vendredi 4 janvier 2019

Traverser la rue.

Un tel titre jouant avec la formule présidentielle qui a choqué tant de monde ne vise qu’à exciter les lecteurs qui pourraient être attirés sur ce blog. Et j’aggraverai volontiers mon cas en invitant le jeune sans emploi dont il était question, à se « bouger le cul », quand tant de jobs ne trouvent pas preneurs.
Les formules peuvent varier : sortir de son couloir, de la fatalité, prendre ses responsabilités. Tout en n’évacuant pas les difficultés pour trouver un emploi, attendre que Jupiter s’occupe de tout, me semble court.
Celui qui a finalement choisi de devenir cariste, était loin de la condition d’un chômeur qui vient de perdre son emploi dans un bassin de chômeurs.
Tiens, à propos, le chômage : qui en parle, voire propose des solutions dans cette période pourtant bavarde ?
Certes dans la restauration on est moins payé qu’un médecin, mais des généralistes, on n’en trouve plus guère, pas plus que des conducteurs de train, des éducateurs, des profs… refrain connu.
Après m’être compromis ci-dessus, du côté des opinions minoritaires, je précise que je trouve que « le pognon de dingue » des financiers est scandaleux et grand le mérite des gilets jaunes de remettre au goût du jour le problème des inégalités.
Notre société, au système de protection sociale apprécié surtout en dehors de nos frontières, est en crise, et Macron en est le nom.
Le journal  « Le 1 » aura beau préciser que le taux de prélèvements obligatoires de 45% en France (25% aux USA) permet à la  population de bénéficier des services de l’Etat, cela reste inaudible à beaucoup. Mais quand quelques souteneurs, qui savent bien ces données,  promettent la lune et se montrent plein d’indulgence envers des « subalternes » aux réflexions sommaires et aux pratiques parfois détestables, la méfiance envers les démagogues peut se rallumer.
Pour en revenir aux gueux qui se relaient aux carrefours, je les connais ; fils de « pagus », je sais ce qu’est l’humiliation. En d’autres printemps j’ai connu aussi la morsure des matraques.
Mais dans un contexte où personne n’écoute personne, dire qu’ « on n’est quand même pas en dictature » est pris pour du mépris, je me résous à la modestie sans plus chercher à convaincre quiconque.
Et plutôt que de courir après la première brassière de sécurité venue, maculée de haine, choisir la réponse d’Oscar Wilde à son procès à qui l’avocat de son adversaire demandait :
«  La majorité des gens tomberait dans votre définition des philistins et des ignares n’est ce pas ?
- Oh, j’ai trouvé de magnifiques exceptions. »
Cette citation figurait dans le nouveau « Magazine littéraire » que j’avais acheté pour d’autres titres dont « Les écrivains racontent les gilets jaunes ». Le plus original des romanciers convoqués couvre deux pages pour dire ce qu’Hugo, pourtant prolixe, rassemblait en une formule : «  nous les petits, les sans- grade ». L’un en profite pour parler de lui, un autre pour excuser toute violence, puisque la Marseillaise de Rude, celle de l’Arc de triomphe, a été commandée par Thiers, «  le futur boucher de la commune (tiens tiens) », et Nathalie Quintane, une écrivaine, de s’enflammer : «… des bals et chansons sur les ronds points, des rondes et des chorégraphies sur les passages piétons, des cabanes et même une potence… » Vite un R.I.C (Référendum d’Initiative Citoyenne) sur la peine de mort ! Alors que tout ce qui est intellectuel est méprisé depuis longtemps, ceux qui devraient être les gardiens de l’exigence, des nuances, de la profondeur, se droguent à l’épique et si cela se finissait au bout d’une pique, leur inspiration s’en trouverait ragaillardie. Maintenant que le hasch va devenir thérapeutique, ne reste-t-il plus que la fragrance des lacrymos pour faire pleurer Margot ?
Les formes prises par la colère jaune ont mis en cause bien des usages de notre démocratie, telle que la déclaration préalable de manifestation. Pourtant les adeptes de la judiciarisation du moindre geste n’ignoraient pas que les entraves à la circulation sont illégales.
Les abstentionnistes ont rencontré ceux qui n’ont jamais admis le verdict des urnes, ils réclament maintenant de voter à la moindre occasion. Ils useront ainsi plus utilement de leurs fins de semaines que lors de ces samedis rageurs de décembre.
Ils se sont passés de tous les stratèges communicationnels habituels, avec leur habit très visible à l’efficacité avérée, si bien que le moindre cycliste précautionneux nous dit quelque chose.
Ils régénéreraient parait-il la démocratie : alors qu’ils jugent illégitimes les élus, de quel droit se proclament-ils Le Peuple ? Leur capacité de nuisance conforte un sentiment de toute puissance quelque peu infantile, mais s’il se trouve des sociologues pour s’émerveiller d’une politisation express sur les ronds poings, c’est qu’il y avait déficit.   
Quand le port du gilet s’impose pour avancer dans la file qui s’étire devant un lieu de ralentissement, la devise républicaine y perd son premier mot : liberté.
Chacun lutte bien entendu pour ses enfants, le planétaire et le prolétaire, est-il besoin de le préciser ?
A la radio, une actrice en fin de course ne comprend plus qu’on fasse des enfants alors que pour ailleurs, il est incorrect de trouver qu’une famille avec dix affamés ça commence à faire beaucoup. Une espèce vivante qui ne se  reproduit plus ou qui se multiplie sans frein est menacée et il ne s’agit pas du moustique du marais Poitevin mais de nous pauvres humains qui se sentent en ce moment si bêtes.
D’un côté : la petite fille de riche se sent si pauvre et de l’autre : un enfant n'est plus forcément une richesse pour les pauvres.   
« Quand les saltimbanques, les enfants trinquent. » J.C. Dauphin

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