vendredi 17 avril 2015

France culture papiers N°13 printemps 2015.

En  page une, Debray et Wolinski : je prends.
« Mon occupation préférée : dire des conneries avec des gens intelligents. »
La thématique principale était inévitable :
« Crise ou sursaut : que peuvent les politiques? »
avec Rosanvallon, Stora, Meddeb dont Bidar reprend l’émission, pour les plus attendus :
il le faut bien.
Après la marche républicaine du 11 janvier, « trop nombreux pour être récupérés » : ce tous ensemble exceptionnel interroge notre individualisme.
La reprise d’une chronique de Nicolas Martin est éclairante : dans les pays de culture du riz la coopération entre agriculteurs est nécessaire, beaucoup moins dans les pays de … blé.
S’interrogeant sur la crise de la représentation minée par nos impatiences, Claude Lefort est cité :
« Je vois la démocratie  comme un régime inachevé, cet inachèvement est même constitutif de la vie démocratique dans la mesure où il montre sa capacité à accueillir le conflit en faisant droit à l’indétermination du pouvoir »
Et il n’est pas inutile de faire le point sur les métamorphoses de la social démocratie dont Jaurès pensa l’articulation entre liberté individuelle et égalité sociale, Jacques Delors  parle de « la commission de la dernière chance » en matière Européenne.
Parmi ces rappels écrits d’émissions, il y a  bien sûr un portrait maison : Sonia Kronlund, productrice de la quotidienne « Les Pieds sur terre » mais ce n’est pas que pour exposer sa binette.
Ce numéro de près de 200 pages est  riche et varié :
Les arméniens en France, une enfance au goulag, la classe moyenne en  Turquie, des sons dans Paris au XVIII° siècle à  ce qui s’invente chez les transhumanistes de la Silicon Valley, Napoléon journaliste… Le Corbusier dont les sympathies nazies sont révélées alors que celles d’Heidegger se confirment, par contre Geneviève de Gaulle-Anthonioz apparait dans toute sa force et sa modestie.
Nous arrêtons notre regard sur la Célestine de  Picasso et comprenons l’importance d’Apollinaire dans la carrière de Pablo. Cannes, est bien la ville « des marches et du marché », et si je ne connais pas Richard Ford, pour 15 € j’aurai eu l’impression d’être un peu moins désemparé, le temps de  quelques lignes sur lesquelles se poser.
En évitant de tomber matin ou soir dans tous les Trapenard ni se faire flasher à chaque heure par les brèves info contigües.
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Les dessins qui accompagnent cet article sont copiés dans Courrier international, Mix et Remix les ont signés dans  le journal "Le matin Dimanche" de Lausanne

jeudi 16 avril 2015

Les bâtisseurs du nouveau réalisme.

Le conférencier Thierry Dufrêne pouvait reprendre son expression « singularité collective » pour qualifier le groupe du « Nouveau réalisme » lors de son deuxième exposé aux amis du musée, après  avoir, dans une séance antérieure, évoqué Klein et Tinguely dont il sera encore question dans la description des travaux de Restany, César et Raynaud, sujets du jour.
Pierre Restany est critique d’art, fédérateur du groupe.
Pour illustrer une de ses réflexions  considérant que le milieu urbain, industriel est une nouvelle nature, le rapprochement entre des tableaux patrimoniaux, en hommage à une nature rêvée et des productions plus récentes de tôle et de béton, est éclairant.
Jadis, les bergers du Guerchin et de Poussin dans les jardins des délices d’Arcadie découvraient la mort : « in Arcadia ego »  écrit sur un tombeau « Moi, la Mort, je suis aussi ici ».
Aujourd’hui, les voitures compressées de César sont, elles, des totems incontournables et un  pot de Raynaud  peint de la couleur rouge des habillages industriels et des interdits, rempli de ciment tel un sarcophage, ne porte plus de fleurs.
D’ailleurs, le cycle immuable des saisons peut s’oublier quand le dimanche devient un jour comme les autres.
César Baldaccini, http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/11/cesar-au-musee-cantini.html est un bâtisseur, roi de la compression, de l’expansion et de l’empreinte.
Le méridional influencé par Germaine Richier est flatté de la reconnaissance de Giacometti.
Il rend hommage à Picasso avec un « Centaure » place de la Croix Rouge à Paris.
Son bestiaire de fer, riche de scorpions, chauve souris et autres gallinacés témoigne d’une variété des œuvres  impressionnante.  Quant à la « Vénus de Villetaneuse » ou « Ginette », elles sont marquées par les personnages figés dans les cendres vus lors d’un voyage à Pompéi.  Lorsqu’il évoque Valentin, un parachutiste mort en représentation, dans une série d’ hommes-oiseaux, réalisme et abstraction s’hybrident formidablement.
Jean-Pierre Raynaud, est connu pour ses pots de fleurs, il a eu une formation de jardinier, et les carreaux de céramique blanche sont sa signature. Il en avait recouvert l’intérieur de sa maison de la Celle Saint Cloud qu’il a détruite par la suite puis en a exposé les morceaux au musée d’art contemporain de Bordeaux.
Les nouveaux réalistes du vieux continent  ont recyclé les rebuts, héritiers de Duchamp et de ses ready made d’avant 1914. Ils sont contemporains, dans le nouveau monde, du pop art qui a mis des couleurs à la société de consommation, avec Andy Warhol  qui disait que Pierre Restany était un mythe :
«     … le nouveau réalisme : une façon plutôt directe de remettre les pieds sur terre, mais à 40° au-dessus du zéro de dada, et à ce niveau précis où l’homme, s’il parvient à se réintégrer au réel, l’identifie à sa propre transcendance, qui est émotion, sentiment et finalement poésie, encore. » Pierre Restany

mercredi 15 avril 2015

Le musée de l’entreprise Raymond.

Tellement de musées industriels se sont installés dans les locaux d’usines désaffectées que la visite de celui de l’entreprise Raymond au 114 cours Berriat à Grenoble est réjouissante.
Cette société est en pleine forme (9,5 % de croissance cette année).
Depuis les agrafes destinées à la ganterie jusqu’aux fixations techniques en particulier dans l’automobile qui en font un des leaders mondiaux, il est passionnant de parcourir 150 ans d’histoire guidés par l’ancien patron qui nous a accueilli en personne avec deux dames à la retraite qui consacrent des heures à l’entreprise où elles continuent à s’investir.
Au départ trois compagnons (Raymond, Allègre, Guttin) montent un atelier rue Chenoise pour fabriquer des boutons métalliques à estamper au nom du client.
Avant la guerre de 1870, ils seront rejoints par 15 autres personnes travaillant 14 h par jour, 6 jours sur 7. Leur invention du crochet à hélice qui se rive sur le cuir connaitra le succès en permettant de se passer du passepoil aux boutonnières long et délicat à broder.
Grenoble fournissait le monde entier d’articles en chevreaux issus des montagnes environnantes.
Cette production gantière nécessitait des boutons.
L’entreprise s’installe à l’emplacement d’une usine de fils de pêche et compte 300 personnes. L’invention du premier bouton pression en 1886 donne une impulsion aux effectifs qui atteignent aujourd’hui 5500 personnes dans 14 pays avec 350 chercheurs en bureaux d’études qui mènent 1500 projets par an. Le portefeuille de brevets est au cœur de la fabrique.
La fabrication d’accessoires de mode s’arrête en 1999, alors que pendant les trente glorieuses,  les clips de fixation pour l’électro ménager, l’ameublement, les constructions navales, le bâtiment se sont multipliés. 

Depuis les attaches sur cuir jusqu’aux tôles, l’innovation a toujours été le moteur de l’entreprise qui a conçu certaines de ses machines et les outils destinés à la pose de pièces fabriquées désormais en salles grises. Une usine en Alsace travaille sur des colles. 
400  pièces en moyenne sont nécessaires pour fixer câbles, tableau de bord, garnitures dans un véhicule.
S’il est amusant de repérer tant d’objets cachés de notre quotidien, la fierté des entrepreneurs et de leurs collaborateurs se comprend, quand l’idée d’un concepteur qui a imaginé un raccord pour un circuit de carburant permet de faire vivre 1500 personnes.
7 milliards de pièces métalliques sont  pressées, cintrées, découpées à partir de 70 000 tonnes d’acier. Les injections plastiques depuis 1955 permettent de palier les inconvénients de l’oxydation des métaux et assurent une étanchéité indispensable aux fixations techniques.
Nous  étions en visite à la suite d’un groupe d’étudiants en génie mécanique attentifs, de quoi contredire les litanies déprimantes sur la formation.
L’adaptation n’étant  pas qu’un mot, fut il maître mot, avec les flux tendus, la logistique doit répondre au quart de tour pour que la créativité continue à se concrétiser. 
Le bruit des machines de la nouvelle usine de Saint Egrève et la magnifique nouvelle configuration du siège historique permettent de croire à la poursuite d’une puissante dynamique reliant la conception au développement, à la commercialisation.

mardi 14 avril 2015

Y a rien de plus beau que le boulot. Vuillemin.

En ces temps traumatisés côté humour, j’ai eu envie de reprendre une rasade d’inconvenance d’un dessinateur perdu de vue. Mais dans cet album de 2001, de l’auteur à « la ligne crade »  j’ai surtout mesuré que j’avais du mal avec la scatologie. A chaque page des merdes alternent avec des dégueulis de toutes les couleurs, plus fréquents que la moindre parole provenant de personnages qui n’ont rien d’humains. Ces provocations là ne sont que grossièreté et rebutent le lecteur qui serait venu chercher une façon radicale d’évoquer le  monde du travail. Un dessin par page, comporte en dessous une cohorte de demandeurs d’emplois monstrueux qui se trainent sur chaque page pour mener jusqu’à un gag ultime… excellent.

lundi 13 avril 2015

Le Challat de Tunis. Kaouther Ben Hania.

Nous ressortons de la projection, les jambes coupées, accablés et en même temps admiratifs du courage des femmes. En 2003, à Tunis, un homme a lacéré au couteau des femmes, par derrière. La réalisatrice revient sur ce fait divers qui a pris la dimension d’une légende urbaine.
Nous naviguons entre réalité et fiction. Elle organise des castings, va dans les cafés bavards  avec une caméra qui se met au diapason de la violence. Un odieux jeu vidéo a été concocté à partir de ces actes pervers, il renforce les frustrations d’une société perdant son âme sous les lames acharnées au malheur. La commercialisation d’un « virginomètre » ne fait même pas rire : c’est tragique. Un pêcheur trempe sa ligne dans un égout, il n’espère même pas prendre quelque chose, il « tue le temps ». Oui.

dimanche 12 avril 2015

Histoire d’une vie. Aharon Appelfeld. Bernard Levy.

« Où commence ma mémoire ? Parfois il me semble que ce n’est que vers quatre ans, lorsque nous partîmes pour la première fois, ma mère, mon père et moi, en villégiature dans les forêts sombres et humides des Carpates. D’autres fois il me semble qu’elle a germé en moi avant cela, dans ma chambre, près de la double fenêtre ornée de fleurs en papier. La neige tombe et des flocons doux, cotonneux, se déversent du ciel. Le bruissement est imperceptible. De longues heures, je reste assis à regarder ce prodige, jusqu’à ce que je me fonde dans la coulée blanche et m’endorme. »
Au petit théâtre de la MC2, l’acteur Thierry Bosc, seul en scène pendant une heure et quart, nous fait partager  le passé  douloureux d’un israélien devenu écrivain, prix Médicis, mais surtout sa recherche des mots justes, préférant les hésitations à la fluidité.
Du fond de la douleur reviennent de belles leçons, quand il parle de son grand père :
« J'allais le voir une fois par jour, il me caressait la tête et me montrait les lettres du livre qu'il étudiait et il me racontait une petite histoire ou un dicton. Un jour, il me raconta un proverbe que je ne compris pas; selon ses vœux je ne l'interprétais pas correctement et il me dit: « Ce n'est pas important, l'essentiel est d'aimer ce matin. »
Son aventure n’appartient qu’à lui : rescapé des camps, orphelin, il survit dans les forêts d’Ukraine  avant de débarquer à 14 ans en Israël. Son écriture élémentaire peut être partagée :
« Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le cœur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours-là dans tout mon corps. Chaque fois qu’il pleut, qu’il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m’ont abrité longtemps. La mémoire, s’avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou du cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur. »
Le grand corps de l’acteur s’inscrit dans un décor au plafond bas dont les parois s’éclairent de silhouettes d’arbres, d’écritures, sobres et belles, sur fond de musiques agréables et subtiles.
Au-delà des commémorations de la libération des camps, de la condition juive, les débats actuels sur l’identité, la construction de la mémoire, de soi même, ce qui s’appelle le vocabulaire d’une langue, la barbarie, résonnent en profondeur. 

samedi 11 avril 2015

XXI. Printemps 2015.

 L'indispensable trimestriel, en vente en librairie, vanté depuis toujours sur ce blog http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/01/xxi-hiver-2015.html , est original, varié, consistant.
Avant les reportages, au détour de rubriques brèves, mais jamais anodines, sous un titre familier : « Les riches de plus en plus riches » :
«  Un français qui gagne 2000 € par mois figure parmi les 1, 61% les plus riches de la planète. »
Il y a de quoi relativiser ; l’aviez-vous vu comme ça ?
Lorsqu'il est question dans la colonne d'à côté  de l’équilibre planétaire, dont quatre des neufs ressorts écologiques seraient affectés, vous pensez aller vous recoucher.
Heureusement, des portraits positifs viennent en contrepoint :
- un réfugié du Sud soudan a trouvé sa voie aux Etats-Unis grâce aux échecs,
- un postier tellement passionné est devenu un expert parmi les égyptologues,
- une journaliste qui habitait Londres est revenue vivre à Alep…
 Dans ce numéro 30, le dossier thématique concerne l’Inde en trois articles roboratifs :
le destin de Narendra Modi, le premier ministre de « la plus grande démocratie du monde »,
et de celle qui, nourrie par un tuyau, est en grève de la faim depuis 15 ans pour faire abroger la loi militaire qui s’applique toujours dans l’état du Manipur, loin d’être démocratique, comme dans d'autres régions du sous-continent où deux chanteurs remettent en cause le système des castes.
Gilberte Beaux, ancien bras droit de Tapie, vit en Argentine dans un immense domaine agricole, semblable à une Iranienne qui sur une superficie bien plus petite est aussi une exécutive woman des plus efficace. La première milliardaire d’Afrique, fille du président angolais, achète des pans entiers du Portugal, l’ancienne puissance colonisatrice.  
Ces trois bonnes femmes dégagent une énergie impressionnante, comme cette avocate turque qui a appris sur le tard son ascendance arménienne et se bat pour la reconnaissance du génocide qui fit plus d’un million de morts. La rencontre d’une photographe et d’une kamikaze à Kaboul est également poignante.  
Le récit en photos concerne les ouvriers de Peugeot :
la classe ouvrière n’est plus ce qu’elle était.
Chicago, elle, dépasse sa légende, contractée en  Chirak vu que le nombre de meurtres était bien supérieur à celui des soldats tombés au combat : un habitant se fait tirer dessus toutes les trois heures, des mômes de 15 ans choisissent  à l’avance leur cercueil !
Bien plus fous que ces ados décrits dans une bande dessinée par Pauline Aubry qui a connu aussi une adolescence qui se rassurait à l’hôpital. Certains se scarifient pour oublier sous la souffrance physique, leur souffrance psychique.