mardi 23 octobre 2012

Storeyville. Frank Santoro.



Quinze cases par page au format d’un journal américain sur 40 pages forment un album hors norme dans sa version cartonnée (28 x 40 cm).
Pendant les années 30, Will un jeune vagabond, circule clandestinement dans des trains de Pittsburgh à Montréal à la recherche de son père « spirituel ». Le découpage est intéressant et convient bien  pour décrire l’errance. Les paysages sont bien dessinés mais le crayonnage à l’état d’ébauche ne m’a pas convaincu quand il s’agit de traiter les personnages.
Et le ton dithyrambique de la préface n’a fait qu’accroitre ma déception en regard d’une complaisance qui se rencontre assez souvent dans les chapelles de la BD.
« Malgré sa diffusion réduite, ce travail n’en est pas moins considéré comme majeur par de nombreux auteurs et spécialistes de bande dessinée. »
Moi, je n’ai pas vu tout ça. Une histoire d’initiation, nonchalante, où le dessin à son premier jet peut traduire une certaine énergie mais aussi une posture arty qui éloigne l’attention.

lundi 22 octobre 2012

Adieu Berthe ou l’enterrement de mémé. Les Podalydès.



Cette comédie servie par de bons acteurs n’est pas expéditive comme peut  le laisser penser le titre ; elle ne fait pas sa maline.
Loufoque et mélancolique, délirant et tendre, le film traite de l’indécision, de l’amour, de la mort,  légèrement : alors crémation ou ensevelissement, ma femme ou ma maîtresse, funérailles cool ou new age?
Quand les affèteries 3D ne fonctionnent pas, la bonne vieille magie opère ; c’est affaire de famille.
Léger, il nous parle de notre époque  où les SMS ont remplacé les lettres.
La poésie circule sur une trottinette électrique pour aller de l’enfance vers des rivages plus âpres où l’humour permet de s’échapper. 

dimanche 21 octobre 2012

J’ai 20 ans qu’est ce qui m’attend ? Cécile Backès



Montage de séquences écrites par Maylis de Kerangal, Arnaud Cathrine, François Bégaudeau ... et  par la ministre de la culture Aurélie Filippetti  en personne, ministre de la culture so cute, traversées par les préoccupations des associations  « Jeudi noir » et « Génération précaire »: problèmes de logement et de stages.
Nous sommes au-delà de Nizan disant :
« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »
Fausse audace, trop commentée, d’un autre âge.
Ce travail collectif, sans prétention mais propre, a plu à une salle où les jeunes étaient pour une fois majoritaires. Malgré quelques acteurs insuffisants, la mise en scène inventive, sans esbroufe, donne  de la fluidité à ce théâtre trempé dans les préoccupations du quotidien.
Quand un couple à la recherche d’un appart' se retrouve coincé dans les coulisses c’est tout à fait juste.
Tous les stagiaires s’appellent Stéphane et tous les employés sont stagiaires, l’entreprise elle-même  se révèle être une fiction  ce qu’avaient deviné  chacun des surdiplômés qui rattrapent le vide de leur journée en inventant le soir des contes.
J’ai ri : « une étude statistique effectuée par deux chercheurs allemands à l’université de Princeton a montré que le fait de lire un article dévalorisant pour la jeunesse augmentait l’estime de soi des plus de 55 ans ».
Je n’ai plus vingt ans mais l’avenir des mômes me fait souci.

samedi 20 octobre 2012

Mon vieux et moi. Pierre Gagnon.



« Les vieux oublient, s'étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n'en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu'on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n'a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s'emmerdent, souhaitent mourir et n'y parviennent pas » 
Livre court, léger, original.
Le narrateur adopte un vieux monsieur de 99 ans.
En 78 pages il nous raconte un an de leur vie commune.
L’ancien fonctionnaire désormais à la retraite est disponible pour Léo, un vieillard dont la raison décolle parfois. Cette expérience éclaire ses jours mais aussi sa vie antérieure sans grandiloquence mais avec de la franchise  et un sens du concret qui me semblent bien québécois.
Pas de leçon, ni de sentimentalité mais de la délicatesse, au cours d’un quotidien où la réalité s’examine en face, où la poésie dépose dans une grande malle des petits mots :
« Qu’est ce qui me prend d’aimer les vieux ? »

vendredi 19 octobre 2012

Taxation sur les œuvres d’art.



L'amendement concernant l'élargissement de l'impôt de solidarité sur la fortune aux œuvres d'art d'une valeur supérieure à 50 000 €uros.a été démonté avant même d’avoir été discuté. 
Libé mon journal,  la radio, le maire de Grenoble, et tant de conservateurs-on dit comme ça- de musées s’y sont opposés, et le premier ministre  lui-même s’est montré ferme sur ce coup, pour ne rien changer.
Cette unanimité m’effraie quand sont convoqués les jeunes artistes dans le même show room que les galeristes, le patrimoine confondu avec la création : l’art ne valant que par ses marchands.
Koons était trader.
Depuis les pigeons, tout bruissement d’aile fait rentrer sous terre les pusillanimes gouvernants qui gouvernent si peu : la pensée unique de la corporation journalistique qui se tient  par ailleurs  devant sa niche intouchable donne le cap : taxez la bière, il n’y en aura guère dans les vernissages !
Alors que s’approche l’hiver, quelque artiste épatera la galerie sur la situation de quelques pauvres, des actions de charité pour que les gueux dégagent de sous nos yeux se dérouleront dans les galeries marchandes.
Les officines chargées de lutter contre la solidarité  pourront toujours afficher :
« L’acquisition et la détention d’objets d’art, de collection ou d’antiquité peut constituer une excellente façon d’optimiser sa fiscalité patrimoniale. »
Mon optimisme à voir changer l’ordre des choses en prend un coup.
J’ai beau savoir que les branchages exposés dans un giga galerie qui vient de s’ouvrir en banlieue parisienne n’auraient pu servir sous aucune marmite sahélienne, les sommes indécentes qui se baladent dans ces cercles donnent le tournis.
Peut être que cet impôt aurait été contre productif, mais mes footeux bien aimés, mes toiles bienfaisantes ne peuvent-ils contribuer à l’entraide ?
Je m’en vais de ce pas feuilleter un album de photos anciennes,  est ce que j’aurai le cœur de reprendre la liste des promesses d’une fiscalité plus équitable,  je vais ramasser des noix…
Je n’ouvrirai pas une soupe Campbell, je vais éplucher une poireau-pomme de terre.
.........
Dans Politis:
 

jeudi 18 octobre 2012

La collection Merzbacher à Martigny.



Gianadda a de bons amis suisses, et peut nous offrir en sa fondation  une belle exposition d’été (jusqu’au 25 novembre). Les  Merzbacher prêtaient  déjà à des musées des œuvres qu’ils avaient acquises mais leur collection dans son ensemble était peu connue : ces toiles dont certains auteurs étaient parmi les « dégénérés » signalés par les nazis sont présentée à Martigny.
Les grenoblois qui ont découvert le groupe « Die Brücke » l’an dernier pourront réviser avec profit Kirchner, Nolde, Schmidt Rottluff,
l’autre groupe expressionniste «  le cavalier bleu » avec  des Kandinsky que j’ai beaucoup aimé,
et aussi de ceux qui leur furent proches : Ensor,  un Van Dongen lumineux ...
Placée sous le signe de la couleur, les œuvres paraissent éternellement jeunes et encore plus quand on jette un œil au musée de vieilles voitures qui est aussi  présenté dans la fondation.
Toutes ces innovations picturales sont contemporaines des tacots  exposés dont les klaxons à poire finissent par s’essouffler, depuis le temps.
Les vibrations de Sisley, des inédits de Van Gogh,  le tranchant de Lautrec, les évidences de De Wlaminck, la finesse de Ernst,  les rythmes de Delaunay, la familiarité de Renoir, le tragique de Picasso,  les surprises de Malevitch…
Calder et Tinguely débitent le ciel en plaques et mettent les rouages du temps en joie…
Il va me falloir un bon passeur pour  apprendre à aimer Miro, même si  l’intitulé : « oiseau boum boum  faisant sa prière à la tête pelure d’oignon » avait tout pour me charmer.

mercredi 17 octobre 2012

Les enfants de Belle Ville. Asghar Farhadi.



Nous sommes en Iran. 
Ala, un jeune homme, si jeune,  sortant de prison va tout entreprendre pour que son ami Akbar, ancien compagnon de détention  ne soit pas condamné à la peine de mort, maintenant que celui-ci vient d’avoir 18 ans. 
Il en appelle au pardon du père de la jeune fille qui a été tuée par amour.
Firoozeh, la sœur du condamné,  mal mariée va aider Ala dans son entreprise.
Sous les voiles palpitent les passions.
Si la religion console au moment de la mort, elle la convoque bien souvent pour briser les individus, leur vie.
Le réalisateur est l’auteur d’ « Une séparation », qui connut justement le succès.

mardi 16 octobre 2012

Girls don’t cry. Nine Antico.



Si le dessin est retro, j’imagine bien certaines jeunes filles d’aujourd’hui avoir ce type de relations bavardes. Les dialogues sont drôles :
-  Quoi ?!!Pour 1000 €uros, tu ne sauterais pas dans la Seine ?
-  Non.
-  1000…
-  Mais moi pour 100 €uros je le ferais !
- Tu te baignerais dans cette eau verdâtre, pleine de rats crevés, pour l’équivalent d’une paire de lunettes de soleil !
-  Et pour 100 €uros ce sera pas des Gucci !
-  Ouais, bon 500 €uros alors.
Futile, vachard, bébête et lucide. La mode, les garçons « habillés pour l’hiver » et dont elles enlèveraient bien le tee shirt même s’il n’est pas fashion.
Etre conforme ou originale, le grand amour ou la légèreté.
Sous le vernis frivole, la construction d’une personnalité au moment où l’adolescence vire à l’adulescence.

lundi 15 octobre 2012

Holly motors. Leos Carax.



Il devient de plus en plus rare que les cinéastes jouent avec le cinéma, alors le dernier  film de Carax (« Saints moteurs ») peut dérouter.
J’aurai aimé que ce film étrange soit muet parfois : la scène du père qui récupère sa fille à la sortie d’une soirée est tellement artificielle; pourtant j’ai accepté la fantaisie dans les autres séquences.
Les images sont belles, les décors originaux et participent à un rêve qui dure deux heures. Denis Lavant se transfigure depuis une limousine interminable pour nous faire réviser des genres cinématographiques divers en des lieux souterrains, et principalement la nuit.
Il fatigue sous ses perruques changeantes en créant onze personnages : de la mendiante jusqu’au banquier.
Il jouera au tueur qui tuera son double qui le lui rendra bien, il s’en relèvera.
L’humour ne manque pas dans ce questionnement sombre sur notre époque : des inscriptions sur des tombes invitent les passants à consulter le site internet des défunts.
Les jeux ont beau se dérouler sur les plateaux  de tournage les plus contemporains avec des personnages bardés d’électrodes en vue de motion capture, le ton est à la mélancolie même chez l’inventif réalisateur qui  vient de reprendre du service.
« On croit qu’il est midi, mais le jour s’achève. 
 Rien ne veut plus rien dire, fini le rêve.
 On se voit se lever, recommencer, sentir monter la sève. 
 Mais ça ne se peut pas,
 Mais ça ne se peut pas, 
 Non ça ne se peut… » Manset .

dimanche 14 octobre 2012

Wu Wei. Cie Yoann Bourgeois.



Les quatre saisons de Vivaldi sont jouées par un orchestre sur scène ; la musique est bien plus  plaisante que celle qui accompagne habituellement nos vrillantes attentes téléphoniques.
Wu-Wei dans le taoïsme signifie «le non-agir», « être de saison ».
Nous sommes amenés à approcher une autre perception du temps et l’ambition est louable.  
Mais la vitalité  du spectacle précédent «  Les sept planches  de la ruse », son originalité, se sont perdues sous les procédés de scénarisation des nouveaux circassiens bien aseptisés.
Minimalisme, fausse improvisation, paroles, paroles dont on ne sait à qui elles s’adressent.
Pourtant, nous pouvons retenir un moment de belle coordination avec des mouvements de bâtons des acrobates dont le potentiel n’est pas assez mis en valeur.
J’ai eu parfois l’impression d’un spectacle pour touristes avec une fresque historique des évènements de ces dernières années en Chine, expédiée. Les stéréotypes  défilent: le porteur de valise d’où s’échappent des  billets, le bonze, le commissaire politique galopent  sur scène comme chez Galotta.
J’adore Galotta d’autant plus que mon entourage s’en lasse,  mais les  tics de la scène  contemporaine où les artistes font le ménage sur  le plateau, remettent leurs vêtements de ville, ajoutés aux  codes ancestraux de Dalian donnent l’impression d’un spectacle mondialisé bien éclairé mais sans profondeur.

samedi 13 octobre 2012

L’homme qui ne devait pas être président. Antonin André Karim Rissouli.



J’ai apprécié ce cadeau qui reconnaissait mon goût pour la politique mais à vrai dire j’étais un peu lassé des campagnes. Alors c’est avec peu d’enthousiasme que j’ai entrepris les 200 pages et puis un fois dedans je les ai avalées sans peine.
Non que les scoops y abondent mais réviser le parcours qui mène de la Corrèze à l’Elysée   permet de redonner son importance à la durée oubliée sous les dépêches de nos chaines perpétuelles. J’ai lu sur un blog d’un journal «  l’homme qui ne voulait pas être président », il s’agit d’un contresens fâcheux qui en concerne un autre.
Le journaliste de France 2, l’autre de Canal + reprennent la voie qui mena Monsieur 3% à la fonction suprême. Ils n’insistent pas sur les épithètes les plus féroces qui s’abattirent sur le normal président ; celui-ci eut  donc l’occasion  de se montrer magnanime et habile. Si le sort lui fut favorable, son sens du timing fut remarquable et les 600 000 postes éducation nationale, les 75 % pour les plus aisés furent des audaces payantes. Il a su s’affranchir des publicitaires et pour le reste il suffisait de faire le contraire du calamiteux d’en face pour être dans le vrai. 
Cette remarque personnelle est en marge du processus qui met en valeur les moments charnières depuis l’élection serrée d’un conseiller général en Corrèze et l’intention de Chirac de voter pour Hollande, le choix de Ségolène entre les deux tours des primaires, Le Bourget …  Il n’avait pas attendu DSK et dans les confrontations télévisées l’ascendant qu’il prit face à Juppé fut  plus décisif que face à l’autre qui ne connut  de la France que celle des villages Potemkine et nous fit tellement honte.

vendredi 12 octobre 2012

Une nouvelle lutte des classes ?



Thomas Piketty décidément fait autorité : 
« Les privilèges de naissance et le patrimoine viennent concurrencer le capital humain, le mérite… 
Je pense possible un retour des structures de classes plus proches du XIXe siècle que de celles des Trente Glorieuses. »
Le vocabulaire  classieux est il  à nouveau de mise ?
Avec  Stéphane Beaud sociologue, Dominique Voynet (EELV), Francis Parny (PCF) en intervenants au forum de Libération à Grenoble,  on peut penser que la réponse est : « oui ».
Même si l’expérience du terrain complexifie les appréciations quand cohabitent à l’intérieur de chaque individu le sentiment d’impuissance et des réflexes égoïstes. Quand la peur du déclassement  fait perdre du sens et que les solidarités s’étiolent.
La gauche dans les années 80 a vu le fossé s’élargir entre ses ambitions et les réalités avec un langage de protection qui isole.  Bien que la jeunesse souffre, la lutte des âges n’est pas la même pour ceux qui sont victimes des discours de stigmatisation et ceux qui adhèrent aux préconisations  de « Terra Nova » qui ne voit plus d’intérêt  pour la gauche à s’occuper des ouvriers. Pourtant Olivier Ferrand Ferrand, président de la fondation a pu dire face à JF Kahn qui a toujours plaidé  pour les classes populaires :  
« La solution pour faire revenir les classes populaires dans le giron de la gauche passe par la ré-industrialisation de la France. Si l'économie s'améliore, le Front National s'affaiblit, c'est mathématique ».
Je ne sais plus s’il s’agit d’un mot prononcé au cours du débat ou une écriture incertaine mais quand je me relis « rappeur de classe » en place du « rapport de classe » j’aime y voir un heureux lapsus. La différenciation géographique  n’en est pas moins sociale mais elle a pris le pas sur l’appartenance  à un collectif sur le lieu de travail.  Le monde ouvrier est disqualifié à mesure que se dégrade l’emploi. La construction de soi se fait par la religion et non plus la classe sociale.
"La cristallisation raciste en milieu populaire se fixe moins sur le comportement des parents immigrés à l’usine que sur celui de leurs enfants à l’extérieur. Autrement dit, ce qui reste de destin partagé et de souvenirs communs (travail, luttes, ‘‘rigolade’’) entre vieux ouvriers à l’usine constitue encore un écran protecteur contre la ‘‘contamination’’ des idées racistes, alors que, hors de l’usine, ces mécanismes ne jouent pas ou plus, laissant ainsi se développer la spirale du racisme d’une fraction du groupe ouvrier, ‘‘établie’’ mais en voie de déclassement, contre les jeunes issus de l’immigration, victimes du chômage et de diverses formes de stigmatisation."  
S Beaud « Retour sur la condition ouvrière »
Pourtant l’opposition capital/ travail est plus que jamais d’actualité, avec des salariés qui devraient mieux participer aux choix de gestion  quand les exonérations fiscales n’ont pas créé d’emplois. Le mot  à la mode « gouvernance » va à l’encontre du rapport de force et bien que «  démocratie participative » ne soit plus de saison,  la place des travailleurs  dans l’entreprise reste décisive pour la démocratie.

jeudi 11 octobre 2012

L’art et le sacré en Italie au XVII° siècle dans les collections du musée de Grenoble.



« Le sacré désigne ce qui est inaccessible, indisponible et mis hors du monde normal. »
Evènement considérable de l’histoire religieuse artistique et politique de l’Europe, le Concile de Trente, se termine en 1563.  Il contredit la réforme, installe la contre réforme, édicte des  règles du bien peindre. Il a duré 18 ans, au centre d’un territoire divisé entre le Saint Empire romain germanique et de multiples royaumes, quand des espagnols vivaient à Naples.
La bible à destination des fidèles qui n’ont pas accès au Livre est illustrée au dessus des autels : culte des saints,  exaltation des martyrs, référence au pape et au premier d’entre eux, Saint Pierre.
Le clergé catholique réaffirme sept sacrements : baptême, eucharistie, confirmation, réconciliation, mariage, ordre et onction des malades.
C’est alors que La Cène de Véronèse avec ses hallebardiers et un chien devra s’intituler « Repas chez Lévi » et les corps nus de la Chapelle Sixtine devront se couvrir.
Poussin, que l’on connaît plus lisse, expose les boyaux de Saint Erasme comme nous le montre Valérie Lagier dans sa conférence aux amis du musée.
Le XVII° en Italie, via Grenoble, en ses collections aussi riches dans la peinture classique que dans le contemporain, recueille les derniers feux du maniérisme :
Vasari copie Michel Ange et cite De Vinci dans sa Sainte famille.
L’académie degli incamminati (des acheminés) fondée par les frères Carrache à Bologne concilie l’étude des maîtres du passé, de l’antique, avec celle de la nature et des modèles vivants.
Claude Lorrain s’en inspire et  son dessin rend  l’impression d’une nature maîtrisée comme  les paysages intellectuels d’un parfait équilibre d’Elsheimer.
Peints sur cuivre, Adam et Eve réprimés par Dieu de Zampierri dit Le Dominiquin ont gardé tout l’éclat de leurs couleurs et leur expressivité :
« Ce n’est pas de ma faute, ni à moi… c’est le serpent ». Le lion côtoyait  alors l’agneau.
Ce chef d’œuvre tellement bavard a appartenu à Louis XIV.
Bruegel de velours s’applique dans les détails au moment où ses animaux rejoignent l’arche. Le figuier de la tradition juive est présent et non pas le pommier ensorceleur.
Saint François d’Assise coupant les cheveux de Claire patronne des  Clarisses est peint par Fra Simplice de Vérone.
En reconnaissant les personnages représentés, les spécialistes peuvent deviner les commanditaires des toiles.
Si  l’incontournable Merizzi dit Le Caravage n’est pas au musée de la place Lavalette, les caravagistes y sont, bien que le génial individualiste n’ait pas professé.
Sa notoriété fut importante dès le début  de sa carrière par sa façon d’incarner le sacré parce que le spectateur se sent à proximité des saints grandeur nature.
Strozzi devenu capucin  peint les compagnons d’Emmaüs rencontrant un christ de profil.
Jacob, pris par son songe d’échelle d’où dégringolent des anges de Gioacchino Assereto, occupe tout l’espace.
José de Ribera (l’Espagnolet)  a peint beaucoup de martyrs mais en ce qui concerne Saint Barthélémy qui allait se faire écorcher, avant de devenir le patron des tanneurs, il est tout en retenue, juste avant le supplice.
Sainte Cécile de Guarino est paisible  dans la mort comme  le Christ de Cavallino.
Les copies des œuvres ne dévalorisaient pas l’original, au contraire : c’était un indice de succès.
Le Martyre de Saint Pierre par Mattia Preti est encore sous la lumière du Caravage dont l’influence déclinera à partir de 1650.
En France beaucoup d’œuvres dans les musées proviennent des églises, en Italie les tableaux sont dans les églises.

mercredi 10 octobre 2012

XXI. Automne 2012.



Les reproches d’une lectrice à l’égard du pessimisme des reportages photographiques dans « 6 mois », l’autre production du groupe, ne peuvent s’appliquer à cette livraison du trimestriel de 200 pages qui a ouvert une autre façon de raconter le monde, moins soumise aux anecdotes de l’actualité, mais au cœur des interrogations présentes.
Il y a de nombreux portraits de belles personnes : cette congolaise qui arrive à scolariser sa fille contre l’avis de son mari, le financier de Merrill Lynch qui se consacre maintenant au micro crédit, le belge qui élève des rats démineurs, la franco colombienne disciple de Nicolas Hulot  devenue haute conseillère à l’environnement, un conciliateur bénévole à Drancy, une procureure en Sicile…
Même si je n’arrive pas à suivre toute la complexité  de la situation du Rwanda, l’atmosphère paisible, pour raconter des drames, dégagée par le récit graphique de Stassen, son honnêteté fait avancer notre compréhension. A Kigali où de hauts immeubles ont poussé, les sacs plastiques sont maintenant  prohibés, et le port des tongs est interdit.
Le reportage photographique de ce numéro 20 concerne le retour à la terre de jeunes américains et le dossier principal est consacré aux secrets de famille dans le monde juif, à Tel Aviv,  à Jérusalem, en Ukraine. Le documentaire portant sur l’installation de l’électricité dans un village du haut atlas marocain pose l’éternelle question de la modernité. Un film doit sortir sur le sujet : « Le  Thé ou L’électricité ».

mardi 9 octobre 2012

Icarus. Manuele Fior.



Le trait de pinceau est toujours aussi élégant et les touches de rouge à la craie, d’où ressort la trame du papier, raffinées.
Cependant je n’ai pas pris le même plaisir que pour son album « Cinq mille kilomètres par seconde »  aux aquarelles plus chaleureuses.
Dans celui-ci nous sommes au pays des mythes : Icare et Faust- rien que ceux là- finissent par se rencontrer au-delà du temps et de l’espace.
Arides, dépouillées,  les pages sont agréables à feuilleter.
Les dialogues sont laconiques alors  je me suis raccroché à ce que je savais mais n’ai pas saisi l’apport de cette relecture de l’utopie solaire sortant du labyrinthe, ni celle du diabolique à consoler.

lundi 8 octobre 2012

Historias. Julia Murat.



Les histoires n’existent que lorsqu’on s’en souvient.
Ce beau film dont la lenteur permet au spectateur d’envisager toute la richesse du propos  interroge sur la modernité, la transmission, les rites, le sens de la vie.
La force des images est aussi au centre de la rencontre puisqu’une jeune photographe va révéler  leur beauté aux hommes et aux femmes de  ce village du Brésil loin de tout et proche de l’essentiel. Elle  va se transformer elle-même. Là bas, il n’y avait plus de naissance  ni de mort, le temps s’était arrêté, le cimetière fermé va rouvrir.

dimanche 7 octobre 2012

Brigitte Fontaine. Morceaux de choix.



A lire sa biographie sur Wikipédia dont je retiens le  mot : « Baroque n’roll », c’est toute une vibrante traversée générationnelle  à laquelle on assiste. Depuis l’underground jusqu’à la bonne cliente médiatique  dont on retient aujourd’hui la peau sur les os, alors que c’est la vie et la mort qu’elle crie, qu’elle murmure, de sa voix de rocaille.
A  écouter une compilation de 99, quelle force, quelle poésie, quelle inventivité tragique et sensuelle !
 «  Ce ne sera rien
 Rien que de la musique
Ce ne sera rien
Rien que des mots »
«  À cette minute, un médecin alcoolique jurera au dessus du
 corps d’une jeune fille et il dira : elle ne va pas me claquer entre les
doigts la garce »
C’est  extrait d’une chanson relativement connue comme « que la vie est belle »,
séduisante aux sons des percutions :
« La joie vous souffle au cœur
On chérit l’univers
Comme un enfant de chœur
Son dieu d’éther et de chair »
Les plaisirs sont décuplés quand une « belle abandonnée » se révèle :
« Infantes fardées
Pour quelque intermède
Duègne grisée
Dans son tutu raide »
Mais c’est elle  même! Frivole, politique en diable.
Je me mis en boucle pendant des heures un morceau sur la fatalité sociale et je viens de le retrouver après une  longue diète, revisité au moment du film « La haine »avec le mec qui tombe  du cinquantième étage et répète: « jusqu’ici tout va bien » 
« - Donc, on est en train de tomber.
- Oui
- Et en arrivant au sol le corps subit une décélération violente qui amène la rupture de ses différentes composantes. Par exemple, les membres se séparent du corps. »
- Oui. »
Trop forte la vieille, digne, dingue donc.

samedi 6 octobre 2012

Jeunesse du sacré. Régis Debray.



Si mon écrivain préféré a choisi un tel titre c’est que le sacré connaît un coup de vieux, il remet « l’ouvrage sur le métier ».
Ne pas confondre sacré et divin : les foules en tongs dans les cathédrales sont moins recueillies que dans un tribunal bien que les escaliers qui mettaient à distance les palais de justice de jadis tendent à disparaître.
« Deux choses menacent les groupes humains : le sacré et le profane.
 Si le sacré est partout, ils s’ankylosent. S’il n’est nulle part, ils se décomposent. »
Je n’ai ni la culture suffisante, ni l’impudence nécessaire pour prétendre apporter une critique distanciée  à cet ouvrage qui nous fait voyager dans le temps et l’espace et se conclut sur le sacre du printemps.
«  …. notre modernité hypertechnique redonne à cet immémorial une nouvelle jeunesse – quitte à faire glisser de l’histoire à la nature. »
 « Terre matrie ».
Par ailleurs mon plaisir de goûter son ironie, ses hésitations, ses nuances, mais aussi ses coups de trompette me rend tellement admiratif : c’est que le vieux fait partie de mes icones sacrées.
On ne dit plus Panthéon personnel, car le bâtiment au bout de la rue Soufflot n’est pas loin d’être désaffecté lui aussi. Disons : parmi « mes favoris » en contrée ordinatrice ; en image à poser sur une étagère, le prisonnier de Camiri irait bien, lui qui nous propose Corto Maltese, Julien Gracq,  De Gaulle, Joan Baez… parmi « mes illustres mon ego reconnaissant ».
Le plaisir de lecture de ces 200 pages est augmenté par une iconographie présentée d’une façon efficace, sans tapage qui complique encore plus le classement dans une bibliothèque  de ce sacré bouquin: littérature, essai, ou art ?

vendredi 5 octobre 2012

Le racisme anti blanc ‘ xiste pas.



Copé, coureur derrière FN, venant de débuter, semble-t-il, une conversion anti raciste, nous pourrions lui suggérer d’élargir sa palette de couleurs.
Du même ordre, mais avec d’autres nuances, le conseil pourrait valoir pour certains camarades de gauche parce que lorsqu’il est question de racisme, les jaunes et les blancs sont  bien souvent hors champ de la fraternité.
Fustiger la bien pensance chez les autres est devenu d’une telle banalité que l’on se retrouve
jouant à domicile systématiquement avec ceux qui sont d’accord avec nous, où pourtant l’expression : « je ne dirai pas ça ailleurs » est devenue courante.
Le mépris des « petits blancs », au cœur de la fracture culturelle, avec à la clef les défections électorales et militantes des ouvriers, est plus nourri d’images venues d’Afrique du sud  du temps de l’apartheid que de conversations autour d’un Picon bière avec un supporter du Racing club de Lens.
Quand  le petit Lucien  doit quitter son équipe de football sous les moqueries de ses coéquipiers parce qu’il est un des rares à pouvoir être sponsorisé par Justin Bridou, c’est  bien dommage. Il n’avait qu'à aller au ski comme ceux de sa classe !
Mémère qui a la pétoche quand elle pénètre dans le hall de son immeuble n’est pas vraiment du côté des dominants.
La mère d’une des victimes de Mohamed Merah a été effarée des réactions de jeunes d’un quartier  de Toulouse qu’elle est allée rencontrer, et il y a de quoi partager sa peur  quand le tueur est l’idole de jeunes!
Ah oui, prononcer le mot  peur ce n’est pas bien; depuis les bureaux des pros de la politique on va dire  encore que ce n’est pas le moment, de parler, comme pour le non cumul des mandats !
C’est jamais le moment.
« Quoi qu'a dit ?
 - A dit rin.
Quoi qu'a fait ?
- A fait rin.
A quoi qu'a pense ?
- A pense à rin.
Pourquoi qu'a dit rin ?
Pourquoi qu'a fait rin ?
Pourquoi qu'a pense à rin ?
- A' xiste pas. »
Jean Tardieu
Pauvre fuite, des pétochards permanents.
Ce n’est pas parce que l’instrumentalisation des peurs est devenue une pratique automatique de l’asservissement des masses que l’on va s’interdire de penser, même si Copé attend avec gourmandise nos réactions niant le réel.
Breivick était un barbare, ceux qui ont tué Kevin et Sofiane sont sortis du même tonneau.
Et mon incompréhension s’accroit quand je lis une des réactions à cet article posté il y a deux jours chez Médiapart, qui considère les assassins comme des victimes. Les victimes ce sont ceux qui sont muets pour toujours.
La mère de Kévin est apparue sur nos télés : quel courage, quelle dignité ! Quelle couleur ?
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Dans Charlie de la semaine dernière :

jeudi 4 octobre 2012

Robert Combas au MAC de Lyon.



600 œuvres étaient présentées au musée d’art contemporain qui borde le parc de La Tête d’or à Lyon : foisonnantes, monumentales,  rythmées, variées et en même temps fidèles à la modestie du rockeur sétois, à son humour.
Il n’est pas le genre à laisser la mention « sans titre » à côté de ses tableaux, ses cartels  doivent plutôt s’écarteler pour suivre les dingueries de l’auteur prolifique :
Extrait : « Yellow sunshine, l’arbre à trip, c’est la vision d’une chaleur sans sueurs, sèche et remplie de petits trucs,  bidules et modules. Dans le ciel des personnages déformés rigolent aux éclats, apparaissent et disparaissent. »
Comme d’habitude quand un musée se consacre à un seul artiste, celui-ci prend une stature supérieure. Les productions sont  déjà nombreuses, amples, et la dimension musicale qui court tout au long de la déambulation donne sa plénitude au troisième étage quand  éclatent les couleurs dans une diversité des genres roborative.
Si les postures rock étincellent, Brassens lui va très bien et une des rares chansons que ma mémoire a conservé,  Hécatombe, vue par Combas vaut son pesant d’oignons. Un des papes de la figuration libre aime raconter.
J’ai retrouvé ses crucifix vus à Arles et découvert des paysages de Sète où comme ailleurs il reprend des stéréotypes et nous les redonne embellis. 
Il est allé revisiter des batailles parmi les tableaux patrimoniaux, et apporte sa patte vigoureuse à des travaux d’autres artistes. Bien des toiles témoignent d’une vigueur juvénile et s’il a recherché du côté de la spiritualité, il a conservé de joyeuses manières qui nous font du bien.  
Il était promis aux vitraux avec sa marque de fabrique faite d’un trait  noir qui cerne ses personnages tout en révélant au deuxième plan un foisonnement ludique, souvent lubrique.  
Au bout du parcours chronologique et thématique, j’ai perçu dans sa série de chutes, comme un coup de mou dans l’énergie qui a conduit toute sa vie et qui continue à nous éclabousser.

mercredi 3 octobre 2012

Blade runner. Ridley Scott.



Nous arrivons bientôt en 2019, au moment où se déroule l’histoire  imaginée par Philip K Dick  dans son roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? ».
Le film dont le titre se traduit par « Celui qui court sur le fil du rasoir »a trente ans d’âge et il a bien vieilli
L’extrapolation à partir de découvertes en génétique sur fond de planète dévastée est convaincante jusqu’à la durée de vie limitée des « réplicants » avec aussi les hypocrisies sémantiques bien contemporaines : quand il s’agit de tuer, on dit « retirer ».
Les  images noires et  humides sont belles, avec policier à la retraite en imperméable contraint à reprendre du service, femmes fatales, voitures volantes se posant dans les bas fonds de zones urbaines hostiles. Le whisky est toujours en usage et les immeubles gothiques désertés sont des décors sublimes pour l’inévitable duel décisif où sont convoqués à la pelle les symboles religieux.

mardi 2 octobre 2012

Le retour de l’éléphant. Paul Hornschemeier.



Dans ce recueil d’histoires originales en B.D. paru chez Actes Sud différents styles de narration et de dessin s’expérimentent. L’art contemporain version ligne claire est dans la case.
Des situations du quotidien, de science fiction,  surréalistes, des nounours,  de l’humour froid, des déserts. Mais les scènes les plus angoissantes ne sont pas forcément celles où des pistolets sont sortis.
Seule la lumière de la télévision éclaire les solitudes encore plus criantes dans un monde près de la fin où l’existence est vaine.
Ce pessimisme radical suit des récits efficaces, il ne nous accable pas, il nous divertit.
Le sable s’insinue dans les genoux d’un robot marchant dans un désert « au rythme de seize à trente deux grains par minute selon la vitesse du vent. Huit à dix grains sont expulsés par ce qui fonctionne encore de ses défenses internes. »

lundi 1 octobre 2012

Drive. Nicolas Winfing Refn



En sortant de ce film de voitures, j’ai bien respecté les limitations de vitesse, c’est que l’argument vendeur pourtant travaillé m’a laissé aussi indifférent que l’acteur principal qui tient le volant mais subit sa vie.  Alors, il fait le malin et va sombrer dans une violence qu’il ignorait auparavant.
Nous sommes à Los Angeles. Certes la musique est électrique. Mais à relire les commentaires majoritairement élogieux je n’arrive pas à voir ce qu’il y a de vraiment nouveau dans cette histoire en milieu urbain, où les mots sont en voie de disparition, où  la gazoline ne s’économise pas.
Pas plus que les westerns ne se sont démodés  parce que désormais les chevaux ne tournent plus que dans les manèges, la présence forte des véhicules à moteur ne présage de l’avenir de certains films, celui-ci deviendra peut être culte quand les engins électriques ne feront plus crisser les pneus.