lundi 3 novembre 2008

Un jour nous partirons


Livre de Georges Bonnet composé d'une douzaine de séquences limpides, sans tapage, où sont évoquées des vies modestes avec le temps qui fait son œuvre. Des destins simples, émouvants : les tendresses et les ferveurs de l’enfance, les arrangements de la vieillesse, les occasions manquées. Une poésie du quotidien loin des fracas de la mode. Ce ne sont pas des nouvelles qui offriraient un dénouement inattendu ou spectaculaire mais une lecture apaisante de lignes claires.

La vie moderne. R. Depardon


En bout de chemin. Depardon fait partie avec Sempé de mon Panthéon. Ma connivence est totale avec le photographe fils de paysan qui s’affiche à la première personne dans ses films jusqu’à l’insistance. Je fais partie du public aimant retrouver ses racines paysannes dans ce cinéma qui sait garder de si belles traces d’existences d’hommes et de femmes dans leur vérité : si rare ! Ces portraits, cette fois, valent surtout par les routes, les silences. Bien sûr ces figures peuvent paraître savoureuses, et la proximité palpable avec les personnes filmées est très émouvante, mais c’est de mort dont il s’agit, celle d’un monde. Il n’y aura pas de transmission, ces hommes têtus ne l’ont pas envisagée et là haut sur les plateaux dont la beauté vous ravit dans un plan de cinéma, qui voudrait vivre ? Les cinémas sont loin. Le lait est tiré dans les étables obscures, on ne sait plus par qui.

dimanche 2 novembre 2008

Vicky Christina Barcelona


Film dont Woody Allen serait le réalisateur : aucune trace d’humour, de légèreté. Un scénario sans intérêt, truffé de clichés sans recul, personnages vacants, les belles actrices semblent des marionnettes. Les rendez-vous avec le new yorkais faisaient partie des rites attendus par les amateurs de mélancolie bavarde et drôle:là, il n’y a personne au rendez-vous.

mardi 28 octobre 2008

Les vrais gens


L’économie réelle se rappelle au bon souvenir de la virtuelle qui ne se la pète plus : elle a claqué, la financière ! C’est le récit de ces jours : les milliards, des milliers de milliards sortent des bouches… et des usines de jouets ferment en Chine. Vieille dispute entre réel et virtuel : les ados s’accrochent à leurs jeux fictifs et puisque la télé dit montrer les « vrais gens » ce doit être vrai, comme un discours du baptisé du Fouquet’s dans un hall d’usine. La littérature est aussi le lieu des vapeurs étourdissantes, même si des romans ont mieux rendu compte du réel que bien des documentaires. Derrière nos Windows, en blog, en bandes, en blagues nous nous défendons pour ne pas nous « embotter ». « Mais c’est pas vrai ! »est notre cri de désarroi ultime. Dans le fracas ouaté des fortunes qui se défont et des infortunes qui redoublent, les yeux dans les yeux, le réel n’a-t-il, dans les champs de la Toussaint, que la couleur noire d’une pierre tombale, l’incertitude d’un trait charbonneux sur une page blanche qui n’arrive pas à choper cette lumière fuyante, d’une heure d'hiver à la ramasse ? Mon môme au génome me suggère quelque mot flouté pour une rime ; en ce qui concerne mes vérités de l’heure je ne sais que picorer dans les pages des journaux.
Dans Libé de ce lundi un morceau d’un article de Thomas Clerc, ex-professeur du secondaire à propos du film « Entre les murs » : « Privé de toute réelle possibilité de transmission, le corps enseignant se réfugie dans le bavardage légal, occupation dont cette corporation a le secret : les conseils de classe, les conseils de discipline, les réunions de crise sont les dérisoires issues d’une parole qui, dépourvue de performativité (celle de l’autorité compétente), n’a plus que la procédure démocratique pour exutoire tardif . »

dimanche 26 octobre 2008

Loin de quoi ? Laurent Sagalovitsh


Ce livre de chez Actes Sud est un régal. Depuis Vancouver où l’ennui ne s’enfuit ni à coups de Temesta ni de whisky, un jeune se cherche,loin de sa famille encore tellement présente. L’humour-on ne peut plus juif- vient mêler dans le shaker une passion pour l’AS Saint Etienne, une mère abusive, une colocataire fumante, des mouettes, un Mont d’or enterré dans le jardin, n’importe quoi ; tout ça secoué avec une mauvaise foi communicative où dans l'absurde tout peut être dit. La couverture évoquait pour moi « Le cri » de Munch, j’avais évité jusque là cette lecture et puis j’ai souri tout du long : « Cruyff …Overmars devaient avoir tout de même un peu de sang juif au bout des crampons sinon comment expliquer cette nonchalance, cette capacité à encaisser les défaites les plus cruelles…et pourtant continuer à clamer à la face du monde qu’ils étaient les meilleurs… » Comme ceux qui parlent aux arbres ne sont pas des poètes à plein temps, les hypocondriaques dans la vraie vie ne sont pas vraiment drôles mais celui là nous réjouit vraiment avec son mal de vivre.

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter.


Enfin nous avons pu obtenir des places à « La Faïencerie » à la Tronche pour le spectacle de Darina Al Joundi que nous n’avions pu voir à Avignon tant elle avait connu les faveurs du public dans le festival off. Il faut dire que c’est du vigoureux ! La superbe femme qui joue sa propre vie nous attend dès notre entrée dans la salle. « Je ne vous attendais plus ». Elle attaque d’emblée par la mort de son père et le scandale qu’elle déchaîna à interrompre les litanies du Coran pour être fidèle à l’amour de sa vie qui ne voulait surtout pas de ça à son enterrement. Il ne sera pas enterré en Syrie la tête tournée vers les étoiles mais vers La Mecque : vaincu. Dans sa robe rouge, la rebelle crie sa colère, et son courage ne peut susciter que notre admiration. La liberté de ce père de critiquer les religions, s’est payée de séjours dans bien des prisons du Moyen-Orient ; c’est d’un autre ordre que nos petites audaces désinvoltes. L’interprétation vise à un certain détachement, les moments d’émotion se situant pour moi au moment où le noir se fait sur scène entre deux tableaux et qu’elle accompagne la superbe voix de Nina Simone. Une âpreté parfois drôle, une crudité encore plus extravagante quand on l’imagine là bas au Liban.
La guerre avec les kalachnikovs s’entend moins en ce moment, mais les guerres intérieures font toujours saigner. Au-delà d’une performance scénique, un processus de reconstruction d’une personnalité remarquable.

vendredi 24 octobre 2008

Chili con carne


Et non « chili Concarneau » comme disait une jeune bretonne. Philippe Djian m’avait mis l’eau à la bouche dans un de ses premiers roman : plat décontracté et goûteux, facile. Une super sauce bolognaise aux haricots rouges. Dans une cocotte faire revenir pas mal d’oignons dans de l’huile d’olive. J’ai adopté l’oignon surgelé : je me prive d’une raison de pleurer. Ajouter 500g de viande de bœuf hachée avec un bouillon Kub, de l’ail, du cumin, du piment de Cayenne, sel, poivre. Attendre un peu pour ajouter des tomates auxquelles peut s’adjoindre du concentré, quelques rondelles de carottes. Ajouter une bonne boite de haricots rouges, égouttés, rincés, leur jus étant en général assez gluant. Laisser bloublouter une heure. Le cumin dominera les fumets, le piment pour se souvenir et à défaut de cacao, un morceau de chocolat ajoutera à l’exotisme. Succès garanti en particulier auprès des ados.