samedi 8 novembre 2014

Certificats d’études. Antoine Blondin.

Le chroniqueur flamboyant du Tour de France ne fut pas qu’un familier de Bahamontès, « l’aigle de Tolède », mais aussi de Verlaine, dans ce recueil d’articles, chez qui : « l’homme descend du songe et tend à y retourner ».
En 244 pages, un des auteurs les plus alcoolisés de la littérature française, apporte un regard vif, original, élégant sur quelques figures qui l’ont précédé au comptoir : Baudelaire, Dickens rapproché de Piaf qui avait perdu la vue:
« elle conservera pourtant l’angoisse de ceux qu’on a abandonnés dans le noir et le sentiment retranché que certains manèges de la vie continuent de tourner sans elle. »
Les biographies de Jacques Perret, d’Alexandre Dumas, de Goethe, de Musset ne sont pas qu’anecdotiques et son évocation de l’Odyssée n’est pas triste, son portrait de Rimbaud et Verlaine est émouvant et enlevé celui de Scott Fitzgerald « dont le chariot transporte les premiers charançons de la psychanalyse et quelques tubes d’aspirine contre la gueule de bois. »
Son sens de la formule n’altère pas la limpidité du propos.
 « L’Amérique profuse et diverse, faisait bien les choses en 1925. J’ai sous les yeux les deux échantillons les plus représentatifs du cheptel littéraire qu’elle exportait à pleins  paquebots vers Montparnasse (descendre à station Vavin ; Gertrude Stein revient de suite) A gauche Hemingway, boucanier sentimental en peau de rhinocéros, sur lequel il ne reste  plus grand-chose à dire… »

vendredi 7 novembre 2014

Clowns.

Quand sont apparus les clowns agressifs, ma première réaction fut de me morfondre encore une fois, face à une attaque de plus atteignant le pays de l’enfance où les rires sont souvent sans calcul.
Même lorsque j’eus compris, après quelques réticences, le besoin de (se) faire peur à Halloween par exemple, je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’il n’y ait plus de territoire exempt de violence.
Pourtant j’essaye de m’extraire d’un autre conformisme gnangnan tout aussi poisseux qui n’appelle plus un chat, « un chat », et cache tout ce qui fâche.
Ces figures effrayantes ont été gonflées par les médias et les réseaux « sociaux », en terrain familier où règnent l’anonymat et les maquillages outranciers. Mais cela n’empêche pas que ce surgissement tapageur est secouant et ne se dissipe pas dans l’amalgame qui renverrait le théâtre politique à ses masques grotesques :
Thévenoud,  Cahuzac, Guérini, l’agité de Neuilly...
Le gendarme de Guignol a du sang sur la matraque.
Oui, la grimace démesurée de Nicholson en Joker, comme la cicatrice éternelle de « L’homme qui rit » d’Hugo ne datent pas d’aujourd’hui.
Cependant nous sommes en plein dans  « La «carnavalisation des mœurs» (Umberto Eco) qui bat son plein et efface toute frontière entre le sérieux et le spectacle, entre la violence et son mime »  comme le souligne le sociologue David Le Breton dans Libé.
 Il rappelle que chez les nez rouges :
« En dérobant les traits, le masque suspend aussitôt l’exigence morale. Il lève le verrou du moi et laisse libre cours au jaillissement de la pulsion. »
Que reste-t-il de ces belles affiches pop, des sourires lumineux, quand « le mythe Obama se retrouve en miettes » d’après les titres collectés par Courrier International ?
Et bien qu’ayant abandonné depuis Bugey les lieux où claquent les lacrymos, ce sont les yeux qui peuvent devenir rouges et pas que le pif, quand dans le même numéro du quotidien, l’avocat William Bourdon, pointe là où ça fait mal:
« Bien sûr, la gauche au pouvoir ne porte pas à elle seule la responsabilité de cette défiance grandissante entre citoyens et élites ! Mais on assiste à une remise en cause croissante de ceux qui, au lieu d’incarner l’intérêt général, lui substituent les intérêts catégoriels ou les logiques court-termistes, préfèrent le cynisme à l’éthique, le déni au courage de la vérité, le repli sur soi à l’universalisme. »
…….
Cette semaine, Zep dans « Le Monde »

jeudi 6 novembre 2014

&. Virieu.

Sous le signe de « &"», l’esperluette qui lie le « e » et le « t » de jolie façon, comme est mignon son nom, une association a ouvert un lieu d’exposition rue Carnot à Virieu sur Bourbre à l’emplacement du magasin d’habillement Deverchère.
Des photographies et des peintures consacrées à la guerre de 14 étaient présentées jusqu’au 18 octobre et témoignaient, loin des lignes de front ou de lieux plus considérables, de la persistance du souvenir. L’empressement éditorial autour du centenaire a donc porté bien au-delà des monuments gravés de tant de noms de disparus.
Benoit Caponi a recopié des lettres en dessous de ses images en noir et blanc  pour repérer les traces de combat sur les lieux où le sang a abreuvé les sillons.
Sylvia Boumendil, a  traduit plastiquement des lettres de son grand père : « ma petite femme adorée » 
comme Monique Navizet qui a installé ses bannières dans l’église en face où une main maladroite a inscrit dans le marbre un nom qui ne figurait pas dans la liste officielle des morts pour la France.
Les éditions Entre temps sises rue du château  à Virieu également mettaient en souscription  le livre de Jean Philippe Repiquet : « Le parcours de Camille Roux » un réserviste  qui trouvait : « si ce n’était le canon ce serait épatant, on se croirait en vacances à la campagne. »
A partir du 15 novembre Cathy Gabasio présente ses arbres et déjà des troncs aux alentours ont pris des couleurs.

mercredi 5 novembre 2014

Iran 2014. J 5. Yazd. Tchaktchak .

Nous quittons l’hôtel après un petit  déjeuner frugal  car matinal.
A la sortie de la ville, la route est bordée de portraits de martyrs de la guerre Iran-Irak.
Il faut une grosse heure pour aller à Tchaktchak à travers le désert de pierres où ne résistent que quelques touffes épineuses. La route goudronnée s’arrête au pied de la falaise que nous gravissons pour atteindre une grotte dédiée à Zoroastre parfois appelé Zarathoustra, nous restons dans le thème d’un des premiers monothéismes.
Le site est grandiose, les marches sont raides avec de chaque côté des constructions modernes servant aux fidèles de logements d’été lors des cérémonies. En haut de l’escalier nous attend le gardien qui en échange des droits d’entrée nous délivre la clef du cadenas de la porte dorée de la grotte où figurent deux lanciers surnommés Immortels comme ceux de Persépolis. Ce sont des gardes dont Xénophon  disait : «si quelqu'un d'entre eux venait à manquer (...), on en élisait un autre parce qu'ils n'étaient jamais moins ni plus de 10.000».
La légende raconte qu’une princesse sassanide fuyant devant les arabes trouva refuge dans la montagne qui s’ouvrit et se referma derrière elle. Contre la paroi qui suinte, brûlent constamment trois bougies. Une structure sert à installer un feu indispensable pour les cérémonies, dont les pétales réceptionnent les cendres. A côté une petite salle ouverte vers l’extérieur est protégée par une grille originale découpant le pâle paysage montagnard comme une mosaïque. Le signe de l’homme oiseau, Ahura Mazda, apparait plusieurs fois, dont  les trois parties en forme d’ailes et de queue sont parfois sous titrées : bonne pensée, bonne parole et bonne action. Nous nous appliquerons désormais à respecter ces préceptes.
L’eau d’une citerne mise à la disposition de ceux qui vont gravir les marches est délicieusement fraîche. Nous quittons Tchaktchak dont le nom serait né du bruit des larmes de la montagne émue par le sort de la princesse et nous nous dirigeons vers Kharanaq.  
Le paysage est tout aussi rude et aride puisque nous nous rapprochons du désert salé de Dasht- e Kavir.
Kharanaq (« lieu de naissance du soleil ») qui  nous évoque les ghorfas tunisiens est un joli village en  voie de désertification lui aussi. Il connut son heure de gloire au temps de la route de la soie. Son caravansérail a été rénové en briques de différentes nuances : du rose au vert en passant par le beige.
Un jeune garçon escalade la porte pour nous ouvrir, et part précipitamment changer de vêtements lorsqu’il apprend que nous sommes enseignants. Nous montons sur le toit où nous nous désolons à la vue de lampadaires modernes incongrus dans une rue peu fréquentée et restons interrogatifs quant à l’espace réservé aux petits qui semblent absents.  
Le jeune enfant nous conduit dans la citadelle juste en face, véritable labyrinthe aux murs de briques en terre crue fondant mais encore suffisamment debout pour s’imaginer la composition des constructions édifiées dans des temps préislamiques. La mosquée plus récente date du XIII° siècle, elle est en cours de rénovation, avec des inscriptions coraniques blanches flanquées de deux tribunes face à face. Le minaret a la particularité de bouger. Nous ne pouvons y monter car l’accès est fermé par un verrou mais nous apercevons par la grille des marches extrêmement étroites. Si le minaret avait une fonction religieuse, il permettait aussi aux caravanes de repérer de très loin la ville grâce à un feu haut placé. Nous nous promenons aux abords de la citadelle, nous nous rafraichissons à un tuyau qui alimente des canaux descendant vers les cultures et prenons notre repas sur la grand route dans un restau pour routiers. Notre manque de souplesse nous pousse  à une table plutôt que de nous asseoir en tailleur dans des divans circulaires en métal comme le pratiquent des hommes vêtus de larges pantalons noirs resserrés aux chevilles. Le ventre bien calé et la pression des pneus contrôlée, nous partons pour une longue route ponctuée par des checkpoints rapides, des arrêts essence/esquimaux au chocolat ou pastèque. Nous traversons le sud d’Ispahan, la ville nous surprend par son ampleur, sa modernité et surtout sa verdure après tous ces paysages de reg. Nous poursuivons notre route dans une circulation débridée, où Ali n’hésite pas à effectuer des marches arrière sur les bretelles d’autoroute sans que d’autres usagers protestent.   Nous collectons quelques renseignements concernant les tours destinées à recevoir le fumier ou les fientes afin d’engraisser les cultures. La nuit tombe et nous entrons à Shar-e Kord (la ville de kurdes). Nous partons dîner à 23 h, les visages sont fatigués, les traits tirés et les yeux rouges.
D'après les notes de voyage de Michèle Chassigneux.

mardi 4 novembre 2014

J’ai pas volé Pétain mais presque. Bruno Heitz.

Tout est dans le « presque » comme dans des albums précédents avec
« C'est pas du Van Gogh, mais ça aurait pu... » ou http://blog-de-guy.blogspot.fr/2011/02/jai-pas-tue-de-gaulle-bruno-heitz.html .
Jean Paul, sympathique héros malgré lui, rencontre un fait divers ayant eu réellement lieu.
Une équipe de nostalgiques du maréchal avaient enlevé son cercueil en 1973 de l’ile d’Yeu jusqu’à un garage de la région parisienne.
Ce dessinateur que j’ai beaucoup apprécié dans ses chroniques ou ses polars, ses publications pour enfants, est presque un peu trop rigolo pour traiter de cet épisode au moment où se fondait le Front national. Dans le marigot de l’extrême droite d’alors, quelques personnages pathétiques apparaissent, leurs préoccupations semblent tellement vaines … et pourtant
Agréable à lire sous un format plaisant mais un peu léger, pour une collection Bayou de chez Gallimard, même si la nostalgie est là, vaporeuse, quand les trains s’appelaient alors Micheline et les camionnettes Estafette, on disait alors « une bande de branquignols » ou « les Pieds Nickelés » et l’on souriait.

lundi 3 novembre 2014

Mommy. Xavier Dolan.

Après « Le Paradis » de Cavalier http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/10/le-paradis-alain-cavalier.html, l’inverse : ce film plein de fougue, de bruit du jeune canadien allumeur de rampes médiatiques.  
Nous sommes de l’autre côté de l’Atlantique où les mots en joual sous titrés sont d’une violence inédite et au cœur des passions contemporaines quand l’amour est si difficile, et pas seulement celui d’une mère pas vraiment adulte et de son fils dysfonctionnant.
Les passions étouffent, les moments de rémission n’en sont que plus beaux, car périssables immédiatement. Bien qu’il y ait des éclaircies, nous sommes dans des vies qui  s’hystérisent si vite, on ne supporte plus rien, le pétage de câble devient une  façon de vivre.
Vers la fin, j’ai cru à une belle conclusion à l’américaine, ce n’était que le rêve irréalisable de la mère.
Toutes les critiques ont souligné la performance des acteurs : pareil.  
Comme est évidente la virtuosité de la mise en scène, son rythme qui jamais ne fait chic même s’il faut s’attendre à des chocs à chaque séquence. Etant donné queje ne connais pas Cassavetes qui est souvent cité, je verrais pour ma part, un Dardenne quelque peu pop.
Electrique, je ne l’ai pas trouvé drôle, mais alors pas du tout ; surprenant, foisonnant,  chamboulant : oui certainement. A voir.

dimanche 2 novembre 2014

Inspiré de faits réels. Bénabar.

... comme si c’était utile de préciser, ce titre "inspiré de faits réels", trahit le manque de confiance envers l’auditeur qui ne croirait plus en l’accrochage au réel. Pourtant c’est toujours le cas : le Renaud du XXI° (siècle) est en forme : genre texte en anglais Remember Paris pour lequel I understand enfin tout, ou bien dans la déconnade avec Gilles César dont le pote Henri Potter sera témoin de son mariage avec une certaine Marilyn Moreau. 
Tout se saisit à la première écoute aux mélodies plaisantes avec de petites surprises au bout des historiettes :
Coming in à l’humour convenable :
« Un mec, c’est plus honnête
Plus intelligent aussi
Le seul problème en fait
C’est que c’est moins joli. »
Une lui en fait voir de toutes Les couleurs, quand elle passe au jaune :
« Jaune comme son rire un peu gêné
Week end pluvieux, jaune le cirée
Une plage du nord il n'y avait pas foule,
Les pieds mouillés le chien maboule »
Chronique des amours contemporaines : Le regard romantique de l’aimée traverse les années,  et celui de la belle qui le sait croise un couple dont l’homme se crame Sur son passage. La Grande vie quand son bouquet ne trouve pas preneuse ne vaut pas les Bonbons de Brel mais bon… et Les deux chiens  cessent de se combattre en tuant un chat arrivent à " la morale qui fout le moral en l’air".
Mais Titouan  est bien à lui quand le papa paumé n’a rien vu arriver lors de sa séparation et entrecoupe ses regrets de rappels très terre à terre à son fils.
« J’arrive pas à tourner la page
Titouan, n’enlève pas tes chaussures
Eux, ils parlent déjà de mariage
Titouan, remets tes chaussures ! »
 Après une virée entrainante dans Le Paris by night, jazzy, dont « on regrettera seulement ce dont on se souvient », il peut se permettre la noirceur de La forêt, où personne ne le cherche.
« Parmi ce peuple indifférent
D’arbres, de feuilles, de vent
J’avais perdu ma propre trace
Depuis je sais que quoi que je fasse »
Les squares, c’est mieux.