Désormais en tête de gondole, il avait déjà écrit de
nombreux ouvrages inspirés par des faits divers à l’origine d’un réseau de
fidèles informateurs dont il exploite le zèle amical.
Louise Cansot a été retrouvée morte, étranglée, sur un
trottoir, quai de Javel à Paris en 1949.
L’auteur revient sur une époque où les émigrées bretonnes
arrivaient dans la capitale gare Montparnasse pour devenir souvent servantes ou
prostituées, avec l'avortement comme recours.
« Je ne pourrai
jamais me mettre dans le peau d’une femme, et peut être moins encore d’une
femme de 1949 (c’est idiot, quand on ne peut pas on ne peut pas, il n’y a pas
de plus ou moins qui tienne), mais je peux plaindre du plus profond de moi
celles qui ont connu-et elles sont innombrables- une telle violence physique et
morale, dans des conditions sordides où s’effectuaient ces avortements
amateurs, indispensables pour elles . »
Par ses digressions, ses doutes, son honnêteté, son empathie
avec ses personnages, son humour, l’écrivain
sympathique parvient à nous passionner pour un crime non élucidé datant de l’après
guerre, en se glissant dans le manteau de Maigret dont il connait tous les
romans et en adopte les méthodes, tout en ne négligeant ni Wikipedia ni l’I.A.
« Dans les rapports
de Maigret, il y a surtout des parenthèses, « probablement parce que
je veux trop expliquer, tout expliquer, que rien ne me paraît simple, ni
résolu. » (Mon ami ! Mon frère !))) »
Il abuse de délicieuses parenthèses qu’à priori je n’aime
guère (bien que souvent j'aime divaguer).
Dans cette enquête très précise à propos d’une enquête de
plus de 70 ans, la masse de documents est impressionnante qui excitent sa
minutie raisonnable et ses intuitions.
Lorsqu’il peut écrire « Lise marche vers son assassin »
il a développé habilement un corpus très documenté où la victimologie apparaît
comme une catégorie de la criminologie, nous amenant à enrichir la notion de
responsabilité qui a de quoi nous obséder en ce moment.
Au cours de ces 500 pages, la légèreté renforce la gravité
dans un univers artistique vu du côté des modèles où l’incognito croise la
notoriété, le labeur côtoie l’oisiveté, la misère voisine avec la richesse, le
passé interroge le présent.
« Aux États-Unis,
le passé est effacé par le présent, ce qui est nouveau, ce qui se passe
maintenant, a de l’importance, ce qui est ancien n’en a pas. Alors qu’en
Europe, le passé domine le présent. Les vielles pierres, partout, donnent de
l’assurance, un sentiment de sécurité, l’impression que la vie est quelque
chose de difficile, qui dure très longtemps. »
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