mercredi 18 novembre 2015

Chianti. Ferré.

Dans le Chianti pour un chanteur.
Il est loin le chemin…  depuis la Penarroya, usine qui travaillait le plomb où Magny et Ferré chantaient dans les années 70 la révolte la plus drue, à cette belle route dans les vignes qui mène à l’oubli et aux produits dérivés.
La femme de Léo, Maria Christine Diaz et son fils Mathieu cultivent la vigne et l’olivier sur le site de San Donatino où le poète a vécu 20 ans jusqu’à sa mort en 1993.
Les bouteilles de « Chianti poggio ai mori » (colline aux mûriers) portent des étiquettes dessinées par Picasso et feront plaisir aux frangins de la night, aux camarades. L'huile est excellente. Le domaine est à proximité  du charmant village de Castellina où les glaces vont de soi sous les voutes anciennes.

mardi 17 novembre 2015

DOL. Philippe Squarzoni.

300 pages de dessins didactiques datant de 2006 par un militant d’ATTAC, décrivent les méfaits du libéralisme
Retrouver Raffarin, près de dix ans après, n’est pas forcément excitant, mais les vives critiques qui lui étaient alors adressées peuvent convenir aux  apparents teneurs de manettes d’aujourd’hui. La distance dans le temps souligne des changements majeurs dans les mentalités, les urgences politiques, elle marque également la permanence des préoccupations, voire l’accentuation des problèmes.
C’est qu’il est question de la planète, de la faim dans le monde. Le titre « Dol » qui signifie en droit : « une manœuvre déloyale, destinée à faire conclure un contrat à des conditions désavantageuses pour l'autre partie », convient donc pour qualifier la politique de Jacques Chirac élu avec les voix de la gauche qui amorça une remise en cause des retraites, des assurances chômage et maladie, une remise en cause des services publics, un désengagement de l’état. Et sur fond d’exploitation de l’insécurité,  nous revivons l’irrésistible ascension de Sarkozy. Avec le devenir du « non » au référendum sur la constitution européenne de 2005 qui pèse encore sur la vie démocratique du continent.
C’est du lourd. Mais la forme ne facilite pas la lecture : sont dessinés des collaborateurs du Monde diplomatique avançant leurs analyses et même si des figurines apparaissent pour agrémenter les discours complexes, elles n’allègent guère le propos.
Bien sûr que la rigolade omniprésente qui  ponctue nos journées d’informations désolantes est nocive, mais un brin d’humour, quelques contradictions auraient dynamisé le cours magistral. 
Les silhouettes de M. Propre, Chaplin, Pinocchio, Picsou m’ont paru bien conventionnelles et la couverture  où deux phares éclairant une ligne blanche sur une route dans la nuit pour signifier la continuité des politiques UMPS n'est guère surprenante.

lundi 16 novembre 2015

Le fils de Saul. László Nemes.

Le mot « saisissement » est celui qui se retrouve le plus souvent dans les critiques et dans la discussion à l’issue de la projection du film au cinéma le Club organisée par l’association  B'nai B'rith « Les fils de l'Alliance » en présence d’un historien de la Shoa, Tal Bruttmann.
La précision historique permet de dépasser l’émotion légitime et justifie la vocation pédagogique de cette œuvre : un tiers des juifs assassinés à Auschwitz étaient hongrois et les
Sonderkommando composés de déportés promis à leur tour aux fours ne furent pas des collabos mais des victimes pas toujours consentantes.
 Si ce type de film ne convaincra pas les disciples de Dieudonné, pour les français qui voient « le cinéma comme un art, alors que les américains le voient comme un spectacle et les anglais ni l’un ni l’autre», ils ont l’humour, il y aura à apprendre.
La temporalité des évènements est concentrée sur deux jours pour offrir un enterrement digne à un enfant, quand par ailleurs des risques sont pris par les prisonniers pour témoigner avec une photographie et qu’un commando se révolte.
Le personnage principal qui a déjà quitté le royaume des vivants est comme un somnambule. Les cadrages sur son visage laissent deviner les horreurs en un arrière plan toujours flou, alors que les bruits sont très présents.
Il est difficile de ne pas se laisser aller à se placer en opposition au dithyrambe presqu’unanime, tout autant qu’aiguiser son esprit critique quand est abordé un tel sujet.
La façon de filmer est remarquable, mais la mise en danger de ses compagnons par celui qui cherche une ultime humanité pour un mort n’est pas évidente à concevoir, et l’empathie n’est pas automatique envers le malheureux Saul.

dimanche 15 novembre 2015

Rio Baril. Florent Marchet.

Conviendrait parfaitement  pour illustrer une entrevue avec Christophe Guilluy auteur de « La France périphérique » http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/06/la-france-peripherique-christophe.html .
« Rio Baril », contrée imaginaire et ses habitants, décrite tout au long du CD, n’est pas vue de haut :
la mairie est fleurie,  mais
« les adolescents n’y reviendront plus »
même si les propos autour du méchoui  
«  très souvent je redoute ce que je peux y entendre ».
Impossible de ne pas penser dans les intonations à Souchon, mon chouchon, que j’ai évité dans ses récents duos mièvres avec Voulzy, mais le jeune Florent qui n’a pas connu Marchais n’a pas le même humour, ni  la gentillesse de son tendre ainé.
Dominique A, Philipe Katerine ont participé à l’album. On retrouve une ironie, un détachement très contemporain dont émane une poésie froide ayant dépassé le désenchantement.
 Dans le texte de « Il fait beau » :
« Mon père vient de se barrer sans même prendre le temps de gifler ma mère »
 Dans celui de « Sous les draps »
« Les souvenirs sont inutiles »
« La chance de ta vie » c’est :
« Tu auras, j’espère
Un boulot à plein temps
De la classe, du flair
La garde des enfants »
Et pour une rencontre avec « Ce garçon » poignante :
« Elle aimait sans comprendre
Asphyxiée
Quel est cet animal
Logé à l’intérieur
Elle voulait se défendre
Le cogner »
A reprendre chacun des 15 textes parfois parlés ou agréablement orchestrés avec des airs genre également Albin de La Simone, sans apprêt, sans tapage, une ambiance étrange s’impose, originale et moins futile qu’au premier abord.
« Ô mes amis changez d’adresse
Je voudrais devenir vieux
Ô les orties
Que l’on caresse
N’ont plus rien de merveilleux »
Pour conclure :
« Tout est oublié. Tout sauf ce mercredi de mes douze ans et le match raté. Dire qu’ils ont gagné le match sans moi. »

samedi 14 novembre 2015

Le grand voyage de la vie. Tiziano Terzani.

Le titre à la fois ambitieux et ordinaire est accompagné par un sous titre, tout aussi courant : 
« Un père raconte à son fils » qui m’a paru d’une modestie de bon aloi.
Il en va ainsi des 530 pages contrastées à la fois touchantes et agaçantes.
Atteint d’un cancer, un ancien journaliste passe le relais à son fils qui recueille ses récits et ses dernières paroles.
A la façon des best-sellers d’avant été qui suggèrent des recettes pour ne pas  trop déborder du maillot, j’ai suivi la démarche de l’octogénaire passé des fracas du siècle à la solitude, relativement  absolue. Le laboureur d’Asie « sentant sa mort prochaine, fit venir » son enfant.  
Il cherche à transmettre, bien qu’invoquant le détachement.
Le vieux Florentin employé de « Der Spiegel » (le miroir) a vécu une vie passionnante au plus fort des conflits, en Chine, au Viet Nam, aux USA, au Japon, en Inde.
L’évocation de moments où l’histoire se fait, par un témoin sincère est intéressante, bien que quelques remarques de son fils : « raciste envers qui ? » à l’évocation de la société américaine laissent pantois. Mais il évite la langue de bois :
«  Les intellectuels sont faits pour compliquer ce qui est simple, les journalistes pour simplifier ce qui est compliqué. »
Si ses emballements passés envers le socialisme lui laissent, en bout de course, une profonde perplexité, est-il possible d’évoquer encore des options lumineuses, quand les rougeoiements de tant de grands soirs se sont avérés être ceux du sang?
Le côté vieux sage m’a laissé circonspect avec quelques formules qui pourraient figurer dans tout manuel du genre: "la spiritualité pour les nuls"  :
« La destination c’est le voyage lui-même »,
« Lorsque l’élève est prêt, le maître apparait »
« La Vérité est une terre sans sentiers… »

vendredi 13 novembre 2015

Laïcité liberté école. Catherine Kintzler.

A l’invitation du Cercle laïque de l’agglomération grenobloise et de l’ UFAL (Union des familles laïques), l’auteure de « Condorcet, l'instruction publique et la naissance du citoyen » a tenu conférence au CRDP. On dit d’ailleurs maintenant au « Canopé », le mot « Documentation pédagogique » contenu dans « CRDP » n’étant sûrement pas  assez  vendeur.
Nous sommes dans le sujet.
Les propos exigeants venant de l’estrade visent à sortir des approximations contenues dans  des expressions telles que « le vivre ensemble » ou avec le concept anglo-saxon de tolérance qui tente de fédérer des situations existantes.
Le régime de laïcité articule l'abstention au sujet des croyances et la liberté d'expression dans l'espace social. Qui ne peut être en accord avec ces mots où le premier des termes de notre devise républicaine est en bonne place ?
Pourtant la confusion entre espace public et privé entraine parfois des arrangements qui donnent  la main aux communautés, alors que la position symétrique voulant éradiquer tout signe religieux n’est pas tenable.
L’élève qui ôte ses signes religieux en entrant à l'école publique et qui les remet en sortant échappe à la pression de son milieu et à toute standardisation étatique.
Foi et loi sont disjointes, il n’est pas nécessaire d’ajouter aux frontons de services public : « laïcité », mot bien français, souvent abimé par ceux qui l’adjectivent : « plurielle », « positive », « accommodante » voire  « en intelligence » et l’édulcorent.
Tout au long de l’exposé et des discussions, des échos décourageants, très actuels, me submergeaient qui vont exactement en sens opposé de ces principes d’une école sûre de ses valeurs émancipatrices. Il était question de Condorcet alors que notre indignation était toute chaude en ayant pris connaissance de  la vidéo  de Mélissa Theuriau au sujet du harcèlement à l’école : http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/11/07/harcelement-jai-teste-la-video-polemique.html.
Quand le ministère se moque de ses agents, quel respect peuvent nourrir les élèves qui ne sont pas des usagers, et quelle confiance de la part des parents envers une école qui commande à ses enseignants d'abandonner toute exigence «pour avoir la paix» ? 
L’école ne doit obéir à aucune transcendance, à aucune finalité extérieure, ni Dieu ni Medef !  La pression néo libérale qui vise à contractualiser le droit, s’exerce jusque dans la négociation permanente dans les salles de classe et retarde les moments d’enseignement. Le tourbillon des mots des réformes permanentes depuis 30 ans, renvoie les mots « raison » et « école libératrice » à des musées fréquentés seulement par des hussards blanchis.
L’autonomie des établissements en cultivant les différences, les accroit.
Défendre les connaissances contre les compétences parait ringard. Toutefois on peut rêver d’un intérêt qui ne précède pas forcément ce qu’on apprend, mais le suit. En milieu dépaysant, l’enfant s’extrait de sa condition infantile, l’élève s’élève.
L’école est construite comme la République sur un fondement critique, pas sur l’enthousiasme ; ni violence, ni séduction. Le doute méthodique ne  peut se confondre avec la critique systématique qui se perd sous les rires enregistrés.
« En général, tout pouvoir, de quelque nature qu'il soit, en quelques mains qu'il ait été remis, de quelque manière qu'il ait été conféré, est naturellement ennemi des lumières. On le verra flatter quelquefois les talents, s'ils s'abaissent à devenir les instruments de ses projets ou de sa vanité: mais tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la dire, sera toujours odieux à celui qui exercera l'autorité. » Condorcet

jeudi 12 novembre 2015

Le douanier Rousseau. Gilbert Croué.

« Le primitif perdu au milieu des modernes », disait à Picasso : «Nous sommes les deux plus grands peintres de ce siècle, toi dans le style égyptien, moi dans le style moderne »
Devant les amis du musée, le conférencier Gilbert Croué a présenté l’œuvre d’Henri  Rousseau qui ne fut jamais douanier - ce surnom fut proposé par Alfred Jarry - mais employé de l’octroi. Le récit de sa vie apporte un éclairage utile sur un style singulier identifiable au premier coup d’œil.
« Le rêve », sa dernière toile tonique, exubérante, avec ce sofa au milieu d’une jungle aimable, est en majesté au Moma à New York comme d’autres tableaux qui ont trouvé leur place dans les musés les plus prestigieux. Certains ont été retrouvés chez un plombier, dans une ferme, chez sa blanchisseuse ; Picasso en acquit et son ami Delaunay aussi.
Sa poésie, son efficacité picturale, sa spontanéité, furent reconnues par certains de ses pairs dont Signac,  Gauguin, Cabanel… Il s’était mis à la peinture à 41 ans.
Né à Laval en 1844, il déménage à Angers après la faillite de son père ferblantier. Il travaille chez un avoué mais doit s’engager dans l’armée après avoir commis un petit larcin. Il fait partie de la musique du régiment du 5° génie, se montrant attentif aux récits de soldats revenant du Mexique. Il deviendra d’ailleurs plus musicien que peintre, écrivant des poèmes, des pièces de théâtre,
Il s’installe à Paris et se marie avec Clémence, l’amour de sa vie, avec laquelle, bien que remarié, il dialoguera bien après la mort de celle-ci. Ils avaient eu huit enfants dont un seul  a survécu.
Le peintre du dimanche a obtenu la carte de copiste qui lui permet d’accéder au Louvre.
Ses premiers paysages avec vaches, moulin à eau et charrette révèlent des problèmes de proportions, de cohérence.   
Dans « La promenade dans la forêt »  est ce Clémence qui l’attend parmi les arbres dont l’harmonie annonce des réussites prochaines ? En tous cas, il s’est documenté dans les catalogues de sa  femme couturière à la manière d’un Cézanne qui se constituait des cahiers d’images.
« Un soir au carnaval » est présenté pour la première fois au Salon des Indépendants où 7000 peintures étaient exposées pour autant de sculptures. Pissarro en dira du bien, même si les sarcasmes à son égard furent plus nombreux que les éloges, cependant l’ingénu est sûr de lui. 
Dans le « Rendez vous en forêt » les personnages s’embrassent  en habit XVIII°, inspirés du maître des frondaisons, Watteau, dont il conservait quelques reproductions dans son atelier.
« L’île de la Cité »  nocturne, blafarde, graphique installe un décor puissant.
Dans « Moi même, portrait paysage »  il porte la faluche, signe distinctif des peintres, et redécouvre une démarche déjà présente dans les intentions de ses confrères, quand l’arrière plan ajoute au portrait, le commente. Pour la première fois, la Tour Eiffel, si décriée par ses contemporains, apparait. Les lignes électriques de la modernité s’invitent dans ses paysages à Malakoff,  avions et dirigeables à Ivry ou sur le pont de Sèvres, des rugbymen jouent dans le bois de Boulogne.

Le peuple danse autour des deux républiques, dans «  Le centenaire de l’indépendance », alors que « Les représentants des puissances étrangères  viennent saluer la république en signe de paix ».
Son efficace allégorie de « La guerre » est plus convaincante que la seule lithographie qu’il exécuta sur le même thème.
Il réalisa un seul paysage de la mer, qu’il ne vit jamais, pas plus que la jungle dont il peupla tant ses toiles de grande taille dont l’achat le ruinaient, lui, qui malgré la mansuétude de son propriétaire, était dans la misère. Ses animaux sauvages venaient du jardin des plantes  ou du catalogue des galeries Lafayette.
« Surpris ! »  par l’orage, est le tigre dans une végétation exotique, exubérante et riche de couleurs éloquentes.
Un lion renifle «  La bohémienne endormie », ses singes sont « De joyeux farceurs » et sa « Charmeuse de serpents » doit beaucoup au récit de la mère de Delaunay qui revenait d’Inde.
Ses portraits d’enfants solitaires sont empreints de mélancolie, les représentations de Pierre Loti, de Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin, « à grand poète, grosse muse », ne comblèrent pas forcément les intéressés.
Dans un banquet en son honneur, organisé au « Bateau lavoir » avec Picasso, Braque, Max Jacob, que dire de mieux que Guillaume Apollinaire :
« Tu te souviens, Rousseau, du paysage aztèque,
Des forêts où poussaient la mangue et l'ananas,
Des singes répandant tout le sang des pastèques
Et du blond empereur qu'on fusilla là-bas.
Les tableaux que tu peins, tu les vis au Mexique,
Un soleil rouge ornait le front des bananiers,
Et valeureux soldat, tu troquas ta tunique,
Contre le dolman bleu des braves douaniers. »
Brancusi grava quelques vers de son ami au « gentil Rousseau », sur une tombe plus digne que la fosse commune où seulement sept personnes l’avaient accompagné, l’annonce de son enterrement était arrivée trop tard. 

mercredi 11 novembre 2015

Val d’Orcia.

En photographie, j’ai souvent le nez sur le motif, et privilégie le gros plan. 
Alors pour élargir l'horizon, quand j’ai vu sur un présentoir de cartes postales survivant, l’adresse des paysages qui nous avaient conduits dans les parages, un petit tour dans le val d’Orcie s’imposait.

Je me suis posté dans les emplacements presque comme Kodak en prévoyait dans le défilé du Colorado : clic clac, pour des images de calendrier des postes, ainsi que je les aime depuis longtemps http://blog-de-guy.blogspot.fr/2010/11/le-calendrier-des-postes.html
La campagne est préservée, et si de nombreuses fermes sont désormais abandonnées, les courbes ne sont pas gâchées par quelques panneaux fâcheux, les couleurs des champs de céréales et des terres répondent au cahier des charges de l’UNESCO qui classa la région au patrimoine mondial. 
La petite ville  fortifiée de San Quirico d’Orcia vaut un arrêt d’autant que les glaces y sont délicieuses et les crocodiles qui figurent au fronton de l’église, intrigants.

mardi 10 novembre 2015

Au fil de l’art. Tome 1. Ivana & Gradimir Smudja.

Sur la page de couverture, tels les frères Ripolin : Rembrandt peint Velasquez qui peint Rubens qui peint Vermeer qui peint  Bruegel qui peint Le Gréco…
Cette histoire de la peinture s’arrête au moment où un roi furieux envoie chercher ce fainéant de Watteau. 
Grâce à un fil rouge, un vrai, une petite fille et son chat Vincent passent de La grotte de Lascaux où travaille un homme préhistorique qui ressemble beaucoup à Picasso à Léonard de Vinci, en panne devant la Cène car ses modèles l’ont abandonné.
Les transitions d’un peintre à l’autre ne sont pas toujours aussi inventives que lorsque le fil rouge dessine une porte qui permet de sortir d’un cachot espagnol pour aller en Hollande.
Mais peu importe le scénario, la virtuosité des dessins est époustouflante, les angles sont originaux à bien des égards.
Cette petite centaine de pages est pédagogique, poétique, facétieuse, magnifique.
Dürer est hanté par son lapin et Michel Ange a des problèmes de délais.
Un débutant ne saisira pas forcément les clins d’œil nombreux en direction d’un public averti à qui cet album est destiné.

lundi 9 novembre 2015

Belles familles. Jean-Paul Rappeneau.

Film du dimanche, quand il y avait des dimanches, film français, film d’acteurs, film en pantoufles, film avec André Dussollier.
André Dussolier, un genre à lui tout seul, est de passage pour jouer un maire politicard, sympathique, ancien amoureux de Nicole Garcia, alors que Mathieu Amalric joue cette fois le naïf pressé avec en outre Karin Viard en maîtresse d’un défunt qu’elle est la seule à regretter… Marine Vacth est très belle, elle n’a pas besoin de jouer ni de surjouer, son destin est tracé. Gilles Lellouche roule en 4X4 au cas où on n’aurait pas compris qu’il incarne un beauf de première : agent immobilier.
Rythmée, cette comédie autorise quelques sourires même si certaines situations sont convenues, elles nous reposent des faux semblants de la politique : un film de distraction.  Nous pouvons cultiver d’autres occasions de nous étonner en lisant quelques critiques ridicules dans leurs excès :
« Une œuvre rare et unique, obsédée par la beauté »
« Son magnétisme envoûtant injecte une belle dose de jeunesse dans ce beau film qui, espérons-le, offrira un nouveau départ à son réalisateur... » 
Rappeneau a 83 ans

dimanche 8 novembre 2015

La bande à Renaud.

Au moment où s’acheter des CD devient un geste aussi archaïque que de se procurer un 78 tours, on ne cherche pas s’il s’agit d’une opération commerciale cette reprise en deux volumes des meilleurs titres de Renaud des années 80, quand les méchants c’était pas nous et que les mistrals gagnaient. Je l’avais tant aimé.
L’occasion de confirmer nos préférences doublement avec des textes un peu délaissés ces  derniers temps et réanimés par des interprètes que j’apprécie pour la grande majorité.
Quoique Carla : non pas elle ! Si !
Et bien sûr dans une chanson démago contre l’école qui m’avait énervé déjà :
« C'est quand même un peu galère
D'aller chaque jour au chagrin
Quand t'as tellement de gens sur Terre
Qui vont pointer chez "fout-rien"
Avec les devoirs à la maison
J'fais ma semaine de soixante heures,
Non seulement pour pas un rond,
Mais en plus pour finir chômeur ! »
Par contre « La pêche à la ligne » convient parfaitement à Bénabar et si le chanteur d’Indochine Nicola Sirkis ne rend pas plus sympathique « Hexagone »,  son interprétation de « Petite conne » est pleine d’émotion sur un thème, la drogue, traité par ailleurs par Benjamin Siskou que je ne connaissais pas : « La blanche ». Elodie Frégé m’était aussi inconnue et j’ai bien apprécié « Il pleut » avec une surprise à redécouvrir :
« Et pi d'abord ça suffit
On s'casse pas à six ans et d'mi
Allez, d'accord, t'as gagné
Je te rallume la télé
Mais tu n'peux pas t'casser, y pleut
Ça va tout mouiller tes ch'veux »
Quand l’humour rencontrait la tendresse.
Bon, Thiefaine : ça ne peut être que du bon avec « En Cloque » et Alexis HK dans  « Je suis une bande de jeunes », et tous dans « Dès que le vent soufflera », mon jingle de classe de mer : ça le fait !  Arno réinvente « Ma gonzesse », Aubert ressemble lui trop à l’original, et Lavilliers chante presque trop bien « Mort les enfants »
Je deviens magnanime,  peut être moins sectaire qu’auparavant, la « Ballade nord-irlandaise » ne pouvait aller qu’à Nolwenn Leroy. Même si les acteurs Lindon et Seigner ne m’ont pas convaincu pas plus que Biolay, alors qu’Olivia Ruiz fait bien le boulot et Louane Emera de The voice rend « La mère à Titi » toujours aussi sympathique :
«C'est tout p'tit chez la mère à Titi
C'est un peu l'Italie
C'est l'bonheur, la misère et l'ennui,
C'est la mort c'est la vie » 

samedi 7 novembre 2015

Azami. Aki Shimazaki.


Azami, fleur de chardon : nom donné à 12 ans par le sage petit garçon Mitsuo à Mitsuko dont il était amoureux.
Il la retrouve plus tard entraineuse, qui se fait appeler… Azami.
Lui, devenu père de famille, ne couche plus avec sa femme, mais s’entend bien avec elle.
Une histoire d’adultère au Japon.
La berceuse de son enfance :
«  Ce soir encore, ton oreiller est baigné de larmes.
À qui rêves-tu ? Viens, viens vers moi.
Je m'appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit.
Pleure, pleure dans mes bras. L'aube est loin encore. »
130 pages de chez Actes Sud qui se lisent d’un trait, avec une écriture retenue, un style original d’une simplicité clinique qui rend cette histoire banale tout à fait palpitante.
Quand la poésie nait dans une vie réglée, la sensualité irradie un quotidien tellement raisonnable.
Nous sommes dans d’autres paysages, et c’est bon : mais si là bas aussi nature et ville s’opposent, les rapports aux rapports tarifiés se posent-ils différemment d’ici ?
Au début d’une série qui met en appétit, où la délicatesse, la douceur servent les questions aussi universelles :
que deviennent les souvenirs, que faire des désirs d’une autre vie ?  

vendredi 6 novembre 2015

Old school.

Le débat où Onfray et tant d’autres s’en prennent plein la tronche ne peut être réservé aux intellectuels, car à voir comment certains philosophes dans Libé dénient toute légitimité à ceux avec qui ils sont en désaccord, est un comble d’incohérence voire de bêtise quand ils se proclament doux, doutant et sages.
Le nombre de ceux qui  seraient habilités à parler du peuple se restreindrait vraiment.
Et pendant ce temps le FN monte à mesure que se voilent les faces.
Ces discussions, niveau cour de récréation ou battle rappeuse, autorise le moindre bloggeur à  ne pas nourrir de complexe pour prendre la parole.
Mais depuis janvier 2015, je me sens patraque, les dessinateurs travaillaient sous la protection de la police et on a eu beau faire les malins, le crayon n’a guère bonne mine face aux kalachs.
Ma confiance et mon optimisme ont  pris un coup  de vieux : ce ne sont pas que des souvenirs de jeunesse qui ont roulé sous la table ensanglantée de Charlie mais une façon de voir la vie et mes contemporains, une façon de dire et d’essayer de penser : mon humanisme de petit fonctionnaire, serviteur de l’état et des mômes devient arthritique.
J’hésite, je tergiverse, de plus en plus rétif aux grandes envolées, je n’en suis pas à me chercher « the » penseur, mais laborieux de l’affirmation, je me contente de relire un entretien  donné au « Point » de Régis Debray qui a connu d’autres collimateurs que ceux derrière lesquels des gentils jettent leurs boulettes.
Espérance :
« Avez-vous noté le raccourcissement des cycles d’espérance en Occident ? Le christianisme ? Vingt siècles. Le scientisme ? Deux siècles. Le socialisme ? Moins d’un siècle. L’européisme ? Un demi-siècle. Résultat, une première historique : la peur sans l’espoir. L’homme, ce petit mammifère prématuré à la naissance, plus malin, mais plus faiblard que les autres, a toujours eu peur, non sans raison : des rhinocéros, de l’enfer, de la peste, des Barbares, des intrus, des kalachnikovs. La peur, c’est son destin, mais l’antidestin qu’il a inventé pour tenir le coup - la résurrection des morts, la société sans classes, l’éternité par l’art ou autres tranquillisants -, a disparu. Pour la première fois, [pour l’homme occidental moderne] il n’y a plus d’après. Ni au ciel ni sur terre. »
Présent :
« Le XXe siècle a vécu du futur plus qu’aucun autre, et jusqu’au XVIIIe notre civilisation vivait du passé, sur l’imitation de Jésus-Christ, des saints ou des héros. Le présent à l’état brut, sans rien devant ni derrière, c’est de l’expérimental. Je pressens du bipolaire : hystérie et sursauts de colère d’un côté, morosité et je-m’en-foutisme de l’autre. Le déprimé survolté par dix flashs quotidiens. »
Religion :
« Et plus les outillages progressent, plus les imaginaires régressent. Le passé revient en force, avec les fantasmes d’origine. Voyez le Moyen-Orient : les frontières modernes s’effacent, on remonte de l’État à l’ethnie. Le plus récent est le plus fragile. Quand il y a crise économique ou politique, ce sont les couches les plus anciennes qui affleurent : le clanique, le tribal, l’ethnique, le religieux. L’archaïsme, ce n’est pas le révolu, c’est le refoulé. Et la postmodernité, en ce sens, sera criblée d’archaïsmes. Pourquoi ? Parce que le nivellement crée un déficit d’appartenance, un désarroi existentiel, d’où le besoin d’un réenracinement traditionaliste, d’un affichage de singularité. On croyait jusqu’à hier que l’évolution du niveau de vie nous débarrasserait du religieux- une école qui s’ouvre, c’est un temple qui ferme. Erreur. Les informaticiens sont plus fondamentalistes que les littéraires, en Inde comme en islam. L’utopie libérale espérait que la Carte bleue gomme les cartes d’identité, en réalité, elle les fait sortir au grand jour. »
Moderne :
« Les grands nostalgiques créent du nouveau, en art comme en politique. Sans la République romaine dans les têtes, pas de Révolution française. Sans le Musée du Louvre, pas de Picasso. Ce sont les réacs qui posent aux modernistes. Ils s’adaptent au statu quo sans faire la percée. »
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Dans "Le Canard" de cette semaine:

jeudi 5 novembre 2015

Gustave Courbet. Serge Legat.

Dans le triptyque du cycle qui s’ouvre devant les amis du musée, consacré aux scandales de la modernité, le communard arrive en premier.
Si certains de ses tapages autour de sa peinture ne sont pas intentionnels, de la part de l’artiste reconnu qu’il était, ses engagements politiques sont décisifs.
Artisan de la rupture dans l’histoire de l’art, il ne peut être considéré comme un père de la modernité. Même pas refusé au salon de 1863 ! Monnet le fut.
Il a connu beaucoup de critiques mais ses mécènes lui furent fidèles, ainsi le demi-frère de  Napoléon III, le duc de Morny,
L’ « Autoportrait au chien noir »  au cadrage « sotto in sù » (de dessous vers le haut) traduit une personnalité sûre de sa valeur qui lui vaudra souvent d’être représenté avec une grosse tête sous les crayons des caricaturistes. Cheveux bohèmes et vêtements élégants, sa carrière commence sous les meilleurs auspices.
Quand il se peint en « Violoncelliste » les critiques évoquent des souvenirs du Caravage et de Rembrandt, de Vélasquez et de Murillo.
Son « Désespéré » est peut être surjoué,
alors que le tableau de « L’homme blessé » qu’il ne voulut jamais vendre, exprime un désespoir plus authentique. Virginie, sa bien aimée dont il eut un garçon, mariée à un autre, a été effacée de la toile : la  douce sieste initiale a tourné à une souffrance héroïsée.
Avec un « Après-dînée à Ornans», il se montre fidèle à ses amis de cette région natale du Doubs dont il peindra de nombreux paysages.
Son père y figure de même que dans « Les paysans de Flagey revenant de la foire ». Ce monde paysan sérieux et digne, comme les frères Le Nain le montrèrent, est ici monumental. Certains critiques n’hésitent pas à parler d’« un culte rendu à la laideur ». Berlioz qui lui commanda un portrait, le refusa, le génie inspiré ne transparaissait peut être pas assez.
Le terme de « laideur » fut aussi employé pour le colossal « tableau de figures humaines », un « Enterrement à Ornans » au format réservé jusque là à la peinture d’histoire tel « Le couronnement de Napoléon » de David qu’on n’attendrait pas forcément en cette compagnie si le conférencier Serge Legat ne les avait mis en parallèle. Courbet s’est opposé à l’enseignement dispensé aux beaux arts comme David avait lutté pour la suppression des académies.
« Les Demoiselles de village » faisant l’aumône à une petite vachère sont charmantes, ce sont les trois sœurs de celui qui disait « Pour peindre un pays, il faut le connaître ».
Pourtant se déchainera à nouveau le mépris parisien qui estime qu’elles ne méritent que la dénomination « filles » puisqu’elles sont de la campagne !
Sa palette se nuance après son séjour à Montpellier à l’invitation de l’industriel Alfred Bruyas qui accueille l’artiste dans « Bonjour Monsieur Courbet » ,titre désormais attribué.
Si «L’atelier du peintre » ne figure pas à l’exposition universelle, onze de ses tableaux y sont accrochés. Il voulait traduire une « Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique » Le peintre est en position centrale avec sa muse aux pieds cachés soulignant  l’intention de ne rien dévoiler des procédés de l’artiste. D’un côté, ses amis : Baudelaire, Proudhon, Champfleury  qui « vivent de la vie » alors qu’en face « ceux qui vivent de la mort » : le braconnier dont les traits doivent à Napoléon III  et parmi tant d’autres fâcheux, un juif ; l’antisémitisme sévissait aussi à l’extrême gauche.
« Les Demoiselles des bords de la Seine » sont peut être « de mauvaise vie », elles furent reprises par Picasso.
Elles répondent à celles du village et « les baigneuses » dont « une percheronne » dixit Eugénie, femme de l’empereur, jouent à « noli me tangere » (ne me touche pas.)
Pour la collection privée du diplomate turco égyptien Khalil-Bey, il peint «  Le Sommeil »  aux deux beautés féminines enlacées
et l’ « Origine du monde » qui n’apparaitra que derrière un rideau  quand elle fut acquise par Lacan.
Bien qu’ayant baptisé un lieu de ses expositions « pavillon du réalisme » il ne veut pas se laisser embrigader derrière des étiquettes :
« Le titre de réaliste m'a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 le titre de romantiques. Les titres en aucun temps n'ont donné une idée juste de choses : s'il en était autrement les œuvres seraient superflues. » 
Après la commune, il est emprisonné en 1871, il se rajeunit  dans un « Portrait de l'artiste à Sainte Pélagie » et ne pouvant acquitter l’amende considérable dont il a écopé pour la mise à bas de la colonne Vendôme, il s’exile en Suisse.
« La Truite »  à l’agonie c’est lui, comme « Le renard dans la neige »
et « La vague » ?
Sa sœur Zoé disait :
«Tous ses sujets sont des autoportraits » 
 Le goudron qui entrait dans la composition de ses fonds remonte et tend à assombrir ses œuvres.