Film intéressant mais désespérant : les filles adoptent
les codes les plus détestables des machos : bagarres, intimidations,
conformisme. Les parents ont disparu, les bandes sont monocolores, la
violence explose à chaque instant, y
compris entre « amies ». Même
lors d’une récréation, le temps d’une danse, ou dans les éclats de rires
casseurs. L’école ne peut plus rien. Elles cherchent à s’éloigner d’un
asservissement familial réel avec un grand frère odieux, à ne pas confondre
avec la mère qui travaille et fait de son mieux. Les jeunes qui dans l’hystérie, veulent
échapper à leur condition, à cet univers, vont vers une autre aliénation aux allures d’une
émancipation dérisoire et sans avenir.
Les critiques ont bien aimé la musique
et ces actrices jeunettes sur la
Croisette le temps d’un festival les changent de l’éternelle
nostalgie qui affiche encore Sophia Loren.
Combien de ces béats papas parisiens
(intra-muros), qui s’extasient sur l’énergie du film, souhaiteraient un tel
destin pour leurs filles ?
lundi 20 octobre 2014
dimanche 19 octobre 2014
Trois sœurs. Claire Lasne-Darcueil.
Parfois la présence d’images filmées en fond d’écran peut
apparaitre comme un procédé théâtral de plus. Ici trois femmes sont sur scène, et les
hommes sur l’écran : l’équilibre est impeccable.
La quête de Macha,
Olga et Irina dans un monde finissant -forcément finissant- c’est dire son
actualité de toujours, n’est pas datée, ni géolocalisée.
La nature apparait en noir et blanc, cela permet de garder la distance propre à l’universel. La poésie s’incarne plus facilement, les personnages offrant quelques combinaisons d’incommunicabilité jusqu’au comique.Le temps passe, le passé éclaire le présent, le futur n’ira pas loin. Tcheckov for ever.
Moscou, ville dont elles rêvent est plus que la capitale de la Russie, c’est le rêve inabouti d’un ailleurs, par ailleurs, l’évocation du raffinement des militaires gradés n’a pas choqué mon antimilitarisme pas forcément assoupi, mais qui peut oublier parfois le premier degré.
« Pourquoi on vit, pourquoi on souffre ? »
La nature apparait en noir et blanc, cela permet de garder la distance propre à l’universel. La poésie s’incarne plus facilement, les personnages offrant quelques combinaisons d’incommunicabilité jusqu’au comique.Le temps passe, le passé éclaire le présent, le futur n’ira pas loin. Tcheckov for ever.
Moscou, ville dont elles rêvent est plus que la capitale de la Russie, c’est le rêve inabouti d’un ailleurs, par ailleurs, l’évocation du raffinement des militaires gradés n’a pas choqué mon antimilitarisme pas forcément assoupi, mais qui peut oublier parfois le premier degré.
« Pourquoi on vit, pourquoi on souffre ? »
Parfois les actrices m’ont parues trop exaltées, c’est que
j’étais à quelques décimètres de leurs visages expressifs.
L’ennui, la vacuité qui sont au cœur de la pièce en étant
trompétés moins fort pourraient dans leur évidence, mieux retentir:
« Le temps passera,
et nous quitterons cette terre pour toujours, on nous oubliera, on oubliera nos
visages, nos voix… »
Evidemment… alors sourire et aller au théâtre.
samedi 18 octobre 2014
L’éléphant. Revue de culture générale. N°4
Tiens, encore un « mook », il se trouve qu’il
s’agissait du numéro 4 d’Octobre 2013 que j’ai cueilli sur les rayons de ma
librairie du Square, mais la culture générale qui est traitée dans ces 160
pages ne devient pas obsolète aussi vite et il y a quelque charme à se poser en
dehors de l’affairement quotidien où un tweet chasse l’autre.
Embrassant la philosophie, les arts, l’économie, la
littérature, les sciences et l’histoire, pour chaque thème, un état des
connaissances est pédagogiquement expliqué suivi de l’avis plus approfondi d’un
expert. Des quizz variés vérifient si notre lecture n’a pas été trop
superficielle.
Dans cette livraison trimestrielle les sujets abordés sont
suffisamment divers pour susciter l’intérêt, rafraichir nos connaissances, en
aborder de nouvelles, en prenant du recul sur une actualité tyrannique tout en
se donnant des éléments pour saisir tranquillement quelques enjeux. Ainsi
concernant le budget de la
France : la quadrature du cercle ou la transition énergétique
: moins et mieux consommer l'énergie.
J’ai beau m’appliquer : la comète Ison me laisse froid,
et les théories sur la matière, la composition de la lumière, de marbre.
Par contre « Les 12 évènements qui ont façonné
l’Espagne » est bien dosé avec une mise en perspective utile. L’économiste
Esther Duflo en grand Témoin est intéressante et un retour vers Aristote,
bienvenu, puisque l'étonnement est pour lui une source de réflexion philosophique.
Si les textes sur la grande guerre n’apportent guère d’éléments
nouveaux, la littérature à ce sujet a été abondante, mesurer l’enjeu
stratégique que constitue la sécurité maritime pour la France est stimulant. Il y a
de quoi se nourrir avec « Le radeau de la Méduse », Claudie
Haigneré, Malraux, Littré, Le Grand Meaulnes, Jean Tinguely, Saclay…
L’article concernant l’humour anglais est sérieux :
« Quelle est la
définition d’un pessimiste ?
C’est un optimiste
bien informé »
vendredi 17 octobre 2014
De haut en bas et de bas en haut.
Depuis « l’insouverain » (François Hollande) selon
le mot du linguiste C. Salmon jusqu’à quelques pêcheurs en eau trouble de
proximité, je suis accablé de voir des caractères d’ici se retrouver dans des
sphères là haut, et vice Versailles.
Ainsi à Saint Egrève, rabâchage autour de la séquence du « canard
sans tête qui continue à courir » : la défaite aux élections
municipales cataclysmiques pour la gauche n’a toujours pas été examinée, à tête
reposée. Et sans attendre les avis d’autres, censés réfléchir, qui éviteront
comme d’habitude de ne pas tirer d’enseignement de ces échecs électoraux,
je retourne le couteau à bout rond dans
la plaie aux capteurs désactivés.
Il faut croire que les mots ne signifient plus grand-chose :
au moment où le label « Gauche » connaissait quelques problèmes
d’identité, chez nous, toutes les listes aux municipales s’en réclamaient.
Jusqu’à la mairesse étiquetée centre gauche qui a gagné dès
le premier tour, elle n’avait pas de concurrent à droite.
Les écolos alliés à « la » Front de Gauche et un
PS derrière une tête de liste opposant depuis toujours à toute évolution de la
commune, surtout quand elle était gouvernée par le Mouvement des citoyens,
continuaient à s’opposer : ça ne leur a rien rapporté.
Pas plus qu’à une autre liste Fond de Gauche sur le même
créneau démago :
« c’est bien la
piscine, mais pas ici, la maison de l’enfance, oui, mais
ailleurs… »
Quant à la densification nécessaire pour atténuer les
agglomérats de véhicules au nord de l’agglo, pour permettre aux jeunes de se
loger, il ne faut pas contrarier le pote âgé qui ne veut pas de ça au bout de
son jardin.
Quand le manque de courage
se maquille derrière l’appel au peuple, la guillotine en rougirait encore.
Les opposants à l’abandon de l’écotaxe ont table ouverte
chez les médias, que n’étaient-ils montés au créneau pour la défendre, la taxe,
quand les têtes près des rouges bonnets s’échauffaient !
Le gouvernement perd sur tous les tableaux : quand il
installe les portiques et quand il les abandonne. Vals fait le fort, il fait
des efforts pour séduire une société qui se droitise, il se contredit comme sur
la G.P.A, il ne
fait qu’exaspérer une gauche qui ne veut surtout pas gouverner.
Le mot « pathétique » commence à s’user mais
comment qualifier tant de paroles péremptoires en regard de tant d’actes
dérisoires.
Et dire qu’un boulevard s’ouvrait devant eux après la chute
de Sarkozy, « ah non plutôt une autoroute » aurait dit
l’autre dinde, à tremper dans le gasoil avec quelques plumes.
Les mots de la droite sont les seuls à avoir droit de cité,
la défaite est consommée : les lettres ne nous appartiennent plus, quant
aux chiffres ! Les médias qui
vivent du spectacle du désastre sont entrainés dans un trou noir. Les
voleurs règnent ou aspirent à revenir.
« Mais comme moi, dis-toi qu’il est tellement plus
mieux d’éradiquer les tentacules de la déréliction,
et tout deviendra clair ! » Les Inconnus
…………..
Un ami de la montagne m’a envoyé ces
deux citations :
Orwell : « ...le remplacement d'une orthodoxie par
une autre n'est pas nécessairement un progrès. Le véritable ennemi, c'est
l'esprit réduit à l'état de gramophone, et cela reste vrai que l'on soit
d'accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. » (1945)
Saint Exupéry dans sa lettre à Dalloz du 30 Juillet 1944:
Saint Exupéry dans sa lettre à Dalloz du 30 Juillet 1944:
« Si je suis descendu, je ne regretterai absolument
rien. La termitière du futur m'épouvante. Et je hais leur vertu de robots.
Moi, j'étais fait pour être jardinier. »
…………
Dans le Canard de cette semaine :
jeudi 16 octobre 2014
Matisse et le parfum des odalisques. G. Croué.
Gilbert Croué a ouvert la saison des conférences aux amis du
musée de Grenoble par un récit fiction à la première personne, depuis la
chambre de Matisse dont les persiennes ouvraient sur le ciel de Nice.
Arrivé à ses 80 ans en 1949, il se souvient de sa vie, de
ses plaisirs, de la peinture et de ses modèles.
Les formes pleines de Lydia au corps renversé, arqué,
abandonné. Son dessin capte quelque chose de la beauté, un peu du mouvement, de
l’instant, du désir, de la tension, tout en se tenant à distance respectueuse
du corps.
« Sa tête penche
et se renverse
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins. » Théophile Gautier
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins. » Théophile Gautier
Le tableau de « L’odalisque à la culotte rouge »
est peint à Cimiez. Seuls les tissus, les vêtements viennent du Maroc. A la
lumière du matin suivant la réalisation, il revoit sa toile dans sa vérité et remplace
des harmonies de bleu par le rouge, « la
couleur de la peinture ».
« Paresseuse
odalisque, arrière!
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l’amour! » Théophile Gautier
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l’amour! » Théophile Gautier
Gustave Moreau,
pour lequel une bonne conférence pourrait me faire réviser un jugement personnel réservé, fut son professeur,
respecté par ses élèves surnommés « les Moreauïdes ».
Très respectueux, il les amenait à s’affirmer dans leurs
choix, à croire en leur destin : « pas à suivre leur chemin mais à
côté du chemin ». « Penser par la ligne, s’exprimer par la couleur ».
Lors d’une sortie en maison close sise « rue de la Trinité », le jeune
étudiant ne fut pas seulement fasciné par les décors orientalisants, mais
lorsque plus tard il peignait toutes ses
odalisques entre 1920 et 1939, sa femme passant une tête par la porte de
l’atelier lui demandait : « alors
toujours à la recherche de la Trinité ? »
« L’odalisque à
la culotte grise », « L’odalisque au genou levé », « L’odalisque
au bras levé », « L’odalisque à la fleur de magnolia », « L’odalisque
au coffret rouge », «L’odalisque au tambourin », « L’odalisque
à la robe jaune et anémones », «L’odalisque assise », « L’odalisque
sur fond rouge »…
Alanguies, solaires, leur corps n’est pas réel ; les contre
courbes s’équilibrent avec les courbes dans un espace cadré, le chemisier s’harmonise
avec les rayures du sofa. Il faut que ça tienne !
« Sur un tapis de
Cachemire,
C’est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l’admire
Avec un rire de corail. » Théophile Gautier
C’est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l’admire
Avec un rire de corail. » Théophile Gautier
Lui qui fut adulé par Pollock
ou Rodhko, vénérait Ingres et son « Odalisque »
au corps d’ivoire, au regard en suspension, parmi des harmonies subtiles de
bleus, sous un vide central étonnant.
Arrivant à Paris depuis Saint Quentin, il apprécia Jean-Léon Gérôme qui a peint quelques
femmes charnues au bord d’une piscine, mais il n’avait pu entrer dans leur
hammam ; l’orientalisme est un conte qui a mis dans le mille.
Il a vu aussi les nabis avec Paul Ranson et ses couleurs en aplat dans « La chambre
bleue », le corps féminin est ocre.
Avec ses amis Camoin
et Marquet, ils se sont rendus à Tanger où les ombres profondes
découpent des plans nets, et les contrastes de bleu et de blanc font tort aux
yeux, des yeux neufs, pour une mémoire vide alors qu’il « prend ses
distances avec le fauvisme ». Fathma la petite mulâtre pose pour lui et aussi Zorah.
« Quant aux odalisques,
je les ai vues au Maroc et je fus ainsi en situation de les mettre dans mes
toiles sans faux-semblants à mon retour en France. »
Les souvenirs sont des parfums, ceux des corps, de la
térébenthine, des gâteaux et des vieux cuirs.
mercredi 15 octobre 2014
Iran 2014 # J3. Après midi à Naqsh-e Rostam et Yazd.
Nous pique-niquons assis sur une énorme
natte, sous une allée d’arbres, de pains plats tartinés de thon et fromage et
d’une pastèque.
Nous nous arrêtons à Naqsh-e Rostam. Dans la falaise 4 tombeaux en forme
de croix, évoquant Pétra pour l’une d’entre nous, abritent des rois achéménides
dont Darius. Des bas reliefs postérieurs célèbrent la victoire de Shapour sur
les romains ou l’investiture d’un roi.
Face aux tombeaux s’élève la Kaaba-e-Zardusht ou Kaaba
de Zoroastre, tour de feu enfoncée dans un carré en dessous du niveau actuel du
sol.
D’un coup de mini bus, nous nous dirigeons vers Pasagardes. C’est l’ancienne capitale
achéménide de Cyrus. Nous n’en voyons que le tombeau au centre d’une immense
plaine. En forme de pyramide à la base, 7 marches plus ou moins hautes
conduisent à un édifice de pierres dont il ne reste plus que les lourds vantaux
chargés de protéger jadis le corps et le trône en or du roi.
Nous buvons un café au lait bouillant avant de reprendre une
longue route. Nous faisons une halte à Abarkuh
devant un cyprès de 4500 ans, « probable témoin des premières vagues
aryennes » trônant dans un jardin d’un vert reposant après toute l’aridité
des alentours. Très vite trois jeunes garçons
nous repèrent et débarquent en
motos pétaradantes autour du mini bus. Ils testent leur anglais pour entrer en
contact avec nous, répètent nos noms. Ils n’ont pas l’âge de conduire, sans
casque qui plus est, mais pratiquent le dérapage contrôlé avec maestria devant
les étendards noirs mortuaires d’une
maison voisine.
Nous buvons un thé bouillant préparé par notre chauffeur.
Dernière étape : il nous reste 200 km avant d’atteindre Yazd.
La route en ligne droite traverse des étendues désertiques
d’un paysage sec et rocailleux, sans village pratiquement depuis ce matin. Pour
nous distraire Haleh (« croissant de lune ») passe de la musique, des chansons italiennes,
françaises (Juliette Gréco, Michel Berger revisité) un peu d’anglais, lorsque
nous ne somnolons pas.
A chaque check point M. Ali enfile son pull à épaulettes. On
commence à apercevoir des dômes en terre, construits au ras du sol, qui servent
de châteaux d’eau.
Nous arrivons à Yazd dans
la nuit, surpris de l’ampleur de la ville, de son côté plus moderne par rapport
à Shiraz. Les monuments à caractère musulman sont joliment éclairés. Nos deux
Iraniens semblent hésiter sur la direction. Haleh s’arrête pour demander son
chemin, téléphone et finit par trouver le jeune homme envoyé à notre rencontre
par l’Hôtel Abib Almamalek situé dans la vieille ville. Il s’agit d’une
ancienne maison de marchand en torchis avec des murs hauts et une porte
d’entrée plus haute encore. Nous pénétrons dans un patio couvert aménagé en
restaurant, bordé de larges divans en bois. L’accueil est agréable avec un
verre de jus d’orange en bienvenue. Nous investissons les chambres surélevées
de 3 marches composées de trois à cinq lits chacune. Nous héritons de la plus
grande avec un petit salon central. Nous sommes les seuls clients à cette heure
tardive, nous mangeons bien après une petite balade sur le toit proposée par un
jeune employé. Douche, lessive, journal et dodo.
D’après les notes de Michèle Chassigneux.
mardi 14 octobre 2014
La vie des festivals. Gaudelette.
Depuis sa majesté Gaston
La Gaffe, la
vie des rédactions des journaux de BD est un genre à part entière, car c’est
bien de cela dont il s’agit et non de la vie des festivals qui n’est l’objet
que d’une histoire sur huit.
Ne fréquentant plus Fluide glacial depuis longtemps, je ne
connaissais pas le dessinateur et j’ai aimé son humour désinvolte, sa mauvaise
foi, l’éternelle panne d’inspiration qui arrive à remplir la planche, les
collègues, son chef, son trait paresseux
mais expressif.
L’auto dérision est un sujet inépuisable.
« Je sais… JE SAIS !...
que ça fait une page débitée pour ne
rien dire… que j’en fais quoi du respect des lecteurs… que si je crois qu’on me
paye pour débiner mes collègues… je sais ! Et eux aussi, ils savent…les
lecteurs… et surtout les abonnés !! Tu y as pensé aux ABONNES toi ?
Abonnés au prévisible, à l’attendu… au même refrain récité par cœur »
Pas de quoi avoir le grand prix d’Angoulême … quoique avec un
ruban adhésif un petit bandeau rouge sur la couverture pourrait être vendeur,
mais le rafistolage se voit.
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