mardi 26 janvier 2010

Bibliothèque de travail

A la faveur de la livraison par un ami d’une pincée de BT des années 50-60, j’évoquerai ce monument de l’école, en me livrant sans retenue à la nostalgie. Pourquoi s’excuser toujours, d’avoir aimé? Les monuments ne sont pas que des constructions épaisses et froides, défiant le temps pour finir en cartes postales, ils peuvent être aussi le résultat d’un travail collectif toujours remis en cause. Les piles de ces brochures depuis le numéro 1 « chariots et carrosses » constituent un beau portique pour des générations d’enfants qui se sont documentées à partir du travail d’autres élèves. « La collection de brochures hebdomadaires pour le travail libre des enfants » comme le précisait cette série au titre peu porteur aujourd’hui en terme marketing avec ce mot « travail » piétiné, éreinté jusqu’aux marches des palais républicains. Comme s’est démodé le terme école « moderne » nom du mouvement poursuivant l’œuvre de Freinet qui commença la collection en 1932. En 2007, PEMF la société qui éditait cet outil était mise en liquidation judiciaire.
C‘est l’esprit des lumières qui animait cet instituteur des Landes produisant une documentation très complète et accessible sur « les dunes de Gascogne », ou ces enquêtes réalisées par des élèves de l’aérium Normandie ( pavillon 15) qui ont abouti au numéro sur « les cités lacustres ». L’encyclopédie à la portée des enfants, tous prioritaires.
« Combien de fois n’as-tu rêvé de faire l’un de ces magnifiques voyage à bord d’un des splendides avions commerciaux modernes ! Sais-tu, cependant que ces vols si agréables sont le fruit de la peine des hommes » ouvre le numéro 105 : « Sur les routes du ciel ». Un autre temps.
L’optimisme quant aux techniques allait aussi pour l’espoir en un monde plus juste : dans ce numéro consacré à un enfant chinois et sa famille en 1960 :
« A l’automne, Tchen Lo-Ming et son frère passaient tout leur temps libre près du grand chantier de construction. Il y a seulement deux ans, l’endroit était inondé et dangereux ; les arbres du bord de la rivière n’ont pas été abattus et les enfants y retrouveront de la verdure »
Une autre planète.
Révisions délicieuses, et aussi des occasions d’apprendre : ainsi les cothurnes en illustration « sont des chaussures de scène pourvues de semelles hautes de 20 à 30 cm.Pour être aperçus du public qui se trouvait très loin de la scène, les acteurs afin d’augmenter leur taille, chaussaient des cothurnes. Cela les obligeait à revêtir de longues robes qui dissimulaient leurs pieds. »

lundi 25 janvier 2010

Les contes de l'âge d'or

Alors que je n’ai toujours pas pris le temps pour le moindre Avatar, casser les pieds de mon entourage pour aller voir un film roumain confirmait mon snobisme et mon masochisme. Eh bien les quatre séquences qui composent ce film sont délicieuses, pas seulement drôles, mais donnent à espérer en l’homme au milieu de circonstances pas toujours favorables.
Un humour original vient tempérer les désillusions, il peut nous faire voir un magnifique manège à l’ancienne faisant tourner sans fin ses chaises volantes comme une métaphore de l’idée de progrès social qui finit par oublier le moyen de mettre fin au tournis. Et le militant zélé qui veut lutter contre l’analphabétisme, la famille au cochon à faire passer de vie à trépas dans un appartement, le photographe qui truque maladroitement la photo officielle participent à ces moments légers et n’engendrent pour une fois ni cynisme, ni fatalisme, plutôt la bienveillance.

dimanche 24 janvier 2010

Le retour au désert

Après un moment de perplexité pour s’habituer à l’alternance des dialogues en français et en portugais, surtitrés, les deux heures de la pièce de Koltès passent bien. Et les mots projetés sur les parois amovibles qui limitent les affrontements des comédiens excellents, prennent un relief intéressant. Le parti pris de Catherine Marnas de doubler chaque personnage permet d’aller au-delà de cette violence familiale, de nous interroger sur ce titre « Retour au désert » alors que Mathilde revenue d’Algérie s’incruste dans la maison occupée par son frère.
Où est le désert ? Dans ce moment où se joue la décolonisation,à qui est la maison ? Le bruit des hélicoptères revient vrombir au dessus des spectateurs devant lesquels se joue une comédie, un drame, une pièce parfois onirique, avec des solitudes qui s’affrontent mais où les murs ont beau glisser, ils demeurent, bien hauts.

samedi 23 janvier 2010

La culture européenne nous réunit-elle ?

Qu’il parait lointain le débat organisé par Libé en septembre à Lyon entre Volker Schlöndorff et Frédéric Mitterrand alors tout juste nouveau ministre de la culture qui ne voulait pas être appelé « monsieur le ministre » par Fabienne Pacaud qui distribuait la parole.
A-t-il minaudé ainsi quand son nom a été scandé par les jeunes UMP ?
Cette question concernant la culture est pourtant intéressante au delà des mornes campagnes électorales à l’échelle continentale. Depuis la thématique de ces trois jours en automne qui célébrait les vingt ans de la chute d’un mur de Berlin auquel nous étions adossés, nous pouvons mesurer les dégâts de la captation du terme « identité » par la droite.
Les Besson et autre Sarko salissent tout ce qu’ils touchent et cette Marseillaise qui avait si fière allure à l’accordéon dans un champ de blé d’un Miklós Jancsó n’est plus qu’un objet de la litanie vidée de son sens : « il faut l’apprendre à l’école ». Cela va devenir de plus en plus difficile. Le prof des écoles à Calais pas loin de la jungle doit avoir du mal.
Frédo est toujours un excellent conteur pour évoquer son voyage aux confins de l’Europe à la recherche de la tombe d’un oncle- non pas tonton- un autre. Il était une nouvelle fois hors sujet, mais brillamment.
Cette question fait l’effet d’être à destination de salons. Le sentiment qui transcenderait les frontières se vit plus dans les stades anglais que dans des coproductions ciné aux castings sans flamme ni passion telles une résolution du conseil de l’Europe.
Peut-on parler de budget émotionnel, même si le commerce permet de passer de la culture à la civilisation et que l’identité contrairement à la virginité s’acquiert, elle ne se perd pas ?
Si l’on veut éviter que la mondialisation soit une américanisation, qui pourra éviter à l’Europe de se provincialiser ? Déjà qu’à l’intérieur de nos quartiers, de nos cantons… Cependant le débat se poursuit. Gaucher vient de répondre à Julliard dans les colonnes de Libé pour que la dernière analyse brillante que le chantre de la défunte deuxième gauche vient de fournir, s'envisage dans un cadre européen.

vendredi 22 janvier 2010

La X°biennale à la Sucrière

Je n’avais pas remarqué que l’immeuble à moitié démoli à côté du lieu d’exposition qu’est devenu l’entrepôt de la sucrière à Lyon était une œuvre « qui joue sur l’espace et les alternances diurnes et nocturnes de l’atmosphère ambiante ». L’artiste a fait ajouter quelques panneaux orange et des néons à la bâtisse en cour de destruction. A l’entrée des papiers peints de Tsang Kinwah, genre impression toile de Jouy avec des motifs composés de mots pas toujours délicats mais que l’on peut ignorer de loin. Sa pluie de lettres dans une autre vaste salle rouge est impressionnante. Les phrases circulent, se multiplient, rebondissent : ludique et légèrement angoissant. Les petites voitures téléguidées dans la circulation newyorkaise dégageant des fumées colorées pour dénoncer la pollution sont gentillettes, et la quincaillerie mise en scène par un japonais une multiplication du ready made initial et ressassé de Duchamp. J’ai bien aimé les panneaux lumineux de Robert Milin tel que « Victor Hugo est mort » placé dans des lieux inattendus. J’ai photographié sans retenue - merci la biennale- les dessins de Dan Perjovschi qui fait tracer chaque jour un dessin inspiré par l’actualité sur un immense tableau noir à la craie. Une belle idée du mexicain Pedro Reyes qui recycle le métal des armes en lames de pelles pour planter des arbres; par contre des maquettes de ville où King Kong rencontre et vues à travers des vitres colorées ne sont pas d’une originalité renversante. La profusion des vidéos induit une certaine indifférence : le vent qui perturbe les jeunes spectateurs d’une cérémonie officielle ne m’a pas marqué au-delà d’une image de plus dans notre zapping quotidien. Des graffitis en papier lacéré, les cabanes d’Agnès Varda, des crânes en porcelaine, une poussette montée sur rail avec caméra, des tuyaux d’eau serpentant sur le sol, des gravures sur linoléum, ne valent pas les tours miniatures si graciles que Takahiro Iwasaki a installées sur des serviettes de bain colorées : une autre façon d’envisager les estampes traditionnelles avec humour et poésie. J’avais oublié une photographie de sangliers dans une rue, un cerveau en tube de néon, des tables et des chaises, un portail qui claque contre un mur qui s’effrite et d’autres …que j’ai oubliées. Ah oui le thème de cette année c’était : « le spectacle du quotidien »

jeudi 21 janvier 2010

We are l'Europe

Livre de Jean Charles Massera.
« … mais la vérité c'est que vous pleurez votre mère presque tout ce qui vous aidait à penser jusqu'à maintenant ne marche plus ! C'est évident, vous n'arrivez plus à vous redéfinir ! J'veux dire avant d'nous faire un cours sur les nouvelles données d'la vie, faut peut- être comprendre les nouveaux programmes là ...»
Je ne sais plus qui m’avait recommandé ce livre, que j’avais à mon tour prêté sans l’avoir lu, en me fiant à ce style décontracté, que je jugeais approprié pour cerner ce sujet lointain : l’Europe. Je me repens d’avoir gaspillé le temps de ceux qui m’ont fait confiance sur ce coup, parce que ces dialogues ne sont que bavardages vains. Certes un signe des temps, mais ça ne vaut pas ces 240 pages. Et je ne me fais même plus la promesse de ne pas me laisser tromper par des ouvrages à peine de circonstance, à oublier aussi vite qu’une émission de Denisot où la forme désinvolte arase tout. Et ce n’est pas un hasard que le discours le plus convaincu dans ce compendium des élisions du moment, soit celui de l’adepte des rollers.

mercredi 20 janvier 2010

J 18. Dalat

Aujourd’hui nous prenons la route pour Dalat, sur 180 km. Le bitume ne recouvre pas toujours la chaussée qui parfois comporte de sérieux nids de poule (« d’éléphants »). Nous traversons des paysages de montagne magnifiques, couverts de bambous et de champs de manioc, de caféiers et de pins. Nous ne sommes pas gênés par la circulation. Nous remarquons une ou deux femmes en costume traditionnels des ethnies du Nord. Cette région longtemps déserte a été peu à peu exploitée par des populations immigrées.
Pendant le trajet qui a duré près de cinq heures, notre guide nous donne quelques informations sur sa vie avec son père et ses frères envoyés en camp de rééducation. Elle a du se louer pour des travaux des champs. Pour éviter « le service civil » imposé elle a préféré se marier. Mais en nous révélant les engagements de son fils en France avec la droite extrême nous garderons désormais nos distances et l’ambiance devient pesante.
Nous arrivons à Dalat à 1500 m d’altitude pour le repas de midi que nous prenons dans un petit restaurant : riz, crevettes ou calamars farcis ou porc, soupe. Nous nous rendons à la pension excentrique Hang Nga (« crazy house ») à l’architecture délirante imaginée par une femme qui fit ses études en Russie, fille d’un haut personnage politique. « Le père était un réaliste, sa fille une surréaliste ». Les bâtiments tarabiscotés foisonnant de décorations sont reliés par des passerelles en béton. Les chambres sont toutes différentes, caractérisées par leurs cheminées zoomorphes : ours, aigle, kangourou, tigres, rehaussés d’ampoules électriques rouges. Peu d’angles droits, les miroirs sont de formes variées. Les lits adoptent des formes contournées. Beaucoup de recoins romantiques ; des travaux d’agrandissement se poursuivent. Le petit jardin très fleuri et arboré déborde de surprises avec sa gigantesque toile d’araignée, sous l’œil d’une girafe escalier. Le délabrement des matériaux ajoute, pour moi, au charme. Les codes graphiques de l’Asie traditionnelle sont réinterprétés et cette imagination naïve m’a ému et rappelé le facteur Cheval, Walt Disney, Gaudi, Hundertwasser, halloween, un peu de tout. Alice fait un tour à Uriage sous les tropiques.
Nous reprenons la voiture : Thien veut nous montrer une pagode moderne à la sortie de la ville financée par la diaspora vietnamienne. Rien d’époustouflant à part les jardins ; la pluie apparaît timidement. Nous passons à l’hôtel Resort Hoang Anh, grand luxe, où on nous accueille avec un jus d’artichaut. Nous logeons dans le pavillon mimosa dans de grandes chambres où le bois domine avec balcon et salle de bain en marbre noir. C’est princier !
Nous ne nous attardons pas et reprenons la voiture avec un arrêt à la gare (Ga) construite par les français sur le modèle de la gare de Deauville, elle ne sert plus que pour un petit train à crémaillère. On peut y voir la salle d’attente première classe avec fauteuils en cuir cossus et de vieilles machines en exposition. Un couple de mariés profite du décor pour prendre des poses théâtrales imaginées par le photographe d’art secondé par ses arpettes et la maquilleuse. Nous poursuivons le tour de cette ville qui fut un lieu de villégiature pour les colons accablés par les chaleurs tropicales. La ville de 150 000 habitants garde des traces de ce passé avec quelques villas au style de différentes provinces françaises.
C’est dimanche, à la cathédrale, les fidèles arrivent progressivement jusqu’à remplir la nef repeinte de frais en jaune. Nous jetons un œil sur les vitraux du grenoblois Balmet (1940). La cérémonie se prépare : tandis que les fidèles chantent, des hommes en costume cravate portant une écharpe en bandoulière, des femmes mûres en Ao Daï, un homme portant la bible, deux enfants de chœur en aube avec l’encensoir et les huiles saintes et enfin le prêtre se mettent en place au fond de l’église dans l’allée centrale qu’ils remontent jusqu’à l’autel. Nous nous éclipsons à ce moment là.Nous nous promenons dans les rues du centre ville, puis dans le marché à plusieurs étages. En haut : habits, droguerie, parfumerie, au deuxième étage : les restaurants, en bas : les graines de toutes sortes : riz, maïs…et tout autour les légumes, très variés : brocolis, choux fleurs, artichauts s’ajoutent à ceux que nous avons rencontrés sur d’autres marchés. Nous rentrons à pied par une avenue large « les ramblas » puis longeons le lac, sur lequel passent des pédalos en forme de cygne. La circulation est dense, les gens s’amusent avec des tandems, les cerfs volants volent, les manèges tournent, les footballeurs jouent : ambiance de vacances. Nous nous restaurons près de la gare dans un décor soigné en présence d’un sapin de Noël enguirlandé. Pour un prix très raisonnable des crevettes, des nems, un steak frites. Nous goûtons le vin rouge de Dalat dans lequel on glisse une sorte de fruit sec à noyau curieux. A l’hôtel, ordinateur, lessive.
La couette de l’hôtel est la bienvenue, la clim' n’est pas prévue dans ce 4 étoiles.

mardi 19 janvier 2010

L’homme qui s’évada

Transcription en BD chez Actes Sud du livre d’Albert Londres. Terrifiantes conditions de survie au bagne de Cayenne, quand l’enfer n’est pas une métaphore. Du temps de la bande à Bonnot, un nommé Dieudonné avait été gracié pour un crime qu’il n’avait pas commis mais envoyé là bas, il s’évade : Laurent Maffre raconte cette aventure incroyable où sont atteintes les limites de notre humaine condition. Les traits sont élémentaires, les visages humains ne sont que grimaces. Les forçats cachent leur argent « dans un tube en métal qu’ils appelaient « le plan », pour éviter qu’on le leur vole, ils le placent dans leurs intestins. Quand ils le veulent, ils s’accroupissent. » Lors d’une évasion ils pouvaient tomber sous les balles d’anciens déportés qui s’adonnaient à la chasse à l’homme, ceux-ci leur ouvraient le ventre pour récupérer ces plans.

lundi 18 janvier 2010

Tétro

L’amie avec qui j’ai vu ce film de Coppola était carrément furieuse à la sortie devant le conformisme des critiques qui regrettaient que la palme d’or n’ait pas été attribuée à l’auteur du "Parrain" et d’"Apocalypse Now". Ses films ont compté dans l’histoire du cinéma mais sûrement pas pour cette dernière production ennuyeuse. Les familiers de l’œuvre sont rassurés de voir revenir les mêmes thèmes, mais ceux qui préfèrent les découvertes peuvent se lasser. J’ai été moins virulent au bout de deux heures de projection, seulement indifférent à cette histoire de fils écrasés par la figure du père. L’acteur Vincent Gallo en fait des tonnes. Certes les images sont soignées et Buenos Aires est photogénique mais ce film apprêté sonne le creux. Trop détaché, trop pas intéressant.

dimanche 17 janvier 2010

Sempé à New York, l’évidence.

Comment ne pas aimer les rites,quand à chaque Noël m’est offert un album de Sempé?
Cette année une longue interview du dessinateur bordelais permet de déguster son livre plus longuement et de retrouver dans ses mots, la fraîcheur, la rigueur, la fantaisie et l’humilité, l’évidence de ses dessins. Les couleurs de ces vues sur New York sont plus éclatantes qu’auparavant, mais nous sommes toujours rappelés à notre taille dérisoire en regard de nos désirs d’infinis, malgré les promesses de l’enfance. Lumineux, essentiel. Jamais son humour léger n’est méchant, il va chercher nos pathétiques espérances dans les coulisses des théâtres, en bord de mer, dans les parcs, sur le coin d’un trottoir ou et sur le balcon haut perché d’un escalier de secours ; la fantaisie du monsieur qui chasse les feuilles devant lui. Le subtil aquarelliste est séduit par les taxis jaunes de la ville verticale où quelques chats posent un regard filtrant, pas dupe des ambitions des hommes.

samedi 16 janvier 2010

« Le coup de grâce »

Le magazine trimestriel de la culture en Rhône Alpes s’il titre sur « Gérard Collomb : le petit Sarkozy de province » pour son abandon de l’Hôtel Dieu aux « forces de l’argent » est plutôt bienveillant avec la gestion de J.J. Queyranne à la région en citant René Rizzardo : « les régions jouent désormais un rôle irremplaçable de médiation politique entre les différents acteurs du champ culturel ».
Un entretien avec un mécène qui expose des œuvres dans sa PME, peut inspirer des vocations puisque son personnel peut dire : « on aura vu plus d’expositions que le Lyonnais moyen ». Nous pouvons mieux connaître quelques têtes d’affiche : Gamblin, le réalisateur du fils de l’épicier, Rachid Taha… et mettre un nom sur des rôles : madame Rosa d’après Romain Gary, c’est Myriam Boyer la mère de Clovis Cornillac. Découvrir la fondatrice de l’Université populaire de Lyon, il y en a une comme à Rouen avec Onfray. Suivre la chorale homo : « A voix et à vapeur ». Une maquette très soignée met bien en valeur le travail de la photographe écorchée Elinor Carucci et celui du peintre Jean Fussaro. Des rubriques habituelles donnent envie d’autres lectures, comme ce numéro de Médium de Régis Debray « Nous », en vente au Square. Bien sûr que cette publication s’adresse à ce quart de la population qui lit encore un quotidien (29% de la population en 2008 contre 37% en 1997), ce sont les mêmes qui portent un intérêt à la culture symétrique de la même proportion dont la relation à toute forme de culture est très lointaine. Chiffres tirés de « La scène » qui pose la question : « Le temps passé devant les écrans ne finira-t-il pas par remettre en cause la sortie culturelle au profit de pratiques plus autarciques et familiales? » Quand je vois certains des responsables près desquels j’ai pu défiler, renvoyer ces préoccupations à des activités superfétatoires, je m’inquiète. Yvon Deschamp qui est chargé de la culture à la région dit : « on ne peut vouloir changer la vie si on n’a pas une vision culturelle ». Il prend sa retraite.

vendredi 15 janvier 2010

Personne. Gwenaëlle Aubry

Quelle jubilation d’être en accord aussi intimement avec une écriture, un livre ! D’être présent à la lecture, alors que Gwenaëlle Aubry, philosophe romancière s’offre, nous offre le superbe cadeau du portrait de son père qui était absent à lui-même, fou. Elle a choisi des extraits des carnets intimes de cet ancien professeur de droit pour les entrelacer avec ses mots à elle. A travers les mystères d’une vie, c’est nos destins qu’elle met mieux à jour, qu’elle cherche à révéler avec sincérité, avec amour. Les chapitres correspondent à un classement alphabétique comme dans un dictionnaire qui une fois achevé tiendrait toute la vérité d’une vie, mais celle-ci s’échappe. Ce choix qui rend la lecture confortable correspond aussi à la multiplicité des facettes de ce père pirate, clown aux pieds nus.
Je cite une parenthèse seulement devant l’impossibilité de choisir dans ces pages denses et légères, lucides et chaleureuses, aux mots justes. « (ce sont les névrosés qui lisent des romans […] les psychotiques préfèrent la poésie et la philosophie, ils creusent plus loin dans le réel) »

jeudi 14 janvier 2010

Max Laigneau

Il a travaillé au quartier de l’Abbaye et à l’Hexagone de Meylan qu’il a dirigé, Max Laigneau, le peintre, expose ce mois de janvier dans les salles au décor raffiné du château Borel à l’Hôtel de ville de Saint Egrève. Et même si les éclairages ne sont pas toujours satisfaisants, la vivacité de ses couleurs éclabousse le visiteur. C’est l’été en Provence, et en bord de mer, face aux régates aux chatoyants embruns. Ces thèmes et leur traitement conviennent parfaitement pour des affiches. A regarder sur Internet, on constate que sa une notoriété va au-delà de sa région d’adoption, et il est probable que vous ayez croisé de ses fresques murales dont l’optimisme est bien nécessaire pour égayer certains lieux. J’ai moins apprécié ses masques vénitiens, on en a tellement vu ; j’ai préféré ses musiciens de plein air, ses paysages rêvés, énergiques, solaires, ses plages vives.

mercredi 13 janvier 2010

J 17. Lac Lak

La journée commence par un moment exceptionnel : les chutes d’eau de Dray Sap, époustouflantes ! Nous nous approchons, brumisés par les projections, assourdis par le tonnerre de l’eau, alors qu’un arc en ciel se dessine. Tin, notre nouveau guide local, discute un moment avec deux « braconniers » s’évertuant à déraciner un arbre. On a l’impression d’assister au matin du monde. Lorsque nous passons des nuées de papillons s’échappent des buissons, petite ribambelle délicate dans le décor sauvage. Pourtant nous voyons quelques champs brûlés indiquant une activité humaine à côté d’arbres majestueux à lianes et de bambous mangoustes. A Hanoï nous avions été frappé par la profusion anarchique des fils électriques, et c’est dans cet endroit où nous pouvions nous la jouer Indiana Jones, en passant sur les ponts suspendus, que nous somme intrigués par des bornes en ciment. Elles marquent des lignes électriques enterrées.
Nous visitons une maison traditionnelle à laquelle on accède par une échelle sculptée terminée par deux seins de femme.
Dans le village des Ede : Buan Tuor (Buan : village) les chiens nous reçoivent en aboyant.Ce village catholique est équipé de sa petite église en bois, assortie aux longues maisons sur pilotis dans lesquelles patalent bruyamment des enfants qui jouent à cache-cache avec nous. Le nombre de fenêtres correspond au nombre de couples, « une petite famille ». Autrefois on agrandissait la maison pour de nouveaux mariés. Aux abords du village, les champs de café attendent que les grains rougissent pour être récoltés.
De retour à Buon Me Thuot, nous regardons de près le monument à la gloire des soldats du Nord avec tank en béton, et sculptures monumentales qui rappellent la bataille décisive qui fit fuir l’armée sudiste, ce fut le début de la débandade.
Nous revisitons le marché, puis le marché couvert plus calme. Sur les étals des objets en papier à brûler pour les morts : dinettes, vêtements jaunes d’empereur, faux billets de banque, ou des graines de toutes sortes.
Nous déjeunons dans le restaurant d’hier faute de trouver une nourriture différente dans cette rue spécialisée dans les « nems vietnamiennes ». Mais nous nous offrons un café noir et fort dans un établissement près de la poste qui nous sert aussi en bienvenue du thé.
Nous prenons la route du lac Lak à travers des paysages très mignons où nous renouons avec des petites rizières déjà jaunies. D’ailleurs les paysans ont placé une machine sur la route et y enfournent les tiges de riz pour séparer la paille du grain. Nous stoppons dans le village M’nong de Jun dans lequel un couple d’éléphants de 45 ans munis d’une nacelle en métal nous attend pour une promenade d’environ une heure. Une estrade en hauteur a été construite pour que les touristes puisent accéder au siège sécurisé par un garde-fou. Un pied sur le dos de l’éléphant et hop on s’assoit !
Le cornac, pauvrement vêtu, titille l’oreille gauche de l’animal à l’aide d’une pique recourbée pour se faire obéir et place son pied derrière cette oreille rose pour le diriger. Nous traversons le village au rythme chaloupé de nos vivants véhicules qui rend aléatoires les cadrages photos. Les pachydermes n’hésitent pas à arracher les branches des arbres des maisons, il leur faut 200 kg de verdure par jour, qu’ils trouvent en principe dans la forêt où ils sont parqués. Ils quittent la route et descendent un sentier mal commode vers le lac et d’un pas lent traversent jusqu’à l'autre rive. Notre mâle en profite pour se soulager et expulse des balles de bouse herbeuses impressionnantes. Pratiquement pas de touristes, pas d’autres éléphants, nous goutons notre plaisir sous le soleil qui fait vibrer la surface de l’eau.Les maisons sont construites en bois ou avec des bambous tressés, les nouvelles utilisent le béton moins cher car le bois de bonne qualité interdit à l’abattage, devient rare. Nous profitons de belles lumières de fin d’après midi pour monter à l’une des anciennes demeures de Bao Daï. Une grosse villa en hauteur dominant le lac et transformée par l’état en hôtel dans les années 90. Malheureusement l’entretien n’est pas suffisant et le service doit manquer de diligence, mais le magnifique point de vue porte loin.
Il est temps de gagner l’hôtel, le « Lak Resort », loin du village, dans un cadre paisible, près du lac. Il est constitué de bungalows autour d’une piscine, de deux maisons communes et d’un restaurant. Nous explorons le lieu, une musique émane d’une maison commune où se déroule un spectacle de danses. Les instruments diffèrent de ceux entendus jusqu’à présent, avec une majorité de sons de bois. Nous nous retrouvons dans la piscine doucement chaude, plus chaude que la brise qui nous attend à l’extérieur.
Nous nous rendons à la salle à manger à la lampe de poche pour un festin de noodles +vegetables+porc, arrosés de Saigon beer. A côté, des jeunes viets et occidentaux ont éclusé sans modération de la bière et braillent par intermittence, nous rigolons aussi.
Les bêtes de la nuit tropicale lancent leur chant exotique : crapaud buffle (?), insectes en tous genres. Nous branchons les prises anti moustiques et aspergeons les draps de répulsif au cas où…

mardi 12 janvier 2010

Envahisseurs

Une copine me disait, ironie inspirée par l’envie :
« Tu habites une Petite Suisse ! »
J’en suis restée chocolat, mais vérification faite, la dame a bien raison.
Tout est coquet, propret, sécurisé au Bombaril, département Risée, canton de Sainte Fièvre.
Cheu nous pas de pétarades nocturnes, pas d’agressions, pas de rixes, pas de risques. Pourtant les ancêtres à sac à main ne manquent pas, musardant en toute quiétude de banc en banc.
Chaque été mes chers petits enfants déboulent dans mes lieux sécurisés. Des gamins venus de cités moins protégées : Toulon, Perpignan, Barcelone… Des coins qui vous apprennent la vigilance pour biens et abatis.
Privée de siestes et de scrabble avec mes chevrotantes copines, je dois accompagner mes moustiques dans une tournée intégrale du village. Notre pacte est simple : si je veux regarder Super Nany sur la Six, Derrick sur la Trois, si je souhaite les jeux télévisés afin de ne pas attraper la sénilité, il leur faut absolument une histoire devant les récentes œuvres d’art apparues dans notre village mécénesque.
Les sculptures qu’ils préfèrent sont : « le prince et la princesse », au départ du sentier des Mollah et cette féerie de pierre, de verre et de métal prête à s’envoler. Hélas ! Elle a récemment perdu ses ailes caillassées par des ennemis de la beauté venus, c’est certain, de St Quentin les Voyous ! Cheu nous ya pas de voyous ! On ne veut pas de ça cheu nous a dit le Conseil Municipal. Donc onnennapa.
- Ca fait rêver, s’extasie Lili, six ans devant la fée privée de ses ailes.
- C’est trop, ajoute César en caressant la tête du roi.
- Beau, complété-je.
Arnaud, trop jeune, se contente de tripoter ses incisives.
Cette année là, j’ai cru à un été tranquille pour mes neurones. Ils se contenteraient des bibliothèques et des cinoches locaux, les sacripants ! Je parle de mes petits, non de mes cellules cérébrales, vous aurez compris.
J‘avais tout faux.
- On veut voir comment c’est avec le bus qui passe plus au milieu du Bombaril, a déclaré César, l’aîné, onze ans. Il veut devenir urbaniste depuis que H.P. l’a envoyé vivre à Barcelone. Devenu européen, le bonhomme développe un sens critique qui me laisse pantoise.
Frauduleusement nous prenons le raccourci par le parc de la Maison de Repos. Commence l’exploration des abribus. « Non, que je leur dis, c’est pas aujourd’hui qu’on ira au cinoche à Tataouine… J’ai compris pourquoi vous vouliez voir la nouvelle ligne du Trois, filous ! »
Rafraîchis par la brise poussiéreuse qu’engendre la circulation, nous atteignons le carrefour qu’agrémentent fleurs, feux de circulation sans oublier le cadran qui donne la date, la température et l’heure et le Sein à Téter- pardon, le Saint à fêter. C’est le moment de vérifier que Lili sait lire l’heure. C’est bon, elle sait.
- Et ça, c’est quoi ? interroge César.
Damned ! J’avais oublié la dernière en date des œuvres d’art érigées au village.
Suivi de Lili, César bafoue le feu rouge. Je les rejoins en faisant voler Arnaud au bout de mon bras.
J’enguirlande copieusement les grands. En vain. Ils sont ravis dans la contemplation de la statue.
César : C’est un niti…
Moi : C’est quoi un niti ?
César : Ben Mamie, tu lis quoi ? C’est un Alien.
Moi : Un fou ?
César : Mais Mamie, où est-ce que t’habites ? Un Alien c’est un extraterrestre, un venu d’un autre monde.
Ce mioche en sait plus qu’une Bombariloise aggravant la moyenne d’âge du canton.
César poursuit :
- Tu vois bien que c’est un niti : il a deux cerveaux et il a quand même du mal à lire tout ce qu’on doit savoir sur les humains. Ses oreilles de Pluto pendent de chaque côté des joues. Je les trouve très chouettes. Il hésite, réfléchit… A mon avis l’air de la Terre ne lui convient pas parce qu’il est en train de se décomposer. Vise les couleurs ! C’est d’un super réalisme. Il est bon pour danser avec les Morts Vivants de Mikaèle Jaquesonne. Faudrait ajouter des mouches et des vers, ça ferait plus vrai, hein, Mamie ? Je peux jeter de la terre dessus pour que ça fasse lèpre ?
Mamie n’a vu qu’un lecteur nu en position inconfortable, sur la pointe des pieds, ce que critiquerait notre animatrice de gym douce. Le pauvre, il ploie sous le fardeau d’une génération pas du tout intéressée par la lecture : un bambin à califourchon sur ses épaules d’ex-concentrationnarisé. Ah, combien est grande ma sympathie pour ce Papi ! Il ne fera pas de vieux os celui-là ! Même si on lui fait des rayons verts et violets la nuit. Cancer des os ou de la peau ?
Lili me chuchote :
- Dis Mamie, pourquoi le monsieur moche il fait caca sur des livres ?
- On ne parle pas comme ça. Il faut dire déféquer. Et puis il n’y a pas de chasse d’eau. C’est la preuve qu’il ne fait pas ce que tu dis !

J’entends un gros « blurp ». C’est Arnaud qui vomit un truc vert.
Soudain coup de vent glacial, mini tornades sur le bitume, passent des touffes d’herbes enroulées sur elles-mêmes… un harmonica invisible gémit au loin.
Tandis que nous fonçons aux abris, des bruits de tôles froissées ! Une dame aux dents de morse sort de sa Clio dont le pare-choc arrière gît sur le macadam. Poing droit levé, elle se dirige vers l’automobiliste qui lui a embouti le coffre. Tout penaud le jeune homme au menton démesuré, au cou filiforme montre le Niti en guise d’excuse.
Ouaf ! Fuyons ce lieu malsain ! Je crains un remake bombanilois de la Guerre des Mondes.
César me suit à regrets : « T’as peur de tout Mamie ! » Il n’a pas vu les écailles qui lui poussent sur la main. A double tour, je nous enferme dans mon bunker pressurisé.
Cérémonial avant le coucher :
César quand tu auras fini de brosser ta longue barbe, pense à la tresser. Elle pourrait t’étouffer pendant le sommeil. Il y a des chouchoux dans le tiroir sous le lavabo.
Arnaud, cesse de chougner ! César est un imbécile : tu n’as pas des oreilles d’âne. Les ânes n’ont pas les oreilles roses. Allez, dors bien mon lapin.
Lili ! Tu n’es pas encore couchée. Ah, je vois. Tu ne sais pas encore replier tes ailes. Je vais t’aider. Bonne nuit, ma petite fée.

Quel délice de s’allonger sous la couette ! Mes pieds bleu marine et qui plus est palmés n’ont pas froid. Plus besoin de chaussons de nuit ! Nageons dans un sommeil sans cauchemar…
Marie Treize

lundi 11 janvier 2010

Bright star.

No sex, pour évoquer une histoire d’amour, c’est remarquable. Comme de voir de la poésie comme objet familier dans un certain milieu au début du XIX° siècle peut nous sembler extravagant. Cette fois pour raconter la fin de vie du poète John Keats, Jane Campion joue d’un clavier trop tempéré : pas de chaleur. La jeune fille, objet de la passion, au caractère affirmé au début perd très vite sa personnalité; heureusement elle se place souvent à la fenêtre et les images sont magnifiques, et les lumières et les costumes, sauf que l’histoire est linéaire. L’unanimité des critiques du « Masque et la plume » qui s’extasient sur les champs de bleuets - d’abord ce ne sont pas des bleuets - m’a semblée sur jouée. Par contre, la scène rappelée par une critique où la petite sœur écarte une feuille morte pour préserver l’été est effectivement très belle. Les vers échangés entre les amoureux m’ont paru assez artificiels et ronflants, mais je manque de référence sur le poète romantique anglais mort à 25 ans, qui a fait écrire sur sa tombe : « Ici repose celui dont le nom était écrit sur l'eau.» Je vais rechercher quelques uns de ses poèmes pour comprendre sa notoriété.

dimanche 10 janvier 2010

So foot : 50 légendes.

Où le mot légende est-il utilisé : pour le tour de France, le tournoi des cinq nations et le football.
Il en va des survivances de l’enfance depuis qu’on est tombé dans le chaudron.
Eprouver le calendrier, espérer à chaque saison, voir des réussites qui s’enchainent et se désespérer de glissades inexorables. Tout le théâtre de la vie pour de rire. Faire partie du cercle qui sait que le Messi se prénomme Lionel et de la confrérie universelle des garnements. Alors que j’ai espacé mes lectures du mensuel « So foot », décalé de l’actualité tonitruante du premier sport du monde, ce numéro de 240 pages me réconcilie avec leur écriture soignée, leur regard original sur notre plus grand dénominateur commun tout au tour de la planète : le jeu avec une balle ronde.
Domaine d’artistes et de fous, exacerbant les passions ou la politique se cache ou parade.
Des individus : Di Stephano : « Alfredo, tu vas avoir quarante ans, tu vas commencer à être ridicule en short », Romario, Higuita avec son coup du scorpion, Garrincha, et le but du siècle de Maradona raconté par ceux qu’il a dribblé et des illustres inconnus aux destins incroyables.
Des équipes : Brest, Bastia, Kiev, les Corinthians et cette équipe de Kiev face à la Flakelf qui salue : « Heil Hitler » et devant le stade rempli de soldats allemands, les joueurs en face tendent le bras et le replient sur la poitrine en criant « vive le sport » formule traditionnelle d’ouverture des manifestations sportives soviétiques. Selon la « version officielle » qui circulera 50 ans, tous les joueurs furent fusillés dans leur maillot rouge à l’issue de la rencontre. La légende l’a dit ainsi le courage était là.
Les drames : le Heysel, les avions de Manchester et du Torino.
Du beau linge : Camus, Bob Marley, Guevara, Pasolini, J.P. Mocky.
Je retourne, je n’ai pas fini de voir ce qu’est devenu Ziobert et qui est ce Marinello ?

samedi 9 janvier 2010

Changement climatique.

Un essai pour faire le tri d’une masse d’informations que le mensuel « Alternatives économiques » met en perspective.
- La population mondiale était de 6,8 milliards en 2009 elle sera de 9,2 milliards en 2050.
- De 1700 à nos jours le PIB mondial a été multiplié par cent et la population par dix.
- Les émissions de gaz à effet de serre se sont accrues de 38% depuis 1990.
- La résolution de la question du changement climatique ne se résoudra pas par l’épuisement des énergies fossiles : au rythme de consommation actuel c’est le charbon qui a les réserves les plus importantes : 122 ans et 50 ans pour le pétrole.- Nombre des signataires du protocole de Kyoto n’ont pas respecté leurs engagements.
- Plus de 1, 2 milliards de personnes vivent dans des régions où l’on dispose de moins de 1000 m3 d’eau douce renouvelable, le seuil de rareté. Bassins du Nil, de l’Indus, du Tigre, de l’Euphrate…le Midwest. Le Poitou et la Beauce sont menacés par la surexploitation des nappes phréatiques.
- Le CO 2 relâché dans l’atmosphère y demeure plusieurs année, alors diminuer nos émissions de 50% d’ici 2050 éviterait que la hausse des températures n’excède pas 2 degrés.

Rien que de l'air, rien que de l'eau. Ne nous laissons pas enfouir la tête sous la terre pour savoir à qui sera délivré la carte pour accéder à notre résidence!
L’urgence écologique accélère l’urgence sociale à l'échelle de la planète.
Chavez, à Copenhague rappelle quelques fondamentaux sur Daily Motion: 19 minutes de discours qui valent le détour.

vendredi 8 janvier 2010

Loin. Renaud Camus

En écoutant l’émission « Répliques » de Finkielkraut, j’ai eu envie de connaître cet auteur désolé aussi par cette société, comparse du philosophe côté sombre.
Ses dialogues qui m’avaient appâté entre un lettré et une séduisante délurée ne m’ont pas déçu :
« Bonjour !
Elle prononce bon-jou-reuh, en trois syllabes.
« Boujour.
- Vous allez sur Chalmont ?
- Euh…Oui, je vais sur Chalmont, mais je ne vais pas à Chalmont.
- Hein ? Non, sérieux : vous y allez ou vous y allez pas ?
- Je veux dire : je vais dans la direction de Chalmont, oui, mais je ne vais pas à Chalmont. »

Moments d’ironie dans un récit d’une tranquille déprise dépressive du monde qui le mène face à l’océan, inévitablement.
« N’attendre rien. Rabattre tout futur, en permanence, sur le moment présent. Habiter l’instant. Etre là, très là. Et d’autant plus vivant qu’demi-mort, déjà. »
Dernière phrase grandiloquente au bout d’un parcours où le passé s’efface, où il évite le présent et ses contemporains à chaque rond point. Las très las.
La langue au service de descriptions de la campagne hors saison est précise, juste. Il souhaite des paysages encore plus déserts, bien qu’il essaye, en se défaisant de lui-même, de se garder de tout jugement péremptoire pour le réserver aux goujateries de l’art contemporain, à la dictature des musiques omniprésentes, aux portables envahissants. Je me retrouve bien dans cette mélancolie, mais le côté fin de race d’une aristocratie incomprise avec le cousin qui finit comme le banquier Stern, m’a épargné d’avoir à aimer ce roman. Pas vraiment un roman mais un prétexte à quelques réflexions comme la conversation savoureuse avec un prêtre, mais cela aurait pu tenir dans une émission de radio écouté en roulant sur des chemins du massif central.

jeudi 7 janvier 2010

Peinture et théâtre : Delaroche Paul

Le titre de la conférence de Sébastien Allard pour les amis du musée était « Peinture et théâtre : de David à Delacroix ». De David il ne fut pas question et peu de Delacroix, par contre beaucoup de Delaroche qui illustrait parfaitement le sujet à traiter. Si Delacroix affectionne le vague, et laisse au spectateur libre d’imaginer des hors champs, Delaroche dont j’ignorais le nom mais pas les tableaux qui agrémentaient bien des manuels d’histoire, comme cet assassinat du duc de Guise où « Cromwell regardant le cadavre de Charles Ier » qui lui valut de la part de Théophile Gautier cette saillie « une paire de botte devant une boite à violon ». Le public par contre lui fit un grand succès, le revêtement de sol devant une de ses toiles à la National galery est des plus usé : Jane Gray, reine de quelques semaines doit mettre la tête sur le billot. La composition rigoureuse, les touches minutieuses, les mises en scène cadrées, parfaitement éclairées répondent aux critères de l’art théâtral jusque dans les poses expressives voire outrées des acteurs.

mercredi 6 janvier 2010

J 16. Ban Mê Thuot

Nous quittons l’hôtel après le petit déjeuner à l’heure prévue : 7h30.
Pas besoin de réveil matin ici : dès 4h 30, les hauts parleurs perchés sur des pylônes entament la journée d’une façon guillerette et appellent la population à pratiquer le tai chi, qui met en train !
Quelques temps après la sortie de la ville, deux policiers arrêtent la voiture : le chauffeur roulait à 62 km/h au lieu de 50 km/h. Montant de l’amende : 800 000D, il faut retourner payer à Kontum, donc demi-tour pour payer au poste de police en passant par la case trésor. L’essentiel de la journée se passe dans la voiture climatisée qui traverse les hauts plateaux. Nous ne pouvons pas suivre le programme initial et visiter le village Jaraï et « son incroyable art funéraire » heureusement aperçu au musée ethnologique de Hanoï. La police n’a pas accordé les autorisations nécessaires car le typhon a fragilisé le pont qui y conduit. Nous nous rabattons alors sur le lac artificiel Yali, promenade appréciée des vietnamiens, mais qui nous indiffère. Tous les villages apparus à la suite de la construction du barrage datent de moins de vingt ans et sont peuplés par des nordistes.Nous longeons d’immenses plantations d’hévéas, au repos pendant la saison des pluies, des plantations de caféiers, de poivriers qui s’enlacent et prospèrent autour de leur tuteur, de pins dont on recueille la colophane. Il y a aussi du manioc.
Nous prenons notre repas au bord de la route. Notre guide Thien prend les choses en main et se met elle-même aux fourneaux ! Riz, soja, légumes verts (blettes) sautés et des traces de poulet coupé à la hache, la peau et les os. La proprio du restau est pourtant gourmande : 150 000 D sans les boissons. Le chauffeur qui a mangé à côté a payé cher lui aussi.
Nous poursuivons la route jusqu’à Buon Mê Thot ou Ban Mê Thuot, à moitié somnolents et arrivons au « Dam San Hôtel » vers 16h.
L’hôtel « luxe » possède une piscine en eau, protégée par un bosquet de bambous.
Nous allons visiter le marché. Capitale du café, la ville affiche un air de prospérité et des maisons toute récentes. Les gens sourient, quelques hello saluent notre passage. Il faut dire que nous n’avons rencontré que deux occidentaux. Ce n’est pas Hoi Han. La poste est luxueuse pour l’envoi de nos dernières cartes. Nous achetons de gâteaux au manioc, décevants
Nous nous régalons dans un restau de « Lonely »: « Thanh Loan ». Nous n’avons pas besoin de passer commande, d’office on nous apporte de quoi confectionner nous-mêmes nos rouleaux : feuille de riz à part, verdure, ail, oignons, tofu frit et bonne sauce. Nous trainons un moment sur le chemin du retour, autour de manèges pour les enfants, où des activités de peinture de statuettes et de pêche à la ligne leur sont proposées.

mardi 5 janvier 2010

La mouette

La mouette
Trace en vol ta griffure de soie.
Ton cri laisse un sillage
Et se brise en tombant
Ton aile prend le large
Et d’un lent froissement
Ouvre le ciel en deux
Côté blanc, côté bleu
Mad

lundi 4 janvier 2010

Yuki et Nina

Quelques scènes réussies en ouverture de ce film de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot où deux fillettes posent de bonnes questions à des adultes assez immatures, en voie de séparation. Puis la fantaisie légère qui faisait le charme initial devient invraisemblable. La petite japonaise et son amie un moment drôles et émouvantes deviennent horripilantes. Des scènes soit disant dans le rêve plombent au contraire le film au final bâclé. Et c’est toujours un certain cinéma français qui se déroule paresseusement dans des milieux où n’existent pas les contraintes économiques. On peut cependant y amener sa fille ou sa petite fille pour les changer des films d’animation, cette amitié avec ses complicités peut leur parler.

dimanche 3 janvier 2010

Avec Léo

Léo le seul, pour toujours. Ferré. Lui qui autorisa l’absolu, et pourtant, aujourd’hui, venu des tréfonds de mes années, de mes passions, je n’ose rédiger un billet le concernant pour la machine à giga, alors que j’aligne volontiers les mots à propos des Fatals Picards.
En contournant, je vais tenter de livrer quelque sentiment concernant les artistes qui en 2003 ont saisi le chiffon noir du blanc échevelé disparu 10 ans avant. Si tous ont des musiques plus chatoyantes que le vieil original, ce sont les plus anciens qui conviennent le mieux à mes oreilles. Brigitte Fontaine et sa voix, Lavilliers avec sa fidélité ; Noir Désir était fait pour, presque trop. « Thank you Satan » s’évapore par contre avec Dionysos et j’ai beau aimer Zebda, « Vingt ans » ne leur va pas, alors qu’Higelin traite fort bien « Jolie môme ». « Avec le temps » est tellement monumental que Baschung semble atone, mais la force des paroles emporte le morceau, ainsi « Mon camarade » a beau avoir le trop mignon Dominique A pour le servir, cette chanson me transperce, comme « Si tu t’en vas » d’un certain Hurleur.
« Je n'sais plus combien ça fait d'mois
Qu'on s'est rencontrés, toi et moi
Mais depuis, tous deux, on s'balade...
On n'prend jamais le vent debout
C'est lui qui pousse et on s'en fout
Mon camarade ...
En avril, tous les prés sont verts
Ils sont tout blancs quand c'est l'hiver
En mars, ils sont en marmelade
Mais il y a pour deux vagabonds
Un coin d'étable où il fait bon
Mon camarade ! …
Je me demande, certains jours
Pourquoi nous poursuivons toujours
Cette éternelle promenade...
Oui, c'est parc'qu'on n'a pas trouvé
Le bonheur qu'on avait rêvé...
Mon camarade...
Un jour, on s'ra tout ébahis
On arrivera dans un pays
Plein de fleurs, d'oiseaux, de cascades...
On s'ra reçus à bras ouverts
Y aura des carillons dans l'air !
Mon camarade !…

samedi 2 janvier 2010

Les droits de l’homme ont-ils un avenir ?

Il est bon que les questionnements s’attaquent à des causes incontestables.
Y a-t-il une usurpation du combat anti totalitaire avec ces droits mis à toutes les sauces et pourtant si mes souvenirs sont bons il n’a pas été question des sans papiers dans ce débat au forum de Libé à Lyon en septembre ?
Cette fois, Finkielkrault tombe à gauche face à Alexander Hall, homme politique et historien polonais.
Mon philosophe préféré est un peu comme Guy Bedos qui se présente encore comme le mal aimé, alors qu’on ne voit qu’eux. Mais il y a une part de vrai : dans cette omniprésence, il y a la part patrimoniale faite au témoin d’une époque révolue.
On le voit mais on ne l’écoute plus. Sera-t-il le Dernier Homme ?
« Au nom des droits de l’homme, on lève une à une toutes les barrières aux désirs des individus. Le camp des limites et le camp de l’illimitation brandissent le même étendard. »
Il puise ses exemples dans la prédation sur Internet, les mères porteuses, et prêche pour le droit à la réfutation. Eloge de la faillibilité qui est la condition de la liberté d’expression, de même que la laïcité est la base de l’exercice de la démocratie, comme la mixité dans la civilité européenne. Le débat politique sera déterminant pour déjouer les ruses de la domination de classe pour que l’universel ne soit pas lu comme le modèle occidental imposé.
La responsabilité devrait être l’obligée du monde, bien que la tradition soit désormais récusée, pour que l’opinion ne soit pas une reine absolue ; reste encore et encore le savoir, l’éducation.

vendredi 1 janvier 2010

« Une année de plus …

« ... à quoi bon les compter ?
Ce jour de l’An parisien ne me rappelle rien des premier janvier de ma jeunesse ;
et qui pourrait me rendre la solennité puérile des jours de l’An d’autrefois ?
L’année n’est plus cette route ondulée, ce ruban déroulé qui, depuis janvier,
montait vers le printemps, montait,
montait vers l’été pour s’y épanouir en calme plaine, en pré brûlant coupé d’ombres bleues, taché de géraniums éblouissants,
puis descendait vers un automne odorant, brumeux, fleurant le marécage, le fruit mûr et le gibier,
puis s’enfonçait vers un hiver sec, sonore, miroitant d’étangs gelés, de neige rose sous le soleil … Puis le ruban ondulé dévalait, vertigineux,
jusqu’à se rompre net devant une date merveilleuse,
isolée, suspendue entre les deux années comme une fleur de givre :
le jour de l’An … »

C’est de Colette dans « les vrilles de la vigne » remise en majesté sur le blog
« Actu bien pris tes comprimés » que vous pouvez visiter à partir de la colonne de droite de cette page, je viens de le découvrir et mis dans mes blogs préférés.
Sur son bandeau une citation de Desproges :
"En cas de morsure de vipère, sucez-vous le genou, ça fait marrer les écureuils"
L’année commence bien.

jeudi 31 décembre 2009

La X°biennale au Musée d’Art Contemporain de Lyon.

Une vidéo à l’entrée remplace la cabane de Ben, il s’agit d’un guitariste à moitié maquillé en noir dont les paroles sont prises dans des discours d’Obama : il faut le savoir !
Comme sont oubliables des vidéos de scènes de plage, ou des automates en uniformes qui battent tambours. Par contre des reconstitutions de tableaux classiques avec des personnages contemporains parfaitement éclairés, ne manquent pas d’attirer notre attention. Et la salle remplie de représentations évolutives d’un village en république tchèque est spectaculaire. Sarkis a été plus discuté entre nous, l’atmosphère créée dans de grands espaces qui lui sont réservés rassure un de mes amis, je suis plutôt refroidi. Une certaine poésie peut naître cependant de ces journaux soulevés par un courant d’air et bien que traditionnelles des phrases au néon peuvent intéresser. Par contre la profusion de bandes vidéos brillantes et noires de Mounir Fatmi produit un effet visuel spectaculaire et la question figurant sur le livret d’accompagnement est d’importance :
« le visiteur est invité à utiliser les photocopieuses, mais que conservent-ils de ce jeu ? Une image vide ? La trace vaine d’un rectangle de papier ? Comment aujourd’hui construit-on une mémoire, comment s’écrit l’histoire ?
Au centre de son œuvre le bégaiement des transmissions culturelles et mentales »

Nous y sommes.

mercredi 30 décembre 2009

J 15 : Pléku, Kontum

Un jeune guide charmant nous prend en charge quelques heures pour nous conduire à l’aéroport et enregistrer nos bagages pour un vol sur les lignes intérieures. L’une d’entre nous a gardé son Opinel dans son bagage de cabine, elle est accompagnée au bureau d’enregistrement où on range l’arme dans une boite volumineuse qui voyagera dans la soute.
L’avion à hélice se pose au bout d’une heure sur le petit aéroport de Pleiku que nous avons atteint en crevant l’édredon des nuages. Une bruine insignifiante n’appelle pas la protection du parapluie à la descente de l’avion.
Notre nouvelle guide, madame Thien, parle un français très correct, son fils vit en France… elle connaît l’Ardèche. Nous pouvons vite embarquer dans notre voiture en direction de Kontum, à une trentaine de kilomètres de Pleiku. Nous sommes à 500 m d’altitude, l’air est frais. Nous arrivons chez les montagnards. Les rizières à perte de vue ont cédé la place aux caféiers, au manioc et au maïs. La route parfaitement rectiligne connait des travaux d’élargissement et un tronçon est à l’état de piste.
Le véhicule stoppe devant l’hôtel « Indochine » qui correspond à notre image d’un tel bâtiment dans un état socialiste : démesuré avec une décoration minimaliste et des finitions bâclées. Nous nous installons dans nos chambres de taille imposante, sans ibiscus ni pétale de rose. Nous déjeunons dans un restaurant modeste, en soulevant le couvercle des marmites qui cuisent sur le trottoir : porc aux vermicelles avec ce qu’il faut de piments. Pour la communication, le père s’efface devant son adolescente scolarisée.
Thien s’impatiente car le guide local obligatoire a une minute de retard. Elle nous fait part de sa conception assez rigide du correct et de l’incorrect. « Madame le colonel », c’est ainsi que l’appelait son ex mari, quand on lui a posé la question ce matin sur le service militaire, nous a répondu : trois ans pour les garçons et pour les filles : « ce sont des juments qui veulent devenir cheval ! »
Le guide local a des airs d’un professeur de notre connaissance et se débrouille très bien en français. Il commence son tour par l’église en bois de Kontum construite sur pilotis dans le style des maisons banhars: basse, en bois de fer avec nef et transept, elle est éclairée de nombreuses fenêtres de style gothique dont les vitres sont recouvertes de faux vitraux collés représentant des scènes bibliques naïves.
En voiture nous poussons un peu plus loin vers un premier village banhar. Nous découvrons d’abord une maison communale avec son élégant toit pentu en paille. On y accède par une « échelle Dogon ». A l’intérieur on peut voir le nouveau « génie » Ho Chi Minh, des photos de la rénovation du toit nécessaire tous les dix ans. C’est le lieu de tradition orale : il n’y a pas d’écrit chez les Banhars. Les vieux initient et conseillent les jeunes avant qu’ils fondent une famille de même quand on chuchote une formule magique dans l’oreille d’un bébé, c’est la vie qu’on lui insuffle. Nous traversons ce premier village très dispersé au milieu de la végétation envahissante sur des chemins voire des sentiers d’une terre rouge ravinée par la pluie. Des maisons reposent sur des pilotis avec l’avancée centrale protégée comme un balcon. Sous l’habitation, on peut voir des bêtes dans leur enclos, des outils, des motos appuyées contre des troncs d’arbre évidés, cercueils en attente d’utilisation. Les poules logent dans de petites constructions également sur pilotis telles des châteaux forts.
De pauvres habits sont suspendus sous l’avancée centrale. Les enfants jouent et rient sans excitation. Au point d’eau près de la route, les femmes et les enfants se lavent ou sont de corvée d’eau.
Le deuxième village Banhar, parmi les 650 recensés, est moins disséminé que le premier. Nous y voyons une jeune femme, dans son jardin, tisser une pièce avec beaucoup d’art, entourée de poteaux sculptés par son mari. De jeunes garçons et filles boivent de la bière et jouent de la guitare au bord de la rivière, échappant un moment aux occupations et traditions. Leurs ainés travaillent à la construction d’une église.
Le troisième village parait plus important en nombre d’habitants et d’animaux. Des cochons noirs de toutes tailles surgissent de partout, les poulets, les chiens courent entre les maisons. Nous nous pressons: c’est l’heure où les vaches reviennent des prés situés sur l’autre rive et traversent le fleuve à la nage, les enfants accrochés à leur queue. Les bêtes dérivent avec le courant et mettent pied sur la terre ferme à l’endroit prévu. Dans la lumière du soleil déclinant, c’est une image biblique. Elles doivent ensuite franchir un raidillon pénible, glissant et boueux. Avec nous, sur la rive qui domine, des enfants encouragent et dans le même temps se moquent des animaux dans la difficulté. Une vache glisse et se retrouve coincée sur le dos, les pattes en l’air, sans parvenir à se redresser, ce qui provoque les rires et les lazzis des gamins. L’un d’eux essaie de tirer la vache par la queue, puis la frappe à grands coups de pieds dans les flancs. La pauvre bête trouve enfin l’énergie et le bon mouvement pour se redresser ;
Nous dinons tôt, le restau du Routard s’avérant fermé, nous en trouvons un autre modeste, comme celui de ce matin. Bon bœuf ananas et noodles with vegetables. Il n’est que huit heures quand nous rentrons à l’hôtel.
Nous sommes passés de la côte touristique avec toutes les infrastructures et même plus, à l’intérieur, loin des passages. Notre hôtel « Indochine », seulement vieux de quatre ans, est en passe d’être vendu et sombre doucement vers l’abandon, il n’y a déjà plus de restaurant.

mardi 29 décembre 2009

En famille

La soupe aux choux de grand-mère, un événement.
Grand-père se déchaussait le premier : cors, durillons, oeils de perdrix, quelques poils blancs. Il riait, agitait les orteils- les vieux sont joueurs- remontait le bas de son bleu de travail- on ne lui connaissait pas d’autre accoutrement- trempait le doigt dans la marmite. Vérifions la température du bouillon. Trop chaud c’est pas bon pour mes varices.
On l’aidait à se hisser sur le banc, puis sur la table paysanne de bois brut poli par le temps comme il se doit dans les illustrations de bouquins pour gamins, une manière de leur apprendre l’histoire des classes populaires.
Grand-père aimait les soupes de sa femme. Il levait le pied droit, soutenu par sa descendance, le plongeait dans la marmite, le gauche suivait vite le même chemin.
C’est qu’il avait fait la guerre dans les Aurès ; alors, la soupe vous pensez bien !
Le patriarche de son piédestal : oui, elle est assez salée. Comment un pied peut-il doser la salinité d’un liquide ? Je n’ai aucune réponse, de toute façon c’est en famille, les secrets, vous savez. Non, elle n’était pas trop grasse, l’os à moelle avait la bonne taille. Nous devinions que le pépé palpait la chose consciencieusement. Comment un pied peut-il palper, hein ? C’est un secret pour personne que les pieds palpent surtout dans les contes.
Il poussait un soupir de soulagement comme après une longue séance de massage podologique, lâchait un pet. Nous, on aimait les pets de Pépé : c’est pas un vice quand même !
Enfin il redescendait sur la terre battue, eh ! Pauvre terre ! C’était le tour d’oncle Hubert.
Il ne s’asseyait pas sur le tabouret à trois pattes placé dans la marmite. Debout, ses fesses de gendarme pointant. Son regard bleu ne mentait pas ; il fixait par la fenêtre les terres de l’héritage. Il jouissait du glissement des poireaux entre ses orteils et nous en avisait. Ca lui rappelait les algues à marée basse du côté de St Valérie-en-Caux.
Ma grande sœur Berthe, prenait la relève, son missel-mi-raisin, à la main. Droite comme une sainte médiévale, elle gravissait le banc, la table. Sa tête ignorait ce que trafiquaient ses panards. Avec un prénom pareil, on ne peut avoir que des panards, même si ce n’est pas élégant pour une future sainte d’en avoir de si grands.
Je souhaitais furieusement, follement, violemment que mon étourdie de sœur renversât le faitout. Je savais, hélas, de quelle extrême attention sont capables les distraits. Quant aux distraites…
C’était mon tour. Je n’étais pas bien vieille et si timide. Alors monter sur les planches même en famille me fichait la chamade. Je chougnais bien que je susse l’inutilité de mes larmes. Oh ! La grande fille pas courageuse ! Oh la brailloux !
On me juchait de force parmi les couverts. Le bouillon m’arrivait au bas des cuisses. C’était gluant et doux, ça sentait le laurier. Je fermais les yeux toujours et je chantais.
Qui aurait supporté tant d’appétit dans leurs yeux de loups ?

Marie Treize

lundi 28 décembre 2009

Huacho

Film de Alejandro Fernández Almendras.
Jusqu’au sud du Chili, la globalisation pousse sa corne dans une famille où le grand père à la fin de ses travaux dans les champs profite des coupures de courant pour rabâcher ses histoires d’un monde disparu, la grand-mère assure la vente de ses fromages au bord de la route, la fille chouchoute son fils unique et se débrouille pour ramener quelques pesos à la maison, le petit s’affronte à la modernité mais reste un paysan aux yeux des titulaires de la PSP. La beauté des images, la profusion dans une habitation où manque pourtant le minimum, viennent atténuer la brutalité de conditions sociales qui s’aggravent. Le misérabilisme est absent, mais jusque dans les détails la perte des valeurs est manifeste dans ces quatre parcours si proches du documentaire. La vitalité des acteurs amateurs nous les rend familiers, leur dignité nous amène à nous interroger. Dans la répartition des classes sociales c’est bien nous qui passons commande depuis notre grosse voiture.

dimanche 27 décembre 2009

Bortsch

Ce plat est une institution dans les pays de l’Est, et comme le couscous sous d’autres latitudes, les variantes sont infinies. Par exemple en Ukraine, il y a des champignons…
Ce qui fait la spécificité de cette soupe, c’est la betterave rouge et l’alliance crème et vinaigre.
Il est même dit dans certaines recettes de mettre de la crème aigre.
Dans celui que je prépare, dont la recette de base est celle de la cocotte minute "old style", j’ai fait cuire la viande de boeuf taillée dans le gite avec deux cubes de bouillon de bœuf Maggi, et écumé au bout d’une demi-heure. Puis mis les légumes, carottes, pommes de terre, navets coupés en petits dés, oignons et chou taillés en lamelles, des tomates et une boite de concentré dans une cocotte pas minute. Au fur et à mesure de la cuisson lente de deux heures - réchauffé c’est mieux encore- j’ai ajouté du laurier, du bouquet garni, des graines de coriandre, de poivre, des clous de girofle, salé. Et en fin de mijotage, les betteraves rouges en dés bien sûr. La touche qui en fait plus qu’une soupe à la viande, c’est l’ajout dans l’assiette d’un peu de vinaigre et d’un trait de crème avec quelques brins de persil, on peut mettre de l’aneth.

samedi 26 décembre 2009

Arrêtera-t-on la prolifération des ghettos ?

Une fois encore la confrontation d’un universitaire et d’une politique tourne au désavantage de celle qui bénéficie de la lumière médiatique, où le temps d’un débat, avec Libé à Lyon, elle apparaît dans toute son artificialité. Christine Boutin, certes est pour nous, à gauche, une de nos cibles préférée, tant elle s’applique à ressembler à sa caricature de réac, mais sa liberté de ton parfois pouvait valoir parfois le purgatoire. Las, aligner les clichés : « l’enfer, c’est les autres », « les murs de la haine », « le malaise n’est pas qu’économique, il est culturel et moral » comme si elle n’avait pas eu de responsabilités avec son cortège de retard de financements, épuise toute indulgence, même si elle est d’accord pour le vote des étrangers.
Lapeyronnie, l’universitaire n’a pas besoin d’emballage démagogique : « le ghetto est une cage et un cocon » pour pointer la dégradation de la situation sociale dans les quartiers populaires. Ces communautés ne peuvent se construire sur une situation subie de racisme et de pauvreté.
La société est fragmentée, les structures urbaines éclatées, les centres se vident, et la banlieue est un archipel : il n’y a plus d’espace commun. La lutte des espaces reproduit la lutte des classes. Il se garde bien d’euphémiser en disant « quartier sensible » quand il s’agit de pauvreté. Il ne nie pas non plus le caractère racial des tensions persistantes. L’écart de revenus entre Paris et le 93 a triplé en vingt ans. Le ghetto prospère chez les riches avec la même attirance pour le modèle américain que pour les quartiers pauvres où la prison reproduit le ghetto. Il semble mieux admis d’être pauvre que de vivre chez les pauvres.
Quelques rappels de dates apparues au cours du débat peuvent être utiles pour comprendre la solidification du ressentiment pour ces populations reléguées.
80 : Décomposition du mouvement ouvrier.
81 : Les Minguettes, « politique de la ville »
90 : Vaux en Velin, plus de référence au travail, « économie noire »
98 : Le Mirail, fermeture renforcée.
Les images sont obsédantes pour tous, peut être encore plus dans les familles où la situation des femmes se crispe sur des définitions traditionnelles où élever des enfants est source de culpabilité. Les institutions se sont éloignées, même si reste l’école qui a perdu la carte et apparaît comme un centre de tri.
Au bureau de poste, on vient pour retirer 2€.

vendredi 25 décembre 2009

Le blog de Frantico

BD de 300 pages éditée chez Albin Michel après avoir connu le succès sur Internet. Les débats des amateurs de BD pour savoir qui est derrière ce pseudonyme ne me concernent pas vraiment, bien qu’un tel manque de générosité chez le personnage principal m’ait semblé invraisemblable. Un dessinateur se raconte avec sa paranoïa bien cognée, et il faut bien du temps pour percevoir une certaine sensibilité sous des flots d’amertume, des trésors de petitesse. Il met à l’épreuve tous les degrés de l’humour et ses obsessions pourraient être drolatiques, mais sa franchise n’arrive même pas à entrainer l’empathie tant il se montre obsédé de lui-même, n’ayant mérité comme compagnons que ses doubles fantasmés : il se retrouve avec sa bite et ses obsessions de trou du cul, triste et geignard. Il passe son temps à se masturber. Fascinant : un tel désenchantement nous révèle-t-il l’état de nos relations sociales où même les chants d’oiseau disent la violence du monde ?

jeudi 24 décembre 2009

L’art brut

C’était une gageure que de déambuler dans le musée de Grenoble pour nous entretenir de l’art brut puisque même Chaissac parait-il et Dubuffet le père de l’appellation ne répondent pas strictement aux critères pour désigner les productions de personnes indemnes de culture artistique.
Alors « art singulier », art des fous, des médiums, des autodidactes ; à distinguer de l’art populaire, des dessins d’enfants, de l’art naïf qui verse parfois dans un certain académisme.
Peu importe, une de mes émotions artistiques parmi les plus fortes c’était à Lausanne dans le temple de l’art brut, il y aurait aussi un lieu remarquable à Dicy dans l’Yonne à la Fabuloserie où une collection Bourdonnais est installée.
« L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle. » c’est l’intellectuel Dubuffet, que nous pouvons remercier d’avoir bousculé le frontières pour nous faire mieux comprendre des formes artistiques qui viennent du plus profond des obsessions, des douleurs, de la jubilation.
Elles se dévaluent au feu des baratins, mais ont ouvert la voie aux productions contemporaines les plus émouvantes.
J’ai aperçu Chaissac, je vais y retourner et prendre mon temps, c’est prometteur !