jeudi 24 septembre 2015

Beauté Congo. Fondation Cartier.

L’art africain contemporain donne des couleurs à l’art contemporain et laisse pour un instant les sombres masques traditionnels dans les cases à fétiches.
Au son des yéyés congolais, qui animent les rues de Kinshasa
« Kin la belle, kin la poubelle »
 nous faisons provision d’énergie et de sourire avec cette exposition à Paris qui dure jusqu’au 15 novembre.
Poétiques, politiques, les découvertes sont nombreuses avec des éléments familiers :
la société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes (SAPE), une esthétique des enseignes de rue aux peintures figuratives et flashy, volubile et minutieuse.
D’amples maquettes futuristes, d’anciennes photographies documentaires ou des plus récentes aux points de vue, depuis les flaques, bien vus, varient les supports.
Nous avons reconnu « L’enfant-soldat » de Chéri Samba  qui fut présenté à Grenoble:
«Je suis pour la paix, voilà pourquoi j’aime les armes ».
L’humour n’est pas toujours noir, mais sa force qui vient fouetter nos dépressions occidentales
permet de supporter les plaies d’un pays ravagé par les maladies, une nature hostile, des politiques prédateurs, une histoire plombante.
Comme nous avions dans l’œil, les représentations de l’immuable combat de boxe Ali/Foreman de 74, nos préférences sont allées aux découvertes de travaux plus anciens, moins éclatants : des aquarelles depuis les années 20 qui multiplient les motifs décoratifs, développent des façons de voir originales, un lien entre tradition et modernité.
La lumineuse fondation Cartier qui a déjà célébré des artistes africains se situe à côté de Denfert Rochereau où des foules se pressent pour visiter les catacombes.

mercredi 23 septembre 2015

Piacenza.

Les jeux avec les mots autour de « Piacere a Piacenza » sont réservés aux dépliants touristiques qui négligent  le français, alors que les habitants rencontrés de ce côté des Alpes parlent plus facilement notre langue que nous la leur.
La ville est située dans la plaine du Pô ponctuée de grandes fermes qui évoquent le film de 1976 : « 1900 » de Bertolucci.
La nostalgie peut par ailleurs alourdir sa pelote avec d’autres réminiscences d’un communisme à l’italienne, qui fut plus engageant du temps d'Enrico depuis la Rue des Boutiques obscures à Rome siège du PCI, développant quelques bases solides dans cette région d’Emilie Romagne.
Un moment française, la ville fut  la première (Primogenita) à demander son annexion au royaume d'Italie.
Aujourd’hui peuplée de 100 000 habitants, c’est le souvenir des Farnèse qui  est mis en évidence dans cette ville étape aux airs médiévaux.
Cette famille donna un pape, des cardinaux, des religieuses, tant de militaires, de sénateurs, de gouverneurs, de ducs et seigneurs, et un vice roi d’Espagne.
Une promenade vers la Piazza Cavalli  du XIIIe siècle et ses équestres statues devant le Palazzo Gotico s’impose, ainsi qu’une visite au premier Duomo de la saison abritant de belles fresques.

mardi 22 septembre 2015

La revue dessinée. N° 9. Automne 2015.

La revue de reportages en bandes dessinées tombe toujours à pic, bien que sa parution soit trimestrielle. Certes, ils pouvaient programmer à l’avance quelques pages à propos du rugby au moment de la coupe du monde et les pages consacrées à la grotte Chauvet sont d’actualité depuis 35 000 ans, mais le dossier consacré à l’agriculture vient éclairer une actualité revendicative brulante par des réflexions au long cours :
« Qui peut penser qu’en défendant la viande en laboratoire, on va aider les animaux ? Si on s’intéressait plus à l’élevage, on saurait qu’on ne fait pas de lait sans tuer des veaux, ni d’œufs sans tuer des poules, et que l’alternative à l’industrie animale n’est pas dans le végétarisme. Il y a une idée qui s’enkyste actuellement c’est qu’on peu vivre sans les animaux, faire de la matière animale sans les animaux, vivre en ville sans les animaux. Or vivre avec les animaux au contact de la merde, de la vulnérabilité, de la maladie, c’est ce qui nous permet de rester fragiles, humains. »
Les pages consacrées au monde informatique sont toujours fournies
avec la fin de la série consacrée à l’histoire de « nos vies technologiques qui ont plus changé en 5 ans que lors des 300 précédents »
et un aperçu du « darknet » où s’échangent des bit coins et quelques herbes mais pas que…
Nous, dauphinois, seront intéressés par l’origine du mot « dauphin »
et le citoyen s’étonnera toujours de la puissance des communicants  en politique,
le curieux salivera à une évocation amusante de la vie de Pavlov
et le sentimental partagera l’enthousiasme d’Alfred qui se rappelle du film « Tandem ».
Quand hier était annoncé : « La SNCF a été condamnée lundi pour discrimination envers plusieurs centaines de Chibanis », un reportage complet nous avait renseigné sur la lutte de plusieurs années pour faire reconnaître le droit des cheminots marocains qui n’avaient pas le même statut ni la même retraite que d’autres avec qui ils trimballaient des traverses de 50 à 80 kilos sur les voies.
Pile poil.

lundi 21 septembre 2015

Le tout nouveau testament. Jaco Van Dormael.

Un Dieu vindicatif, malveillant, en robe de chambre pourrait appeler tant d’effets éculés comme ses babouches : pas du tout ! 
C’est Poelvoorde qui l’incarne.
Le film est un bouquet d’effets miraculeux pas vraiment classiques, de jeux d’acteurs qui ravissent le public. Et pas seulement Yolande Moreau en femme du créateur et Catherine Deneuve en nouvelle apôtre vouée aux grands singes. Une fois de plus, les femmes sauvent l’humanité par le truchement de la fille méconnue de Dieu : la terre va enfin tourner plus rond. La poésie, la fantaisie, la dinguerie, le plaisir, l’humour passent donc aussi par les portables et l’ordinateur suprême. Film d’époque.
Un potache qui fait reverdir

dimanche 20 septembre 2015

L’étranger. Jean Claude Gallotta.

« Les grandes œuvres se reconnaissent à ce qu’elles débordent tous les commentaires qu’elles provoquent. C’est ainsi seulement qu’elles peuvent nous combler : en laissant toujours, derrière chaque porte, une autre porte ouverte. »
Nous avons passé une heure avec trois artistes de la troupe de Gallota, qui après la mort de sa propre mère, retrouve les plateaux autour de l’œuvre d’Albert Camus.
Les rêveries du Grenoblois invitent à revenir aux mots premiers de celui qui avait choisi Oran comme décor de son livre le plus connu, où le recours à la première personne interroge encore plus notre rapport au monde.
« Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine. »
le galopin galopant m’emballe toujours autant.
Ses gestes habituels nous rassurent et des expirations nouvelles arrivent.
« Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
J’ai aimé la tonalité essentiellement noire de cette dernière proposition, quand une des danseuses à côté de la pâle lumière  d’un écran continue de danser, les peaux s’effleurent, les recherches de l’autre sont toujours manquées, un coup de soleil …
Une occasion de s’approprier un monument qui n’est en rien surplombant, mais véritablement impressionnant  jusque dans notre intimité la plus enfouie.

samedi 19 septembre 2015

XXI. Eté 2015.

Le thème « La France au village » tient 36 pages sur les 200 habituelles du trimestriel en vente en librairies. Elles auraient pu  gagner en  densité, même si le temps long  pris par les enquêtes, la minutie des comptes rendus ont fait le succès de la publication.
Au moment où dans les préfectures et sur les parkings des supermarchés, la paysannerie lance son chant du cygne, l’avenir est- il chez ces nouveaux paysans qui élèvent quelques moutons sur une île bretonne abandonnée ?
Et ce couple, dont l’homme est devenu une femme, a beau vivre dans la Vienne, sont-ils représentatifs des habitants des terres ignorées par nos radars affolés ?
Le « mille-feuilles » territorial est une aberration mais sa mise en évidence à l’occasion d’implantation d’éoliennes relève d’avantage de la vulnérabilité des élus que de décisions contraires à l’intérêt général quand il s’agit d’aller vers une énergie qui préserve les ressources. 
Toujours des portraits incroyables : par exemple ce médecin pakistanais lâché par les Américains, il avait pourtant permis de retrouver la piste de Ben Laden, ou ce millionnaire qui avoue trois meurtres en ayant gardé un micro cravate après un procès où sa culpabilité n’arrivait pas à être prouvée.
Utilement développé l’entretien avec Yves Agid qui fait le pont entre  psychiatrie et neurologie est passionnant alors que l’agréable BD consacrée a Istanbul est assez anodine.
Le combat d’un avocat fils de paysans équatorien contre les pétroliers de Chevron et leurs 2000 avocats est digne d’être connu, comme il est utile de revenir en Tchétchénie 15 ans après la fin du conflit, et divertissant de suivre la fabrication de films à Kampala, ou d’entrouvrir le dossier de l’électricien qui vient de ressortir 271 œuvres inédites de Picasso.
La rencontre avec un ancien officier sud africain qui commanda un bataillon de noirs en des combats douteux est instructive; le récit des derniers jours d’un homme qui a décidé de sa mort en Suisse est pudique et fort.
L’incontournable publication aime aussi aller contre les pensées toutes faites :
cette fois un reportage révèle un véritable business du viol  qui s’est  développé au Congo :
« Que celles qui ont été violées lèvent la main ! »

vendredi 18 septembre 2015

La barbarie douce. Jean Pierre Le Goff.

Alors que les mots se périment d’un jour sur l’autre, lire un essai paru en 1999 et en mesurer la pertinence ajoute à la jubilation.
Le sociologue vient de s’exprimer récemment dans un entretien à Marianne contre la nouvelle réforme des collèges inscrite dans  un « processus de déconstruction de l'école républicaine avec le développement du pédagogisme et de la psychologisation dans l'enseignement ».
Sous un titre heureux, ces 140 pages nerveuses consacrées à la modernisation aveugle des entreprises et de l’école étaient prémonitoires et leur clarté fait naître bien des remises en questions et quelques réflexions adjacentes.
La modernité n’en finit pas d’être moderne, les jeunes gens modernes des années soixante se tirent.
« La façon dont un pouvoir légitime une réforme en la présentant comme émanation d’une base consultée en toute transparence, est révélatrice d’une nouvelle façon de gouverner qui date de « l’ère du vide » des années 80. »
Les promesses sans cesse rabâchées d’une égalité des chances soulignent le mensonge et exaspèrent  les exclus d’un modèle unique ayant perdu prestige et diversité. En amont ou en aval du système scolaire, les orientations étaient également dignes. J’ai toujours la nostalgie d’instants partagés de joie, de maladresses excusées, entre paysans, étudiants, boucher ou menuisier d’une même équipe de foot.
« Des idées qui, à un moment historique donné, ont pu apparaître libératrices face à des pouvoirs et hiérarchies sclérosés, se sont trouvées en fin de compte intégrées dans une nouvelle logique. Déconnectés de l’utopie globale qui les portait,  les thèmes de l’autonomie et de la responsabilité se trouvent aujourd’hui réinvestis dans la modernisation de l’entreprise et de l’école, et donnent lieu à des pratiques de manipulation »
Il parlait de Mitterrand, citant D.R. Dufour : « Plus il proclamait les vertus du libéralisme, plus il dénonçait la folie de l’argent, plus il valorisait la chose publique et la fraternité, plus le principe de responsabilité tombait en déshérence dans son sérail même »  Toujours vrai !
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Dessin de la semaine du "Courrier International" provenant du  journal "Le Soir"

jeudi 17 septembre 2015

Les rencontres de la photographie. Arles 2015.

46° édition autour de photographies dans la commune la plus étendue de France, année de la mort de son fondateur Lucien Clergue,  avec changements de commissaire et nouveaux investisseurs : c’est « le chantier », dont les enjeux dépassent le badaud qui vient prendre l’air du temps au pays des images.
Un photographe américain, parait-il considérable, à qui est consacré une exposition sera-t-il satisfait si son nom ne s’est pas imprimé dans notre mémoire ? Il a tellement aimé s’inspirer des amateurs, fuyant le pittoresque, l’émotion, l’esthétique, gagnant par là la faveur des musées, épatant les galeries.
A quoi bon répertorier les noms de tant d’auteurs qui ont  assez peu d’émotions, ou d’idées à faire partager ?
Pourtant pour nos numériques mémoires c’est Thierry Bouët qui m’a semblé le plus chaleureux inventif et drôle en présentant des vendeurs du « Bon coin », mis en scène avec ce qu’ils proposent : une paire de botte, un cercueil, un bateau…
Et si nous n’avons plus en tête, les noms des italiens qui ont ramené des images du Congo nous n’oublierons pas leur mystère.
« Nous avions eu une expérience à New York avec d'autres photographes il y a dix ans d'une exposition sans légende, sans nom où l'individualité disparaissait pour que les différentes voix n'en fassent qu'une. C'est ce que nous avons eu envie de retrouver, Alex et moi, dans ce travail. »
Les façades d’églises de Markus Brunetti en imposent par leurs dimensions, leur précision : un travail de titan rassemblant des centaines de clichés, voire des milliers pour restituer une vérité de monuments dont la perspective est abolie.
C’est autre chose que les enseignes et les architectures de Las Vegas vues et revues même si  une série consacrée aux «  canards » : bâtiments ou véhicules aux formes des objets qu’ils ont à vendre, est gaie.
Le détour par l’abbaye de Montmajour, vaut le coup pour le lieu en lui même, mais Marcello en couleurs sur le tournage de 8 ½ de Fellini n’a rien de rare, ni Malkovitch reprenant la pose de Guévara, Einstein, Marylin, Wharholl  depuis leurs portraits iconiques.
Plus originaux sont les autoportraits de Diop posant avec des attributs de footballeurs en costumes XVIII°.  
Nous n’avons pas vu les 35 expositions proposées mais revient un portrait de groupe d’où se dégage une atmosphère particulière comme dans une salle d’attente aux patients tendus. 
Quelque carnet personnel semble intense mais difficile à aborder dans la frénésie d’une journée, alors émerge une fulgurance : une photographie très noire avec quelques taches blanches minuscules : là une danseuse. 
La confrontation d’images de propagande en Corée du Nord avec la réalité m’a parue un peu convenue et la série de poses auprès d’un ours dans l’entre deux guerres en Allemagne intéressante, alors que l’enquête sur les lieux opaques du pouvoir, les paradis fiscaux, est accablante et apporte une touche politique plus développée me semble-t-il du côté de Perpignan.
Portant les prises de vues concernant des groupes sur des lieux de commémoration : Auschwitz, Tchernobyl, le Rwanda, le Cambodge… nous interrogent en profondeur sur notre place dans l’histoire, l’actualité. Nous n’aurions pas eu l’idée d’écrire sur un mur : « J'étais là » mais nous fûmes dans certains de ces lieux.
Désormais une image réside dans nos têtes : Aylan, dont le père retourné à Kobané enterrer sa famille disait :
« Il est impossible de s’imaginer comment les gens vivent ici. »

mercredi 16 septembre 2015

Toscane.

Voir  en vrai Le parc aux tarots de Niky de Saint Phalle avait été le prétexte pour un retour 20 ans après dans les terres de Sienne. 
Le propriétaire du gîte « La Marcigliana » labélisé « agritourismo » au bout d’un chemin de terre en face du village perché de Radicondoli pour le panorama et pas loin de Colle di Val d’Elsa pour les supermarchés, nous a vraiment bien accueilli.
Tomates et basilic du jardin, fromage de ses brebis, le jeune Sarde par ailleurs chanteur, nous a donné une belle image d’une Italie dynamique et chaleureuse.
Nous avions le sentiment en revenant de nos tours à Florence, Sienne, San Giminiano, dans  le Chianti, ou dans le val d’Orcia, de la Maremme ou de Carrare, d’être au centre d’un lieu préservé du monde et de ses grossièretés, mêlant culture, cultures et piscine, en pleine jouissance de nos privilèges européens.
Les mercredis, remontant le cours de notre séjour, je vais essayer de mieux saisir ce qui  a constitué les rivalités de ces villes pourtant bien préservées. 
Je vais rechercher sans trop abuser des collages Wikipédia, ni trop forcer sur la cuistrerie ce qu’ont apporté les Etrusques, ce que furent Gibelins et Guelfes, et cette route « La via Francigena» qui traverse cette région aux collines saisissantes de beauté dont je me suis appliqué à copier les cartes postales tendant à se raréfier sous les perches à selfie.

mardi 15 septembre 2015

Les beaux étés. Zidrou & Jordi Lafebre.

Je ne me souvenais pas que Zidrou avait participé à un album qui m’avait enthousiasmé
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/01/les-folies-bergere-porcel-zidrou.html , il est aussi l’inventeur de  l’élève Ducobu que je regarderai désormais d’un autre œil.
Ce premier volume annonce une série où la tendresse surpasse la nostalgie : nous sommes en 1973, année de « la maladie d’amour », la chanson.
«  Cap au Sud » titre cette livraison appétissante : dans la 4L, la famille avec quatre enfants part en Ardèche.
Chacun a sa personnalité respectée : la fille sage, l’audacieux, l’amateur de Bd, Pepette et de surcroit : Tchouki le personnage inventé.Quand l’imagination bien partagée par tous permet de lever tous les obstacles.
« - La vie c’est de grimper tout en haut d’un sapin. Il y a des aiguilles et les aiguilles ça pique ! On voudrait bien redescendre, mais c’est impossible. Alors on continue de grimper, mais plus on grimpe plus les branches sont petites et plus on a le vertige, parce qu’on a peur de tomber tu comprends… Mais il ne faut jamais s’arrêter ! Il faut grimper !Tu sais pourquoi ? « 
- N…Non. 
- Parce que la vue est tellement belle ! »
Clair comme de l’eau fraiche, vivant comme des frites au camion, osé comme un gros très gros bouquet ou quand papa lâche le volant et dit :
«- Je vais en profiter pour faire un petit somme, vous me réveillez à Marseille ?
- Arrête papa ! T’es pénible ! »
Délicieux.

lundi 14 septembre 2015

Les chansons que mes frères m’ont apprises. Chloë Zhao.

La réalisatrice chinoise  a vécu 4 ans dans une réserve indienne du Dakota du sud. Elle va s’inspirer d’une réalité âpre pour construire une fiction où le spectateur peut se désespérer de voir , d’après Sitting Bull, une septième génération devant libérer le peuple indien, mal partie pour assumer l’héritage dans les vapeurs hashischennes et les alcools en tout genre. Par une de ses grimaces de l’histoire, la réserve est sous le régime de la prohibition générant tant de trafics et ne favorisant nullement la sobriété. Les familles sont explosées. La prison est un lieu aussi  central que l’église, avec la même inefficacité. Les paysages ont beau être beaux, quel avenir ? Encore une fois la fille semble la plus solide. Ces indiens bien loin des clichés enfantins portent le chapeau de cow-boy, font du rodéo et jouent au football américain, roulent en pickup bien avant l’âge légal, c’est que les jeunes doivent assumer plus jeunes qu’eux. Les adultes absents ne peuvent guère assurer cette transmission que laisse entendre le titre. Passionnant, même si les figurines ont perdu leurs plumes.

dimanche 13 septembre 2015

Comme vider la mer avec une cuiller. Yannick Jaulin.

Le conteur de Pougne-Hérisson (Vendée) joue avec les accents sous un titre qui vient de Nietzsche :
« Comment avons-nous pu vider la mer?
 Qui nous a donné l'éponge pour effacer l'horizon tout entier? »
 Si Yannick Jaulin enchaine les citations d’emblée dans une salle encore éclairée, il reste lui-même.
Il n’a pas prononcé la phrase : « Au commencement était le verbe » mais celle-ci a résonné pour moi tout au long du spectacle. C’est la moindre des choses pour un diseur qui pose rien moins que la question du sens de nos vies, avec la phrase complète qui annonce
« le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ». Et ce besoin de croire.
Ce sera du lourd, traité avec un humour qui ne masque pas la profondeur.
D’une ambition folle et d’une proximité émouvante, il rebrasse les grands récits collectifs des trois religions du livre, nous donne des aperçus de son érudition et de sa fantaisie ; son histoire personnelle très présente rencontrant l’universel.
Il évoque aussi des contes et légendes contenus dans l’Histoire, transmis dans l’école de jadis, développe une réflexion foisonnante à partir  de « L’annonciation » de Fra Angelico qui est bien plus qu’une version amusante d’une PMA (procréation médicalement assistée), elle annonce la Renaissance.
Il reprend, parmi tant d’autres, cette fable attribuée à Péguy, dont je ne sais plus où je l’avais entendue et qui dit tant de choses sur la conscience professionnelle, notre place dans la société, du sens de nos vies.
«Il s’agit de trois casseurs des cailloux : 
 Au premier :
- Que faites-vous, Monsieur ?
- Vous voyez bien, lui répond l’homme, je casse des pierres. J’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai faim. Mais je n’ai trouvé que ce travail pénible et stupide.
Au second :
- Que faites-vous, Monsieur ?
- Je suis casseur de pierre. C’est un travail dur, vous savez, mais il me permet de nourrir ma femme et mes enfants. Et puis allons bon, je suis au grand air, il y a sans doute des situations pire que la mienne.
Au troisième :
- Que faites-vous ? 
- Moi, répond l’homme, je bâtis une cathédrale ! »
Tout est là.
Une comparse joue du violon, lui s’exprime en nous tournant le dos parfois, carrément dans le noir ou  bien apparaissant dans une belle lumière, il nous parle personnellement et nous fait rire, chante du Bob Marley.
Je reviendrai au théâtre pour des rencontres comme celle de ce soir là.

samedi 12 septembre 2015

La fin du village. Jean Pierre Le Goff.

Quand l’auteur de « La Barbarie douce » parle de Cadenet dans le Lubéron, c’est d’une nation dont il est question, en tous cas ses riches descriptions peuvent s’appliquer par exemple à l’évolution de mon village, Le Pin, dans le bas Dauphiné, telle que je l’ai perçue de mon enfance à ma vieillesse, bien que l’auteur eut relevé qu’il y aurait pas loin d’ici un terme imprononçable.
Comme il a fustigé le sabir éducation nationale mimant celui de l’entreprise, il se garde d’employer les mots savants de la sociologie, sans entamer la rigueur de son approche.
Depuis les vocables employés dans les documents du Parc du Lubéron, ceux de la crèche « Lou calinous », dans les mots de l’animateur jeunesse, ou ceux du directeur de la maison de retraite, la préciosité de la communication accuse la fracture entre les professionnels-de-la-profession et ceux qu’ils regardent de haut en abusant du terme « citoyens » qui s’est dilué dans tant de sauces.
Son essai de près de 600 pages se lit comme un roman.
L’étude chaleureuse débute au « Bar des boules », témoin des chambardements d’une communauté. Elle remonte l’histoire d’un pays de vanniers et de paysans et interroge la transmission des mémoires.
Le village qui a toujours voté communiste et entretient un solide anticléricalisme depuis les temps où les vaudois réfugiés et persécutés au XVI° siècle s’y sont installés, a connu l’arrivée des soixantehuitards, puis des citadins.
A travers une centaine d’entretiens avec des « cultureux », des enseignants, des pompiers, des chasseurs, des enfants de harkis, des touristes, des riches étrangers, des « déglingués », des prêtres dont celui qui « a fait le don de son foie à l’église », des anciens et des nouveaux, il retrace le basculement d’une civilisation.
«En un quart de siècle, Cadenet est entré tant bien que mal dans un nouveau monde où s’est effacée son ancienne identité. On peut y voir à juste titre un phénomène d’urbanisation et de modernisation qui a libéré les individus des contraintes pesant sur les anciennes communautés d’appartenance, la fin d’un monde clos et « du chauvinisme de clocher ». Pour autant, cette évolution s’est payée d’une dissolution du lien collectif entrainant l’individualisme vers les horizons d’une « postmodernité » problématique ».
Dans ce village devenu « bourg dans une zone périurbaine », les autochtones de plus en plus minoritaires sont nostalgiques. Ce sentiment est nourri de quelques images désormais factices  qui conviennent aux nouveaux arrivants pressés et aux touristes.

vendredi 11 septembre 2015

Le Postillon. Eté 2015. N° 31.

Je les trouvais excessifs, les rédacteurs libertaires très critiques vis-à-vis des technologies,  nouvelles idoles, divinisées particulièrement dans le bassin Grenoblois et puis finalement je reconnais leur utilité, dans leur méfiance récurrente, tant les unanimités sont stérilisantes.
Cela vaut autant pour l’inflation des communicants au pays des ingénieurs que la révérence parisienne envers la nouvelle municipalité à propos de laquelle une de ses supportrices porte ce jugement :
«  Notre diversité, nos pratiques voire notre « amateurisme »… ont été l’expression de notre slogan « Grenoble, une ville pour tous ». Ce processus d’invention s’est tout d’un coup figé en se confrontant à la gestion où la prudence confine souvent à l’immobilisme, quand ce n’est pas au conservatisme… Il faut le réanimer. Par exemple, en utilisant comme pendant la campagne nos différences, nos désaccords non comme des freins mais comme des moteurs. S’il y a des votes contre c’est très bien ; ça fait du débat public. »
Mais la contradiction n’est pas toujours bien vécue, et je connais pas mal de mes amis aux  gencives agacées par la contestataire feuille de choux trimestrielle crachotante.
Cet été tout y passe : retour sur la fête des tuiles, Safar et Destot ne sont pas oubliés alors que se confirme dans le viseur Amélie Girerd, bras droit cumulard de Vallini.
« La Chaufferie » et « Le Ciel »,  salles où se produisent des musiciens connaissent des problèmes de subventions mais leurs activités en baisse peuvent expliquer des mesures d'économie.
Une interview de maître Ronald Gallo avocat vedette du barreau grenoblois va au-delà de la connaissance d’une forte personnalité en apportant un regard pertinent concernant les problèmes généraux de la délinquance.
 Et le compte rendu de quelques audiences au palais de justice est toujours intéressant.
Le reportage en vélo du côté du tunnel du Chambon où la route est coupée, agrémenté de citations de Stendhal est vivant, assaisonné de réflexions concernant le développement, la notion d’activité sportive et l’intérêt du génépi pour la connaissance des habitants de nos montagnes.
Une seule photo spectaculaire pour trop de dessins à l’arrache, avec des textes difficilement lisibles, aux traits barbouillés, à l’inspiration poussive, sauront-ils se renouveler en octobre ?
Genépi.
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J'ai essayé de copier la remarquable Bande dessinée de Zep parue sur son site mais l'image est trop petite: allez sur son blog ci-contre: "What a wonderful world"

jeudi 10 septembre 2015

Musée de l’imprimerie.

50 ans après sa création, le musée situé rue de la Poulaillerie à Lyon, ajoute à son intitulé :
« et de la communication graphique » pour dire qu’il ne s’agit pas seulement de circuler parmi des  caractères de plomb, des plaques de cuivre, des pierres à lithographies, mais d’envisager aussi les bouleversements récents.
Pourtant la minutie, la finesse, la patience, ici exposées ont bien des attraits. A l’écart de la rue de la République,  toute proche, nous sommes en cet hôtel de la Couronne, hors du temps  et de sa sauvagerie, de ses régressions, parmi les outils qui firent progresser l’humanisme.
Un jeune garçon qui  accompagnait ses parents en ce début juillet caniculaire aurait préféré la piscine et pourtant il aurait pu se distraire avec quelques phrases savoureuses de Rabelais à picorer dans un livre énorme, forcément.
Tiens, à propos de la dénomination « enfant » : alors que notre société s‘infantilise de plus en plus, je suis frappé par les commentateurs qui parlent de pré adolescents, voire d’ados pour des mômes de 11ans.
Toujours est-il que sont prévus pour les scolaires de riches parcours, tels que « Liberté d’impression, liberté d’expression », une « Histoire de canards » ou « Pourquoi a-t-on inventé l’italique, les guillemets et @ ? » Il y a également des cours de calligraphie, de reliures, de fabrication de papier, des conférences : «  L’art en prétexte. Naissance de l’édition moderne au tournant des XIX°- XX° siècles. »
L’exposition temporaire «  le jardin des imprimeurs » mettait joliment en scène des bois gravés, des gravures délicates, des étiquettes charmantes, pour souligner le rôle éminent de la ville de Lyon dans le domaine horticole au XIX° siècle ; il est vrai que dès le XV°, les livres de botanique utiles aux médecins, aux herboristes, aux agronomes fleurissaient déjà.
Parmi tant de livres, j’ai précisé mes synonymes : ce qui désigne un volume vient de volumen (rouleau de papyrus) alors que le codex  est en parchemin, en peau.
Nous étions dans le thème après un passage chez la pétulante roussette, Sylvie dont le café comptoir " Chez Sylvie" de la rue Tupin, labélisé « Bouchon »  vaut le détour : bonne cuisine traditionnelle, mais pas que : le tartare de saumon était délicieux et le service dynamique, le pot de Côte du Rhône avait bon fond.