Le titre, excessif, m’a attiré et j’ai remis les pieds dans
les locaux de l’éducation nationale avec délices en suivant le récit
d’apprentissage d’un jeune prof de français en banlieue parisienne par la grâce d’une écriture vibrante, exaltée,
excitante.
« … la vie d'un
prof se raconte de manière contradictoire: rien n'est plus ambigu, plus
chatoyant, plus triste, plus allègre, plus intéressant, plus dérisoire et
finalement plus décisif que la vie quotidienne d'un prof. »
Il sait le caractère plombant du terme
« transmission » chargé d’ « insignifiance vertueuse »
alors que ce lien entre générations le maintient intensément dans une existence
où la poésie se partage.
« Je me vois « descendre dans mon jardin
», comme on dit dans le Cantique des cantiques; et la lumière qui traverse ces
milliers de journées vécues dans les collèges a beau avoir terni, elle a beau
s'être perdue plus d'une fois dans l'ennui et la détresse, et s'être noyée à la
longue dans une forme de désespoir, elle a toujours continué à briller, fût-ce
d'une manière inexplicable, comme une pointe d'allumette qui fait naître de
timides éclats dans les ténèbres. »
La chronique d’un quotidien avec ses joies et ses
déconvenues ne se complait pas dans le désespérant « pas de vague » avec
quelques séquences pédagogiques réussies qui témoignent d’une pratique éprouvée
sans altérer de romanesques péripéties.
« Je leur ai
demandé, comme d'habitude, de choisir un détail qui leur semblait décisif. Les
détails sont les étincelles du texte, ai-je dit : sans détails, non seulement
la littérature n'a pas d'intérêt, mais le monde non plus n'existe pas. Quand on
raconte quelque chose à quelqu'un, ce qu'il aime, ce qu'il trouve le plus
vivant, ce sont les détails. Sans détails, pas d'histoire. Sans détail, pas de
vie. »
Le souvenir des assassinats des profs Paty et Bertrand se
projette sur ce récit de 300 pages se déroulant dans les années 90, dont
l’ombre assombrit encore le constat d’un état dépressif de l’Ecole, quand nous
voudrions ne jamais avoir rencontré ceux qui chassent les lumières.
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