dimanche 14 juin 2015

D’après une histoire vraie. Christian Rizzo.

Les hommes arrivent les uns après les autres sur la scène et se mettent à danser au sol, s’accordant parfaitement dès leur entrée. Ils sont huit.  Après un moment de silence attentif, les deux batteurs se mettent à jouer doucement, puis la scène s’anime.
Combinaisons à deux, trois, quatre, cinq ou six ou sept ou huit.
Je n’y avais pas pensé pendant le spectacle : les gestes évoquent les danses folkloriques de Turquie, de Grèce, mais de les voir chacun avec leur personnalité et leurs accords parfaits en jean et manches courtes, j’avais oublié l’idée de départ. L’histoire vraie : c’est une danse très brève, intense aperçue en Turquie qui avait impressionné le chorégraphe, il a fait un malheur à Avignon : du bonheur. Une heure dix.
Lier, transporter, battre, prendre par les épaules, par la main, rejeter la tête en arrière, frapper, enchainer, tomber, virevolter, rejoindre, se redresser, reprendre, se souvenir, marteler, se surpasser, ensemble, seul, tricoter, jouer.
J’ai pensé à des danses enfantines, des rondes, « enfilons les aiguilles, les aiguilles ».
Les batteurs sont des dingues, ding ding , doum doum.
Simple et sophistiqué avec l’évidence de pulsations primales et la jubilation des découvertes.
Il fallait bien que ça s’arrête, trop intense !
Clac, noir.


samedi 13 juin 2015

Que sont tes rêves devenus ? Alain Rémond.

Avec une telle promesse dans le titre et arriver à « mais honnêtement, tu ne sais pas trop ce qu’il faudrait faire pour arriver à s’en sortir alors que tout semble empirer, aller de plus en plus mal. » : la déception est au rendez-vous du comptoir du commerce.
Bien sûr il y a l’honnêteté du chroniqueur et de l’écrivain que j’apprécie
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/06/tout-ce-qui-reste-de-nos-vies-alain.html  
mais j’attendais plus de souffle, d’originalité chez celui qui fut à Télérama,  aux Nouvelles Littéraires, à Marianne, journaux qu’il quitta à chaque fois pour ne garder que son billet à La Croix.
Souvenirs de soixante huitard, de la deuxième gauche : il y a de quoi partager, bien que n’ayant pas « fait le séminaire », ni rencontré Bob Dylan.
Mais la rédemption de Mitterrand, parce qu’il parle de cinéma lors d’un de ses ultimes discours, me semble un peu facile.
Et même si le tutoiement qui court tout au long des 185 pages faciles, trop faciles à lire, n’ajoute pas à la connivence ; que nous étions candides !
« Tu le voyais comment ce monde meilleur, ce monde parfait ? La paix, l'amour, la fraternité, tous frères, tous unis dans le refus de la haine, de la violence, dans le respect des droits. »
Il n’en devient pas cynique comme tant de baby boomer que nous fûmes, mais sans guère d’illusions : les rêves sont tombés par terre c’est la faute à …

vendredi 12 juin 2015

Passion.

Un camarade voisin m’a transmis une vidéo de Didier Porte
http://la-bas.org/la-bas-magazine/videos/didier-porte-parlons-passion
où l’indigné permanent ridiculise une vidéo de la CASDEN (banque de l’éducation nationale) qui était sensée susciter des vocations pour le métier d’enseignant. Visiblement sans succès.
Le ridicule des témoignages se suffit à lui-même pour mettre en évidence le vide des propositions des communicants, la naïveté de certains collègues, la dégringolade de nos valeurs. Mais par effet de symétrie, je ne peux me résoudre au ricanement permanent, au cynisme désabusé, aux paroles tonitruantes tout le temps dénigrantes.
Oui des conditions de travail sont indignes, mais ce doit être encore possible de faire grandir des élèves, leur faire découvrir les algorithmes de la table du 9, l’héroïsme de Gavroche, inventer une nouvelle planète pour Le Petit Prince, voir un Y.E. B. écarter les bras en « King of the world » à la proue du canot pneumatique dans l’estuaire du Belon…
Il y eut des classes à 30 chaleureuses, rieuses, travaillant. Il y a des élèves qui toujours ont faim de savoir et rencontrent des enseignants qui ont la passion de leur métier. Pourvu que tous les donneurs de leçons ayant déserté les classes ne les accablent pas trop de circulaires, de consignes de réformes et de méformes http://ednat.canalblog.com/archives/2015/04/18/31912522.html et que leurs instructions cessent de miner l’instruction.
Les gnangnans m’insupportent, les toujours niant également :
 «Je suis l'esprit qui toujours nie!
Et c'est avec justice; car tout ce qui naît
Est digne de périr;
Il serait donc mieux que rien ne naisse,
Ainsi, tout ce que vous nommez péché,
Destruction, bref, ce qu'on entend par mal,
Voilà mon élément propre.» «Faust» de Goethe.
Oui je vais chercher dans les siècles morts, des mots, et Hugo Victor en  grand père me rassure, en 2015, je connais une petite fille qui fait bouquet de la moindre pâquerette, ébauche un rêve avec un morceau de tissu en tant que diadème, et ne rencontre personne pour médire de sa fierté de tracer au pinceau les trois lettres de son prénom.
Dans le square en bordure du revêtement sécurisé, les enfants creusent le sol caillouteux, il n’y a plus de bac à sable : trop dangereux, les chiens y chiaient, les toxs y laissaient des seringues. Il faut voir aux belles heures du petit matin quand la ville s’apprête, tout ce travail pour suppléer nos négligences.
Barde barbant, je me mets à la lyre : tous ces papiers laissés, ces mots usés, obstruent nos regards, empâtent nos océans, portent le doute sur notre bien le plus précieux dont Danton disait :
« Après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple.»
Le pain fait grossir, et les bacs plus douze ne vont pas se lever à point d’heure pour voir la pâte à pain lever !
…………..
Pas  besoin de dessin cette semaine, les hommes de pouvoir se caricaturent eux-mêmes.

jeudi 11 juin 2015

Jean Siméon Chardin (1699-1779) : "la peinture silencieuse".

Conférence de François Conan.
Le peintre a connu une carrière au succès public retentissant. Son style est nouveau, naturaliste, son goût du détail, sa technique, son travail sur les couleurs en couches appliquées les unes sur les autres pour créer le relief font de cet homme modeste, lent, pas très bon dessinateur, un artiste apprécié par les plus grands de son temps, de Catherine II de Russie à La Pompadour et à Diderot...
Né dans une famille d'artisans, son père, maitre menuisier, spécialisé dans la construction de billards avait le culte de l'objet bien construit, il est d'abord l'élève de Pierre Jacques Cazes dont l'atelier propose peu de renouvellement : les thèmes mythologiques sont cependant parfois abandonnés au profit des nouveautés plus « champêtres ».
D'abord « faiseur d'enseignes », il se lance dans les natures mortes chez son nouveau maitre, Antoine Coypel. En 1724 il rentre à l'Académie de Saint Luc. Il a son atelier, peint peu de portraits  car il a des difficultés avec la perspective d'où ses fonds rapprochés, produit des « singeries flamandes » très à la mode, des « alimentations ». Ses textures sont sobres, il utilise la peinture « avec probité » disait-il.
En juin 1728 « La grande raie »coup d'éclat à la flamande (fenêtre et lumière,
raie choquante car très réaliste.) lui ouvre en septembre les portes de l 'Académie
Royale où l'on crée pour lui un genre spécifique de « peintre de cuisines, de légumes et
de batteries de cuisine » ! Il produit beaucoup, devient très célèbre, pour le rendu de ses
couleurs la précision de ses observations, sa rigueur, sa sobriété. Il est rapidement
collectionné par les peintres et la haute société. Il domine l'art de la nature morte et
reprend les modèles mis en place dans plusieurs toiles.


1731 « Menu de maigre » et « Menu de gras » développent la réflexion autour
du carême.
Il aborde de nouveaux thèmes : attributs des arts et des lettres, des sciences ; scènes de
genre : après les objets, il peint leurs utilisateurs : 1734 « La bulle de savon » (plusieurs versions), « Femme à la fontaine »...
« Fontaine de cuisine », grand camaïeu de bruns avec des taches de blanc est
l'icône de Chardin.
Après 1735 (mort de sa femme à 25 ans) il produit moins, très affecté. 
Des portraits d'enfants, de nombreuses reprises.
1738 « Le toton ». « Le bénédicité » de 1740 est acheté dès 44 pour les collections royales.
Remarié en 44 il est plus serein, peint des scènes d’intérieur familiales,
« La serinette » de1750 (plusieurs versions) et revient à la nature morte après la mort d'Oudry, le grand spécialiste. 1756 « Le bocal d’abricots »; Le « Bocal d’olives » enthousiasme Diderot.
En 1760, « Vase de fleurs » est une réflexion sur les coloris et la lumière.
En 1761 le « Panier de fraises des bois » a un grand retentissement.
Il est pensionné et logé par le roi. Il est associé à des projets d'envergure : dessus de portes pour châteaux, en France, pour Catherine II, pour le frère du roi de Suède ...
Sa vue baisse, sa palette s'assombrit. A partir de 71, à 70 ans, il se lance dans le portrait au pastel (couleurs établies plus faciles à utiliser et travail plus rapide). 
Entre autres, plusieurs « Autoportraits » sans concessions, le dernier datant de 1779, quelques semaines avant sa mort.
Il a toujours refusé d'avoir des aides et n'a pas fondé d'école.
«Avec la peinture on se sert de couleurs mais on travaille avec le sentiment »
Ce compte rendu a été rédigé par Dany Besset.

mercredi 10 juin 2015

Musée des confluences. Lyon.

Il parait qu’il est majestueux vu de l’autoroute, de l’intérieur il n’est pas des plus simples, mais bon, il y a des baies vitrées quand on prend l’escalier et les salles d’exposition sont dans l’obscurité comme il convient aujourd’hui.
Le côté didactique des muséums à l’ancienne a disparu au détriment de l’esthétisme, ainsi les insectes forment une nuée chamarrée et les oiseaux une accumulation où le colibri côtoie l’autruche. Par contre des médiatrices sont disponibles pour donner des précisions : un collier océanien aux allures de tuyau de pompiers est formé d’une multitude de plumes insoupçonnables.
Les fossiles sont magnifiques dans la salle consacrée aux origines, et les squelettes de dinosaures spectaculaires avec leurs ombres au plafond. 
Par ailleurs nous pouvons nous interroger sur la place de l’homme parmi la multitude des espèces, sur les échanges entre sociétés,  voire sur l’au-delà avec des masques forts.
Nous y reviendrons pour les expositions temporaires, il ne s’agissait pas de lasser notre toute petite fille qui avait déjà retenu la taille d’une molaire de mammouth lors d’une première visite alors qu’il y avait des croque-monsieur au saumon au menu enfant de la brasserie.

mardi 9 juin 2015

Le football n’est plus ce qu’il est. Lefred Thouron.

Rien que le titre du recueil de BD, remisant au loin la nostalgie qui toujours se pointe autour de ce terrain des vertes années bordées de chaux ou de sciure, envoie du subtil et du piquant.
Je me suis fait aux physionomies faussement négligés du dessinateur du « Canard Enchaîné » dont la laideur des personnages convient finalement à la vigueur des cartons qu’il distribue chaque semaine dans l’Equipe magazine.
J’ai souvent copié/collé ses dessins le vendredi au seuil de mes humeurs en politique et chroniqué un de ses livres précédents :http://blog-de-guy.blogspot.fr/2012/02/coloscopie-de-la-france-du-xxi-siecle.html
4 - 2 - 4,  4 - 4 - 3, 5 - 3 - 2, 4 - 2 - 3 -1 font 10.
Il tacle le langage désormais formaté par la com’ de Fonebone ou Jean Houphouët, n’épargne pas les supporters, ni les surenchères des agents, les indécisions des dirigeants, la position incertaine des entraineurs, pardon coach, les arbitres connectés… la fédé, c’est bien le moment ! Un émir, les journalistes, les consultants : tout un microcosme révélateur du monde, sa caricature.
« -Toi tu changes de vestiaire !
- A la mi-temps ?
- Nos adversaires viennent de t’acheter. »

lundi 8 juin 2015

Borat. Larry Charles.

Film de 2006 dont la charge satirique parait encore plus incorrecte aujourd’hui.
Heureux les amateurs du second degré car les lourdes charges contre l’antisémitisme, l’homophobie ont pu être ressenties comme homophobes ou antisémites.
Quant à la vision du Kazakhstan ou des Etats-Unis elle ne déçoit pas : provocatrice, déjantée, ambigüe, grotesque, surprenante, hilarante. Il s’agit bien comme l’indique le sous titre de : « leçons culturelles sur l'Amérique pour profit glorieuse nation Kazakhstan »
Sacha Baron Cohen  trimbale sa silhouette dégingandée de New York à Malibu à la recherche de Pamela Anderson et rencontre l’Amérique la plus caricaturale dont il veut s’inspirer pour son pays d’origine, lors d’un rodéo, visitant une télévision locale, dans un temple évangéliste… rencontrant des racailles, des gens "très bien", qu’il va piéger à la façon d’un vidéo gag sulfureux qui révèle des réactions ou des indifférences hénormes. Une séance de lutte à poil avec son alter égo obèse, soulignée par un cache sexe démesuré nous surprend, bien que l’obsession sexuelle soit omniprésente. Et même si ses  propositions d’embrassades dans les rues de New York sont quelque peu répétitives, tant de burlesque hors norme, de bêtise nous  permet de supporter la vraie imbécilité, la meurtrière idiotie, la familière sottise et le manque d’humour  dans le compte rendu des jours ordinaires qui ne connaissent pas le cinéma.