mercredi 30 mars 2016

Cinéma et fantastique. Andrevon.

L'écrivain grenoblois multi cartes, auteur d’une encyclopédie du cinéma fantastique et de science-fiction nous a présenté aux amis du musée, quelques extraits de films qui ont marqué le genre dans une chronologie bousculée, comme il se devait.
La frontière entre le fantastique, irrationnel, et la science fiction, une «conjecture romanesque rationnelle » peut être mouvante, comme le temps et l’espace qui sont en jeu dans ces contes de faits, quand les fées ne sont pas innocentes.
La colonisation (américaine) peut s’étendre jusqu’aux empires galactiques.
Jules Verne avait ouvert la voie à l’anticipation et Méliès envoyé le public des boulevards dans la lune dès 1902.  
Si Asimov l’inventeur du terme « robotique » a seulement été brièvement cité, ses textes de 1964 concernant l’année 2014 sont étonnants de lucidité http://www.lexpress.fr/culture/livre/1964-2014-les-incroyables-predictions-d-isaac-asimov_1277191.html .
Les soucis politiques et écologiques nous précèdent dans le futur.
« Planète interdite » de Fred Wilcox dans lequel un monstre est créé par une machine qui s’alimente à l'inconscient d’un savant, remet en cause notre destinée d’humain-trop humain.
Datant également des années 50, « Les survivants de l’infini » de Jack Arnold,  un space opéra, transcrit avec des effets spéciaux déjà spectaculaires et en couleurs, un univers né dans les pulps (magazines imprimés sur du mauvais papier) genre Amazing Stories.
Les vaisseaux de « 2001, l'Odyssée de l'espace » de  Stanley Kubrick, sont encore clean,  alors que Le Nostromo, nommé ainsi en hommage à Conrad, prend de la rouille. Celui-ci ramène Alien, monstre invulnérable, sur terre, malgré sa dangerosité.
Dans « Contact » réalisé par Robert Zemeckis,  un travelling magnifique nous fait traverser les galaxies.
L’espace vient aussi à nous dans « La Guerre des mondes » de HG Wells de 1898, métaphore de l’empire britannique dominant le monde : ce sont les martiens  qui attaquent Londres. 
Orson Welles est entré dans l’histoire en reprenant le sujet à la radio en 1938 et 
Tim Burton nous a régalé avec une parodie en proposant  « Mars Attacks » il y a près de 20 ans déjà.
La formule « Klaatu barada nikto » prononcée à destination du robot Gort dans le film « Le jour où la terre s’arrêta » de Robert Wise est encore un sujet d’interprétations, sa reprise par de nombreux dialoguistes ravit les amateurs.
Il conviendrait peut être de se rendre maître du temps pour faire face aux menaces qui  pullulent dans ces films qui visent à impressionner.
Au pays des tremblements de terre et des tsunamis, « Godzilla »  monstre marin nourri à l’atome a rassemblé quelques traits effrayants, il détruit Tokyo. La version japonaise sera différente de l’américaine.
Dans la série des chef d’œuvre : « Métropolis » de Fritz Lang , écrit en 1927 avec sa femme qui finira chez les nazis,  présente un monde de 2026, dystopique (contraire de utopique) coupé en deux : travailleurs sous terre et oisifs dirigeants en haut. 
Le fameux « Soleil vert » de Richard Fleischer dans les années 70  est bien sombre et s’alarme de la surpopulation.
« Interstellar » de Christopher Nolan, le plus récent des films cités, va chercher une faille dans l’espace-temps  et part « à la conquête des distances astronomiques dans un voyage  interstellaire ».
La production française bien qu’inspiré par Ray Bradbury pour Truffaut dans « Farenheit 451 »
n’a guère investi ces thèmes bien qu’une « Croisière sidérale »  de Zwobada avec Bourvil en 1942, fasse quelques allusions à l’occupation : « Françoise, jeune mariée, part dans la stratosphère sans son mari, mais avec Lucien, joyeux père d'un beau bébé. Une erreur de manipulation les projette dans l'espace. Au retour, le mari de Françoise aura les cheveux gris et le bébé sera en passe de se marier. »
Godard dans « Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution » a tourné dans la toute jeune maison de la radio avec Eddie Constantine et Anna Carina qui retrouve les mots proscrits : « je vous aime »
Le metteur en scène et l’actrice se séparaient à ce moment là.

mardi 29 mars 2016

Azrayen. Lax. Giroud.

Je m’étais demandé pourquoi les noms du dessinateur et du scénariste étaient plus en évidence que le titre de l’édition intégrale.
C’est que les pères acteurs de cette guerre sans nom ont inspiré ce récit dont la préface de Benjamin Stora valide le travail minutieux des fils qui fournissent des annexes copieux.
En 1957, une section de vingt-deux hommes a disparu en Kabylie, un autre groupe de militaires part à leur recherche, en se comportant parfois de façon très brutale à l’égard des populations. 
Azrayen est le surnom du lieutenant disparu, « l'Ange de la Mort », amant d’une institutrice berbère qui participe un moment aux recherches, elle n’a pas la langue dans sa poche :
 « C'est vous qui parlez de civilisation ? Vous qui rasez des villages entiers ? Vous qui déportez leurs habitants dans des camps immondes ? Vous qui torturez les patriotes dans le secret de vos caves ? »
Mais le propos n’est pas manichéen :
« A quoi bon un pays débarrassé de l'occupant s'il y règne encore la tyrannie des coutumes et des barbaries d'un autre âge ? »
C’est l’hiver et parmi les pierres et la misère, la situation de guerre parait encore plus insensée pour les colonisés et les occupants : qu’y a-t-il à gagner ?
Violence et incertitudes : un scénario bien mis en valeur par des dessins nerveux et des couleurs au réalisme sonnant juste.

lundi 28 mars 2016

A perfect day. Fernando Leon de Aranoa.

Une équipe d’humanitaires dans les Balkans affrontant l’absurde, nous fait partager un humour qui les sauve du désespoir. Dans deux véhicules, deux vieux baroudeurs et la petite dernière à initier, assurent sous des dehors forcément désinvoltes, une mission dont l’efficacité ne tient qu’à une corde. Les paysages sont magnifiques, les filles jolies, les puits maléfiques, les vaches piégeuses, un innocent ballon devient un objet de pouvoir révélateur des incompréhensions. Excellent, on peut penser à « M.A.S.H. ». Avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Olga Kurylenko, Mélanie Thierry.

dimanche 27 mars 2016

Les insoumises. Isabelle Lafon.

Un tel titre a beau devenir anodin au pays des « mutins de Panurge » comme disait Philippe Muray, c’est pourtant un moment intense que nous avons partagé dans le Petit Théâtre de la MC2. Il est justement question de la recherche des mots justes et de la violence de cette quête dans les trois séquences proposées, du temps de Staline en Russie, avec Virginia Wolf à Londres et dans un hôpital psychiatrique.
Deux entractes d’une demi-heure entre trois séquences d’une heure dix laissent le temps de prendre une bière et une soupe à La Cantine de « La maison de la culture » qui commence à s’organiser plus efficacement.
D’abord « Deux ampoules sur cinq » : depuis un appartement communautaire à l’époque de Staline, la poétesse Anna Akhmatova et la journaliste Lydia Tchoukovskaia, femmes de lettres, comme on disait dans ces années 30, ont des raisons de  se méfier des mots. Un fils emprisonné, un mari arrêté, l’une apprend les créations de l’autre pour en conserver la mémoire plus sûrement que sur un support papier. A la lumière de lampes torches, elles se confient et surmontant l’urgence, la poésie les sauve.
« Let Me Try » s’inspire du journal de Virginia Woolf. Trois actrices mettent en forme les différentes personnalités de celle qui voulait « saisir les choses avant qu’elles ne se transforment en œuvre d’art ». Elles sont drôles et tragiques, légères et brûlantes, iconoclastes, enluminant le moindre feuillage. L’écriture se cherchant, enrichit, colore la langue, élargit la pensée.
Dans la troisième partie «  Nous demeurons », peut-on parler d’ « insoumises à la raison » à propos de femmes qui viennent exposer leurs délires poignants rassemblés dans des revues de psychiatrie ? Elles sont submergées par des voix intérieures, leur souffrance est exposée avec conviction par les comédiennes qui nous rendent proches ces aliénées de la fin du XIX° siècle.
Si les démarches en Russie ou à Londres étaient une recherche de liberté, malgré leur vigueur commune, elles ne peuvent se confondre avec l’expression des diverses folies. « Expression » comme on  dit d’un linge tordu ou comme on presse un fruit, elle se rapproche parfois de nos expériences, quand les mots résistent. Mais je me méfie d’une vision candide de termes aux allures chatoyantes qui sont pour ces femmes seules autant de cris dans le désert, aux désarrois irréductibles.

samedi 26 mars 2016

L’amour humain. Andreï Makine.

Le titre situe l’ambition du roman qui embrasse l’histoire de la décolonisation en Afrique.
« une vie qui nait quand l’Histoire, ayant épuisé ses atrocités et ses promesses, nous laisse nus sous le ciel, face au seul regard de l’être qu’on aime »
Elias, l’africain héroïque, un révolutionnaire professionnel formé par les russes, connaitra Cuba et les exaltations, les désillusions de la guerre froide en pays chauds.
Le côté « Un Angolais en Sibérie » invite à la comparaison avec une bande dessinée qui serait magnifiquement dessinée: le style est coloré, mais le scénario conventionnel n’évite pas les facilités, avec contrastes entre champagne des colloques et eau des marigots, sur fond d’ apparitions de belles qui ne font que passer.
 « Et ce soir là, en 1967, sur une plage cuivrée par le couchant, il apprit la fin d’Ernesto.
Cette mort resta ainsi à jamais liée, dans son souvenir, au saignement vif des nuages, à la somnolence des vagues, au visage éploré de cette jeune cubaine qui lui annonça la nouvelle. Une chevelure raidie par le sel, des lèvres dont il effaça, d’un baiser, un gémissement un peu trop artistique »
Entre un amour absolu et irrésolu et les pauvresses violées, la place est réduite pour que des personnages hésitent, vivent, s’approchent, se connaissent.
La fresque de 295 pages peut s’envisager comme un poème avec reprise au refrain  de quelques motifs : une femme dont les soldats vont fouiller la bouche pour en extirper quelques  granules de diamants, un enfant enterré avec son masque, le creux du coude de la mère, une maison en bois au perron enneigé…
« A Luanda un couple parle de la graisse restée dans une poêle, à Lusaka une femme dort à côté de son mari diplomate qu’elle n’a jamais aimé, à Paris une intellectuelle rédige un texte sur les révolutions trahies … »

vendredi 25 mars 2016

Vivre ensemble.

Il n'y a pas que des  faux plafonds qui se sont affaissés à Bruxelles. Le virus instillé par les assassins, se disséminant encore plus facilement que des clous, a franchi mes barrières immunitaires installées par des décennies d’éducation républicaine et depuis dupliquées en versions diverses.
Je ne peux plus entendre l’expression «  vivre ensemble » dont j’ai pourtant tant usé, sans être sur la défensive.
Ensemble avec qui ? Les assassins ont même renoncé à vivre pour nous empêcher de respirer, de laisser nos cheveux aller dans le vent, de rire, de penser.
Je ne supporte plus les « même pas peur », les dessins de Tintin qui pleure,  du capitaine Haddock jurant pour souligner nos impuissances et le Manneken-Pis, qui n’a qu’à arroser les bombes pour qu’elles s’éteignent : ça n’a rien éteint ! Non je n'ai pas la frite et la bière ne passe pas.
Les enfants de Molenbeek  de nos écoles bienveillantes ont massacré nos enfances nunuches dessinées à la ligne claire, après avoir saigné nos adolescences Grand Duduche.
Ah les sages, sur les réseaux sociaux qui s’expriment tout de suite pour dire de ne pas parler trop vite sur les réseaux sociaux !
Regardons ailleurs : n’y aurait-il pas un intellectuel pas correct qui se serait exprimé pas comme il faut , pas où il faut?
Oui la déchéance de nationalité est bien dérisoire et elle existait déjà, mais les critiques à son égard sont du même niveau : politicard. 
Qui a contesté l’état d’urgence ? Qui gène-t-il ? Cependant son inscription dans une constitution tombée entre de sales mains, peut craindre.
Quelques pétitionnaires ne veulent pas que la victoire contre les ennemis de la démocratie se paye par une altération de celle-ci, mais ne voient-ils pas que dans le paysage s’accumulent tant de cadavres ?
Ils nient l’état de guerre en ignorant qu’ils sont désignés comme ennemis par toutes les branches de Daechis. Ce ne sont pas les protestations de gentillesse du parti du Bien qui amenuiseront la jouissance des barbares quand sont paralysées l’Europe et ses institutions.
Pas de conclusion: pas de conclusion; pas de solution: pas de solutions.
......
Le dessin du "Canard" de la semaine est en tête d'article.

jeudi 24 mars 2016

Le Caravage et les caravagesques italiens. Jean Serroy.

Ce soir le conférencier, devant les amis du musée de Grenoble, a commencé par la Genèse :
« La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. »
et les lamentations de Jérémie :
« Il me fait habiter dans les ténèbres,
Comme ceux qui sont morts dès longtemps »
Du néant, de la mort, depuis les zones noires et les mises en scènes dramatiques, la force lumineuse, détachant les volumes, va jaillir du « ténébrisme ».
La modernité pointe son nez  au XVII° siècle, au milieu d’un bouleversement culturel et spirituel décisif pour notre civilisation.
C’est le temps de la reconquête catholique, du concile de Trente, quand des sciences remettent en cause les connaissances. L’homme va-t-il être privé de la grâce, de la lumière ?
« Saint Jérôme » le traducteur de la bible en latin, fait face au crâne : « memento mori ». Le « ténébrisme » se distingue du clair obscur qui procède par degrés, il assume le face à face, le contraste.
Si la lumière de Jacopo Bassano vient de l’intérieur du tableau, le peintre maniériste annonce le Caravage en particulier dans « La déposition du Christ »
comme Le Gréco  et  son « Jeune garçon soufflant sur un tison »
ou dans les couleurs éclatantes, sortant de l’ombre avec une bougie et une torche, d’Antonio Campi dans « La Décollation de Saint Jean-Baptiste ».
Michelangelo Merisi dit Caravaggio, peintre maudit, eut les faveurs de princes de l’Eglise car il remplissait les maisons de Dieu. Au cours de ses fuites, de la Lombardie, à Rome, Naples, à Malte, il reçut de nombreuses commandes. Puis l’engouement passé, oublié des siècles suivants, il est redécouvert dans la seconde partie du XX°. Il inspire de nombreux romans dont « La Course à l'abîme » de Dominique Fernandez et plus récemment « La mort subite » d’ Álvaro Enrigue, des films dont «  Caravaggio » de Dereck Jarman.
Mon voisin de conférence m’envoie un commentaire de Fernandez  extrait de son dernier livre « Nous avons sauvé le monde » à propos de la phrase de Poussin : « Caravage a détruit la peinture » :
« Ce qu'a détruit le Caravage ce n'est pas tant la peinture, mais l'illusion que la beauté, la propreté, l'hygiène, la bienséance vestimentaire sont le bien de tous. Beauté, propreté, hygiène, noblesse dans le maintien, dignité dans les manières, correction dans les vêtements, de telles valeurs ne sont pas universelles, elles sont un luxe qui n'appartient qu'à certaines classes de la société. »
Baglione, un de ses concurrents malheureux, peut nous éclairer, tout autant que ses nombreux laudateurs :
« Une tête de sa main se payait plus cher qu'une grande composition de ses rivaux, tant était grande l'importance de la ferveur publique ...ferveur publique qui ne juge pas avec les yeux mais regarde avec les oreilles.»
« L'Arrestation du Christ »  au moment du baiser de Judas montre la proximité du bourreau et de sa victime comme dans sa dernière œuvre « le martyre de Sainte Ursule » où brillent aussi les cuirasses.
Par contraste sa « Corbeille de fruits », œuvre de jeunesse, inondée de lumière est originale par la vue en contre plongée et les marques de pourrissements, de flétrissures, qui n’embellissent pas la réalité.
Parmi sept versions,  « Saint Jean Baptiste » à la grâce alanguie, est bien vivant, dénudé par la lumière, qui éclairait  aussi le célèbre « Bacchus », jeune homme, un peu las.
Quand celui qui est désigné par Jésus, semble interroger : « qui ? moi ? » au  moment de « La  vocation de Saint Matthieu », une « lumière de soupirail » éclaire le bureau du fisc comme les tavernes à venir
Deux versions de « Saint Mathieu et l’ange » écrivant sous la dictée sont également fortes, mais je préfère la charmante complicité du jeune et du vieillard qui fut refusée pour son trop grand naturel, dont ne subsiste qu’une copie, car la toile originale fut détruite par les bombardements de Berlin à la fin de la seconde guerre mondiale.
Les ténèbres ont couvert la terre, la sauvagerie se déchaine lors de la flagellation du Christ, ou au moment de la mise au tombeau, Le Caravage, qui a beaucoup vécu la nuit est sublime, son désir de lumière éclate avec «  La conversion de Saint Paul ».
Le « caravagisme », lumière et naturel, trouvera en Bartolomeo Manfredi un disciple qui n’est pas seulement un théoricien, voir son « Arrestation du Christ ».
Artemisia Gentileschi et la violence de « Judith décapitant Holopherne » répond à un viol qu’elle avait subi et n’était pas resté caché.
De Francesco Guarino, « Sainte Agathe »  qui eut les seins coupés, est saisissante.
Mais pour conclure sur un bel équilibre, ce « Le baptême du Christ » de Battistello ira bien, non ?
Il y eut un temps aux amis du musée de Grenoble où Le Caravage était cité presque à toutes les conférences, j’en ai retenu quelques pages dans les archives de ce blog, quand il fut question du noir: http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/09/le-noir-damien-capelazzi.html
Et lorsqu’il fut exposé à Montpellier :

mercredi 23 mars 2016

Le goût de l’eau. Michel Rivard.

Quand, même lui, mon chonchon, mon unique, Souchon, déçoit  avec Voulzy  trop en avant dans l’avant première d’un album attendu :
«Derrière nos voix 
Est-ce que l'on voit nos cœurs ? 
Et les tourments, à l'intérieur ?
Ou seulement la, la, la?»
retrouver un vieux CD qui remonte à 1992 de Michel Rivard réconforte avec sa suite de « chansons naïves » sur des mélodies variées et séduisantes.
« Écoute mon amour
écoute comme c’est beau
ce n’est pas le moteur
ce n’est pas la radio
ce sont des larmes d’ange
sur le toit de l’auto
oh! Le goût de l’eau »
L’enfance est confiante : « une bille de verre », et poétique « sous la lune d’automne » :
« Dans l’nord d’la ville
d’une ville du nord
y a un ti-cul qui cherche encore
le fil de sa mémoire
et la lune d’automne
brillera ce soir
Je n’aime pas la nostalgie
c’est une maîtresse inassouvie
aux yeux trop bleus
mais je t’emmène en ville à pied
j’te fais présent de mon passé »
Quand on est emballé, tout parait délicieux : sa reprise de « la princesse et le croque note » de Brassens est à la hauteur, et même le déprimant « l’oubli » est fort, pourtant « en parlant de la paix » a pu s’user comme  « les dinosaures », mais le charme opère toujours et on approuve l’invitation toute simple « veux-tu danser ? » ou la demande « garde-moi de la peur » de « Tout seuls en Amérique ».
Je recopie quelques mots de  « tu peux dormir » 
 « J’voudrais m’glisser dans tes silences
savoir enfin à quoi tu penses
quand tu souris
le temps qui passe est un méchant
papa le temps est un méchant »
 juste pour évoquer les jeux avec les rencontres, le temps,  l’enfance toujours, la légèreté pour aller au cœur des auditeurs, dans cette dernière chanson loin d’être aussi célèbre que l’immense « complainte du phoque en Alaska » du temps où il faisait partie du groupe Beau Dommage.

mardi 22 mars 2016

A la recherche de Peter Pan. Cosey.


La préface présente le Valais dans les années 30, alors que le titre pressent un décalage entre l’exploration d’une montagne rêvée par un écrivain anglais désinvolte à la recherche de son frère et les habitants d’un village menacé par le glacier voisin.
Les images sont belles, mais les situations m’ont parues artificielles entre les gendarmes à la recherche d’un faussaire, une jeune fille mystérieuse qui se baigne dans un lac d’altitude et des notes de piano qui s’entendent de nuit dans un hôtel abandonné : romantisme de pacotille et manants pour la déco.
Sir Melvin Woodworth, tourmenté par son éditeur, a décidé de rester malgré l’alerte avalanche. Il apprendra combien son frère a été généreux et  goûtera aux douceurs de la belle pianiste providentielle.
« Parti à la recherche de Peter Pan, je me trouvais dans le ravissement étonné de ramener la fée Clochette dans mes bagages. »
La première publication date de 1985, voilà une occasion de ne pas être nostalgique de ces temps grandiloquents.

lundi 21 mars 2016

Alias Maria. José Luis Rugeles Gracia.

La vie des guérilleros n’est guère rose, bien que cette couleur ait convenu pour le bébé à trimballer dans la forêt colombienne. Les armes et tout le barda pèsent sur les épaules des apprentis militaires à peine sortis de l’enfance.
De la misère en milieu macho colombien, avec des mômes de 13 ans en cloque, et un garçon à peine plus jeune qui finira le nez dans le ruisseau, car il ralentit la dérisoire escouade devant mettre à l’abri le seul bébé de gradé qui doit survivre parmi tant d’autres avortés.
Les larges feuilles de cette jungle, où le danger toujours menace, ne cachent plus la disparition de tout espoir, ni la misère, les combattants en ont plein les bottes.
«Avec autant de gifles, qui peut apprendre ?»

dimanche 20 mars 2016

L’émoi du monde. Rachid Ouramdane.

Un ami qui avait vu le spectacle m’avait dit qu’il avait été subjugué : pas mieux.
Décor blanc élémentaire, dès les premiers pas, j’ai marché : sous des lumières changeantes, caressantes, un soliste danse comme un pantin désarticulé sur une musique mécanique, répétitive, s’évadant parfois. Il va être rejoint par une quinzaine de danseurs qui déchainent un feu d’artifice de gestes inventifs, à deux, à trois, à plus, à tous, tout en exprimant à mon sens, un sentiment poignant de solitude malgré des chaines qui se tricotent harmonieusement. Les rencontres sont furtives, ils fuient, se rattrapent. Le désordre est  rigoureux et je m’étonne à chaque fois des capacités de mémoire corporelle des artistes. Alors qu’au même moment  les professionnels du rugby étaient au stade des Alpes où ils ont préparé des combinaisons savantes que l’adversaire déjoue parfois, ici on ne voit aucune couture et les mouvements d’une folle intensité sont d’une fluidité enjouée.
Heureusement que des moments de calme arrivent tant la tension est forte, le rythme acharné, les impulsions, les courses, multiples.
La deuxième partie du spectacle de 1h 25 intitulée « Tout autour » met en jeu 24 danseurs, cette fois en chaussettes après les pieds nus du premier épisode « Tenir le temps ».
Les titres généraux ambitieux ne rendent pas compte de l’originalité de la démarche d’Ouramdane déjà vu http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/12/sfumato-rachid-ouramdane.html  qu’on peut se réjouir de son installation ici où il dirige avec Yoann Bourgeois le Centre chorégraphique national de Grenoble.
En cette époque restrictive, l’effet de masse est spectaculaire quand hommes et femmes habillés de marron ou de vert se croisent, se roulent au sol, virevoltent. Quand on s’aperçoit vers la fin que le piano joue tout seul, on se demande depuis combien de temps, tellement on a pu être pris entre suivre un individu ou l’ensemble qui peut se voir comme des barrettes ondoyantes d’un graphique ou des curseurs : des machines émouvantes.

samedi 19 mars 2016

Malaise dans la démocratie. Jean Pierre Le Goff.

« Boire du petit lait » est une expression qui peut paraitre étrange en ces temps pasteurisés, mais elle vient à mon esprit élevé au cul des vaches, pour dire  tout mon accord avec un auteur déjà parcouru ici.
Le sujet est de taille, les éclairages alertes, clairs.
Attention les gentils du camp du Bien :
«  L’idéalisation de l’autre s’effectue dans une logique de règlement de comptes avec la culture de son pays et la civilisation européenne. L’illusion consiste alors à penser que cette attention bienveillante et ce sentiment de culpabilité sont naturellement partagés. »
L’auteur de « La France morcelée » revisite l’individualisme, trait majeur de notre société :
«  L’exigence d’autonomie et de souveraineté individuelle érigées en nouveau modèle de société entraine un processus de déliaison et de désinstutionalisation qui abandonne l’individu à lui-même et facilite toutes les manipulations »
notre éducation :
« Au sein des nouvelles couches moyennes, cette culture psy peut devenir obsessionnelle et peser lourdement sur les relations au sein des couples et les rapports parents / enfants…. Alors que cette culture s’est voulue un instrument de libération, elle a placé la spontanéité et la liberté des relations humaines sous une surveillance et une autosurveillance de type nouveau qui n’ont rien à envier à la rigidité et au moralisme d’autrefois, surtout quand, à la différence des films de Woody Allen, l’humour y est absent. »
le monde du travail :
«  La sous culture des milieux de la formation et du management est aujourd’hui diffusée dans l’ensemble des activités sociales par le biais de nombreux stages de formation accentuant le divorce qui s’est installé entre spécialistes déclarés et praticiens »
 la culture :
« Cette confusion entre le social, le politique et le culturel va notamment se traduire par l’institutionnalisation, le soutien financier et la diffusion sur l’ensemble du territoire de créations et de spectacles marqués par « la contre-culture » aseptisée intégrée à l’animation festive du nouveau monde. »
Et les diverses religiosités avec une ironie légère et revigorante.
Les propositions ne vont surtout pas dans le sens d’une « démocratie rêvée des anges »
«  Le plus surprenant dans l’affaire est que les déclarations de paix et d’amour envers l’humanité tout entière ont redoublé alors que l’islamisme radical proclame se haine des mœurs et des valeurs démocratiques, que l’Etat islamique et ses suppôts commettent des massacres de masse. »
Mais si ces 270 pages contribuent à affronter la réalité, en bon habitant européen d’un « continent de la vie interrogée » comme dit Jan Patocka, la dissection des causes de notre malaise occupe toute la place. La lucidité éteint toute espérance.

vendredi 18 mars 2016

« Expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser »

La formule de Vals avait déchaîné quelques tempêtes d’un jour, maintenant c’est au code du travail d’être à l’affiche sur les tablettes et dans la toile désertées par tout débat constructif.
J’aurai pu être choqué par la « punch line » du premier ministre qui nie toute intelligence, ayant été toute ma carrière du côté des pinailleurs, essayant de comprendre ce qui souvent me dépassait dans le débat politique.
Mais dans le contexte actuel où des commentateurs invitent plus volontiers les victimes à s’excuser que les meurtriers, et comprennent plus volontiers ceux qui font peur et surtout pas pas ceux qui ont peur. Je ne suis plus.
Toutefois qui n’approuverait pas :
«  connaître les causes d’une menace est la première condition pour s’en protéger » ?
En s’exprimant d’une façon aussi sommaire, Vals adopte une posture symétrique à ceux qui nient la réalité de l’extension du communautarisme et la virulence des ennemis de nos libertés et participe à l’abaissement du débat politique où les torts sont également partagés.
Gilles Keppel, auteur de « Terreur dans l’hexagone », s’alarme et fait part de sa consternation :
« les instances universitaires sont tétanisées par l’incapacité à penser le jihadisme dans notre pays ».
L’autre soir Hollande face à Pujadas: le  journaliste représentait une opinion oublieuse, le président de la République en rappelant les morts du Bataclan et son discours à Versailles qui fit l’unanimité, sortait de « l’urgence », si je puis me permettre.
Ah certes, ils en ont fait des tonnes au cours de tant de commémorations avant de passer à autre chose. Tout acte étant réduit à une posture tactique en vue de la prochaine présidentielle. Cette échéance pèse sur les institutions, elle est rappelée systématiquement par les médias à la moindre intervention d’une quelconque secrétaire d’état chargé de « l'aide aux victimes », victime de la désinvolture médiatique aux caméras lourdingues et des rigidités des Schneiderman à la baguette corrective.
« Petits tas tombés » disait Souchon de ceux qui dorment dans des cartons, peut valoir aussi pour nos mots de papier de soi, quand les promesses ne valent que pour les imbéciles, les indignations que pour les convaincus.
En différant la parution de cet article, l’obsolescence accélérée de toute opinion me saute davantage aux yeux.
« La "variet" s'acoquine et rime avec obsolète » chantait  le ringard MC Solar,
En mimant l’observateur politique, je me retrouve dans une tribune aux côtés de ceux qui se contentent de siffler l’arbitre, sempiternellement.
Arrivé à l’âge de comprendre ceux qui sont aux responsabilités, je me lasse des postures toujours en réaction, et supporte de plus en plus difficilement les geignards qui ne savent que faire valoir leurs droits en s’affranchissant de tout devoir envers une société qui les nourrit et les chauffe.
………….
Le dessin sous le titre est de Saudron , paru dans « l’Avenir » journal de Namur et repris par Courrier International. Le dessin ci-dessous c’est celui du Canard qui se met à faire des fautes de frappe ; tout fout le camp !
Et l'autre de Télérama:

jeudi 17 mars 2016

Tables & festins. Chez Glénat.

Au couvent Sainte-Cécile étaient présentées des toiles du XVII° siècle flamandes et hollandaises et des planches d’auteurs de bandes dessinées actuels autour des plaisirs de la table.
Dans ce beau lieu à la voûte éclairée par des vitraux de Joost Swarte, il faut s’acquitter de 6 €, geste devenu inhabituel dans nos contrées subventionnées, pour accéder à l’exposition.
L’espace plutôt grandiose quand on lève les yeux, s’avère un peu encombré au sol quand les propositions des artistes d’aujourd’hui viennent pimenter, commenter, s’adosser à des œuvres de 400 ans d’âge.
Alors que le sous titre de l’exposition met en avant « l’hospitalité », quand les mets sur les tables des siècles passés en sont à une présentation certes chatoyante mais un peu apprêtée, les créateurs contemporains ricanent.
L’humour est attendu du côté de Cestac, Chabouté, Loustal, et l’inventivité, face aux
catholiques flamands et protestants hollandais dont la richesse des symboles est pédagogiquement expliquée :
les citrons nombreux évoquent le temps qui passe et la présence d’un couteau celle de l’homme, la noix représente le christ… le homard le luxe et les huitres d’autres plaisirs humides. Tant de douceur peut s’avérer amère, elle recèle des leçons de morale et rappelle que la vie est brève quand des mouches se posent sur les nappes blanches aux plis signifiants.
La Talemelerie propose un texte qui m’a paru toucher à l’essentiel :
« Tout est lien avec le pain, et tout d’abord celle des matières qui le composent, symboliques s’il en est : la terre et le plus beau de ses fruits, le blé et la farine, l’eau qui mélangée à la farine donnera la pâte, l’air, qui sera intimement mêlé à l’eau lors du pétrissage, puis de la fermentation, art majeur du boulanger, le sel qui apportera force, saveur et parachèvera l’alliance des matières, et enfin le feu et sa chaleur qui transformeront pâtons en pains bien croustillants. Et pour lier ensemble ces nobles matières, ajoutez-y du temps, pour que lève la pâte, la main de l’homme et son intelligence, et vous aurez réuni tous les ingrédients de cette étonnante alchimie de matière et d’esprit… »

mercredi 16 mars 2016

Le réveil de la Force. Star wars. JJ Abrams.

Vivant dans une autre galaxie que les fans de la série, je ne savais même pas qui était ce  Chewbacca, personnage avec tant de poils.
Je craignais alors d’avoir des difficultés pour distinguer les personnages du film mondialement loué, mais pas de risque : les bons sont bien distincts des méchants. La « Résistance » affronte le « Premier Ordre ».
Dans notre univers compliqué, un peu de simplicité nous console pendant deux heures quinze.
Ne me nourrissant pas seulement de films burkinabés sous titrés en danois, je tenais à voir ce qui passionne tant les foules, mais je ne sais si je vais persister à suivre les suivants de la troisième trilogie qui commence avec celui là.
Même si j’ai goûté avec plaisir les effets spéciaux, les paysages, l’inventivité de ces univers, je reste éloigné des passions des amateurs du genre.
Je préfère Mad Max, plus noir,
Bond, plus sexy
Wall E
Même si j’ai apprécié les brocantes, les auberges, les engins spatiaux qui crachent noir au démarrage, quelques clins d’œil, des plans vertigineux où l’on voit à l’écran tout l’argent dépensé.
Les combats au laser me lassent vite et bien que le sol se fende joliment, j’apprécie que la violence évite d’éclabousser de trop de liquides, les familles.
Mais je retournerai volontiers vers mes labyrinthes habituels avec plus de surprises, de complications, de politique, d’aspérités, de fin qui se finissent mal style Télérama …
avec en ce moment plein de filles révoltées :

mardi 15 mars 2016

Le Retour à la terre. Jean-Yves Ferri, Manu Larcenet.

Un dessinateur procrastinateur et sa compagne se retrouvent à la campagne (« La vraie vie » volume 1) avec quelques personnages hauts en couleur et généreux en alcool forts.
2002, c’était le temps déjà de la dépendance à l’ordi et les oppositions pouvaient être rigolotes gentiment délirantes et génératrices de gags qui ne se prennent pas au sérieux.
L’autodérision adoucit les audaces : l’ancien maire du village vit désormais dans les arbres après un redressement fiscal et la boulangère  tellement mythique se devrait d’être belle.  
La confrontation peut sembler douce entre une vision romantique de la nature et l’atavisme citadin. La poésie est là : la mignonne Mariette aurait envie d’un enfant (« Les projets » album 2) mais Larssinet le dessinateur immature rêve d’un potager.
Au téléphone : 
- Allo, Michel? Paris me manque...Ouais ma couille, ne le dis pas à Mariette, mais j'ignore si je vais pouvoir tenir. C'est surtout ce silence...ce silence omniprésent! Ce silence partout! Euh, excuse-moi une seconde.
- (à Mariette) Tu peux arrêter de mixer une seconde, s'il te plait? ...Je fais écouter le silence à Michel...
Quel plaisir de retrouver ce dessinateur prolifique ironique et tendre, cette fois dans l’humour, genre :
plutôt que dans l’étrange :
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/01/pourvu-que-les-bouddhistes-se-trompent.html

lundi 14 mars 2016

Les délices de Tokyo. Naomi Kawase.

Bien sûr quand une vieille dame est embauchée par le tenancier d’une échoppe qui vend des macarons au coin de la rue et que celle-ci va  être appréciée d’une clientèle grandissante, la situation ne peut pas durer.
C’était trop beau, trop tendre, mais cela reste délicieux : sous les masques souvent imperturbables, les résiliences se mettent en route.
Les cerisiers en fleurs sont magnifiques, même dans un environnement banal. Au rythme des saisons sans flonflons, nous partageons volontiers  ces tranches de vies. Bien plus que la recette des dorayakis fourrés aux haricots confits se transmettent des façons d’apprécier le temps, et gagner en liberté quand on a apprivoisé ses faiblesses.  

dimanche 13 mars 2016

Ellis Island. Eric Lareine.

Sur fond de blues, réveillé par des accents rock a été évoqué le thème de l'immigration en Amérique, à l’auditorium de la MC 2.
Accompagné de Pascal Maupeux à la guitare, le créateur de la troupe « Leurs enfants »   basée à Toulouse, nous a emmené sur l’ile qui recevait les migrants au pied de la statue de la liberté. Les artistes sont efficaces bien que la formule racontages et chants, allant de soi, ne soit pas si fréquente.
Jusqu’en 1924, seize millions de réfugiés sont entrés aux Etats Unis par « L'île des Larmes », nommée « l’ile aux mouettes » du temps des indiens.
L’émigré devenait l’immigré après examen médical et formalité administratives.
Rien n’est appuyé, bien que passionné, avec une présence qui s’affirme tout au long d’une heure et quart de spectacle.
Mélancolie et espoirs se mêlent, des textes sont de Pérec et d’autres de Joe Brainard qui inspira le français avec ses « I remember ».
Dans l’énumération :
« Cinq millions d’émigrants en provenance d’Italie,
quatre millions d’émigrants en provenance  d’Irlande,
six millions d’émigrants en provenance d’Allemagne,
trois millions d’émigrants en provenance d’Autriche Hongrie,
six cent mille émigrants en provenance de France… »
difficile de ne pas penser à ceux qui débarquent aujourd’hui en Hongrie, Grèce ; j’allais dire en Europe, mais les réponses sont si peu européennes. 


samedi 12 mars 2016

Que peut la littérature ?

La fête du livre à Bron devient un  de nos rendez-vous annuel 
Pour sa 30° édition, nous avons été ravis bien que le choix soit toujours difficile entre tant d’écrivains majeurs présents à l’hippodrome de Parilly.
Alexis Jenni, l’écrivain prof de sciences et l’historien Benjamin Stora ont écrit ensemble « Les mémoires dangereuses »; le prix Goncourt avait lu le livre du président du conseil d’orientation de la cité de l’histoire de l’immigration, « Le transfert de mémoire ».
Le thème de leur dialogue s’intitulait : « Qu’est ce qu’on a en commun ? » l’Algérie et nous.
Un FN aussi intégriste que le FIS a nourri un «  Sudisme à la française » dans son rapport brutal ou paternaliste aux autres et aux institutions.
L’Algérie n’était pas une colonie mais un département français ; un sentiment de revanche a perduré parmi certains «  pieds noirs » depuis le sentiment d’avoir été cerné là bas par les arabes colonisant à leur tour la métropole d’un empire rétracté. Le souvenir d’une grandeur perdue masqué un moment par la figure du général De Gaulle, dont Alger fut capitale de la France Libre, tourne dans les années 80 à une envie de retour en arrière, autrement dit l’option réactionnaire.
L’histoire des mots est éclairante et paradoxale : « intégration » fut inventé par Soustelle alors que dans les années 30, l’ « assimilation » était la revendication d’un Ferhat Abbas.
Entre le million et demi d’appelés, le million d’Européens d’Algérie, les immigrés algériens dont le nombre a doublé en France pendant la guerre, les « pieds rouges », les harkis, les algériens d’Algérie pour qui se fut aussi une guerre civile, les mémoires sont cloisonnées. 
La France a été modifiée par cette guerre reconnue seulement comme telle depuis peu.
Et le 19 mars en tant que date de fin du conflit ne fait toujours pas l’unanimité : c’est sans fin, d’autant plus que tout débat commence par la fin en 1962 et non le début en 1830.
Les deux complices sont en désaccord sur le film auréolé de ses interdictions de jadis : « La bataille d’Alger » de Pontecorvo ; seraient-ils d’accord sur celui qui reste à faire autour d’Abd el-Kader, franc-maçon et mystique, héros  de l’indépendance, dont le destin exceptionnel pourrait nourrir un grand récit qui n’a été entrepris ni d’un côté de la Méditerranée ni de l’autre ?
Nous avions été attirés à La table ronde suivante par la présence de Maylis de Kérangal mais Alexandre Bergamini et Hélène Gaudy furent à la hauteur par la grâce d’une animatrice qui fit magnifiquement partager les émotions, les finesses des paroles développant le thème de « L’esprit des lieux ».
Si aucun ne fait apparaître le nom d’un lieu dans le titre de son ouvrage, Hélène Gaudy dans « Une île, une forteresse », se consacre à la ville de garnison en forme d’étoile, Terezin, présentée dans des films de propagande nazis comme un conservatoire de la culture juive où 140 000 personnes furent déportées.
 « Le travail des derniers témoins des derniers témoins » à propos de la Shoah est aussi celui d’Alexandre Bergamini qui traite du camp de transit de Westerbork destiné aux juifs Hollandais dans son livre « Quelques roses sauvages ». Aujourd’hui une station scientifique s’élève à proximité comme dans le désert d’Atacama où un observatoire des étoiles a été construit parmi les pierres et les os des suppliciés de Pinochet. Le poète qui a commencé son récit à partir d’une photographie de survivants se voit comme un écrivain et non comme un romancier, au terme d’une écriture au long cours où il estime s’être perdu, happé au bord d’un trou noir. Il ne veut parler pour personne d’autre que lui-même : «  à ma place ». Il nous livre en passant l’information que des tonnes d’or volées aux juifs auraient transité de la Suisse vers l’Espagne.
Dans « A ce stade de la nuit », Maylis de Kerangal, à front renversé avec les deux autres auteurs pour lesquels les photographies ou les dessins sont fondateurs, fait venir les images à partir des sonorités du mot Lampedusa : nom de l’auteur du « Guépard » et de l’île où depuis 25 ans des migrants essaient d’accoster.
Autant de chambres d’échos pour des mémoires qui ne se traitent pas comme un devoir.
«Sacraliser la mémoire est une autre manière de la rendre stérile» Tzvetan Todorov
Ayant fait le tour du dicible, ces jeunes écrivains savent aussi les limites du lisible, et dans le carroyage (= quadrillage, mais j’aimais bien la consonance de ce mot que je viens d’apprendre) des espaces, la métaphore d’un point aveugle au centre de nos vies, évoquée par le monsieur minoritaire sur l’estrade, éveille nos curiosités.
Séduits par toutes ces intelligences, nous avons envie de nous nourrir de leurs ouvrages, c’est alors qu’ils se mettent d’accord pour nous inciter de surcroit à découvrir encore un autre écrivain Allemand mort en Angleterre, Sebalt :
« Les souvenirs sont comme les ombres de la réalité »
Tout a tourné autour de la mémoire soudée à un présent qui contiendrait tous les temps, se difractant et s’incarnant magnifiquement avec ces auteurs dont la quête personnelle dit bien un moment de nos incertaines recherches.

vendredi 11 mars 2016

Merci patron. François Ruffin.

L’ironie,  l'humour, mettent en évidence avec efficacité la distance entre l’indécent univers du luxe de LVMH et les conditions de vie de travailleurs licenciés par Bernard Arnaud PDG.
Parmi eux une famille d'ouvriers si loin des préoccupations mondaines considérant que le capitalisme commence à 1500 € par mois, se contentait d’une tartine à Noël et mettait pour 5 € d’essence dans la voiture, quand c’était possible.
Le rédacteur en chef du journal alternatif « Fakir » omniprésent en Robin des bois malicieux, n’est jamais en surplomb vis-à-vis des personnes en difficulté qu’il tire de la détresse.
Bobos grenoblois, nous apercevons la Picardie et nos références pour un tel documentaire vont du côté de « Strip tease », mais on peut se rappeler, sans ses dispositifs tapageurs, un côté Julien Courbet  du temps de l’émission « Tous ensemble ».
« Tous ensemble, tous ensemble» nous l’avons chanté, mais la référence à TF1 regardée par les pauvres peut amener à se faire scruter de travers par certains spectateurs enthousiastes qui se pressent devant ce film où les petits font cracher les gros, finalement pas si inatteignables derrière les cordons de CRS.
Ces fonctionnaires là protègent les actionnaires en AG au Carrousel du Louvre ; à un prochain anniversaire penser à demander aux gendarmes d’assurer le service d’ordre.
Ce film souligne une défaite de plus de l’action syndicale, supplantée par des pressions proches du chantage au pays des images : un film en est l’aboutissement. Se conduire en ruffian (jeu de mot) fait rire les salles en voyage exotique dans des salles à manger où il n’y a plus grand-chose à manger.
Film utile et bien ficelé.
« Fakir » acheté dans la foulée a une approche chaleureuse, rigolote et pertinente parfois :
«  c’est un souci pour la gauche, je pense: elle est truffée d’intellectuels, de diplômés, et du coup on va tout de suite à la théorie sans passer par les corps, les sens, les émotions, les passions. Voire il ne faudrait pas de ces émotions contre la raison. Mais la politique ce sont aussi des sentiments. »
……
Cette semaine sur Facebook, l’expression de la rue :