jeudi 4 juin 2015

Fragonard. G. Croué.

Le conférencier avait ouvert la saison devant les amis du musée avec Matisse :
Cette fois il a consacré son talent à nous faire partager son gai savoir autour de Fragonard et en particulier un de ses tableaux le plus célèbre : « Le verrou » qui dit l’époque et son auteur.
« Fragonard, c'est le conteur libre, l'amoroso galant, païen, badin, de malice gauloise, de génie presque italien, d'esprit français ; l'homme des mythologies plafonnantes et des déshabillés fripons, des ciels rosés par la chair des déesses et des alcôves éclairées d'une nudité de femme! » Edmond et Jules de Goncourt.
Jean Honoré Fragonard est né à Grasse en 1732, qu’il quitte à l’âge de six ans, et s’il revient chez son cousin pendant les années agitées de la révolution, il a vécu essentiellement à Paris où il meurt en 1806 … après avoir mangé une glace.
Sa ville natale lui rend grâce dans un agréable musée :
Ses maîtres furent Chardin, Boucher, Van Lo et Natoire.
Il ne poursuivra pas dans le style  du tableau qui lui permit d’obtenir le grand prix de l'Académie royale de Peinture « Jéroboam sacrifiant aux idoles » à la main desséchée.
Il ne sera pas non plus peintre dans le cercle royal malgré « La surprise »  mettant en scène un jeune homme, Louis XV a alors 60 ans, franchissant la balustrade pour rencontrer la Du Barry qui n’a que 27 ans. 
Il ne suivra pas le chemin tout tracé, et ses plaisantes « baigneuses » ne font pas appel à la mythologie. Diane peut se rhabiller. Il peint pour le plaisir, sans commande à priori, multiplie les acheteurs, fait visiter son atelier, il invente le marché de l’art moderne. Les formats changent avec des appartements qui se transforment. Sous Louis XV, la classe plus aisée gagne en intimité.
Dans « Les Débuts du modèle » la cheville et le mollet découverts prennent le pas sur la poitrine dénudée.
« La gimblette » était un petit gâteau vénitien proposé à un petit chien, de nombreuses gravures reproduisant la charmante scène feront beaucoup pour sa popularité.
Le portrait virtuose de son ami « l’abbé de  Saint-Non » (La Bretèche) qui l’a suivi dans un voyage en Italie, est brossé en une heure.
Explosif, comme « Les pétards » qui claquent dans le dortoir des filles, où s’invitent par ailleurs des « Puces »,  quand ce n’est pas « Ma chemise qui brûle » où l’on se demande « Qu’en dit l’abbé, de la leçon de danse? » Il illustre en des esquisses vigoureuses teintées d’eau de suie, les contes érotiques de La Fontaine.
« Le verrou » a été commandé par  le marquis de Véri comme pendant de « L'Adoration des bergers ».
Ainsi l’amour céleste et l’amour terrestre en diptyque de même format et de couleurs proches, se rencontrent comme dans le tableau du Titien « L'Amour Sacré et l'Amour Profane » où un chérubin mélange dans l’eau passion temporelle et vénération divine. Sur le bassin sont sculptés un cheval et une scène de flagellation : l’amour bestial. La femme habillée, qui a besoin d’artifices symbolise l’être charnel, alors que la représentation du sacré est à l’état de nature, nue. L’une vient de la cité, l’autre tient une coupe d’encens qui s’élève au ciel sur fond de troupeau et d’église, les lapins en couple sont du côté séculier.
« Il en est des baisers comme des confidences : ils s'attirent, ils s'accélèrent, ils s'échauffent les uns les autres. En effet le premier ne fut pas plutôt donné qu'un second le suivit ; puis un autre : ils se pressaient, ils entrecoupaient la conversation, ils la remplaçaient ; à peine enfin laissaient-ils aux soupirs la liberté de s'échapper. Le silence survint, on l'entendit (car on entend quelquefois le silence) : il effraya. » La citation est de Vivant Denon dont une aile du Louvre porte le nom.
Dans la scène galante, à la célébrité incontestable, dont l’authenticité fut pourtant discutée, que Giscard D’Estaing acheta pour le Louvre, la lumière est braquée sur le verrou dont la tige coulissante annonce d’autres ouvertures.
« La scène se passe auprès d'un lit, dont le désordre indique le reste du sujet ».
Dans «  ce groupe enlacé d'ardeur et de faiblesse », la femme chavire, l’homme est tendu ; les tissus déferlent autour du lit, autel, théâtre, occupant les 2/3 de l’espace, le fauteuil est renversé, la pomme en évidence, les roses à terre. Les oreillers sont comme des seins confortables et dans les plis des tentures rouges peut se deviner l’origine du monde. Un premier assaut a déjà eu lieu, le jeune homme en caleçon est modestement vêtu, son ainée est  richement vêtue de soie.
 « Non, elle n’aura pas les plaisirs du vice et les honneurs de la vertu. Ce n’est pas assez pour moi de la posséder, je veux qu’elle se livre. Or, il faut pour cela non seulement pénétrer jusqu’à elle, mais y arriver de son aveu »  Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

mercredi 3 juin 2015

La pinacothèque Agnelli. Catherine de Buzon.

La présentation aux amis du musée de la fondation du directeur de la Fiat, en son musée, créé par Renzo Piano a été suffisamment riche pour ne pas répéter ce que j’avais écrit lors d’un séjour à Turin http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/06/turin-en-trois-jours-j-2.html.
Turin, fut capitale des Etats de Savoie, avant d’être celle de Piémont- Sardaigne, et du royaume d’Italie, puis lieu majeur du « Risorgimento ». C’est la ville de la FIAT, (Fabbrica Italiana Automobili Torino) qui a repris sur son blason le blanc et  le rouge, couleurs de la Savoie.
Giovanni Agnelli fonda au début du XX°siècle une dynastie dont Giovanni (Gianni) dit  l’Avvocato, fut l’héritier le plus flamboyant, époux de l’élégante princesse Marella Caracciolo di Castagneto. Il fut sénateur à vie, maître de la Stampa, de la Juventus, et des arts.
Ainsi Warhol les saisit.  
Présente « Sur terre, sur mer et dans les airs », la FIAT associée désormais à Chrysler, avait commencé avec 150 ouvriers en 1900 qui passeront, six ans plus tard, à 1500.
En 1916, est construit « Le lingotto », la plus grande usine d’Europe.
Les matières premières étaient au rez de chaussée, les voitures finies s’essayaient sur la piste au dessus des 5 étages.
Après la seconde guerre et les bombardements, le plan Marshall relance l’entreprise qui inonde le marché avec  l’emblématique FIAT 500. 230 000 personnes y travaillent.
Sous « Le Lingotto » de Merz  en cire d’abeille, les branches  pourraient s’enflammer.
Renzo Piano a conçu Beaubourg, le centre culturel Jean-Marie-Tjibaou à Nouméa, et tant de musées : d’Amsterdam où il met sur les quais un bateau immense pour un édifice concernant les sciences, à Berne où il reproduit les courbes de Klee pour le bâtiment consacré au peintre de « Chameaux dans un paysage rythmé d'arbres ».  
L’ancienne usine est reconvertie depuis 1982 en un ensemble consacré au commerce, aux congrès, à des bureaux d’étude, des instituts et un auditorium de 2000 places. A côté d’une bulle qui sert de salle de réunion, dominant la ville, l’auteur de la lumineuse Maison Hermès à Tokyo a posé, une espèce de soucoupe volante prolongeant les rêves futuristes des années 20, un écrin pour quelques trésors artistiques des Agnelli.
25 tableaux parmi lesquels :
Le hallebardier de Tiepolo a belle prestance, et les lumières de Canaletto qui irradient les architectures de  Venise nous émerveillent encore. 
Son neveu Bellotto travaillait à Dresde dont il montra les chantiers d’une façon tellement précise que pour la reconstruction de la ville on se servit de ses toiles comme celle du « Nouveau marché ».
Laura qui apportait des fleurs à l’Olympia de Manet eut son portrait, aussi noire qu’est opaline une « Baigneuse » de Renoir.
« L'hétaïre », on disait ainsi dans la Grèce antique, était une prostituée ; celle de Picasso très Toulouse Lautrec, a des traits d’affiche et le jaune vénéneux.
Les femmes de Matisse, près de bouquets d’anémones, sont mélancoliques bien qu’inscrites dans des univers ensoleillés et  très rythmés. Le peintre se voit dans le miroir, « Après le bain ».
Ses jus sont légers et le visage d’une femme gratté dans la matière picturale annonce une liberté d’écriture et une  belle tonicité qui se retrouvent dans « Branche de prunier sur fond vert » en hommage à Bonnard et son dernier amandier en fleurs.
Un « nu couché » de Modigliani est profilé, sculptural.
Au pays du futurisme, Sévérini et ses « Lanciers au galop » était indispensable, Balla inévitable  avec la « Velocità astratta » de 1914, dynamique,  fulgurant, portant le tumulte.
« Nos corps entrent dans les canapés sur lesquels nous nous asseyons, et les canapés entrent en nous. L'autobus s'élance dans les maisons qu'il dépasse, et à leur tour les maisons se précipitent sur l'autobus et se fondent avec lui » Manifeste futuriste

mardi 2 juin 2015

Rupestre.


Excellente idée d’éditer un livre de BD qui met en scène la rencontre de six dessinateurs avec des dessins préhistoriques, pas « grottesque » pour un rond.
De l’équipe, je connaissais Davodeau
Rabaté
Emmanuel Guilbert
il y a aussi Marc Antoine Mathieu, David Prudhome et Troubs qui mêlent leurs traits, leurs réflexions pour un ouvrage  poétique et drôle de 200 pages.
« A la limite ça me  dérange.
Ça me colle un malaise.
Encore l’homme qui ramène sa fraise, je me dis.
Encore un tag sur la porte du garage.
Encore « Ducono est passé par là » avec la date en dessous. »
J’aimais commencer l’année avec mes élèves en leur faisant reproduire des dessins  du paléolithique sur du kraft genre papier rocher, voire sur de la toile de jute enduite de plâtre, histoire de faire coïncider la chronologie de l’humanité avec celle d’une année scolaire où la recherche d’une expression personnelle irait bien jusqu’à côtoyer Warhol, Zep et De Vinci.
Ce livre  joue sur les ombres, les courbes, les silhouettes induites par les formes de la roche, dans les entrailles de la terre humides et noires. Les mystères les plus enfouis rencontrent les fantaisies les plus personnelles. L’expression de l’identité de l’homme à la lumière d’une frontale retrouve les traits d’une abstraction très contemporaine.

lundi 1 juin 2015

Garrel. Desplechin.

Leurs films récemment sortis sont également loués par « La » critique, pourtant, à mes yeux, dans la profusion des propositions du festival de Cannes, ils accusent la vacuité d’un certain cinéma français. Le conformisme des habitués de masques de fer blanc et plume de plomb, saute à l'oreille, quand  dans l'émission du « Masque et la plume », la dithyrambe est quasi unanime .
Deux « films d’appartement » aux fenêtres passées au blanc d’Espagne, comme jadis, pour se cacher des éclats du présent.
L’ombre des femmes. Philippe Garrel.
D’accord Clotilde Courau est une actrice qui a de la personnalité, mais la ferveur critique aurait tendance à appeler la contradiction face à un film limitant le qualificatif « français » à de pauvres relations tellement vues et revues entre hommes et femmes, maîtresses et amants. Si le noir et blanc peut avoir du charme, ici, il n’excuse même pas l’absence de renouvellement d’un genre harassé. Quand on fait dire à un personnage masculin déjà antipathique au possible qu’il estime légitime de tromper sa femme alors que c’est inconcevable qu’elle en fasse de même : au secours le théâtre de boulevard du XIX° ! Le sinistre individu retrouvant la Clotilde extatique ne constitue donc aucunement une fin heureuse.
Trois souvenirs de ma jeunesse. Arnaud Desplechin.
Ce retour éternel vers le ton trufaldien qui  se caractérisait lui par la légèreté et l’originalité sonne le creux. Nombrilisme, absence d’imagination, alors que tant de films sans moyens ne sont même pas distribués, les critiques s’évertuant à trouver des vertus  à ces deux heures insignifiantes où les sentiments sont superficiels, les allusions à l’actualité tournant au procédé et soulignant plus encore leur ignorance du siècle et les connivences autour de telles productions.
Echange Garrel, Desplechin, Mourret, contre un seul film iranien.
Vont-ils arriver en multipliant les hommages balourds à dévaloriser le père d’Antoine Doisnel ?

dimanche 31 mai 2015

Z comme zig zag. Gilles Deleuze par Bérangère Janelle.

Une heure assis à un bureau d’écolier, j’étais sur la chaise étiquetée Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein derrière Baruch Spinoza.
Un moment jubilatoire passé à écouter deux comédiens philosopher comme on respire, disant des bêtises et des fulgurances qui entrainent loin;  jusqu’à l’horizon peut être, celui que perçoivent d’abord les japonais avant eux-mêmes et qui  peut fournir une identité à la pensée de gauche celle qui envisage d’abord l’universel.
« Les problèmes du Tiers Monde sont plus proches que ceux de mon quartier »
C’est que la question a été posée à l’assemblée réunie dans le grand studio de la MC2 autour de Deleuze, et personne n’a ricané, bien que demander : « qu’est ce que c’est être de gauche ? » relèverait de la perfidie.
« Faire de la philosophie, c'est constituer des problèmes qui ont un sens et créer les concepts qui nous font avancer dans la compréhension et la solution de ces problèmes »
 Le philosophe énigmatique et très familier ce soir, lui, dont Tournier son camarade de lycée, disait :
« Les propos que nous échangions comme balles de coton ou de caoutchouc, il nous les renvoyait durcis et alourdis comme boulets de fonte ou d'acier. On le redouta vite pour ce don qu'il avait de nous prendre d'un seul mot en flagrant délit de banalité, de niaiserie, de laxisme de pensée. Pouvoir de traduction, de transposition: toute la philosophie scolaire et éculée passant à travers lui en ressortait méconnaissable, avec un air de fraîcheur, de jamais encore digéré, d'âpre nouveauté, totalement déroutante, rebutante pour notre faiblesse, notre paresse. »
Dans l’abécédaire que nous entrouvrons : avant  zigzag et  zen (l’inverse du nez),  la mouche qui fait ZZZZ, il y a eu la pause tennis : le style de Borg aurait-il été un style prolo ? Et la machine à café débloque. Depuis le A d’animal, il y avait tant de concepts à aborder de façon originale, vivante, avec l’art, la musique, le roman, le désir, la philosophie pour aller contre la bêtise :
« Salut à toi, dame Bêtise
Toi dont le règne est méconnu
Salut à toi, Dame Bêtise
Mais dis-le moi, comment fais-tu
Pour avoir tant d´amants
Et tant de fiancés
Tant de représentants »
Brel
De la poésie, des surprises, de la proximité, les deux passeurs, comme ça sans en avoir l’air, Gilles et Gilles, amènent des sourires et invitent à ne pas se morfondre : «  la honte d’être un homme » de Primo Levy ne confond pas bourreaux et victimes, mais invite à résister.
Souffrant des poumons, Deleuze s’est défenestré, Lévy s’était suicidé.

samedi 30 mai 2015

6 mois. Printemps été 2015.

300 pages de photographies. Le pavé, neuvième du genre, frappe au plus fort.
Consacré en trois reportages au « business de la terre », nous ne ressortons pas indemnes des usines à nourriture au Brésil, aux E.U., au Japon,  avec des images de catastrophes sanitaires causées par les pesticides en Argentine ou des portraits de la main d’œuvre africaine au sud de l’Italie.
Les horreurs de la guerre nous sont elles plus familières, ainsi  que les jeunes en cure de désintoxication d’Internet en Chine ?
Des nouvelles de bergers du Pamir comblent notre soif d’exotisme, et les communautés dans la ville de Leipzig qui essayent de vivre d’une autre manière, comme un train-clinique dans la Sibérie désertée témoignent d’utopies qui tentent de penser des alternatives ou de panser les blessures, les solitudes, les détresses, la misère.
Alors les portraits en noir et blanc de la rugueuse Juliette dans son tab’ier à fleurs et son panier de haricots au bras ainsi que des enfants d’un album de famille danois nous apaisent.
Les souvenirs de policiers suisses ou la photobiographie de Kim Jong laissent plus indifférent alors que le rappel d’un moment oublié depuis Beslan, lieu du massacre de 344 personnes  par des séparatistes tchétchènes, il y a 11 ans déjà, est utile en montrant les rescapés et leur vie d’aujourd’hui.
Sur le plan formel une collection d’instantanés nous tape à l’œil et le procédé d’une photographe posant avec des modèles très différents, se glissant dans leur décor est stimulant.

vendredi 29 mai 2015

Burn out et doutes.

Les médias sont passés à la séquence « burn-out », et le débat « collège » est déjà loin, pour lequel la formule «  le niveau monte » peut être abandonnée définitivement, après avoir fait florès depuis Baudelot et Establet avant de tomber de Charybde en PISA : pareil pour la presse !
Et Le Vaillant dans Libé : «  si on supprimait l’école (et ses réformes) ? » qui ressort des mots des années Illich et Summerhill : ça ne nous rajeunit pas !
Je viens d’envoyer à Télérama ces mots :
«… vous mettez en évidence le ressenti d’une institutrice retraitée, comme moi, qui n’a pour seul argument qu’elle est fatiguée des « vieilles barbes » ; pourtant Régis s’est rasé la moustache mais pas Jaurès. C’est sans doute pour refléter l’accablant niveau des débats sous le titre jeunes / vieux, que vous avez privilégié celui là, venant après les « bas du front » de Joffrin et les « pseudos  intellectuels» de NVB et précédant les coups de fouets qu’attend avec impatience ma conscrite Durut Bela (professeur en sciences de l’éducation, interrogée par l’hebdomadaire) qui devrait être également à la retraite, bien que préservée semble-t-il des élèves depuis belle lurette, dans le mol dossier consacré à la publicité de la réforme du collège. »
Les journalistes compatissent avec les salariés sous pression, mais ils ne cessent d’accabler les profs qui  décidément ont du mal à comprendre : seraient-ils contre l’égalité ?
Les urnes risquent d’être peu fournies en suffrage pour la pseudo gauche ; ce sera le recours ultime ignorant les consultations qui n’abusent plus grand monde.
Après avoir couru derrière quelques leurres en peau de latin, ce que j’ai pu lire dans la presse m’a paru bien fade, pipé. Et le sabir, pas si anodin, de la techno structure accusant la distance entre décideurs et exécutants méritait-il mieux que des ricanements ?
Depuis le début de ma carrière d’instit’, en 68, c’est chaque fois au nom de l’égalité que s’empilent les réformes : maths modernes, disciplines d’éveil, notation ABC … avec dans les faits une diminution des heures de français qui portent les fruits secs que l’on connait.
Ci-dessus une BD du ministère à agrandir en cliquant dessus, qui situe le niveau d’infantilisation des personnels. Et lisez plutôt la "méforme du collège" d’un compagnon de blog, militant inlassable d’une école plus juste et performante : « L’autre monde », ci contre dans la colonne de droite.
Dans une société où Nabila est une vedette, Duflot ministre et Pujadas journaliste, les modèles sont écroulés.  Alors ce pays vieilli flatte la jeunesse pour rester dans le registre qui tant excite la presse : les vieilles barbes parlant aux vieilles barbes.
Les « cycles » introduits en primaire n’ont pas fonctionné : on les propose à cheval entre école et collège, les EPI (enseignement pratique interdisciplinaire) remplacent les défuntes IDD (Itinéraires De Découverte) qui ne marchaient pas : on change les lettres.
Les mots sont morts. Pour aller au-delà de quelques phrases échangées sur Facebook avec une vieille complice de La FCPE qui  s’étonnait de mon scepticisme, moi l’ancien militant du SGEN CFDT, syndicat qui aujourd’hui se propose de passer dans les collèges pour expliquer la réforme du ministère, je révise mes engagements.
Je souhaitais l’entrée des parents à l’école, le travail en équipe, la pédagogie du projet, l’enfant au centre…
Les temps ont changé : l’enfant silencieux est passé en mode impérieux, prescripteur, le précepteur adulte s’est effacé, les parents sont devenus des consommateurs alors qu’ils étaient des amis de l’école. Pour la rédaction des projets, les inspectrices imposent des éléments de langage, et bien des collectifs se sont épuisés en parlottes inutiles, dévoyés en affichages publicitaires au détriment d’engagement authentiques, sous un caporalisme aux allures participatives mais visant au conformisme.
Les profs sont résignés, la réforme du collège va se faire dans la suite logique de celle du lycée de Chatel, surmontera-t-elle le manque d’appétit, de travail de nos enfants? Quant à la formation d’hommes et de femmes libres ?
Le blabla autour des promesses a entretenu  l’idée d’une école qui ennuie, surmène et bien des discours tenaient de la publicité : « maigrissez sans effort et continuez à vous empiffrer ».
Allez tout le monde au bac (à sable) !
…………
Libé peut être pédagogique quand il rappelle :
-        En 1979, la France a accueilli plus de 100 000 «  boat people » venant du Cambodge et du Viet Nam.
-         La commission européenne a demandé aux 28 états de l’UE de se répartir 20 0000 réfugiés (1 pour 25 000 habitants).
-        La Turquie héberge 1,7 millions de réfugiés. Le Liban plus d’un million (le quart de sa population)
L’image qui chapeaute cet article est prise dans Libé qui fait sa propre pub pour une nouvelle formule. Habile, jouant avec les contradictions, ce qu’ils n’ont pas fait dans le débat sur l’école où tout contradicteur était affublé de l'étiquette infamante "à droite", rendant tout débat impossible.
………..
Pas dessin du « Canard » cette semaine qui avait cependant une bonne manchette :
"Espagne : Podemos, France : pas des masses "
Faute de dessins convaincants concernant le collège, je propose celui du Point réalisé avant que les scandales de la FIFA n’éclatent.

jeudi 28 mai 2015

Yves Klein et Jean Tinguely.

Dans le mouvement du « Nouveau réalisme » auquel le Niçois et le Suisse ont appartenu un temps, ils ont occupé le territoire de l’immatériel.
Ce groupe d’une « singularité collective » pour « une approche perceptive du réel » eut une durée de vie qui occupa les années 60.
« Yves le monochrome » et « Jean le cinétique » comme ils furent nommés, tels des empereurs byzantins, comme l’a précisé le conférencier Thierry Dufrêne devant les amis du musée, vont utiliser d’autres moyens que la peinture pour peindre.
Yves Klein, fils de deux artistes, fut ingénieur de la navale et étudia les langues orientales. 
Il présenta un projet de peinture avant de s’atteler à la tâche, avec une préface de son livre constituée uniquement de traits.
Il assure le renouvellement de la peinture monochrome, avec dans sa tête Kandinsky, Malevitch, Rodchenko.
Loin des jeux d’esprit d’Alphonse Allais qui dans  « L'Album primo-avrilesque » intitule une toile bleue :
« Stupeur de jeunes recrues apercevant pour la première fois ton azur, o Méditerranée! »
Lui, ce serait plutôt la couleur d’un tatami  évoquée dans la toile bleue intitulée « Tokyo », il était un très bon judoka.
Au « Salon des Réalités Nouvelles », il est refusé alors que Tinguely est accepté avec «  Relief méta mécanique » où les formes géométriques sont mises en mouvement depuis le châssis.
Lessing, écrivain allemand, dans son traité d’esthétique « Laocoon », estime que le poète a du temps, alors que l’artiste, homme de l’espace, doit être tangible dans l’instant.
Tinguely en déléguant le métier d’artiste à la machine, bouscule les codes, et Klein en utilisant le corps de femmes enduit de couleur comme « pinceau vivant » qu’il se garde de toucher tout en les dirigeant, aurait- il à faire présentement avec les chiennes de garde ?
Mais le passage sur la toile du rouleau trempé dans le bleu IKB « International Klein Blue », déposé à l'Institut national de la propriété industrielle n’est pas une mono manie. Il gorge de bleu des éponges qui offrent « une qualité de respiration », elles sont le portrait de ses spectateurs qui « absorbent ».
Il lit Bachelard, le philosophe des éléments primordiaux : feu, air, eau, terre, mais leur rencontre se passe mal. Il crame ses toiles, aux endroits que les corps enduits d’eau ont laissés à la flamme. Les silhouettes d’Hiroshima flashées sur le béton par la bombe vont le hanter.
Une de ses expositions s’intitule : «  le vide », les salles  de la galerie sont vides. 
Il met en scène, une autre fois, un « saut dans le vide », un photomontage où il prétend léviter pour mieux peindre l’espace, qu’il commente dans un journal d’un jour.
Pour  un exvoto destiné à Sainte-Rita de Cascia, patronne des causes désespérées, il ajoute au bleu, celui qui sort des ténèbres, couleur du fils sensible, le rose du Saint Esprit et l’or du père immortel.
Il vend ainsi des « zones de sensibilité picturale immatérielle » contre des feuilles d’or, Dino Buzzati participe à la transaction, une zone désignée par un geste donne droit à un certificat… à détruire. Le rosicrucien est l’un des pères du happening et des performances accompagnés de musique concrètes. Son projet d’Obélisque éclairée en bleu sera réalisé après sa mort à 34 ans. 
Tinguely était aussi performant  avec son  « Hommage à New York », sa machine s’autodétruit dans la cour intérieure du MOMA. Dans le désert à côté de Las Vegas,  il met en scène une fin du monde et sur le parvis de la cathédrale de Milan un phallus géant s’enflamme pour fêter les 10 ans du NR, nouveau réalisme.
La collaboration particulière que Tinguely entretint avec Yves Klein fut une « super collaboration » d’après l’appréciation du sculpteur qui mit la peinture en mouvement, alors que des sculptures apparurent de la part de celui qui déposa quelques roses sur la dalle funéraire intitulée  « Ci-git l'Espace ». Ils réalisent ensemble « Excavatrice de l’Espace » et « Vitesse pure et Stabilité monochrome », des machines bleues.
 « Le cyclope » géant de Milly la forêt où ont travaillé Arman, Raynaud, César, Nicky de Saint Phalle … sur son  toit couvert d’eau, reflète le ciel, un ciel bleu Klein.

mercredi 27 mai 2015

La Caponata

Voilà une recette telle qu’elle m’a été transmise :
2 poivrons rouges,
1 aubergine,
750 g de tomates,
1 cœur de céleri branche avec les feuilles,
1 oignon, 4 gousses d'ail,
40 g de câpres, 2 cuillères à café de thym frais,
8 cl de vinaigre de vin rouge+ 2 cuillères à soupe de sucre,
25 cl  d’huile d'olive.
Ebouillanter les olives 2mn, égoutter, couper en petit dés.
Laver et couper les poivrons en petits dés.
Peler et épépiner les tomates (les ébouillanter c'est plus facile), les couper en dés.
Hacher l'ail.
Emincer les oignons.
Faire revenir les oignons  3mn dans 3 cuillères à soupe d'huile d'olive.
Ajouter poivron et ail faire revenir 5 bonnes minutes.
Ajouter les tomates, saler poivrer  et cuire à couvert 20 mn  à feu doux.
Pendant que ça cuit, couper le céleri en petits dés.
Faire revenir 10 mn dans 3 cuillères à soupe d’huile d'olive avec thym.
Couper  les aubergines en petits dés.
Enlever le céleri et le réserver, et remplacer par  les aubergines,
laisser cuire 5-10mn.
Tout mélanger (penser aux câpres et olives hachées) ajouter le vinaigre avec le sucre.
Laisser cuire 2 mn.
Laisser refroidir.

mardi 26 mai 2015

Lulu femme nue. Etienne Davodeau.

Le Chabrol de la BD, pour ses chroniques provinciales,
nous livre en deux volumes l’histoire d‘une femme ordinaire qui se prend quelques jours loin de sa famille.
« Ce récit est une fiction. Toute ressemblance avec des évènements arrivés dans votre vie ou dans celle de vos proches relèverait donc du pur hasard (qui est un sacré farceur). »
Sans esbroufe, elle passe de son terne quotidien à des instants pas  forcément mirobolants où elle prend son temps.
Le récit de cette escapade sera raconté par ses amis réunis sur sa terrasse puis par la plus grande de ses enfants avec une justesse des dialogues qui rendent cette aventure sans flonflon, palpitante.
Le titre est peut être trompeur : il ne s’agit pas de femme à poil, mais d’une vérité qui se cherche y compris par des nuits sur un banc, sans le sous, même pour un café.
Mais les rencontres avec une serveuse qui n’a pas inventé la poudre, d’une vieille qui a le sens de la formule, d’un sorti de prison en caravane, vont lui permettre de se (re)trouver.
« Houlala ..., ma vie me plait pas. Il se passe rien. Je sais pas si j'aime encore mon mari. Il a changé, parfois je le supporte plus. Heureusement j'ai mes enfants. Mais j'ai parfois l'impression d'être juste une extension de la gazinière et du lave-linge. »
Un film avec Karine Viard  s’en est inspiré, le personnage de la BD est moins rayonnant que la star, mais sa liberté fragile aux couleurs pastel est émouvante.


lundi 25 mai 2015

Cannes cinéphile 2015.

De retour du festival de Cannes avec 34 films dans les poches - sous les yeux - j’essaie de rassembler quelques titres et des correspondances, comme j’ai pu le tenter depuis quelques années.
Si la langue anglaise est déjà hégémonique dans les titres, il convient d’élargir son vocabulaire  pour caractériser quelques « feelgood movies » ou « teen movies», voire nommer « des objets mystérieux prétextes au développement d’un scénario » : des « MacGuffin ». Merci Wikipédia et Hitchcock.
Dans cette fête des images et des mots (« Words and pictures »), la proximité et l’abondance des histoires éteignent des emballements d’un instant ou confirment des préférences.
J’énumère ici des titres pour rendre compte de l’ivresse de ces journées et reviendrai chaque lundi, au moment de leur sortie sur ceux qui seront distribués à Grenoble.
Mon  film favori apparaissait dans la sélection « vision sociale » : « Rendez vous à Atlit ».
Il s’agit de trois sœurs qui reviennent dans la maison familiale en Israël. Dilemmes émouvants avec des actrices en état de grâce, sur fond de rappel historique quand les espoirs de paix s'effaçaient au moment où Yitzhak Rabin fut assassiné (merci correcteur, j'avais mentionné Begin!).
C’est l’année de la sororité (histoire de sœurs) : négative, à cran, avec «  Pauline s’arrache », lumineuse avec « Notre petite sœur » ; l’un est français, l’autre japonais.
Les cinq sœurs de «  Mustang » sont turques, combatives et porteuses d’espoir.
Les bandes de filles, même à Gaza, à l’intérieur d’un salon de coiffure, dans « Dégradé », sont plus fortifiantes que lorsque les garçons s’assemblent auprès d’un « Sleeping giant », ou bien lorsque le silence s’est installé depuis 40 ans entre deux frères « Béliers ».
Si le titre « Les chansons que mes frères m’avaient apprises », exprime le contraire de la déréliction poignante d’une réserve du Dakota, l’espoir vient encore d’une petite indienne.
Alors que dans la forêt bolivienne, une jeune fille de 13 ans déjà enceinte du commandant guérilléro, « Alias Maria » en a plein les bottes, nous pouvons nous assoupir sous les arbres  de « Canopy », une autre jungle du côté de Singapour.
Parmi tant de personnages féminins forts, une se débat pour échapper à un passé douloureux, « Amnésia »,  mais une autre peut participer aussi au massacre familial symbolique au moment de Thanksgiving, «  Krisha », ou sombrer dans la folie, dans « Touch » quand la douleur de perdre un enfant est insupportable. Ce fut d’ailleurs un thème abordé aussi dans « Every thing we loved » et dans quelques autres propositions que nous écartâmes.
Cette année, nous nous retrouvons aux antipodes de certains critiques pourtant assez unanimes à souligner les faiblesses des productions françaises, tout en leur réservant beaucoup de place.
« Trois souvenirs de jeunesse » de Desplechin, ou « A l’ombre des femmes » de Garrel sont de bien moindre intérêt qu’une chronique paysanne dans le Nord du Portugal « Volta a terra », voire « Tabula rasa » où la cuisine indonésienne constitue le thème principal.  Nous pouvons nous sentir tellement plus proches des paysans de la campagne égyptienne, du très réussi « Je suis le peuple », que des nombrils parisiens.
Si la tendresse peut se déceler au fin fond des bas fonds de Phnom Penh,  « De l’ombre il y a », nous en sortons secoués, et  contents d’avoir été baladés entre fiction et documentaire comme ce fut souvent le cas, avec moins d’habileté dans « Taklub » qui décrit  un village de pêcheurs après le passage d’un  typhon aux Philippines.
Les exégètes ont fait la fine bouche pour «  A perfect day » dont nous avons apprécié l’humour au milieu de la guerre dans les Balkans, et pour « Le tout nouveau testament » sous le pouvoir réjouissant de Poelvoorde jouant Dieu, promis à un succès populaire.
Par contre mon regard intéressé par le début du  tant loué « Montains may depart » s’est modifié. Alors que souvent dès les premières images le ton est donné, j’ai eu hâte que le film s’achève, tant je le sentais se dégrader.
Au cours de tant de voyages proposés par les cinéastes, le film « Panama » propose un regard inédit sur la société serbe vue côté jeunes riches, traitant des nouveaux moyens de communication au service de la fornication, mais il est sans âme, mécanique nique. Les trois périodes de « Soleil de plomb », histoires d’amour en Bosnie pouvaient intéresser sur le devenir d’une zone éloignée en ce moment des projecteurs, mais je n’ai pas tout compris. En milieu bien plus couvert, « Nahid », une jeune maman iranienne entre divorce et « mariage temporaire » a bien du mal avec son fils, mais une de ses compatriotes, qui se bat pour organiser un concert international afin que des femmes puissent chanter en solo, dégage une énergie communicative : «  No Land song ».
Dans la fable décapante «  Gaz de France », ou dans la recherche par une paire de « Cow-boys » d’une fille partie en terre de Jihad, nous sommes en plein dans nos préoccupations hexagonales.  Cependant nous pouvons nous sentir également concernés par cet ouvrier qui se meurt au milieu des champs de cannes à sucre en Bolivie, « La tierra y la sombra ». 
Et de l’autre côté du monde, la situation des aborigènes en Australie de « White lies » rappelle d’autres colonisations, les oiseaux d’ « Healing » réparés par des prisonniers qui se réparent ainsi, ressemblent aux nôtres. Ce film généreux mais un peu insistant à mon goût a obtenu le prix Cannes séniors. Dans la compétition « Ecran junior »,  je ne sais ce qu’il adviendra en matière de récompenses de « Words and pictures », genre « cercle des poètes disparus ».  Les palmes et autres récompenses sont tellement multiples que la remise des prix ressemble à l’école des fans ou au collège qui se voudrait tellement bienveillant de la ministre de l’éducation.  
Avec mes compagnons de salles obscures à La Bocca et partageux du pan bagnat dans les files d’attente, nous avons eu l’occasion à de multiples reprises, d’apprécier des acteurs amateurs, mais je pense que Juliette Binoche en prof d’art plastique ( pictures) face à un prof de lettres (words), qui ressemble à Laurent Blanc l’entraineur, attirera des spectateurs.

dimanche 24 mai 2015

Matamore. Cirque Trottola & Petit théâtre Baraque.

Impossible de ne pas évoquer le précédent Obludarium, magnifique, http://blog-de-guy.blogspot.fr/2008/12/obludarium.html qui avait lieu sous chapiteau à l’orée de la MC2 : sept ans déjà !
Après les parodies, les alternatives, les oppositions qui élargissent la variété des spectacles de cirque proposés, la maturité s’installe : l’héritage autour de la piste en rond est assumé.
Maintenant que les scènes théâtrales ne peuvent plus se passer de musique et que les plateaux de danse intègrent les circassiens, les clowns s’en donnent à cœur joie, à cœur fendu, devant les gradins où tout le monde se voit.
Certes autour du cercle de lumière exigu, les artistes doivent se baisser pour sortir et leurs entrées peu conventionnelles, dans des tiroirs, génèrent un léger malaise vite dissipé par des gags élémentaires. Nous rions, tremblons, nous inquiétons, admirons : de vrais gosses !
Les numéros reviennent aux origines : fouet, jonglage avec des pistolets, costaud, petit chien savant facétieux, équilibristes, acrobates, pantin équivoque …  sur des musiques à la fois traditionnelles et renouvelées à l’image du spectacle.

mardi 12 mai 2015

Astérios Polyp. David Mazzuchelli.

Bande dessinée dense, agréable à lire, novatrice et immédiatement familière.
Le personnage principal universitaire spécialiste en architecture, dont nous savourons les contradictions, recommence sa vie dans un garage auprès d’une famille sympathique, à mille lieues de sa vie précédente.
Seul, trop sûr de lui et pourtant en recherche, il se sent intimement au cœur de l’univers, relié à un passé qui n’a pas oublié une dualité tenace.
« Et si la réalité (telle qu'on la perçoit) n'était qu'un prolongement de soi ? Cela ne fausserait-il pas la façon dont chaque individu appréhende le monde ? »
L’invention graphique est au service du récit d’une reconstruction palpitante, où une réflexion sur nos destins n’exclut ni la poésie ni l’humour.
La bande dessinée exploitant toutes ses possibilités : claire, ambitieuse, légère, innocente, amicale. Elle prend au cinéma et à la littérature mais laisse plus de liberté, et  puis un petit croquis vaut bien des discours.
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Je fais une pause dans mes publications. Le temps du cinéma à Cannes est revenu, je profite de ma chance, et reprends mes écrits dimanche 24 mai.

lundi 11 mai 2015

Jauja. Lisandro Alonso.

Jauja signifie une « terre d’abondance et de bonheur »  dont le réalisateur dit lui-même :
 « La seule chose que l’on sait avec certitude, c’est que tous ceux qui ont essayé de trouver ce paradis terrestre se sont perdus en chemin. » Au bout de l’ennui, je me suis perdu.
De surcroit à la recherche de clefs pour contredire mon incompréhension de ce film au format presque carré qui eut pu me séduire, je suis tombé sur "Chronic'art.com" :
« Sans abandonner la veine immersive de ses précédents films, Alonso glisse ici un jeu fictionnel aussi simple que labyrinthique, perdant son protagoniste entre le tissu du rêve et la mousse du réel ».
Me voilà replongé en « milieu aquatique profond standardisé » des circulaires ministérielles absconses qui firent récemment nos délices amers.
Heureusement que le format de la projection est raccourci dans sa dimension horizontale parce que le temps mis par Vigo Mortensen pour traverser l’écran est déjà considérable. La pampa qu’il arpente est pompante, la poésie appuyée par des images de ciel étoilé se retourne contre elle-même, genre tapisserie comme on n’ose même plus  en proposer dans les Foirefouille les plus kitchs.
La non vérité psychologique est une vertu pour certains critiques qui ont dû se régaler : la jeune fille part au  désert comme on va faire un tour après le dessert. Le récit d’une quête doit générer une attente, une tension. Ce fut pour moi, l’envie d’arriver au plus vite au générique de fin, suite à une hypotension née de la lenteur d’une déambulation qui laisse tout le temps pour repérer les invraisemblances, les symboliques appuyées, la vacuité d’un propos hors du temps.

dimanche 10 mai 2015

L’oiseau vert. Carlo Gozzi. Laurent Pelly.

L’oiseau vert en tissu est agité au bout d’une longue perche, il vient nourrir une reine enterrée sous un évier. Il faut aimer la commedia dell’ arte, sinon le jeu des acteurs paraitra hystérique et le conte de 250 ans d’âge bien simpliste, quoique des accents très contemporains viennent soutenir l’attention: l’avidité est  éternelle, l’insatisfaction perpétuelle, l’amour propre un moteur toujours vrai. 
La satire de la philosophie parait moins sympathique en ces temps simplistes où la figure de l’intellectuel est mise à mal par les populistes. Dans l’intention de Gozzi, le rival vénitien de Goldoni, il s’agissait de s’attaquer aux « lumières ». S’il eut du succès de son vivant, il était peu joué depuis.
Le célèbre metteur en scène a créé les costumes et les décors : c’est très bien, mais lorsqu’à la sortie on s’extasie en premier sur les éclairages, c’est que le fond manque un peu.
Pourtant le burlesque est bien là, et les inventions fantaisistes conviennent bien à cette comédie de plus de deux heures.
Oui la représentation de l’eau qui danse est charmante et les trois pommes sexy, les nuages poétiques, les statues qui parlent bien vues, mais je suis un peu lassé des reines mères genre famille Adams, des incestes évités de justesse, des hypocondriaques, des dénommés Truffaldilno et Tartagliona grotesques. Il y a des soirs où les sortilèges et maléfices peuvent laisser de marbre et nous pouvons nous dispenser de rire quand il est question d’ « aller se faire en…terrer ».

samedi 9 mai 2015

Bravo. Régis Jauffret.

Seize nouvelles autour de la vieillesse.
 «La mort me cueillera, vieux fruit mûr à faire peur. Je n’aurai plus la peine de tendre les bras chaque matin pour enfiler la vie comme une chemise dont après quatre-vingt-trois années, autant de mois de novembre humides, de février verglacés, d’aoûts chauds comme un four et trois milliards de battements de cœur, la flanelle m’irrite.»
Quel plaisir de découvrir un auteur, noir et tendre, poétique et drôle : enfin du style !
«Le charnier de la mémoire. Toutes ces années qui n’existent plus et vous élancent comme une jambe coupée.»
Les personnages sont souvent des écrivains pris à des âges variés.
Celui que DSK attaque devant la justice à cause de « La Ballade de Rikers Island », sait de quoi il parle quand il s’agit de roman et de vieux puisqu’il vient d’avoir ses soixante ans.
«Les années tombent. A partir de quarante ans, on dirait un bombardement.»
278 pages pour inventer, fictionner, déconner avec des organes à vendre, des vies étirées à l’infini, de la haine, des enfants abusés, des épouses multiples, de la méchanceté et tant de formules efficaces.
«Mais du temps on en a trop. Il y en a plein nos journées, plein les pièces et chaque matin on dirait qu’on nous en a encore livré pendant la nuit.»
 Si j’ai préféré les épisodes où diverses taties Danielle apparaissent aux fictions baroques et fantastiques, je reviendrai vers son écriture qui m’a emballé.
Une fois encore la cruauté est plus littéraire que la gentillesse. Bravo.
Mais pourquoi ce titre, quel est le mérite ? Le spectacle est fini.

vendredi 8 mai 2015

Immobiles en «milieu aquatique profond standardisé».

Dans le débat concernant l’école, j’ai lu une journaliste qui contestait la légitimité de R. Debray à s’exprimer à ce sujet http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/05/en-perdre-son-latin.html .
Le fait que de tels arguments puissent être avancés signe le niveau de certains sites dit d’informations. Par ailleurs, les journalistes qui présentent à la télévision l’aide « individualisée » comme un cours particulier manquent sûrement de simple bon sens quand cela concerne 28 élèves en même temps.
En tous cas, l’âge invoqué pour l’universitaire n’a pas entamé la confiance de certains praticiens qui se sont reconnus dans ses paroles mesurées.
Il n’y eut guère d’autres apports d’intellectuels, à ma connaissance, qui aient pu rencontrer tant d’expériences sur le terrain.
Les méthodes envisagées  par l’ancienne ministre du droit des femmes, de la ville, de la jeunesse, des sports, présentement de l’éducation, vont à l’encontre des buts affichés.
Tant il est bien connu que l’affichage d’une valeur signale sa disparition : ainsi en a-t-il été du civisme, de la solidarité… C’est comme ceux qui se plaignent d’être surchargés de travail qui bien souvent en fichent le moins.
L’interdisciplinarité testée en lycée favorise en général les élèves les plus équipés culturellement, la priorité à l’oral confirmant l’aisance sociale. Ce qui émerge dans ces propositions de l’appareil ministériel est en route depuis longtemps et a produit un certain nombre d’effets qui ont entamé le prestige et l’efficacité de l’enseignement. Ceux qui repèreraient des contradictions, voire des dérives mauvaises dans les réformes sont présentés comme d’immobiles conservateurs.
N’est ce pas le progressiste Balladur qui disait ?
« La France souffre de la timidité de l'exécutif à décider les réformes indispensables. »
Mais c’est Lamartine  qui avait vu plus juste, à mes yeux, en disant  que :
« L'Eglise n'a pas besoin de réformateurs, mais de saints. » Vade retro Jérôme (Cahuzac) !
Le mépris de la figure de l’intellectuel va de pair avec la perte de dignité de métiers qu’on ne dit même plus manuels. Et c’est un des problèmes du collège.
Dans une société qui en demande toujours plus à l’école et dans le même mouvement réduit le temps consacré à l’étude, ce sont les parents-électeurs qui font la loi. Alors que d’autres sont exclus par le vocabulaire abscons des fonctionnaires de Grenelle cité dans le titre de cet article où il serait question de piscine.
Peu importe l‘investissement de leur progéniture, chacun a droit au parcours commun, à la déambulation pour tous. Ces pauvres ados biberonnés à « l’autonomie » reliés à maman, jeunesse perdue mais géolocalisable en temps réel.
A l’occasion d’un autre débat autour de Todd -pas Charlie- qui se voit objecter qu’il considère que « les pauvres sont agis par des causes alors que les riches le sont par des buts » nous restons dans le sujet. http://blog-de-guy.blogspot.fr/2012/12/linvention-de-la-france-herve-le-bras.html
C’est respecter le jeune que d’être exigeant avec lui, quand on sait le potentiel de finesse, de curiosité, d’énergie des petits, nous ne pouvons qu’être consternés par les complaisances qui accompagnent les paresseux, et les faux prophètes qui les couvrent.
Dans cette école qui tant fatigue, n’y aurait-il de promesses que pour les illusions et les trafics de toutes sortes ?
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Dans « Le Canard » de cette semaine :