jeudi 12 février 2026

Anvers # 3.

Nous ne faisons que passer devant l’église Saint Paul en réfection et donc fermée que notre livre, vantait  pour son calvaire dans son jardin intérieur.
Déçus, nous nous déplaçons au n°11 de la Stoelstraat  où,
résiste la plus ancienne maison à façade de bois bâtie en 1480, classée et remarquablement entretenue.
De nouveau, nous nous heurtons à une porte fermée pour accéder à une tour Pagadder ; malheureusement  pour nous, elle se situe derrière la grille d’un porche privé, dont l’interphone ne nous permet pas l’accès. Nous apprenons juste qu’il s’agit de tours d’observation pour les officiers espagnols du XVIème  siècle appelés « pagadores », tours dans lesquelles ils entreposaient les vêtements et la nourriture affectés aux soldats.
Nous voici arrivés maintenant  à la grande place, Grote Markt.
Nous nous tournons vers l’hôtel de ville construit au XVIème siècle, 
soit l’âge d’or d’Anvers. Trois blasons ornent la façade. 
Ils correspondent  à trois périodes historiques successives : le duché du brabant (1106-1795), le blason du roi d’Espagne (XVIème, âge d’or de la ville) et le Margravat d’Anvers (avec l’aigle bicéphale germanique).
Se détachent aussi des statues d’une vierge trop grande pour sa niche entourée par deux  allégories, la Justice et la Prudence. Face au Stadhuis une place triangulaire s’étend à la mode du peuple Franc.
Les maisons des guildes et des corporations la bordent, placées sous la protection de leur saint patron  apparaissant sous forme de statue dorée au sommet des toits comme par exemple, Saint George saint patron des arbalétriers.
Au XIXème siècle la place s’enrichit d’une fontaine en bronze monumentale. Cette  fontaine dite  de Brado se réfère à l’un des héros légendaires anversois.
Brabo débarrassa la ville d’un géant qui taxait les bateaux ; quand les marins refusaient de le payer, il leur coupait la main qu’il jetait dans les flots.
Alors Brabo appliqua la même pénitence au géant. Hand werpen : traduction main coupée serait à l’origine de Antwerpen, le nom flamand d’Anvers.
Près des pouvoirs civils, politiques et économiques, ne se trouve jamais bien loin le pouvoir religieux. La richesse acquise par des commerçants prospères eut des retombées logiques sur la cathédrale Notre Dame.
Partie d’une petite chapelle au IXème siècle, elle s’embellit et s’agrandit, devint la cathédrale de style gothique brabançon la plus élevée des Pays Bas.
Mais elle subit les mauvais traitements d’abord des protestants, 
et ensuite des révolutionnaires français.
L’entrée payante donne droit à un fascicule simple et bien fait.
Outre les bijoux de la cathédrale, celle-ci détient  plusieurs œuvres d’art  anciennes et modernes : quatre tableaux de Rubens dont 3 triptyques rendus par la France en 1816  constituent l’attraction  principale de l’église :
Ils représentent l'« Erection de la croix »,
 la « Descente de croix » (à son emplacement d’origine)
l'« Assomption de la Vierge » (à son emplacement d’origine derrière l’autel)
et la « Résurrection du Christ » plus petit que les autres, 
moins apparent car placé dans un coin d’une chapelle. 
Quatre autres tableaux d’autels dédiés aux guildes et métiers au XVIème siècle, apparaissent symétriquement dans la nef centrale. Peints par des précurseurs de Rubens, ils racontent des sujets bibliques facilement reconnaissables. 
Quatre artistes contemporains créèrent à leur tour une pièce pour le sanctuaire.
Le plus  spectaculaire est « l’homme qui porte la croix » de Jan Fabre. L’artiste s’est représenté grandeur nature éclatant de dorure portant à bout de bras une croix en équilibre.
Javier Perez  propose « Corona »
une couronne d’épines en verre de Murano posée sur un coussin rouge, 
Sam Dillemans peint une descente de croix en hommage à Rubens, 
De profondis de Enrique Marty annonce un après monde dans 2 petits tableaux encadrés montrant une église envahie par un arbre  et une église colonisée par des oiseaux avec un enfant.
Dans une chapelle, les fidèles peuvent honorer la sainte patronne de la cathédrale. Une statue de Vierge habillée richement recueille leurs prières, leurs vœux  leurs confidences concrétisés par des rangées de bougies.
Toutes ces œuvres bénéficient d’un écrin pimpant, clair car repeint en blanc bien que certains endroits (peu) conservent leurs anciennes couleurs. Des fresques décorent  parfois voûtes et lanterneaux. Nous jetons un œil au sous-sol, où reposent des sarcophages en briques avant de nous éclipser.

mercredi 11 février 2026

Chagall, un cirque en plein ciel. Damien Capelazzi.

Le cycle de conférences consacré aux collections du musée de Grenoble par les Amis du musée de Grenoble permet de réviser Chagall et « Songe d’une nuit d’été » en le survolant (forcément), tant l’œuvre de Moïche Zakharovitch Chagalov dit Marc Chagall est riche. Shakespeare y est revisité de même que le péché originel où « la femme ne serait plus l’instigatrice de la Faute mais l’otage du désir animal de l’homme ».
Après l’exposition de 2011, il y a encore à apprendre.
Chagall  est né en 1887 à Vitebsk en Biélorussie où il va à l’école russe, sans en parler la langue. Il suit les cours de l’école juive dans la tradition hassidique : 
«  Dieu se révèle dans la beauté du monde ».
« Au heder »
Léopold Stefan Horowitz
.
 
Léon Bakst
, auteur des décors:
« Après midi d'un faune » et costumes
pour les ballets russes de Diaghilev, fut son maître.
Il passe par « La Ruche » dans le quartier Montparnasse 
et fréquente ceux qui veulent « briser le compotier » comme disait Cézanne.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2022/11/les-mousquetaires-de-montparnasse.html
« A la Russie, aux ânes et aux autres »
entremêle animaux et humains, 
l’iconographie traditionnelle, l’inventivité cubiste 
et illustre une expression juive : « une tête dans l’espace » pour célébrer la fantaisie.
« L'autoportrait aux sept doigts » le représente en train de peindre le tableau précédent en illustrant encore une expression mettant en valeur l’usage de facultés rationnelles et irrationnelles.
Il joue des facettages cubistes sans être affilié à une école :
« Golgotha »,
« Le violoniste »
interprète une musique klezmer dans le genre 
« Ah si j’étais riche » par Ivan Rebroff.  
« Le sol qui a nourri les racines de mon art, c'est la ville de Vitebsk, mais ma peinture avait besoin de Paris, comme un arbre a absolument besoin d'eau pour ne pas se dessécher. » 
« La Promenade »
célèbre son union avec Bella Rosenfeld
Est ce que plus rien ne compte pour les amants aux corps spiralés alors que d’autres interprétations évoquent son enthousiasme envers la révolution bolchevique ?
Devenu « commissaire aux beaux-arts », Malevitch le « suprématiste » l'évince. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2019/12/malevitch-le-supreme-eric-mathieu.html
Il réalise
 « La petite boîte de Chagall », des peintures murales pour le théâtre .
Après Moscou, il expose à Berlin et revient à Paris.
 « Le cirque ».
« Marc, Bella et Ida sa fille »
.
Le « rêveur conscient » n’adhère pas non plus au groupe surréaliste.
 
« L'anniversaire »
Il illustre « Les âmes mortes » de Gogol, les fables de La Fontaine:
« Le loup et la cigogne ».
Il estime que la bible est la plus grande source de poésie de tous les temps.
1938, l’année de « la nuit de cristal », « La  Crucifixion blanche » ajoute à l’aperçu des persécutions des juifs pendant la guerre civile russe, la prémonition de la Shoah. 
Un « tallit », châle utilisé pour la prière juive, remplace le périzonium de Jésus, son pagne.
« Le Paysage bleu »
, Bella meurt en 1944 à New York où ils se sont réfugiés. Il ne produit plus pendant un an mais le théâtre lui redonne du souffle. 
Rideau pour « La Flûte enchantée ».
« Chagall n’est pas un explorateur des bas-fonds de l’âme: 
c’est un arbre aux racines profondes dont les fruits ont la couleur du soleil ». 
Le père Couturier l’avait convaincu de réaliser des vitraux au plateau d’Assy, 
à Metz, à « La cathédrale de  Reims ».
Il peint le plafond de l’opéra pour Malraux. 
En 1985, il meurt à Saint Paul de Vence, il a 98 ans.

mardi 10 février 2026

Une histoire de la comédie française. Michaël Le Galli Virginie Augustin.

Intitulé aussi «  C’est la faute à Molière ! » le bel album à la couverture classique permet de comprendre le pouvoir de l’institution de 400 ans d’âge.
Cette maison doit beaucoup à Jean Baptiste Poquelin bien qu’il soit mort sept ans avant la création de l'institution par Louis XIV. Mais son personnage au long nez, ainsi que son esprit, vont courir tout au long des 115 pages dont le récit s’arrête au sacre de Napoléon1°.
Depuis les parvis des cathédrales où se jouaient les Mystères médiévaux et les estrades de la Commedia dell’ arte, les troupes parisiennes rivales vont être rassemblées sous la devise « Simul et singulis » (être ensemble et rester soi-même) et sa ruche symbolique.
Marivaux, Olympe de Gouges, Voltaire proposent leurs pièces, les actrices ont leurs mots à dire et le tragédien Talma influence la mode avec une coiffure « à la Titus ». 
Il faut attendre 1789 pour que les excommunications qui touchaient les comédiens 
soient levées.
Dans des formes différentes, légères, aérées, avec des caricatures délicates, un déroulé agrémenté de gags récurrents, quelques scènes charmantes ressortent, inspirées de l’escarpolette de Fragonard ou de David qui eut un rôle déterminant pendant les années sans culotte. Un clin d’œil aux albums de Tintin qui s’ouvraient par des portraits de différents formats permet de réviser les figures importantes de cette histoire : Racine, Corneille, Beaumarchais, Madeleine et Armande Béjart…
L'auteur prévoit une suite : de nouvelles planches sont attendues où l’histoire se déroulant sur les planches ne manquera pas de rencontrer l’Histoire.

lundi 9 février 2026

La Petite cuisine de Mehdi. Amine Adjina.

Je n’abuserai pas des métaphores culinaires pour dire le plaisir procuré par cette comédie dont j’ai aimé la maladresse des personnages et excusé la maladresse de certaines scènes.
Les jeunes acteurs apportent leur fraîcheur autour de l’expérimentée Hiam Abbas qu’on suit volontiers même dans une invraisemblable danse du ventre qui déchaine tout un wagon. 
Il faut que ce soit le petit neveu qui dise la vérité dans un milieu où les mensonges sont la règle mais fournissent des ressorts efficaces pour cette farce.
Déguisements, quiproquos, impostures, astuces de toujours, sont parfaits pour dénoncer les hypocrisies qui ont traversé les siècles.
La résolution des problèmes identitaires par la cuisine s’avère bien de chez nous avec une blanquette de veau à l’oranaise.  

dimanche 8 février 2026

Post-orientalist Express. Eun-Me-Ahn.

Sous des lumières jolies et une profusion de costumes brillants, l’Orient déconstruit m’a paru désorienté bien qu’extrêmement pailleté, mais moyennement chorégraphié.
Les moments d’ensemble trop rares n’ont pu apporter de la cohérence à une succession de tableaux où des archétypes hétéroclites des cultures asiatiques défilent : un gros panda,  des petits dragons, planchettes à casser, grands bâtons et volumineuse théière …
La joie de se déguiser, de faire tourner sa robe neuve comme faisaient jadis les petites filles, s’est communiquée au public, alors que l’emballage tape à l’œil n’a pas masqué pour moi le peu d’épaisseur du  fond. 
N’étant pas accessible 
« au croisement du yin-yang avec la ligne du nô entremêlé à un mudra du Kathakali »  
je retiens la disproportion entre une ambition remettant en cause la vision orientaliste de l’occident grâce à « un essentialisme stratégique », alors que tombent depuis les cintres de gracieux confettis.   

samedi 7 février 2026

Les bien aimés. Ann Napolitano.

Il y a tant de livres amers à propos des relations familiales que ce best seller au titre à contre courant m’a attiré, bien que ma femme qui l’avait acheté m’ait averti : c’est un livre de (bonne) femme. 
Ce sont elles qui ont plutôt voix au chapitre aux étals des librairies, elles ont des choses à dire.
« Il sentit aussi le rouge et le jaune vif des feuilles de l’autre côté de sa fenêtre et l’émotion aiguë de la femme en face de lui. 
Jamais  il n’avait eu en ce niveau de conscience moléculaire… » 
Ces 426 pages décrivent avec finesse et simplicité les tours compliqués de l’amour pour les vivants et les morts et les bienfaits du pardon, la simplicité de l’amitié, sous un regard américain comme j’aime le percevoir : positif, optimiste. 
« - Je veux que tu ailles là bas et que tu montres à ces gens à côté de quoi ils sont passés, dit Rhoan. C’est ta famille.
N’hésite pas à les envoyer bouler si nécessaire. Mais n’aie pas peur non plus de sourire. » 
De 1960 à 2008, nous suivons la destiné d’un jeune gars introverti arrivant dans une famille où grandissent quatre sœurs fusionnelles.  
« - J’ai échoué, déplora Rose.
- Non. Tu es une mère formidable.
- J’ai échoué.
Cette fois-ci, elle énonça d’une voix douce semblable à celle d’Emeline. Julia qui n’avait jamais entendu sa mère employer ce timbre auparavant, ne l’aurait pas cru capable d’une telle douceur. Elle se demanda si ses trois sœurs et elle vivaient à l’intérieur de leur mère. La sincérité d’Emeline, les directives claires de Julia, l’enthousiasme de Cecelia pour la palette de couleurs qui composaient le monde, les aspirations romantiques de Sylvie. »
Nous retrouvons la fatalité habituelle des reproductions de comportements sur plusieurs générations, les morts qui coïncident avec des naissances ou des renaissances, mais dans une dynamique bienveillante qui surmonte les chagrins, les échecs. Et surtout ce que j’apprécie dans les films et les romans : les personnages évoluent et ne sont pas enfermés dans les stéréotypes.
Une fille voit pour la première fois son père qui l’a reniée : 
«William Waters était accompagné de quelques hommes gigantesques qui arboraient tous un air grave. Son père ne semblait pas ouvertement méchant ni être quelqu’un qui n’aimait pas les enfants et qui aurait par conséquent abandonné facilement le sien. » 
Malgré parfois ce type de gros sabots psychologiques, des maladresses de traduction que je ne décèle pas d’habitude, ainsi que des fautes d’orthographe ou de conjugaison, j’ai  bien aimé ce roman aux apaisantes apparences, où les noms des présidents U.S. se font oublier. 

vendredi 6 février 2026

Badine baderne.

Le 
hors service ne va surtout pas s’interdire d’ouvrir la bouche parce que quelque grande gueule demande aux vieux de la fermer. 
Le rassasié des jours, que je suis, se réveille en pleine forme, avec quelques compères voire commères, condamnés à nous taire, par un jeune « Insoumis » parmi les plus crachotant du crachoir qui s’élevait contre l’interdiction de l’abaya, « imposée par de vieux messieurs » au moment où petit Piolle en remet une couche sur le burkini. 
Voilà bien du dissensus en circuit court et de la démagogie durable. 
La jeunesse, la légèreté auraient-elles mis les voiles ? 
Mais « Le vieux balai connaît les coins » d’après un proverbe irlandais.
« Actuel » le mensuel des années soixante a disparu et les jeunes hommes modernes d’alors, dès lors, yoyotent, mais avec mon dos raide, je ne me sens plus de me courber devant toute opinion en fonction de sa date de parution.
Il m’a fallu bien du temps pour ne plus tendre l’oreille au plus récent tempo ou chausser mes lunettes afin d’examiner la plus neuve des propositions artistiques, goûter la dernière expression djeunette, voire renifler le conformisme sorti à peine du four. Je me suis appliqué avec les « applications » et je deviens apathique devant les « peaux de castes » : il y a tant de redites, d’insignifiance sous des vernis qui ne tiennent même pas une saison.
Je reviens aux fondamentaux du patriarche Brassens ne faisant pas de hiérarchie entre «cons caducs» et «cons débutants»
Je récuse toute assignation, surtout de la part de ceux qui voient du « racisé » partout tout en excluant à tour de bras. Le vieux mâle blanc, désigné comme l’ennemi, se rebiffe. J’essaye de garder un sens de la modération, qualité pourtant vilipendée, et je regrette de voir les bandes masculinistes enfler en réaction au mépris d’immatures sans saveur mais plein de fureur, prêts à tout pour ébrécher nos fraternités. Leur chef de meute a pourtant dépassé l’âge de la retraite.
Les Boyard, Delogu ont la faveur des médias à cause de leur grossièreté génératrice de clics.
Les valeurs anciennes de connaissances et de modestie se sont inversées : les suiveurs apprécient leur inculture, leur arrogance. L’incompétence et l’outrance sont devenues tendance.
Ils remettent de la race là où on avait perdu sa trace depuis les potes de S.O.S. racisme, arborant leur nuancier d’épidermes pour flatter la clientèle, les méprisant en fait.
Ces internationalistes par ailleurs amateurs de barrières, de frontières, amoureux parait-il de l’Amérique latine, ont-ils argumenté en faveur du Mercosur pour vanter les avantages pour les compañeros, puisqu’il n’y aurait que des inconvénients pour nos compatriotes ?
Pour cet accord avec le Marché commun du Sud dont on découvre qu’il est négocié depuis 25 ans, les acquis de la pédagogie médiatique m’ont échappé et le tout récent accord avec l'Inde est bien peu documenté. Des normes dans la plus grande zone d’échanges valent mieux me semble-t-il que la sauvagerie caractérielle du président US.
Nous sommes décidément cernés par les illibéraux : 
sur la plan politique par l’Amérique,
en économie par la Chine, 
militairement par la Russie, 
culturellement par l’Islamisme comme idéologie, à ne pas confondre avec l'Islam, religion respectable et critiquable parmi d’autres.
N’y aurait-il plus qu’un dernier carré de vieux grognons pour serrer les rangs autour de dame démocratie lacérée par ceux qui dès le verdict rendu par les élections ont contesté toute légitimité au président de la République Française, alors qu’ils ont défendu récemment le bon droit d’un dictateur vénézuélien ? 
« La démocratie, c'est aussi le droit institutionnel de dire des bêtises. » 
François Mitterrand