vendredi 9 septembre 2016

Na !

Bien de ceux qui apparaissent aux écrans ne semblent pas avoir pris  de vacances, ni tari leurs propos dignes de ceux qui se tiendraient, dit-on, dans les cours de récréations.
Cameron chantonne avant d’annoncer sa démission: tellement cool !
Quand Vals parle de Liberté en évoquant Marianne : tempête sur les réseaux !
Il ne peut prononcer le moindre mot.
Pour avoir moi-même un jour dépassé la limite de mes compétences, j’en vois trop qui butent au seuil du principe de Peters : Vals était un bon ministre de l’intérieur, mais trop clivant pour être le premier, Ségolène Royal faisait habilement valoir sa région, et Mélenchon en secrétaire d’état à la formation professionnelle n’avait alors pas besoin d’en faire trop…
Au moment  où « Les Guignols de l’Info » perdent leur magister, le débat public tourne à des bastonnades de castelet.
Ces comédies n’arrivent pas à nous distraire de toutes les tragédies niçoises, turques, kurdes…  sociales, économiques, écologiques, morales.
Alors le son monte, les rires enregistrés haussent le ton, à l’instar des opposants à la loi travail se radicalisant, niant leur échec à mobiliser d’autres travailleurs que ceux qui sont protégés.
La recension de quelques paradoxes proches de l’absurde devrait calmer quelques donneurs de leçons, elle me tiendra lieu de pense-bête.
Interdire le burkini, les multiplie : na !
Il ne faut pas en parler, mais tout le monde en parle.
Le MEDEF avait promis un million d’emplois l’an dernier :
cette année Gattaz  en annonce deux millions.
Les cours de calligraphie se multiplient car nous écrivons de moins en moins.
Les pédagogues qui ont abandonné les classes estiment que l’école française soumet les élèves, pourtant j’entends que bien des ados considèrent les profs comme des larbins et se montrent plutôt arrogants. En tous cas le mépris envers les profs est répandu, la dérision naturelle face à une institution invitée désormais à faire gazouiller les classes en îlots préparant des ilotes. L’école n’ose plus émettre, ni prôner l’étude. Le mot est en voie de disparition. Il n’y a plus d’ « études surveillées ».
Les taches éducatives côté famille ne semblent guère plus enviables. J’ai été surpris, sur le réseaux dits sociaux, de la vogue de l’expression : « délivrée, libérée » pour dire le soulagement des parents au moment de la réouverture des  écoles considérées comme  des « garderies » qui font pourtant preuve d’imagination en recevant les élèves avec des écharpes de reines de beauté où sont mentionnés : « Miss C.P., Miss CE2/CM1 » (Ecole publique Paul Langevin, à Fontaine, lui qui disait : « Plus je m'instruis, plus je me sens communiste. »)
Le PC est moribond et Rocard a disparu.
Il avait incarné nos rêves bavards de 68, puis adultes devenus, il nous a assagi et a réalisé de nombreuses réformes pragmatiques et innovantes. Courageux, inventif, travailleur, parlant tellement « vrai », que ce trait souligné, doit être finalement assez exceptionnel comme l’honnêteté.   
Retraité, l’irréductible, a continué à délivrer quelques fulgurances vite effacées dans cet air du temps rétif à toute phrase qui ajouterait une subordonnée aux sempiternels sujet-verbe-complément au delà desquels les sarcasmes pleuvent.
Il a fait si beau cet été : ce n’est pas bon !
…….
Le dessin du Canard que j’ai préféré cette semaine :

jeudi 8 septembre 2016

La demeure du chaos.

Ce musée original situé au nord de Lyon à Saint Romain au Mont d’Or est ouvert au public le samedi et le dimanche après midi.
Depuis une quinzaine d’années, le propriétaire du lieu avait fait parler de lui pour ses ennuis avec la municipalité qui ne voyait pas d’un bon œil, à l’orée du village aux pierres dorées, ces noirs bâtiments déstructurés parmi lesquels émergent des crânes gigantesques au milieu de sculptures rouillées.
J’aime la rouille, les « vanités » qui rappellent notre mortelle condition, et les démarches artistiques novatrices, mais comme nous en étions en plein dans la polémique sur la fresque de « Marianne et les policiers » à Grenoble, ce n’est pas qu’en consommateur d’art contemporain, amateur de nouveauté, que j’ai déambulé parmi les 5400 œuvres proposées.
J’avais participé sur Facebook à la polémique contre les partisans de la liberté d’expression et les allergiques à l’état policier (mais pas à ses subventions). Ce bombage dont le thème constitue l’ordinaire des publications sur Internet et dans des publications militantes s’imposait à tous, la semaine où deux policiers étaient assassinés.
La posture victimaire du propriétaire Thierry Hermann, chef d’entreprise qui gagne sa vie sur le web m’a parue surjouée, alors que son implantation dans les monts du Lyonnais est vraiment ostensible. La liberté de création, tellement sollicitée, s’épuise dans tant de provocations datées, à Grenoble et ici.
Faut-il tellement douter de son bon droit pour écrire en lettres énormes sur un toit :
« Non aux réacs » ? pour se sentir tellement révolutionnaire.
Beaucoup d’objets installés sont  surdimensionnés suivant le procédé adopté par certains artistes actuels. Les nombreux portraits légendaires de Platon à Obama sont « délégendés » quand les références vont du facteur Cheval à  Dada dans un boulguiboulga ésotérique bavard où souffle entre autres « l’esprit de la salamandre ».
Parmi les 99 totems en acier découpés au laser rien qu’à la lettre « A » il faut voir :
« Abraxas, alchimie, algorithme, allégorie, annonciation, apologue, apparition, arcane, art royal, attribut, avènement …»
Par ailleurs 99 « sentinelles alchimiques », dont la base forme un triangle équilatéral, concourent dans la catégorie des plus grandes installations statuaires d’Europe.
Des containers créent-ils selon l’intention de l’auteur : « une présence évanescente et subtile… où la panne du système équivaut à une soudaine illumination »
Un bunker au centre de ce capharnaüm pourrait rassurer ceux qui seraient pris de court par l’apocalypse imminente, à moins qu’elle ne soit déjà bien avancée.
L’underground tape à l’œil.
Alors qu’un livret gratuit de 146 pages est à la disposition des visiteurs, il me semble qu’un dispositif plus pédagogique, moins répétitif, moins fouillis, mais nous sommes bien dans « le chaos », permettrait de mieux apprécier certaines propositions.
Vaut cependant le détour, forcément quand un tel tumulte est placé sous le patronage de l’auteur du « musée imaginaire » André Malraux dont je viens de découvrir cette phrase :
«Il n’est qu’un acte sur lequel ne prévale ni la négligence des constellations ni le murmure éternel des fleuves: c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort.»
Discours pour sauver les monuments de Haute-Égypte.

mercredi 7 septembre 2016

Equateur J 1. Lyon/Quito. Traversée.

Nos comparses arrivent à 3 heures tapantes à Saint Egrève, nous embarquent direction P5 à Saint Exupéry où en guides prévoyants, ils avaient réservé par Internet. La barrière s’ouvre automatiquement à la lecture de la plaque d’immatriculation.
L’enregistrement ne commence pas à l’heure indiquée, nous patientons et passons les premiers à 5 h 10. Il y a encore 2 h d’attente avant d’embarquer dans le premier des avions de la Lufthansa qui nous permettra d’atteindre Quito. Le temps de déguster une « chocolatine » ( pain au chocolat) à « La brioche dorée » et de lire en profitant du lever du soleil . Un groupe de jeunes catholiques enjoués, munis d’étuis de violons ou de guitares, « tapent le carton » en attendant leur avion pour Cracovie, comme indiqué sur leurs T-shirts « JMJ 2016 ».
Nous survolons champs et forêts nimbés d’une légère brume. Les hôtesses nous offrent un biscuit de Savoie accompagné d’une boisson. JJ et moi avons même le temps de piquer un petit somme avant d’atterrir à Frankfurt. Là nous avons à nouveau 3 h d’attente ce qui nous laisse amplement le temps de traverser l’immense aéroport jusqu’à la porte affichée où nous nous installons, guettant notre compagne parisienne, inquiète de cette escale qu’elle juge courte.
Mais aucun problème, nous nous retrouvons à temps, nous embarquons dans un Airbus 340 par une navette dont le trajet sur le tarmac nous surprend par sa longueur.
Nous n’avons plus qu’à attendre 11 h et des poussières pour traverser l’Atlantique, devant un bon choix de films: Zootopia, Back Home avec bien sûr Isabelle Huppert (2015 de Joachim Trier), Ave César des frères Cohen…
Escale à Panama City, qui apparaît comme une maquette, nous visitons l‘aéroport et un duty free peu intéressant au niveau prix. Environ 2 h plus tard,  nous prenons un Airbus plus petit de la compagnie « Copa Airlines » pour un dernier trajet d’environ 2 h. Nous sommes levés depuis plus de 24h.
Les formalités dans le nouvel aéroport de Quito tout neuf sont rapides et efficaces, les bagages vite récupérés et scannés à nouveau. Il est 21 h passées. A la sortie un petit monsieur en costard rayé trop grand, cheveux à l’arrière et fine moustache noire, brandit un écriteau à notre intention.
Il s’appelle Edgar et sera notre guide francophone pour ce voyage. Une heure de route sépare l’aéroport de la ville, pendant laquelle il nous livre une foule de renseignements sur le pays. Entre autres : la participation massive des chinois qui endette le pays, le manque de fréquentation touristique à cause des tremblements de terre dans le Nord Ouest et toute une série d’expressions françaises comme « les français sont des chauds lapins »,  et quelques blagues gentiment lestes… le pauvre n’obtient pas de nous beaucoup de répondant, nos paupières sont lourdes. Nous apercevons cependant une route qui monte vers une « montagne » éclairée par les maisons.
Nous tournons un moment dans un quartier neuf au nord de Quito, le chauffeur et le guide ont confondu Hôtel Ambassador et Hôtel Ambassady, ils doivent demander leur chemin. Nous ne traînons pas en formalités pour gagner nos lits, il est plus de 4 h 30, heure française, 23h 30 heure locale. 

Merci à Béa pour la photo de bord de mer, à Jean pour le mannequin et la vue de Panama, à Eric pour celle de Quito.

mardi 6 septembre 2016

Expressions de par chez nous.

Exploitant le riche lexique dauphinois de ce site http://www.electriccafe.org/dauphinois/
j’ai relevé quelques expressions dont l'usage n’est pas forcément familier au-delà de Chabons ou de Moissieu sur Dolon.
D’abord, à tout seigneur, tout honneur :
un « ministre », je ne savais pas qu’il désignait un bouc pour une histoire digne de Fafois
La Marie avait acheté un ministre pour saillir les chèvres des voisins
- Tu n'as pas de place pour lui, dit un mauvais plaisant.
- Eh bien, je le mettrai dans ma chambre.
- Tu y penses pas, ça sent tellement mauvais.
- Oh, ça fait rien, faudra ben qu'il s'habitue !...
Et voici une compilation de ces expressions dont le sel s’est perdu parfois.
« Il ne veut pas que ce soit le dit.
Le Jacques vend son pré, ça va pas chercher loin.
Ç'aurait été un bon joueur s'il avait arrêté de faire le Jacques.
J'ai eu une chance à la belote, c'est affreux !
Depuis qu'il est à l'hospice, il va pas en prenant.
Pendant qu'on est après, on va finir.
Ce vieil arbre est si dur que je peux pas l'avoir avec la scie : il faudrait un passe-partout.
Je t'en baillerais, moi, de tripper le jardin !
Quand j'étais minot, j'allais en champs les vaches.
Je l'avais jamais vu colère comme ça !
Ces taches de cambouis sont bien parties. Maintenant, c'est plus de connaître.
Ça y est, il fait beau, il a dépaillé les cardons !
Quand je suis arrivé, le Dédé rentrait son foin... Je lui ai donné la main à finir.
Des fois qu'ils auraient oublié ?
Ça fait six mois qu'il fréquente la Dédée, ils vont sûrement se marier bientôt !
Depuis qu'il a trouvé cette bande de copains, le François rentre toujours à point d'heure !
Il est mais puis saoûl : il recommence à boire
Avec cette sècheresse, il y a peu de champignons : on va quand même tâcher moyen de trouver quelques trompettes pour faire une omelette.
On va prendre du souci, je voudrais pas rentrer de nuit. »

lundi 5 septembre 2016

L’économie du couple. Joachim Lafosse.

La tension monte dans un couple en fin de course avec deux jumelles au milieu. Ce film juste d’un jeune réalisateur laisse le spectateur former son opinion, voire choisir son camp avec une fraîcheur bienvenue à propos d’un sujet souvent traité.
La forme elliptique quant aux conditions antérieures à cet épisode nous permet de ne pas nous attarder  sur le souvenir des blessures occasionnées par quelques petitesses mais ouvre aux contradictions. Les acteurs sont excellents. La sentence de Marthe Keller, la belle mère, m’a semblé frappée au coin du bon sens, qui est ce qui manque le plus à tous les protagonistes dans ces circonstances :
«  Aujourd’hui, on ne répare plus ; on jette, les chaussettes… » 
Au-delà du symptôme des différends financiers, c’est de la condition des hommes et des femmes dont il s’agit dans toute leur déraison tellement humaine. Les petites peuvent recueillir quelques bénéfices secondaires dans les relâchements des adultes trop préoccupés par leurs querelles. Mais, depuis les hauteurs où règnent ces enfants, elles peuvent hériter de quelques traumatismes bien cognés. En particulier quand on leur demande de choisir à la place des grands quand ceux-ci ne tiennent pas leur place.

dimanche 4 septembre 2016

« Au bonheur des mômes ». 2016.

Avec ma vieille baroudeuse de cinq ans d’âge qui en est à son troisième festival de spectacles jeune public au Grand Bornand  http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/09/au-bonheur-des-momes-2015-le-grand.html en sa 25 ième édition, nous avons bien profité de trois jours enchantés, juste avant la rentrée des classes.
Mardi matin, nous avons vu «  Mercredi » en l’honneur du jour où l’imagination peut se déployer, ronds et carrés dialoguer en toute simplicité, en toute poésie.
Avec la question : «  C’est quoi la vie ? » posée devant des enfants, le pire était à craindre dans la prétention, alors à la sortie le plaisir est encore plus vif, car la compagnie Jo Coop dans « Le petit Phil rouge » aborde la complexité sans pontifier, ni blaguer. Les références à la chèvre de M. Seguin, au Chaperon Rouge ou à d’autres sont habiles, sans mièvrerie. Une belle approche en musique, des vertus du théâtre et de la peinture. Quand on ne prend pas les enfants pour des cruches, ils peuvent grandir.
« The impossible concert » est proposé par un ténor hollandais Stenzel et un pianiste Kivits  qui s’appliquent dans un français laborieux à justifier le titre de la représentation, à partir d’un répertoire classique, bien loin des goûts de la plupart des spectateurs. Mais par leur drôlerie, leur virtuosité, les deux complices ont gagné l’enthousiasme du public de la grande salle du Solaret.
«  Graffiti/confetti » traite aussi des rencontres qui permettent de se construire, en jouant subtilement des musiques et d’un jeu élémentaire de marionnettes.
Dans l’obscurité, s’apprend l’attente. L'ombre contraste avec l’éclatant et solaire « Zenfantillages » dont nous n’avons pas eu le temps en une heure de goûter à toutes les propositions, bien qu’avec ma veste de zèbre « j’ai donné du mien », gagné un ballon debout sur les pédales, voire participé à un flash dance et accompagné Gorgona la pieuvre tricotée dans ses augures. Dans  cet univers du cirque, les acteurs des « Accros de ma rue » sympathiques et généreux font du bien.
« La visite contée » dans la maison du patrimoine, associe une approche des rudes conditions de vie des paysans de Haute Savoie et la fantaisie des histoires de jadis.
C’est une des qualités de ce festival  d’être aussi ancré dans son terroir, tout en recevant 86 compagnies venant de partout .
Installé bientôt comme un rite, au bout d’une montée en téléphérique, nous avons terminé par «  Carnaval di transfiguro » où sans parole une marionnettiste joue de tout son corps pour nous conter sans paroles de drôles de petites histoires.

samedi 3 septembre 2016

XXI. Eté 2016.

Toujours aussi riche le trimestriel paru cet été qui en cet automne ne sera pas obsolète.
Une BD  de Saco http://blog-de-guy.blogspot.fr/2012/05/gaza-1956-en-marge-de-lhistoire-joe.html qui présente les dilemmes venant de l’exploitation des terres fracturées des premières nations canadiennes n’est pas l’affaire du jour, bien que l’incendie de Fort Mc Murray ait déjà coûté 9 milliards. Souvent dans cette revue le projecteur portant sur un problème paraissant loin des préoccupations de l’heure peut se révéler précurseur, ce qui n’empêche pas de recueillir quelques phrases de Justin Trudeau star de 2016, ou de traiter de la fatigue des policiers.
La diversité est la marque comme d'habitude de ces 210 pages où le dossier concernant les nouveaux aventuriers met aussi bien valeur un jeune homme parti sur son bateau en jute depuis le Bengladesh jusqu’au salon nautique de Paris avec deux poules, qu’un groupe d'« expats » à Hong Kong ou des  africains venus jouer au football au Népal.
Le récit en photos au pied des centrales atomiques de France précède la mise en valeur du travail de religieux italiens en Centre Afrique et la relation d’un voyage à Saint Hélène avec un expert en art désireux de situer le tableau qu’il possède de Napoléon sur son lit de mort.
Nous suivons une avocate débordée de travail en Tunisie et un iconoclaste homme d’affaire tanzanien. Le successeur de Lévi-Strauss au collège de France, Philippe Descola  a le temps de déployer ses réflexions nées de sa vie parmi les Amérindiens :
«  Quand on a vécu avec très peu de choses, revenir dans un monde où il y a une telle abondance est insupportable. Le fétichisme de la marchandise vous saute aux yeux. »
En Ukraine des papys shérifs essayent de panser les plaies d’une communauté en souffrance, alors que la rencontre du patron de la prison d’Abidjan, un détenu, est proprement ahurissante.

vendredi 2 septembre 2016

Le Postillon. Eté 2016.

Le bimestriel s’est mis à créer lui-même l’évènement avec un « vernissage judiciaire » à l’occasion de la plainte à leur encontre du président de la Métro, Christophe Ferrrari, mais les occasions de s’indigner, de préciser, d’ironiser, ne manquaient pas en ce mois de juin.
Si leur approbation du retrait de la ville de Grenoble du financement de la ligne de chemin de fer Lyon/Turin permettant de réduire le trafic des camions est sommaire,
le reportage dans le Trièves concernant l’implantation d’éoliennes donne à réfléchir en exposant divers points de vue sous un habillage littéraire garni de citations de Giono.
Le courageux témoignage d’un intérimaire travaillant sur la plateforme chimique de Jarrie est tout à fait  inquiétant venant à la suite de celui d’un riverain pas dupe des enfumages administratifs:
" ils ont mis sept années pour définir hypocritement d'hypothétiques trajectoires de nuages toxiques et donc d'hypothétiques impacts de dangers"
L’affaire Ripert, l’avocat interné en psychiatrie, révélant la personnalité d’un procureur cherchant le conflit avec un barreau grenoblois peu docile, la fermeture de trois bibliothèques, la tribune de Pommerat dans Libé concernant le désastre culturel qui s’amorce avec détermination et aveuglement à Gre, les effets du changement de politique à la région concernant le Parc de Chartreuse, sont vivement traités, comme certaines violences policières.
Mais là où le journal qui gratte est indispensable c’est lorsqu’il souligne les ravages de la communication.
 Après les paroles de Piolle concernant la culture :
« Si ça frotte, c’est peut être qu’on est au bon endroit »,
les exemples qui piquent se multiplient :
du Ciel au Tricycle en passant par le Street art business,
et se poursuivent avec la rencontre d’un acteur impliqué mais méprisé du quartier Teisseire.
Un  jeu à découper de 154 mots est proposé pour composer des discours à la mode EELV/Fongicide de Gauche qui s’estiment dans un courrier interne pour essayer de s’en persuader: 
« les bonnes personnes au bon endroit au bon moment. »
Ils feraient bien de prendre leurs ciseaux participatifs et leur colle à co-construire afin de revoir  
«  leur logiciel pour tous des assises viables » et proposer « une batucada soutenable pour désenclaver les fleurs » ou « une fabrique à 360° des mobilités du XXI° siècle ». 
« La cité n’est-elle pas apaisée ? » se demanderait Marianne chancelante sous les coups des policiers (voir fresque)
Leur page une sur les 21 proposées cette fois pour 3€, est consacrée au fan club de Carignon avec reportage en immersion qui en révèle toute l’insignifiance, à la façon dont ils avaient infiltré le FN à Echirolles. Mais cela relève plus de l’ordre d’une légèreté bienvenue comme ces portraits de barbiers ou toiletteuse de chiens et chats réunis qui tombent pile poil.

jeudi 1 septembre 2016

Paris, août 2016.

« Revoir Paris
Un petit séjour d'un mois
Revoir Paris
Et me retrouver chez moi
Seul sous la pluie
Parmi la foule des grands boulevards
Quelle joie inouïe »
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/12/paris-au-mois-daout-2015.html
Trenet trotte dans la tête même quand cinq jours passent vite et qu’il fait grand soleil :
la ville des amoureux est plus que jamais un cadeau malgré tant de légèreté perdue.
Si les rues nous ont parues encore moins animées que ce que nous recherchions habituellement autour du 15 août, la magie de la ville lumière veut persister pour le provincial qui trouve sous chaque plaque de rue, des histoires et de la gratitude.
Comme lors de nos brocantes où nous revenions inévitablement avec quelques objets africains, parmi les lieux que nous privilégions, figure le musée Dapper où sont présentés des reliquaires, des masques expressifs, des bijoux raffinés, qui constituent une révision bienvenue parmi ces objets  parfois aperçus trop rapidement. Prolongations jusqu’au 17 juin 2017.
Il faut bien une journée entière pour apprécier ne serait ce que les installations temporaires du musée du quai Branly. Celle qui est consacrée aux représentations de l’homme blanc dans l’art africain est relativement sommaire, par contre l’exposition « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures », jusqu’au 9 octobre 2016  à l’occasion des 10 ans du musée qui porte désormais son nom, est passionnante.
Les objets de tous les continents accompagnent une biographie de celui dont je regrette de moins en moins d’avoir voté pour lui. Les façons de présenter les civilisations du monde entier sont mises en perspective, depuis les Achantis au Jardin d’acclimatation jusqu’au musée consacré à l’immigration de la Porte Dorée en passant par le musée Guimet et le musée des arts africains et océaniens, l’institut du monde arabe…
« En ces temps de violence, d’arrogance, d’intolérance et de fanatisme, le musée du quai Branly sera une nouvelle manifestation de la foi de la France dans les vertus de la diversité et du dialogue des cultures. » Jacques Chirac
« Persona » approche jusqu’au 13 novembre, dans le même lieu, l’intelligence artificielle, le transhumanisme, mais marionnettes, automates et robots pourtant « étrangement humains », ne sont pas arrivés à me faire passer au dessus de ma perplexité.
Au musée des arts décoratifs « De la caricature à l’affiche 1850-1918 » est un sujet pointu mais en résonance avec les bigoteries d’aujourd’hui et nos lâchetés.
A la Halle Saint Pierre, comme d’habitude, dans la profusion d’ œuvres hors du commun, de quoi faire provision d’émotions. Il s’agissait  d’un des derniers jours de « L’esprit singulier », fonds de l’abbaye d’Auterive en Haute Marne... pas notre Hauterives dont le facteur cheval est le roi, mais animé de la même fantaisie poétique, intense et bouleversante. Je regrette de n’avoir retenu que les noms de Chessac ou Rebeyrolle parce que je les connaissais, mais il faudra que je me souvienne de la force de Rustin ou de Sevellec aux maquettes de rêve.
Au Centre Pompidou : hommage à la Jacqueline Picasso celle  qui « avait le don de devenir peinture », un peu court, même si pour quelques toiles Picasso vaut toujours le détour. 
Pour mieux nous consacrer à l’ « Art pauvre » ( arte povera) nous avions fait l’impasse sur « La Beat génération » et passé en coup de vent devant les sièges design de Paulin, mais peu de surprises. 
Au musée d’art moderne de la ville de Paris, Marquet, « peintre du temps suspendu » méritait bien d’être mis en valeur.
Et en ce lieu, encore une belle découverte : celle de Paula Moderson Becker et ses enfants tristes, son autoportrait nu, annonçant les expressionnistes. Elle avait reçu le label « art dégénéré » décerné par les nazis. Elle est morte à 31 ans.
« Le grand orchestre des animaux » à la fondation Cartier s’avère plus technique qu’artistique et la chronique du plancton m’a laissé assez indifférent même si je suis reconnaissant aux photogéniques cyanobactéries filamenteuses d’être à l’origine de la photosynthèse. 
Au 59 rue de Rivoli  sont installés une trentaine d’artistes, dont certains enveloppant leur travail de trop de discours gagneraient à se monter plus modestes, alors que d’autres mériteraient plus de notoriété.
Le magasin Légo sous la "canopée" des Halles c’était pas mal du tout.

mercredi 31 août 2016

Pourquoi l’Equateur ?

Avec nos compagnons de voyage qui avaient déjà parcouru Bolivie, Pérou et autre Colombie, nous nous sommes mis d’accord pour aller en Equateur ; les destinations les plus courues en Amérique latine, telles que le Chili ou l’Argentine se trouvant actuellement en hiver et pour le Brésil sous influence des J.O.
Ce pays, que je ne connaissais pas, présente un catalogue alléchant, mariant nature et cultures : volcans, baleines, et Amazonie.
J’ai bien aperçu les traces du visage du Che sur les murs de là bas, lui, dont j’imitais le poster il y a près d’un demi siècle, mais touriste devenu, aucun « foco* » à rallumer.
Pour ce pays par définition au milieu du monde, j’en étais au niveau regretté par un de nos éminents guides, à ignorer que le président Correa était venu récemment en France. La maigre notoriété de l’Equateur tenant essentiellement à son ambassade à Londres qui héberge depuis 2012 Julian Assange le fondateur de WikiLeaks, modèle de tous les « lanceurs d’alerte ».
Le tremblement de terre d’avril 2016 qui fit 650 morts, ayant découragé les touristes, nous  sommes contents de ne pas avoir renoncé, reçus avec égards tout au long de ces trois semaines.
Nous avons rencontré des personnes remarquables, longé des paysages grandioses, abordé des cultures nouvelles, goûté des plats curieux et de déraillement (léger) en pirogue tous feux éteints dans la nuit amazonienne, nous avons diversifié nos moyens de transports et varié nos activités : régressé dans les bains chauds ou dans la boue et plongé aussi dans des discussions profondes face à la sophistication du vivant, la beauté du monde et ses histoires passionnantes.
En une bonne vingtaine d’épisodes, chaque mercredi, nous essaierons de rendre compte de ce voyage tout confort, organisé par Tamera, http://www.tamera.fr, depuis le journal écrit par ma femme.
* Foco : foyer de guérilla révolutionnaire.

mardi 30 août 2016

La menuiserie - Chronique d'une fermeture annoncée. Aurel.

Le dessinateur du « Monde Diplo » et du « Monde » tout court, de « Politis », du « Canard »… met du lavis dans son trait et des ombres dans ses décors.
L’éditorialiste des plus engagés politiquement dans ses croquis fluides et expressifs est confronté ici aux problèmes d’une entreprise qui ne sera pas transformée en SCOP (Société coopérative et participative).
Si cette chronique rappelle Davodeau
la multiplication des points de vue évite les enseignements définitifs.
Il s’agit d’une entreprise familiale appartenant, après quatre générations, au père de l’auteur.
« Je serai celui qui ne reprendra pas la menuiserie »
Portraits chaleureux de toute une lignée d’artisans et de ses collaborateurs sans flonflons nostalgiques, décrivant l’évolution d’un métier et de tout un pays : l’Ardèche autour des Vans.
Ponctuées par les menus de la grand-mère, les mutations en cours mettent en mouvement  toute une série de personnages différents, vivement et tendrement campés, tout au long des 150 pages de ce beau livre.

lundi 29 août 2016

L'âge de glace 5. Les lois de l'univers. Mike Thurmeier, Galen T. Chu.

Une fois encore papa, maman Mammouth et leur fille, tigre à dents de sabre, paresseux, sont poussés à se déplacer pour échapper à la catastrophe imminente déclenchée par Scrat, l’écureuil affolé.
Si celui-ci a les dents pointues c’est qu’il s’agit d’une créature d’avant l’histoire, démiurge dépassé mais indestructible, à la poursuite d’un misérable gland, moteur comique d’une histoire cosmique ou inversement. 
Cette quête dérisoire et décisive fait traverser, à la vitesse de la lumière, ce film à l’animation époustouflante dont il ne restera pas seulement la trace d’un souffle très vif.
Les sentiments amoureux, l’attachement des parents et le détachement nécessaire à leur égard sont évoqués avec humour et tendresse : spectacle familial par excellence, beau, drôle, inventif.
Une belette folle et pertinente, guide tous ces animaux dont chacun aura un rôle à jouer pour se sauver tout en composant avec des ennemis acharnés.
Ces temps préhistoriques sauvages, glacés et légèrement hystériques, sont vraiment d’actualité.

dimanche 26 juin 2016

Le Gorafi.

Tirés du numéro 2 de l’édition papier d’un des phénomènes éditoriaux de ces années dernières, quelques titres, pour patienter jusqu’à début septembre quand ce blog  reprendra son cours :
- Le Vatican admet finalement que les dragons n’ont « peut être »  pas existé.
- Sondage : 89% de hommes pensent que le clitoris est un modèle de Toyota.
- Violences : nouveau règlement de compte à 890 km de Marseille.
- Dieu : «J’aimerais tellement que les gens comprennent que je n’existe pas »
- Manuel Vals jugé meilleur candidat pour battre la gauche en 2017.
- Le racisme officiellement éradiqué en France grâce à des badges et des pétitions.
- Les secours peinent toujours à extraire mémé des orties.
- L’ours bipolaire est désormais une espèce en voie de disparition.
- Dieudonné : « Je travaille pour le Mossad depuis 2003. »
- Les verts n’aborderont pas le thème de l’écologie pour éviter les conflits lors de leur conseil fédéral.
- « Apprendre en s’amusant » ne serait pas amusant pour 80 % des élèves interrogés.
- Il est surpris de ne pas la séduire avec un sifflement, un compliment minable et une série d’insultes.
- Aider un ami à déménager : la crainte n°1 chez les 18-35 ans.
- Des photos de « Closer » montrent François Hollande se rendant secrètement en scooter chez la finance.
- Plusieurs bonnes nouvelles accidentellement publiées dans la presse ce matin.
- Elle obtient un CDI à l’issue de son stage.
Pas si absurde, combien se sont laissés prendre qui ont confondu Gorafi et Figaro.
Bonnes vacances aux fidèles lecteurs.
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Le dessin en tête est de « Marianne » et celui de dessous du « Canard ».



samedi 25 juin 2016

A O Lang Pho. Tuan Le.

Nous avons fini la saison à la MC2 en beauté : la salle était pleine à craquer d’adultes et d’enfants applaudissant à tout rompre.
Pour Madame Bernard (adjointe aux cultures de la municip' alitée de Grenoble ) : c’tait pas élitiste pour deux ronds, bien qu’une telle ampleur avec 16 acrobates et 4 musiciens ne soit sûrement pas donnée, d’autant plus que les artistes ne viennent pas que du Trièves : du cirque du Soleil, du cirque Plume, du Vietnam.
Bien souvent quand on parle de spectacle destiné aux enfants, c’est plutôt condescendant; ici se serait pour louer la clarté de la représentation, et le plaisir que nous prenons à nourrir notre part d’innocence, surtout pour ceux qui ont pu se sentir un peu plus arthritique face aux prouesses des contorsionnistes.
Limpide, cohérent, précis, poétique, drôle, inventif, énergique.
Des bambous forment  prestement des agrès. Des paniers de toutes tailles vont servir à basculer, à se travestir en insectes ou en canards, se muer en barques, en moyen d’escamotage ou en décors superbement éclairé.
Nous passons des images de vie au village à la ville comme dans un rêve aux musiques variées, lorsque les références à la tradition côtoient les clins d’œil aux jeux électroniques, au travail à la chaîne. Les pays du bambou, d’Annam et du Tonkin ont changé. Est-ce toujours « comme là bas » ?
Les couvercles tressés volent, la troupe bat des ailes, les traits des bâtons et la rondeur des paniers participent à une géométrie où tout parait si simple, si doux, si beau.

vendredi 24 juin 2016

Icônes. Anne James Chaton.

Qui n’a pas joué à reconnaître les personnalités évoquées dans cette courte représentation théâtrale à la MC2 ?
Toutes à spoil: Camille Claudel, Mata Hari, Virginia Woolf, La Callas, Jacquie Kennedy, Janis Joplin, Marlene Dietrich, Margareth Thatcher... il en manque une.
« Elles » ne sont pas nommées, pour faire émerger la figure unique d’ « elle », la femme témoin du siècle passé, le sous titre annonçant « une histoire du XX° siècle ». Mais les anecdotes nous les remettant en mémoire vont à l’encontre d’une généralisation, tout en constituant la part la plus attractive de cette « poésie sonore » .
Comme si on ne pouvait appeler un chant : un chant, en évitant de laisser de côté ceux qui ne parlent ni l’anglais ni l’allemand couramment. Et quelques refrains en français sont parfois bien assommants ; lorsque le chanteur Nosfell chante, il est plus convaincant.
Les qualifications des artistes dans les programmes d’accompagnement devraient être plus modestes pour ne pas attirer l’ironie : « actrice performeuse », « poète sonore », « danseur chorégraphe » pour « produire un espace visuel et sonore ». Et le terme « icônes » appelle plus l’émoticône fugace qui pullule sur la toile que l’enluminée à vénérer.
Le sonore poète aligne les phrases sujet / verbe/ complément dans une scansion d’ailleurs pas inintéressante. La longue séquence initiale où la performeuse secoue un grand tissu évoquant la mer est dans le ton habituel des introductions lentes dans bien des spectacles de cette année.
A l’heure où pressés par les restrictions budgétaires, les artistes interpellent les politiques,  il serait peut-être temps, pas seulement par intermittence, que s’éclaircissent les liens avec les spectateurs.
La limpidité du propos ne diminuerait pas l’émotion, car la poésie ne nuit pas à la pédagogie, à condition de ne pas la servir sous des couches de vernis pour initiés.