert également avec plaisir James Gillray, même si l’anglais se montrait virulent envers la révolution française en n’hésitant pas à représenter les révolutionnaires en anthropophages. John Bull se fait également apporter la flotte française sur un plateau avant de la dévorer. Une gravure de l’assemblée des Capucins ou « l'harmonica des aristocruches » a bien été présentée, mais la verve d’alors m’a semblé avoir perdu de cette énergie qui enflamma ces temps où les sans culotte étaient montrés culs nus.
Napoléon brise ses échasses quand il effectue le grand écart entre Madrid et Moscou.
Nous entrons dans le XIX ° siècle.

mercredi 6 avril 2011

Touristes en Chine 2007. # J 12. Les soldats de terre cuite.

Je suis réveillé à six heures par des compagnons de voyage méfiants, le train arrive bien à 7h45 comme prévu. Une marée humaine sort de la gare. Sur le parvis nous repérons notre contact grâce à son panneau « Tai Yang »: petite dame nommée Amandine (Hui Xia). Il nous faut marcher un moment avant de rejoindre notre mini bus jusqu’à l’Hôtel Dynasty, classieux.
C’est avec plaisir que nous déjeunons avant une bonne douche.
10h : Départ pour la visite des soldats « terra cota », guerriers en terre cuite, à 50km de Xian, site très touristique. Nous nous offrons un taxi électrique pour parcourir la distance parking-site. Trois fosses sont abritées par de modernes bâtiments.
On ne verra pas l'intégralité des huit milles sculptures polychromes grandeur nature, alignées pour l’éternité. Certaines ont été enterrées pour éviter leur dégradation. Elles protégeaient le mausolée de l'empereur Qin, le premier à avoir unifié la Chine, trois siècles avant Jésus-Christ.
L’entrée est saisissante : tous les guerriers sont différents, alignés à 5 m en sous-sol avec des chevaux. Si les premières rangées sont debout, les suivantes permettent de voir l’état du site lors de sa découverte récente en 1974. Au fond, « l’hôpital » où opèrent des archéologues.Dans la deuxième fosse, on aperçoit les ondulations de poutres des toits effondrés avec l’incendie. La cavité est peu déblayée, mais dans des vitrines on peut voir de près un archer à genoux, jusqu’aux détails les plus fins : semelle, coiffure tressée, un officier.
La troisième fosse, plus petite mais la plus proche du tumulus de l’empereur présente des officiers dont les couleurs se sont effacées au contact de l’air (1984)
Dans le musée : une oie et un canard en bronze et surtout deux chariots en bronze : le premier est conduit par un officier sous son parapluie directionnel avec un système astucieux, le deuxième est recouvert d’un toit en forme de carapace de tortue en bronze, or et argent, quelle finesse des détails datant de 200 ans avant J.C : ça vaut vraiment le coup !
Malheureusement nous allons rentrer par un chemin passant par un village de commerces pensé beaucoup trop grand et à moitié vide. De toutes façons les vendeurs préfèrent tenter leur chance dans la rue ou aux portes des bâtiments.
Retour à Xian : le marché médicinal. En chemin aller comme retour, notre guide répond ou devance nos questions avec une maîtrise de la langue française, une culture et une maturité qui nous enchantent. Ex : « si le gouvernement n’avait pas imposé l’enfant unique, il y aurait 400 millions de Chinois de plus. Si l’armée des guerriers avait été retrouvée pendant la révolution culturelle, cela aurait été catastrophique. »Le marché des grossistes est réservé aux pharmaciens et aux médecins : gros sacs de graines, fleurs séchées, scorpions, placentas humains séchés, lézards écartelés, ginseng, gingembre… Amandine cherche à nous expliquer. Nous sommes seuls, les marchands jouent aux échecs ou au mah-jong. Dans le bus, notre guide nous parle de l’équilibre entre le yin et le yang, nous énumère la liste des marchandises que l’on peut trouver dans ce marché.
Parc de la petite pagode de l’oie de 13 étages, 2 se sont effondrés lors d’un tremblement de terre. Dans le jardin, les stèles pour attacher les chevaux sont variées ainsi que les pierres pour en descendre : rondes pour les militaires, avec des marches pour les proprios et les intellectuels. Nous passons par les boutiques : sculptures dans des racines, peintures. Dans le magasin de peintures et de calligraphie nous apprenons que le mot France est traduit : « pays des lois ».
La pluie finit par tomber finement, la chaleur et la moiteur nous ont collés depuis notre arrivée.
Nous dégustons des raviolis fourrés aux formes variées en accord avec leurs contenus, salés ou sucrés. Alcool de riz chaud. Formulaire de satisfaction à la fin, nous ne payons que les bières. Nous sommes presque seuls, il faut dire qu’il n’est pas encore 18h.
Retour à l’hôtel où nous prenons nos quartiers pour une bonne nuit réparatrice

lundi 4 avril 2011

Si tu meurs je te tue. Himer Saleem.

Oui la conquête de la liberté de Golshifte Farahani est sympathique. Et la belle m’a permis de supporter ce film présenté comme « la comédie la plus drôle, la plus vive, la plus intelligente que l'on ait vue depuis longtemps » où je n’ai rien vu de tout cela.
Le personnage principal, sympathique mais absent, accueille un autre paumé comme lui, qui se devait de supprimer un criminel de guerre, mais c’est l’exécuteur présumé qui finit poussière dans un bocal.
Un drame, une comédie, le mélange est toujours difficile, surtout quand des allusions symboliques viennent s’ajouter au portrait de la communauté kurde en milieu parisien traité en burlesque, avec de surcroit la douleur d’un père représentant la tradition vue avec légèreté…
Résolution au révolver mais il n’y pas de balle dans le canon, c’était pour de rire...
Les personnages sont inconsistants et il ne reste pas grand-chose après un titre qui pouvait intriguer mais retourne à l’absurde.

dimanche 3 avril 2011

Noli me tangere. Jean François Sivadier.

Jésus aurait dit à Marie Madeleine : « Ne me touche pas ».
Dans cette pièce, un "ressusciteur " a beau être évoqué, ainsi que " le fils à Joseph qui fait des miracles ", c’est l’histoire de Salomé qui est le prétexte à deux heures et demie de spectacle.
Et comme il est question de contact, une des paroles historiques de notre précédent président me revient : « Ça m'en a touché une sans me secouer l'autre »,
mais c’est pour la blague.
Surtout que j’ai apprécié l’équilibre entre la gravité et la bouffonnerie dans cette création agréable mais un peu vaine.
Quelques échos d’une actualité brulante exprimés dans les notes d’intention affleurent:
« suite de variations oniriques sur la confrontation des tyrans, dans le climat de tension qui précède toute révolution, et les multiples façons dont les hommes se projettent dans le temps, essayant vainement de rendre certain un avenir qui leur échappe. »
Quand Salomé séduit Hérode qui accorde à la danseuse
« demande moi ce que tu veux et je te le donnerai »,
cet épisode n’est pas uniquement burlesque ni déclamatoire.
Elle lui demande la tête de Jean Le Baptiste, cousin dérangeant de Jésus.
Le personnage principal est Ponce Pilate, bien servi par un acteur excellent :
Nicolas Bouchaud en despote dépressif parfois compréhensif mais toujours colonisateur.
L’ange Gabriel commentateur perdu se défroquant de ses « ailes du désir » apporte de la distanciation, et une troupe de théâtre dans le théâtre peut se permettre quelques effets marrants au fumet shakespearien quand le tragique au pouvoir se joue en divertissement.

samedi 2 avril 2011

Le football dans nos sociétés 1914-1998

Ce n’est pas seulement parce que le football est un bon outil pour « comprendre l’espace social » que l’on m’a offert ce numéro de la revue « Autrement », c’est qu’il y a de la reconnaissance amicale d’un goût pour ce sport que je mets un point d’honneur à cultiver parmi des cercles qui auraient tendance à mépriser « les manchots ».
Pourtant ce numéro édité en 2006 m’a paru daté surtout après l’épisode du bus de Knysna, ce mois de juillet. La conclusion du dernier article qui évoque « l’effet coupe du monde (98) a permis de représenter la diversité culturelle comme une vertu positive de la société française » sonne cruellement.
Les 250 pages ne sont pas périmées et bien des réflexions demeurent pertinentes mais les identités nordistes sont bien secouées en ce début de siècle, la disparition des traits distinctifs des clubs corses plutôt une bonne nouvelle, l’identité du FC Sochaux loin de ses origines ainsi que celle de Manchester. Connaître les enjeux politiques autour du Réal Madrid pendant la période franquiste et repérer le rôle politique de la FIFA entre 1945 et 2000 éclairent le présent.
Mais il y aurait un autre numéro à écrire sur les enjeux récents avec l’argent comme valeur essentielle, le chantage comme mode de relation, les agents de joueurs comme personnages clefs dans les bouleversements des mentalités. L’évolution de la sociologie des licenciés. Y a-t-il encore un football des campagnes ?
La « bagatelle la plus sérieuse du monde » sera moins joueuse qu’au XX° siècle qui fut le sien, plus âpre au gain.
L’embellie de la suprématie européenne dans la dernière coupe du monde sera-t-elle durable ?
Et l’hégémonie des clubs va-t-elle démoder l’engouement pour les équipes nationales, de la même façon que les équipes en cyclisme composées par pays dans le tour de France n’ont pas survécu aux sponsors.

vendredi 1 avril 2011

Police contre polis.

Aux états généraux du renouveau à Grenoble Jean Pierre Havrin et Alain Bauer présentaient des réponses différentes à la question : quelle sécurité publique pour demain ? Le débat fut policé entre deux personnes qui se connaissent et se respectent sans abandonner de leurs convictions.
Bauer ancien grand maître du Grand Orient de France après avoir conseillé Chevènement parle maintenant à l’oreille de Notre Teigneux (appellation Patrick Rambaud) et Havrin lui est retourné, après sa présence au cabinet du même Che, sur le terrain à Toulouse où il a été au premier rang de l’agression de l’Egocentrique Monarque (appellation Patrick Rambaud) contre la police de proximité.
Les deux points de vue sont dictés par le lieu d’où ils parlent et sur ce terrain c’est la gauche qui est la moins théorique en mettant l’accent sur la confiance à rétablir entre la police et la population alors que le criminologue, qui dirige aussi une société de sécurité, insiste sur la cohérence territoriale. S’il rappelle un point d’histoire c’est pour mieux préparer une accélération de la privatisation de la sécurité : Pétain a fait apparaître la police d’Etat en 1941.
Il insiste sur la nécessité de regrouper les territoires (une centaine au lieu de 424 circonscriptions) en allant vers une police d’agglomération se spécialisant.
Le chef de la police municipale de la ville rose réaffirme la nécessité d’une police de proximité avec des fonctionnaires attachés à un territoire : « des proximiers » qui remplissent toutes les missions sur leur territoire, alliant prévention et répression. Aller dans le sens d’une distinction nette entre police municipale et la police nationale avec déjà des uniformes bien distincts va à contre courant. D’autre part, dans bien des domaines si la place de l’usager est reconnue, dans les commissariats par ailleurs souvent vétustes, les contrôles sont exercés par l’institution sur elle-même, c’est quelque peu incestueux. L’avis de la population sur le travail des services de police serait préférable aux statistiques qui deviennent le seul but des interventions, sur fond de gesticulations médiatiques et coups de trompettes. Alors que le temps est aussi dans ce domaine un facteur déterminant pour aller à l’encontre du sensationnel, des flatteries des plus bas instincts par le multi récidiviste de la compassion surjouée.
La politique sécuritaire est le mantra de la droite, c’est son plus grand échec : robocops, stigmatisation de la jeunesse, inflation judiciaire et mise en cause d’une justice dont le président est constitutionnellement le gardien de son indépendance. Réduction massive des moyens…
Mais la misère commence à se voir et des syndicats de police se sont montrés solidaires des magistrats car les acteurs se jugent en « insécurité juridique et matérielle ». L’enjeu est fondamental pour une démocratie touchée au cœur.
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le dessin du Canard Enchaîné.

jeudi 31 mars 2011

« Les français peints par eux mêmes »

C’est ce qui figurait sur le billet de la conférence de Gilles Genty aux amis du musée, mais cette référence trop allusive à l’œuvre de Daumier ne rendait pas compte de la nature même du propos tourné vers la vie politique et les mœurs entre 1830 et 1900.
Les évolutions depuis les gravures sur cuivre ou bois de la révolution française ont permis grâce à la lithographie de dépasser les barrières techniques et de mettre au devant de la scène, les artistes. L’expressivité en est augmentée et l’interaction entre recueils et journaux pourra se déployer. Ainsi l’hebdomadaire intitulé « Le Monde Plaisant » accueille Lavrate qui ne manque pas de verve, mais le titre d’une autre feuille « La Caricature Provisoire » montre bien la fragilité de la liberté d’expression et Grandville qui met en scène des animaux trouve ainsi un moyen de jouer avec les limites.
« La liberté guidant le peuple », celle de Delacroix, elle-même, attendit dans les réserves du Louvre de 1830 à 1848 ; le bonnet phrygien de la belle dépoitraillée était jugé d’un rouge trop vif.
Après avoir collaboré à « La Silhouette », et « La Caricature », Daumier dessine pour « Le Charivari » une série inspirée par un personnage de théâtre très populaire : Robert Macaire. « L’incarnation de notre époque positive, égoïste, avare, menteuse, vantarde… essentiellement blagueuse. » L’acteur Frédéric Lemaître avait eu l’intuition géniale de transformer le mélodrame intitulé « l’auberge des Adrets » en comédie, et il improvisait chaque soir à partir de l’actualité.
La peinture classique est parodiée, et monsieur Thiers, en angelot écartant les branchages au dessus d’un Endymion plus enveloppé que l’original de Girodet, nous fait encore sourire.
La satire s’exerce directement à l’égard d’autres artistes : ainsi l’enterrement à Ornan de Courbet réduit à sa signature gigantesque devant quelques virgules blanches et un chien de la famille d’un Snoopy fatigué, en est la victime.
De « Grelot » en « Canard sauvage » les titres se multiplient. André Gill qui donnera son nom au cabaret « Le lapin agile » (là peint A. Gill) travaille pour « La Rue » de son ami Vallès qui l’égratigne par ailleurs.
Vallotton amateur de Daumier aimera les simplifications de celui dont Baudelaire disait qu’il était : « l'un des hommes les plus importants, je ne dirai pas seulement de la caricature, mais encore de l'art moderne. » Il travaillera lui aussi l’efficacité du trait, dans la frontalité vis-à-vis d’une humanité où le noir du fusain affronte un blanc de papier.

mercredi 30 mars 2011

Touristes en chine 2007. # J 11. Pingyao

Nous prenons un expresso au petit déj’, et Marie, notre guide, nous propose son aide pour quelques visites dans la ville carrée des « confins calmes », inscrite au Patrimoine Mondial de l'Humanité qui fut le « Wall street de l’Asie » au XIX° siècle.
Nous montons sur les remparts enserrant les maisons traditionnelles sur six kilomètres.
Au début, nous sommes dans les foules autour de différentes machines protectrices d’une porte monumentale avec casse-têtes et instruments hérissés de pointes en tous genres, mais dès qu’on avance un peu, nous ne rencontrons plus personne. Les pavés sont marqués du sceau des Ming. Nous profitons tranquillement d’une vue dégagée sur l’ensemble de la vieille ville (XVI°- XVII°) dont les toits en terrasse sont entourés de parapets dentelés.
La visite de la maison du gouvernement Yamen atténue notre frustration d’hier de n’avoir pas pu prendre notre temps dans la maison Qiao, celle d’ « Epouses et concubines ». Dans les salles des objets de torture sont exposés : c’est le jour. Nous assistons à une reconstitution théâtrale d’un jugement d’époque qui fait beaucoup rire les Chinois. Il y a aussi une banque ancienne.Nous effectuons des repérages avant des achats dans une rue commerçante, tout en découvrant d’autres maisons comme celle d’un banquier avec lingots et coffre souterrain, et celle des arts martiaux. Cela nous change des temples. Nous prenons notre repas avec des brocolis dans la maison mitoyenne de notre guest house.Nous continuons en taxi électrique pour aller au monastère Shuanglin (« les deux forêts ») où nous sommes pratiquement seuls.
Plusieurs salles sont remplies de statues, avec des sortes de crèches remplies de santons, une salle est destinée aux prières pour la naissance d’enfants. Au pied de statues avec bébés, Bodhisattvas et Sakyamuni, la créativité est exubérante.
A la sortie, un artiste français nous conseille de voir le temple de Confucius. Sur le retour nous prenons quelques embruns car la chaussée en restauration est mouillée.En entrant dans l’enceinte de Pingyao, se déroule la procession d’un enterrement : des voitures électriques sont décorées et suivies de marcheurs vêtus de blanc, un catafalque est posé sur un brancard porté par des hommes, une fanfare joue. L’entrée de la ville est embouteillée.
Le temple de Confucius comporte une salle de classe mais ne nous paraît pas très intéressant avec ses statues un peu grossières. Certains d’entre nous apprécient la verdure alors que d’autres trouvent le parc trop calculé, raide et parcimonieux. Nous revenons dans les boutiques acheter un orgue à bouche, des lunettes, une serrure en forme de bœuf, des bracelets, et des papiers découpés.
Puis avec deux taxis, un pour les bagages et un pour nous, nous nous rendons à la gare.
Adieu Marie. Le train est à l’heure et beaucoup de monde s’y engouffre. Je m’exile dans un compartiment où mes voisins ont tendance à douter de l’heure d’arrivée, qui ne correspond pas à la nôtre.

mardi 29 mars 2011

Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps. Florence Cestac. Jean Teulé.

La dessinatrice des gros nez et le « touche à tout » qui eut son temps de lucarne racontent la vie de Charlie Schlingo dessinateur de la bande d’Hara Kiri dont la vie de poliomyélitique s’arrêta à 50 ans minée par la drogue, l’alcool, le désespoir.
« Roi de la Lose, Bonheur des Soldeurs, Roi des Retours ».
Celui qui mena cette existence violente, spectaculaire, ponctuée de dégueulis, se fracassa sur un coin de table basse entrainé par son chien qui l’aimait de toutes ses forces, celui-ci s’appelait Méchanceté.
L’auteur de l’album « Patron, une cuite s'il vous plaît ! » dont l’amie s’appelait "Josette de rechange", mit sur le marché avec Choron « Grodada », un magazine pour enfants qui ne fit pas long feu. On pouvait tout craindre de cet auteur ingérable qui dédicassait ses rares albums vendus :
« Pour Laurent qui m’a l’air d’être un sacré connard »
ou « Pour Kévin, tes parents vont bientôt mourir ».
Années punk, il marchait sur les mains et se jetait sous les voitures.
Ces 96 pages rendent compte de sa dinguerie désespérée.

lundi 28 mars 2011

Lola Montès

Je viens de voir enfin ce film culte de Max Ophüls qui fut un échec commercial en 1955 malgré Martine Carol à l’affiche. Quelques épisodes de cette histoire vraie nous paraissent assez nunuches aujourd’hui, et un réalisateur branché de 2011 aurait plus insisté sur des coulisses de cirque sordides et mis plus de chair à l’encan.
La façon de filmer n’a pas pris une ride et avec l’épreuve du temps, la modernité du propos homologue ce film parmi les chefs d’œuvre du cinéma.
La mise en scène obscène d’une vie sous les flonflons d’un cirque est tellement contemporaine des excès des dévoilements de la télé réalité et des divulgations internétisées tout en restant habile et fascinante. Y compris le procédé de la fausse interactivité avec les spectateurs invités à poser des questions qui ne modifieront en rien le déroulement du spectacle.
Empêtrés dans nos contradictions de voyeur, nous regardons jusqu’au bout la tragédie d’un pouvoir déchu qui nous consolerait de n’y avoir pas accès. La une des journaux se nourrit essentiellement des malheurs ordinaires de ceux qui sous les feux de la rampe, nous fascinent et tombent. Il annonçait il y a un demi-siècle le règne du show-business et de la marchandisation des sentiments.
Ustinof en maître de cérémonie a inspiré sûrement le Savary qui me réjouissait jadis en bateleur du Magic Circus, la caricature et la drôlerie en moins. Il est odieux et en même temps il fait tenir debout sa marionnette. La belle est dans la sciure, elle n’a plus de voix mais son maquillage sourit.

dimanche 27 mars 2011

Leçon de jazz # 4. Keith Jarrett.

Si l’interprète compositeur goûte assez peu les claviers électroniques, il joue du saxo, du vibraphone, des percussions, de l’orgue, du clavecin, de la guitare, de ce que vous voulez, et il entre en fusion avec son piano.
Ses influences à 360° vont de la musique médiévale, au classique, au minimalisme, au jazz et au rock, aux musiques ethniques jusqu’à la transe.
Il a commencé à jouer à trois ans et après un arrêt de deux ans à la suite d’une grande fatigue - il faut dire que l’énergie qu’il dépense est colossale- il continue d’alterner une carrière solo et des participations à des trios. Il a reçu une haute distinction en musique classique que seul Milles Davis avait obtenue.
Moretti a utilisé sa musique dans son film « Carnets intimes » et depuis son concert de Cologne, le natif de Pennsylvanie a pu emmener l’improvisation vers un art de vivre grâce à une curiosité, une culture, une virtuosité exceptionnelle. Exigeant il a pris des éléments de toutes parts et les a emmenés plus loin.
Antoine Hervé à la MC2 nous a donné encore une belle leçon de jazz autour de ce phénomène et si j’ai mieux saisi ce que c’est qu’un phrasé, voilà que maintenant des "notes fantômes" s’invitent à la fête entre deux "vamps" et aggravent mon niveau préoccupant d’incompréhension vis-à-vis de la musique.
Ce que je perçois accroit mon admiration vis-à-vis des interprètes qui ont à marier émotions, rigueur, rythme, mémoire du cerveau et du corps en apportant une touche personnelle, je happe quelques bouffées, sursaute aux ruptures, me laisse envahir par les répétitions, suis les lignes striées et les surface lisses, les rythmes irréguliers, les bonds, les tensions, les climax approchés, les explosions, les douceurs envoutantes, et les situe au-delà de ce monde.

samedi 26 mars 2011

Tombeaux pour la gauche. Jean Pierre Rioux.

Au cours du forum de Libé, une amie a glissé dans mon petit panier, le dernier livre de l’auteur de « La France perd la mémoire » qu’elle venait d’apprécier dans un débat à propos de Jean Jaurès. L’historien avait introduit la discussion en écrivant dans le journal:
« Malheur à nous, les politiques, si nous devenons des rentiers du suffrage universel ou des luttes, car « il faut que la démocratie sente que nous la demandons pour elle et non pour nous, que nous y cherchons seulement la force nécessaire pour de nouveaux combats moins stériles, et que nous n’attendons le salaire, c'est-à-dire la reconnaissance profonde et durable du peuple, que lorsque nous aurons remis en ses mains les fruits de la justice ».
A mille milles de tout canton en voie de renouvellement.
Le point de vue de son livre, au format léger, est intéressant puisqu’il permet de mesurer le devenir des souvenirs à partir des cérémonies des adieux que la gauche a toujours goûtées.
Ainsi de 1914 à 1996 : les hommages ou les silences autour de ma mort de Jean Jaurès, Léon Blum, Guy Mollet, Pierre Mendès France et François Mitterrand.
Instructif pour la postérité et ses facéties, quand les échecs en ressortent grandis.
Ce n’est pas ce spécialiste de l’élu de Carmaux à qui risque de s’appliquer sa formule : « La révérence en émoi a asphyxié la référence en pensée », ses propos énoncés avec un style tout en nuances ramènent sans cesse aux préoccupations présentes.
Quand Jaurès est mortellement atteint par Villain, le pharmacien voisin refuse une ampoule à « cette crapule », alors un officier en tenue dépose sur sa poitrine sa propre légion d’honneur. Il y a des circonstances où les médailles ont de la gueule.
Blum, le juste, dit : « j’ai toujours cherché dans la vie et dans l’œuvre de Jaurès, non pas des arguments, mais une leçon. » Lui qui pensait que le socialisme « fournit la seule conciliation valable entre les nécessités de l’ordre collectif et les exigences de la conscience personnelle. » Les échos de sa fougue lors d’un congrès de 1946 sonnent jusqu’à nous quand il parle aux mollétistes : « le mal est en vous : c’est le manque d’ardeur, le manque de courage, le manque de foi… » J’en connais.
L’oublié de notre Panthéon bien garni, Guy Mollet, a droit à son chapitre. Le camarade d’Arras n’était pas ressorti la tête haute de l’épreuve du pouvoir, mais sa trajectoire justement nous interroge encore: le dire et le faire.
Le mentor PMF- qui ne fut pas mendésiste - fut bien silencieux après 81, mais ce qu’il disait de De Gaulle dès sa disparition s’applique à lui : « Tous ces éléments contradictoires, on ne peut plus les dissocier à l’heure où la conclusion doit s’écrire, à la fois pour dégager un bilan et pour faire ressortir les traits profonds d’une personnalité à laquelle l’histoire demande nécessairement des comptes, après un si grand rôle tenu… » Entre grands.
Plus énigmatique fut le sphinx, Mitterrand. Le droit d’inventaire instantané, en ces années où l’audimat commençait à brouiller la durée, remit sur le tapis les années de jeunesse et éloigna la nécessité d’un bilan politique et moral. Vinrent les hommages de monsieur D’Ormesson et deux messes à la fin. Restent ces mots de Paul Thibaud qui donnent suffisamment de matière à réflexion : « ce paradoxe d’être un homme politique qui refuse l’identification à un sujet collectif, incapable de sortir de soi, pour qui l’héritage n’implique aucune fidélité. »

vendredi 25 mars 2011

Le progrès à quel prix ?

Le titre de ce débat de Libé à Lyon de cet automne peut sembler d’actualité.
Becquerels en fuite, propos de comptoirs de ministres en fin de course, de ce que de la Libye on fait, des cantonales front contre front, où ça ?
La question était aguicheuse, mais il n’y a pas eu de réponse d’après mon souvenir.
J’ai plus retenu des histoires de filles et de garçons et à l’heure où des dames se voilent la face, difficile de parler du progrès. Celui-ci n’emprunte plus guère les spirales de béton armé qui s’entrelaçaient sous nos yeux d’après guerre et c’est tout le monde qui se voile la face.
C’était avant le feu à Fukushima.
Reste un point d’interrogation de ces beaux débats d’antan sous la tente de la place des Terreaux.
Il fallait pouvoir exister face à Boris Cyrulnik, brillant et drôle qui termine son introduction au forum: « vous aviez les idées claires, j’espère qu’elles sont confuses ».
J’aime « cette qualité qui vient de l’avant guerre » avec laquelle nous rions pour ne pas nous effondrer.
Jean Claude Kaufmann qui se trouvait à côté de lui sur l’estrade ne manque pas de finesse, et ce débat fut un exercice agréable car le pape de la résilience nous booste.
L’approche par les chromosomes qui font des filles (X) plus stables et précoces que les garçons (XY) n’a pas manqué de bousculer quelques certitudes. Elles bénéficient davantage de l’école mais avec la mixité, les garçons accélèrent leur décrochage, sauf en EPS, car les pubertés se déclarant de plus en plus tôt, elles deviennent aussi de plus en plus anxieuses. Dans ce domaine où la biologie et l’environnement renforcent les évolutions culturelles, les changements deviennent majeurs.
Nous passons d’un roman où le progrès fut linéaire, tout d’un bloc, aux déceptions d’un éclatement : les améliorations matérielles n’entrainent pas la morale, le social ne suit pas l’économique. Les savoirs sont fragmentés et « chaque clan se clôt » quand « le luxe c’est l’espace ».
Nous sommes à la fin d’une civilisation ; sourions nous sommes filmés.
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Dessin du Canard de la semaine:

Spécialistes vs rigolos par franceinter

jeudi 24 mars 2011

Jupiter, nom de Zeus !

Le maître suprême du Panthéon, le Dieu des jours, « l’assembleur de nuages » au-delà d’une progéniture luxuriante fut abondamment représenté en statuettes et sur des poteries quand il se nommait Zeus, c’est qu’il recueillait les sacrifices expiatoires. Le XVII° et XVIII° siècle en puisant dans les riches histoires de l’antiquité vont multiplier ses représentations.
Jupiter avait déjà lui-même travaillé son image atmosphérique et varié ses avatars pour échapper à la jalousie de Junon(Héra) sa légitime qui avait mille raisons de se méfier des infidélités de son illustre époux. Mais depuis l’expansion grecque il fallait bien justifier les alliances avec les autorités divines locales. Très terre à terre la religion au service du politique recélait à cette époque de l’inventivité ; et dire que les conseillers en com’ d’aujourd’hui prônent le story telling pour grimper dans les sondages, il leur reste encore du travail pour être aussi créatifs.
Rescapé de l’appétit de son père Chronos qui dévora ses enfants car il craignait qu’ils prennent son pouvoir, il va être choyé par les nymphes et nourri au lait de la chèvre Amalthée qui possédait suivant certains écrits une troisième corne, celle de l’abondance. Les Corybantes en tribu joyeuse couvraient les cris du nouveau né susceptibles d’attirer l’attention du père anthropophage qui devra se contenter d’un caillou pour lester son estomac.
Neptune, son frère dieu de la mer avait un trident, alors que Pluton pour régner sur les enfers n’a besoin que d’une fourche à deux dents.
Devenu grand avec la barbe de la sagesse, il est souvent représenté avec LE foudre et accompagné de son aigle, c’est que le dieu protecteur de la maison est aussi destructeur, et bien qu’il ne puisse aller contre la volonté d’un autre Dieu, il peut contrarier, orienter les passions. Il fera preuve dans ce domaine d’une grande imagination : se transformant en taureau pour enlever la belle Europe, en pluie d’or pour la belle Danaé, en cygne pour la belle Léda, en nuage pour la belle Io, en Diane pour la belle Callisto ; le beau Ganymède n’a pas dû être surpris puisque c’est l’aigle en personne qui l’enleva.
Bacchus naquit de sa cuisse et Athéna sortit toute armée de sa tête.
Nous avons révisé avec Fabrice Conan conférencier aux amis du musée bien des origines de nos expressions, voire de phénomènes de l’univers avec une poésie émouvante : ainsi Philémon qui avait émis le souhait de mourir en même temps que Baucis fut transformé en chêne et sa chère femme en tilleul. Tantale ne peut boire ni manger car le vent éloigne les fruits de l'arbre quand il s’approche, ce supplice est la punition divine pour avoir voulu éprouver la préscience des dieux en leur servant de la chair humaine.
Les constellations de la Grande Ourse et de la Petite sont Callisto et son fils qui n’avaient plus que le ciel pour échapper à la jalousie de Junon. Celle ci avait de quoi les surveiller avec son paon portant sur sa queue les yeux qui furent ceux d’Argus, mais Mercure en bon communiquant aida à brouiller les pistes pour le bénéfice des activités illicites de Jupiter.
A Versailles, je ne verrai plus de la même façon la fontaine de Latone où des paysans furent transformés en grenouilles car ils troublaient l’eau dans laquelle elle voulait baigner ses enfants nés encore d’un certain J. J’ai appris que ses jets d’eau symbolisaient le flot d’insultes de ces paysans très hostiles, mais aussi les paroles mauvaises qui avaient pu être dites lors de la Fronde et retombant sur leurs auteurs.
Henri IV et Louis XIV furent représentés en héritiers du très puissant Jupiter. Marie de Médicis commanda quelques tableaux dont le thème commun portait sur les punitions pour qui avait défié l’autorité : Prométhée au foie dévoré sempiternellement, Sisyphe et son rocher chéri. Avis aux mateurs.

mercredi 23 mars 2011

Touristes en chine 2007. # J 10. D’une ville nouvelle à Pingyao l’ancienne.

Petit déjeuner et départ à 7h 30 de Wutaishan. Route tout le matin, où la circulation est toujours aussi démente, au pays du charbon, triste et noir, d’abord en montagne, mi-soleil, mi-brume, puis en plaine. Nous nous assoupissons tous sauf Mitch.
Tayuan. On jette un coup d’œil à un temple restauré après un incendie. Les cellules des moines sont devenues des logements pour ouvriers, mais le temple sous la garde d’un moine a repris son activité. Engueulade entre notre guide Marie et le chauffeur, à la recherche d’un restau très particulier, mais les travaux rendent les reconnaissances difficiles. Il se trouve dans une ville nouvelle improbable aux larges avenues vides. C’est « La forêt des gourmets » : sorte de parc de loisirs avec une immense salle compartimentée comprenant de faux arbres, un aquarium, un restaurant, des bars, avec des oiseaux en cage (inséparables), et des petits ruisseaux. Dehors nous faisons le tour d’un grand plan d’eau.Le Temple de Jinci est construit sur une source, un cyprès millénaire ploie sous le regard de guerriers monumentaux. L’ambiance est sonore avec les micros poussés à fond à l’intention de groupes portant tous casquette. Frotter le crâne d’un moine luisant sous une source devrait nous apporter longévité et prospérité. Le jardin est joli autour de la pagode de plusieurs étages et surtout loin des hordes, nous profitons du calme et de la verdure, des fleurs. Les ponts s’appellent « pont de la rencontre des immortels » et « pont volant », la terrasse est celle « des hommes d'or », le temple celui des « offrandes ».
Le chauffeur, voulant éviter l’autoroute bouchée, s’est perdu, nous arrivons pour la visite de la maison de la famille Qiao à 18h45, il reste ¼ d’heure pour la visite. Maison où a été tourné le film « Epouse et concubines », avec sa grande allée de lanternes rouges, et des cours distribuées de chaque côté : à droite, les appartements, à gauche, les magasins pour le commerce. Malheureusement beaucoup de pièces sont fermées sous notre nez, mais il nous reste à photographier quelques perspectives dénuées de monde. Le film de Zhang Yimou, date de 1991 : Songlian (Gong Li), jeune fille de 19 ans, contrainte d’abandonner ses études à la mort de son père, se résigne à devenir la quatrième épouse d’un riche maître. Chaque jour, une lanterne rouge est allumée devant la porte d’une des épouses, signe des faveurs du maître, donc du pouvoir qu’elle prend dans la maison. A travers une initiation aux rites du clan, le film met en scène, durant quatre saisons, les intrigues des femmes pour attirer l’attention du maître et assurer leur suprématie.
Les travailleurs sur la route triment jusqu’à la tombée complète de la nuit.Les véhicules attendent le plus possible pour allumer leurs phares qui leur servent momentanément d’avertisseurs.
Fabuleuse entrée sur Pingyao de nuit, encerclée de remparts illuminés. Nous prenons un taxi électrique. Dans l’émerveillement nous découvrons le De Ju Yuan Guest House. Vieille maison chinoise comme toutes celles de la rue dans la magie de la nuit. Installation avec un lit pour trois, avec claustra. Repas délicieux dans la cour de la guest house et promenade nocturne dans la ville historique.

mardi 22 mars 2011

La bande décimée. Jean Luc Cochet, Jeff Porquié.

Dans la série policière « Le Poulpe » chaque livre est écrit par un auteur différent, avec des titres délicieux : « La Petite Écuyère a cafté », « Arrêtez le carrelage », « Pour cigogne le glas », « Ouarzazate et mourir » …
Je ne suis pas un connaisseur de la série noire mais des pointures collaborèrent à la série : Jean-Bernard Pouy, Patrick Raynal, Didier Daeninckx, Gérard Lefort, Cesare Battisti, Martin Winckler…
Il allait de soi de mettre en cases le récit des meurtres en série qui affectent le monde de la BD. Le héros, de son vrai nom Lecouvreur, est anar et renverse un peu les codes du polar qui furent marqués à droite dans les années soixante. Il a la gueule de Daroussin dans ce volume des éditions « six pieds sous terre ».
Les connivences établies avec le lecteur qui font le sel des séries se renforcent dans la bande dessinée où les clins d’œil sont d’usage, si bien que le récit peut sembler quelque peu elliptique au petit nouveau. Se lit sans peine, avec des dessins efficaces, mais ne laisse pas de trace.

lundi 21 mars 2011

Ma part du gâteau. Cédric Klapisch.

A quatre contre un, mes amis ont passé un bon moment et je me suis retrouvé bien seul à trouver cette comédie vraiment trop caricaturale malgré les belles images et quelques notations drôles telles que l’évaluation du prix des heures de garde d’enfant. Je ne me sens pas pour autant indulgent à l’égard des traders, ni éloigné des solidarités ouvrières et j’aimerais bien assister au carnaval de Dunkerque. Mais pourquoi faut il que le cinéma français utilise chaque fois la manière de la fable pour traiter des réalités sociales ? Ce serait dans ce cas : "la bonne à tout faire et le financier". Même ceux qui ont aimé cette pretty « mère courage » peuvent reconnaître la suprématie anglaise sur ces sujets sociaux.
La femme de ménage, personnage incontournable en ce moment, est une ancienne ouvrière licenciée. En milieu solidaire, elle surmonte vite une tentative de suicide. France, si sage et pétillante, se retrouve à ramasser les miettes chez Steve qui a bien mérité sa solitude devant ses écrans. C’est justement lui qui a causé l'exil de sa repasseuse de Dunkerque à Paris. On se demande si le réalisateur va oser ce qui est fatal dans ce genre de confrontation : eh bien oui, il a osé !

dimanche 20 mars 2011

Bulbus. Daniel Jeanneteau.

Je dirais : « glagla ! » pour jouer ton sur ton avec les images proposées d’après le texte d’Anja Hilling nous conduisant dans un village hors du monde où échouent un journaliste et une femme qui s’est trompée de bus, alors qu’aucun bus n’arrive dans ces montagnes…
La scène circulaire d’un blanc éclatant tiendra lieu parfois de patinoire, elle reçoit ce couple où la jeune femme est d’abord inerte et celui qui la porte très bavard. Il évoque des faits divers dramatiques avec la même intensité que des détails sans importance.
Les deux beaux jeunes acteurs ont beau se mettre nus à la fin, l’amour dont il parle n’est pas incarné. Certains spectateurs n’ont pas tenu l’heure trois quarts que dure cette pièce; je ne me suis pas ennuyé, mais je suis resté désorienté.
Le programme nous explique : « Dans un monde d’apparence simple, le poids d’une mémoire gelée vient affleurer dans les gestes les plus quotidiens d’un groupe d’humains prisonniers de leur passé, empêchant la génération suivante de lui succéder, la piégeant dans son désir d’oubli… »
Finalement, j’ai bien saisi : c’est froid ! Aussi passionnant qu’une partie de curling qui n’arrive pas à se jouer.

samedi 19 mars 2011

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants.

Le titre extrait de Kipling m’avait parlé, d’autant plus que ce livre de Mathias Enard a reçu le Goncourt des lycéens, après le prix Inter l’an dernier pour Zone.
Eh bien j’ai été plutôt déçu en regard des promesses du titre, avec un thème fort autour de la rencontre entre Michel Ange et l’empire Ottoman qui nous concerne en notre siècle pourtant loin des Renaissances. Mais je n’ai trouvé ni souffle, ni sensualité, pas d’odeurs, dans cet épisode de la vie du florentin amené à concevoir un pont entre Asie et Europe pour le sultan de Constantinople, Bajazet.
Nous ne partageons pas le processus créatif, ni la dimension colossale du projet et l’artiste lui-même ne s’est pas aperçu de la passion qu’il suscitait.
Je ne suis pas un amateur acharné de gros pavés, mais ces chapitres très courts conviennent à la lecture en métro mais n’ont pu rendre une quelconque épaisseur romanesque à partir d’une idée qui avait tout pour séduire.
Il est difficile d’entrer en sympathie avec ce Michelangelo dont la motivation principale réside dans sa rivalité avec Léonard de Vinci.
Une des rares phrases que j’ai voulu retenir de ces 148 pages trop légères :
« Michel ange reste un moment silencieux, avant de souffler : - C’est juste.
Nous singeons tous Dieu en son absence. »

vendredi 18 mars 2011

Michel Serres : « les plaques tectoniques… »

Dany a pris des notes aux « Etats généraux du Renouveau », à Grenoble le dimanche 30 janvier.
Michel Serres nous a régalés d'une conférence, limpide, chaleureuse, sur le thème pourtant si sévère : « Vivons-nous un temps de Crise ? »
Il y reprenait les points principaux de son ouvrage : « Temps des crises. »
La CRISE est comparée à un séisme violent qui fracture en surface l'écorce terrestre alors qu'il est provoqué en profondeur, par la lente et imperceptible avancée des plaques tectoniques. Pour comprendre les secousses financières et boursières qui ébranlent notre monde aujourd'hui, besoin est de remonter, dans la durée de l'histoire et dans l'espace, aux ruptures sociétales, économiques, civilisationnelles,
à des « révolutions » parfois passées complètement inaperçues.
Les campagnes qui se vident (85% des habitants en 1900, 1,2% de ruraux en 2010) : l'essayiste date la fin du néolithique dans les années 1960-70.
• L'urbanisation et la nouvelle occupation de l'espace.
• L'allongement de la vie et le nouveau rapport au corps, autrefois source de toutes les douleurs, aujourd'hui montrable parce que sain : quid des MORALES, doloristes jusque là ? (« Tu enfanteras dans la douleur » / péridurale par exemple)
• et donc les nouveaux choix de vie : avoir ou non un enfant, se marier ou pas et pour combien de temps, etc.
• La plus longue période sans guerre depuis l'Antiquité (50 ans).
• Le nombre d'humains, 1 milliard au début du XXème plus de 7 bientôt.
• Les nouvelles relations : « l'individu » et la nouvelle donne sociale :
impossibilité de « faire équipe » (divorces, groupe classe, etc.)
L'équipe de France de foot et son attitude déplorable : champion du monde de sociologie !
• Confusion entre Identité et Appartenance et risques d'intolérance et de racisme. PROBLEME MAJEUR : QUELS NOUVEAUX RAPPORTS ENTRE LES HOMMES ?
• L'arrivée en masse des nouvelles technologies et leur rôle sur l'environnement et l'espace : avec le téléphone portable et le web, nous n'avons plus d'adresse repérable et nos messages s'inscrivent sur un nouveau support (550 millions d’abonnés à Facebook). « L'espace de voisinage » ne connaît plus de distances.
• Les problèmes environnementaux : (sur 10 conflits récents, 7 au sujet de l'eau.) Polluer c'est s'approprier un espace. Devant les dangers pour la planète, réussirons-nous une coexistence pacifique afin de la sauver ?

jeudi 17 mars 2011

Les vanités dans l’art contemporain.

La conférencière, si peu conférencière, de ce soir a mis en évidence, par défaut, la qualité constante des intervenants habituels aux amis du musée. Il n’y avait qu’à entendre Jean Serroy qui, lors d’une brève intervention pour sauver Anne Marie Charbonneau du naufrage, en a plus dit qu’elle en deux heures. Elle s’était contentée de lire sans conviction, avec un micro dans lequel elle ne savait pas parler, quelques citations et projeter trois vidéos. La jeune fille qui est venue mettre en route les appareils que la maîtresse de cérémonie ne maitrisait pas, aurait mieux convenu en nous dispensant de la pédanterie : « tout le monde sait ça » ou des demandes au public quant à la marche à suivre : « est ce que je continue la projection ? » Elle s’est exemptée de nous donner quelques clefs puisque « les œuvres sont tellement fortes qu’elles parlent d’elles mêmes ». Un concentré qui aurait fini par être réjouissant de tout ce qu’il ne faut pas faire. C’était « l’inanité dans l’art contemporain ».
« La temporalité de l’artiste fait œuvre elle-même » pour un plan séquence vidéo interrompu au bout de 20 minutes parcourant une accumulation de 25 m de livres, sur lesquels sont posés de réveils et des escargots, quelques bougies fument entre les crânes incontournables des vanités du XVII°.
Une autre vidéo de Michel Blazy, l’homme des purées de légumes qui moisissent sur les murs. Ici la caméra nous conduit au cœur des décompositions où des insectes s’installent, les mouches et les asticots sont en vedette, les lumières sont boréales dans les entrailles d’un poivron qui a passé la date de péremption.
Les plus féconds à mes yeux sont deux suisses Fischly et Weiss avec un film d’une demi-heure où des objets se bousculent dans un enchainement réjouissant d’inventivité, d’humour, de profondeur. Une roue (de la fortune ?) entraine le basculement d’une planche où des bouteilles en plastique, clepsydres de fortune, ralentissent le déroulement fatal qui reprend avec des casseroles bouillonnantes, des chariots improbables sur des rails, des embrasements. Les liquides débordent, la glace fond, les déséquilibres s’avèrent moteur, ça balance, ça bascule, hésite, accélère, fume, branle au manche, les plans s’inclinent, des ballons éclatent. On attend, on est surpris par ces bricolages et l’on marche dans cette dramaturgie fragile et incertaine.
Il y aura matière pour une autre conférence sur le sujet.

mercredi 16 mars 2011

Sarkophonie - Dissection dyslexique du discours réactionnaire

Touristes en Chine 2007. # J 9. Temples perchés et monastères colorés.

Départ sous la pluie, nous sommes retardés par un groupe de français sans guide, monopolisant notre guide Marie depuis hier pour régler leurs problèmes.
"Non mais c’est nous qu’on paye !"
Dans la campagne des petits monticules de terre : des tombeaux, autour de villages pauvres; malgré la beauté des toits,tout est gris à cause du charbon.
Le monastère suspendu Xuankong Si est accroché à la falaise, soutenu par de longs troncs. C’est un haut lieu touristique qui attire beaucoup de monde, cela vaut vraiment la peine.Il y a 40 salles qui contiennent 80 statues de cuivre, fer, argile, pierre avec quelques curieux bouddhas. Les passerelles entre les différents édifices sont étroites, et de nombreux sachets de sable sont disposés avec les extincteurs, car tout est en bois ; dans une chambre un four est sous le lit pour chauffer et cuire. Notre amie Dany n’en mène pas large avec son vertige. De 1400 ans d’âge, ce temple renferme des éléments bouddhistes, taoïstes et confucéens.
En bas après un barrage, au débouché d’une conduite, un homme immergé ramasse à la main les poissons étourdis par leur chute et lance sa pêche sur la rive.
Repas sur place, les Chinois laissent des plats presque complets, sans soucis du gaspillage. Nous reprenons la route, croisant une caravane de camions surchargés de charbon occupant toute la route sur une ou deux files. Dans la montagne la conduite est redoutable : on double dans les virages et il arrive que celui qui se trouve nez à nez ne puisse se rabattre car personne ne lui en laisse la possibilité. Nous montons jusqu’à 3000 m au pic Yedou dans la brume : ce sont des alpages avec des moutons, des vaches, la flore est variée.
Monastères du Wutaishan. Plusieurs temples sont imbriqués, et nous voyons une grande variété de moines habillés de couleurs différentes. Les touristes et les fidèles sont très nombreux. Plusieurs fois, on nous demande de poser pour des photos ; nous ne nous privons pas de nous photographier mutuellement. Dans les W.C. pour femmes l’odeur est indescriptible : au-dessus de la fosse s’échappent des tourbillons de mouches.L’ensemble des temples est très coloré, les marches sont nombreuses, heureusement nous les abordons à la descente. Un bâtiment en bronze doré nous éblouit… une véritable cité religieuse. L’hôtel Flowers à l’extérieur de la ville est tout neuf. Nous mangeons dans un salon particulier de justesse, car le restaurant a été retenu pour l’anniversaire d’un monsieur de 80 ans, où les discours sont nombreux devant une grande assemblée. De la chambre nous entendons leurs chants.

mardi 15 mars 2011

Laid, pauvre et malade. De Crécy/ Chomet.

Tome deux de la série "Léon La Came", le titre accrocheur ne déçoit pas.
Le récit baignant dans des couleurs crépusculaires mène au désespoir avec habileté et force en jouant sur les registres de la caricature, du fantastique pour une approche très politique de la marchandisation de notre société jusqu’à des contrées proches d’ Aubenas.
Le héros quelque peu naïf, au départ montreur de marionnettes, va essayer de suivre les préceptes du Manuel du Savoir-Winner : ne dormir que quelques heures, ne pas lésiner sur les pots de vin, mais saura-t-il « tirer parti de ses échecs pour pouvoir repartir du bon pied » une fois qu’il aura chuté ?
La remise au goût du jour de la légende de la bête à "deux groulx" qui fit peur aux populations fait gagner les élections et un parc d’attraction va s’ériger, les produits dérivés du cochon hideux se multiplier. Toute ressemblance… rend la fable noire tout à fait intéressante.

lundi 14 mars 2011

True grit. Ethan Coen et Joël Coen.

Si ce n’avaient été les Coen à la manœuvre, je ne serais pas allé voir ce western de chez west ; à la sortie c’est le plaisir du cinéma éternel des grands espaces photogéniques où pétaradent des archétypes rassurants. Pour ma part je n’ai pas décelé la distance habituelle des réalisateurs avec le genre fondateur d’une Amérique qui tient tellement à ses guns. Le titre signifie « avoir du cran » même si « a grit » est un caillou dans la chaussure.
Quête initiatique comme d’hab’ avec trois personnages tellement différents, condamnés à se supporter, à se compléter, à se sauver.
La jeune fille au chapeau charmant genre « l’Amant » a la langue bien pendue et mène ses machos par le bout du nez, et ce n’est pas conventionnel. Mais peut être que Sarah Palin a aimé.

dimanche 6 mars 2011

Sur la route. Antoine Rigot.

Ce n’est pas « Sur la route » de Kerouac, ni « La route » de McCarthy, ce serait plutôt « Sur le fil » mais un de leur spectacle précédent était « Le fil sous la neige ».
Un acrobate a été victime d’un grave accident ; désormais infirme, il rassemble ses jambes avec ses bras, se remet debout, amorce un premier pas vacillant.
Les spectateurs, assis autour d’un triangle parcouru de barres et de câbles, prennent la mesure de l’exploit d’avancer une jambe après l’autre.
Une jeune femme funambule, Sanja Kosonen, viendra depuis des fils suspendus, le relever quand il tombe, le soutenir jusqu’à ce qu’il grimpe au dessus du sol. Il l’aura lui aussi portée, il aura servi de pont, de protection, d’aide, pour des cabrioles spectaculaires ou des figures inédites sur ces fils de fer qui paraissent si blessants et qui peuvent servir à rebondir pour de furtives envolées.
Cette histoire d’amour est suffisamment forte, élémentaire, qu’il n’était pas forcément utile d’en appeler dans le programme à Antigone, figure de la résistante, ou à Œdipe qui certes a été entravé, mais furent surtout connus pour d’autres représentations.
Un spectacle intense, tendu, délicat et puissant, qui nous rappelle à nos corps, à la volonté nécessaire pour se reconstruire.
………………….
Pendant une petite semaine, il n’y aura pas de nouvelle publication sur ce blog.

samedi 5 mars 2011

SARKOZY, "Petit homme public", en chanson, version 1 (Florent Nouvel)

Nicolas Bouvier dans « Le matricule des anges ».

Dans le mensuel consacré à la littérature contemporaine, sans publicité, l’écrivain voyageur connu surtout pour être l’auteur de « L’usage du monde » occupe la une et une dizaine de pages de la revue. Son livre culte, récit illustré de dessins d’un voyage de la Yougoslavie à l’Afghanistan est une invitation à comprendre, à s’émerveiller.
« On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »
Bloqué par la neige à Tabriz en Iran, il écrit pendant des mois, mais l’enveloppe contenant ses feuillets finit à la décharge, il ne retrouvera qu’une phrase amputée:
« neige de novembre qui clôt les bouches et qui nous endort ».
Depuis mon écran, je vois dans ce dévoilement de la fabrique de l’écriture, une image magnifique et le bonheur des couleurs qu’il a depuis rapporté nous ravit.
En Grèce il distingue : « un bleu marin, d’une intense gaité, qui agit sur les nerfs comme de la caféine ».
Sa correspondance est moins solaire mais les commentaires concernant un séjour à Ceylan où il frôle la folie donnent envie d’aller plus loin avec lui.
Dans ce numéro de décembre, Philippe Muray, tellement branché depuis qu’il a disparu, lui qui avait la mode en élégante horreur écrivait : « personne n’est davantage anti-touriste qu’un touriste ». Bouvier, lui, le Suisse, « greffier de l’existence » porte à la « polyphonie du monde une attention fébrile », et va au delà

vendredi 4 mars 2011

Logement. Un débat.

Les affiches « non au bétonnage » ont été recouvertes mais elles ont eu le mérite de secouer quelques politiques assoupis.
Les réseaux se sont un peu agités, un responsable socialiste a pu réagir, certains militants écologistes développer leur réflexion.
J’avais proposé de publier quelques mots du premier mais il n’a pas souhaité apparaître sur ce blog, ainsi persisteront seulement dans les rétines de la plupart les mots sommaires des affiches en question, même si vis-à-vis de certains publics, il a pu évoquer la densification ou des immeubles plus hauts. Mais il n’est pas le seul à préférer l'approbation de ses amis ou leur silence.
Pour avoir fait parvenir des éléments de débat qui pouvaient interpeler « ceux qui s’intéressent à la vie de la commune », je suis passé aux yeux de certains pour un provocateur, un manipulateur, un amateur.
Et pourtant je persiste à croire que les débats les plus riches se déroulent parmi ceux avec lesquels nous sommes en désaccord. On peut alors apprendre, se fortifier, convaincre.
Par contre aucun sectarisme du côté d’un militant écologiste dont j’ai aimé la contradiction dans nos courriers croisés concernant « le dogme de la densification qui sauverait du mitage » dont je suis un adepte.
Il pose par ailleurs des questions essentielles sur les lieux pertinents de décisions assurant une cohérence des aménagements.
Il trouvera j’espère l’espace pour développer ses remarques.
J’extrais quelques lignes où il invite à l’inventivité :
« il faut que nous soyons plus inventifs sur la problématique du logement et nous ne devons pas rechercher que la solution du construire plus sur des espaces pas "encore consommés" en ces périodes de décohabition où sur notre commune les appartements font en moyenne 4 ou 5 pièces alors qu'un ménage moyen est composé de 2,3 individus. Encourageons d'avantage la cohabitation intergénérationnelle et aussi entre séniors, imposons aux promoteurs la construction de logements de plus petites tailles pour attirer des jeunes. Cherchons aussi à construire peut être un peu plus haut à l'emplacement par exemple de tous les commerces en RDC le long de la route de Lyon tout en veillant à la qualité des constructions futures. »