samedi 11 janvier 2014

XXI. Hiver 2014. N° 25.

Je ne me lasse pas du trimestriel en vente en librairie, depuis son premier numéro, même si je me dis, cet article sur la censure en Chine, bon ça va, je connais, je vais faire l’impasse, et puis la force, l’humour de ce journaliste Wan Keqin emporte l’attention :
«  En Chine il est très difficile de faire des choses humaines, c’est comme grimper une montagne d’épées. »
Le thème développé sur trois articles dans ce numéro particulièrement riche est consacré à « l’argent fou, l’argent créateur »
avec le rêve réalisé d’une femme à Paris qui reçoit des cabossés de la vie dans un bel immeuble,
un dentiste canadien qui a voulu vendre de l’eau des glaciers islandais,
et le défi d’une monnaie locale à Nantes.
Le récit en photos croise les paroles de parrains et marraines d’adoption en France avec des enfants venus d’un autre monde, pas loin de chez eux.
Et ce sont encore des femmes qui nous communiquent de l’énergie :
des  co-épouses teinturières à Bamako
ou cette Maria qui a bâti des villages de la paix pour échapper à l’affrontement des FARC et de l’armée bolivienne.
300 personnes doivent partir de leur village auquel elles venaient de redonner vie :
« nous dormions à même la terre sans revêtement, tassés comme des petites fourmis. ».
Les reportages  ont le temps d’entrer dans la complexité des personnages
ainsi cette jeune russe qui s’est enthousiasmée pour Poutine et qui a abandonné la politique
ou cet ancien ami de Ben Laden avec qui il partagea sa passion des chevaux.
Le petit fils de Roosevelt qui vit en France a beaucoup de choses intéressantes à dire sur les « banksters », les usuriers.
La bande dessinée est mon dessert, c’est Tronchet qui  traverse le lac salé le plus grand du monde en Bolivie où il ne fait pas que du tourisme mais situe aussi les enjeux puisque les 2/3 du lithium mondial essentiel à l’électronique s’y trouvent. Les mines d’argent de Potosi pas très loin de là coûtèrent la vie à 8 millions de personnes du temps de conquistadors.
En pousse-café : une île où vivent sept familles : Tristan da Cunha à 2000 km de Saint Hélène.

vendredi 10 janvier 2014

Pour des humanités contemporaines. Jean Caune.

Dans la présentation par le philosophe Thierry Menissier du livre de Jean Caune à la bibliothèque du centre ville de Grenoble, j’ai bien aimé la formule  
« la culture générale permet de connaître le monde, de l’évaluer, pour y évoluer ».
Les qualités d’ingénieur, de philosophe, de cultureux, de politique engagé de Jean Caune ressortent ainsi que ses talents de comédien où dans un dialogue avec un comparse, il essayera de sortir du genre conférence depuis une table.
Très vite nous allons au-delà du réasticage du mot « humanités » au pluriel, rimant avec « humanité » au singulier.
Une citation de Giorgio Agamben définit le contemporain comme  
« celui qui fixe le regard sur son temps pour en percevoir non les lumières, mais l'obscurité. » Allons-y !
Dans notre ville dont les anneaux olympiques se sont défraichis, les « nano technologies »  dans le « Y » à la technophilie enjouée, ne sont elles qu’une appellation publicitaire destinée à pomper des subventions ?
Nous pourrions être sortis de la croyance dans le progrès depuis l’ypérite (gaz moutarde) centenaire, pourtant nous reculons d’effroi à l’idée de perdre l’idée de progrès.
Le savoir non spécialisé devrait permettre le partage, mais à l’université dans la guerre des disciplines : difficile de trouver un langage commun.  Il y a bien eu des polémiques quand un usage métaphorique du vocabulaire scientifique s’est révélé être une imposture, mais bien des mots restent piégés et les formules rhétoriques abondent, ainsi le terme « éducation populaire » a perdu de sa réalité. Les  mots de « diffusion » et de « transmission » se confondent et même « éducation artistique » n’est pas vraiment dans la formation des maîtres (oh pardon ce dernier mot est un intrus).
Ce n’est pas avec une telle assistance pas très potache que va avancer le dialogue entre les sciences empiriques et celles soumises aux interprétations pour éviter les éternelles oppositions entre disciplines dures et molles.
J’ai retenu que les cultures du sud tournées vers le passé permettaient d’envisager plusieurs choses à la fois : comme les femmes (c’est moi qui l’ajoute) ; les cultures anglo-saxonnes, elles, segmentent le temps.
Au cours de cette soirée où Malraux a été évoqué, je n’ai pas perdu mon temps en  allant à la source de son discours intégral prononcé lors de l’inauguration de la maison de la culture d’Amiens. Ça a de la gueule !
« Le temps vide, c'est le monde moderne. Mais ce qu'on a appelé le loisir, c'est à dire un temps qui doit être rempli par ce qui amuse, est exactement ce qu'il faut pour ne rien comprendre aux problèmes qui se posent à nous. »
« Si le mot culture a un sens, il est ce qui répond au visage qu'a dans la glace un être humain quand il y regarde ce qui sera son visage de mort. La culture, c'est ce qui répond à l'homme quand il se demande ce qu'il fait sur la terre. Et pour le reste, mieux vaut n'en parler qu'à d'autres moments : il y a aussi les entractes. »
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Dans "Le Point ":

jeudi 9 janvier 2014

L’école de Paris, les artistes venus de l’est.


Je croyais qu’André Paléologue, comme son nom de conférencier aux amis du musée de Grenoble ne l’indique pas, était d’origine slave, mais sa notice sur le net ne confirme pas ce que son accent laisse entendre.
Peu importe, son enthousiasme pour nous parler de Paris ne pouvait s’autoriser que  venu d’ailleurs.
L’école de Paris n’est pas une appellation académique. Au début du  XX° siècle, à la « belle époque », la « ville lumière », nommée ainsi non seulement à cause de l’éclairage de ses rues, accueille le monde.
Les loyers sont alors modestes, dans notre contrée républicaine remarquable au milieu des empires, qui vient de connaître 5 expositions universelles.
Pas loin de l’impressionnante capitale, Barbizon offre des charmes impressionnistes.
Le roumain De Bellio fut un des premiers collectionneurs des Monnet, Sisley, Renoir et inaugura une liste fournie de marchands venus de l’est qui encouragèrent les artistes.
Les œuvres de cette multitude de peintres, de sculpteurs s’évaluaient, il y a encore peu de temps essentiellement dans les brocantes, avant que leur côte n’explose avec les fortunes qui se sont levées à l’est.
Certains avaient magnifiquement saisi les lumières transparentes de la Normandie, les motifs bretons, et d’autres mis de la folie dans les « années folles ». 
Le style délié des affiches de Mucha  a plu à Sarah Bernard et  l’inventivité de František Kupka fut reconnue au temps de l’art nouveau quand Guimard décorait élégamment les entrées du métro.
La Ruche du côté de Montparnasse accueillait Brancusi, Chagall, Soutine, Modigliani.
Pascin, le « prince de Montparnasse » a vécu  aussi à Montmartre.
Guillaume Apollinaire (né Wilhelm Albert Włodzimierz Aleksander Apolinary Kostrowicki,) est mort pour la France.
Qui se soucie que Sonia Delaunay soit née à Gradijsk (Ukraine) ?
De Staël est pleinement de chez tous, et Brassaï tellement parigot.
Vasarely, le père de l’art optique, nous emballa dans les années 60 et l’attrait de Paris dura jusqu’à Christo Vladimirov Javacheff  qui  nous a offert de beaux cadeaux comme le Pont Neuf dont on n’a jamais tant parlé que lorsqu’on ne le voyait plus.

mercredi 8 janvier 2014

Ethiopie J 15. Les ordinateurs portables d’Awasa


La nuit fraîche n’a pas refroidi une chatte dont on ne pouvait ignorer qu’elle était en chaleur.
A six heures le soleil plombé assombrit le matin et une bonne polaire n’est pas de refus.
Dans l’enclos mitoyen de l’hôtel, des bouchers nous proposent un morceau de viande crue du mouton qui vient d’être dépecé. Nous déclinons le cadeau et nous nous rabattons sur les tartines au beurre de cacahuètes, nappées de miel.
Aujourd’hui nous avons 6h de route à faire jusqu’à Awasa dont certaines portions sont en reconstruction.
Peu après notre départ nous voyons des cases couvertes de plastique noir qui servent d’abris aux réfugiés somaliens.
Les paysages changent rapidement, nous passons des chameaux parmi les acacias aux cyprès en forêt puis aux encètes et à la végétation tropicale. La route se poursuit à travers un brouillard de plus en plus dense et un léger crachin. Peu à peu le ciel se dégage pour laisser apercevoir une campagne très verte. Les villages se succèdent coquets et fleuris, bien nettoyés et stockent sur les bas côtés leurs spécialités à vendre : ail, bois, qat, mangues, ananas, œufs, vanneries et régulièrement du bois destiné à la cuisine en petites plaquettes ou des longs troncs d’arbre qui pourraient servir à l’armature des cases.
Les camions chargés de livrer le qat roulent à tombeau ouvert et sont surnommés « Al-Qaïda ». Les toits des cases fument : l’évaporation s’ajoutant au feu des foyers.
Nous quittons le territoire des Boranas pour celui des Sidamos.
Arrêt repas à Dilla, dans un grand restaurant, l’équipe se régale de jus de fruits frais, mangue ou papaye, avocat qui remplacent le café.
Nous traversons la campagne verdoyante où les cases sont beaucoup plus grandes et supportent un toit de chaume écrasant qui descend très bas. Nous en visitons une en bord de route, où Girmay compte donner des photos prises lors d’un précédent voyage.

Nous sommes accueillis par un digne vieillard qui nous fait l’honneur de sa maison dont une grande partie est réservée aux animaux. Un jeune veau retenu par une corde piétine en compagnie d’une poule en liberté, en face d’une banquette pour les invités et d’un lit. La cuisine donne sur un jardin avec une ruche où prospèrent des encètes, des avocatiers, du café, des manguiers. Des barres parallèles sont installées pour les enfants. Girmay cause avec le patriarche père de 14 enfants eux-mêmes mariés et parents de petits enfants.
A  Hawasa ou Awassa, l’orthographe est variable, nous déchargeons nos bagages au Gebrekiristos Hôtel (esclave de Dieu en grec) qui offre ô miracle des douches chaudes dans toutes les chambres.
Après 20mn, nous sommes  près du lac  où nous entrevoyons un mariage sélect avec robe blanche et costards. Le marié est tiré en arrière par les hommes pour ne pas embrasser sa nouvelle femme tandis que la mariée est poussée par ses amies pour y parvenir.

Nous longeons la promenade du « sentier d’amour » qui borde le lac. Les gens nombreux et endimanchés baguenaudent tranquillement. Beaucoup de jeunes habillés à l’européenne témoignent de la présence d’universités dans cette ville importante. Des couples flirtent et se font photographier au bord de l’eau, des estancos proposent du café, des vendeurs ambulants vendent du pop corn et des pois chiches grillés. De nombreux oiseaux se plaisent dans les marécages et les vaches au bout du sentier se font un passage sans dévier de leur trajectoire.
Nous rentrons à pied à l’hôtel au milieu de la foule détendue d’un dimanche après midi. Au Lewi hôtel où une table est retenue, des employés stylés  nous servent une nourriture de qualité et bien présentée. La télé diffuse des nouvelles via la chaine Aljezeera.
A  notre sortie, les rues sont calmes, ne restent que les sans abris et quelques passants attardés.

mardi 7 janvier 2014

La revue dessinée. N°2.

Enquêtes reportages et documentaires en bande dessinées.
Passé le moment d’agréable surprise du premier numéro, nous pouvons lire trois mois après, la suite de récits amorcés dans le un, concernant les gaz de schiste, ou dans les coulisses du jardin zoologique de Paris. Des rubriques pédagogiques s’installent avec le portrait de Barro un économiste qui prône la rigueur, et sur les abus dans le langage bien vus par James.
Je n’arrive pas vraiment à m’intéresser à la préhistoire de l’informatique malgré les petits dessins, mais les technologies du futur qui corrigeraient les déficiences de l’homme sont passionnantes, et la vie de Thalès (de Milet) narrée d’une façon amusante mérite un coup d’œil.
Il ne me restera pas grand-chose du récit de la vie de Lee Scratch Ferry car il me manque quelques éléments  de base en reggae.
Par contre « Les écoutes made in France » sont le résultat d’un vrai travail d’investigation et quand apparaissent les visages connus de « Pieds Nickelés » ils sont parfaitement à leur place à plus d’un titre : la France avait vendu à Kadhafi un système de surveillance d’Internet qui avait entrainé des tortures d’opposants, il est question de Takieddine. 
Le dessinateur  Emmanuel Lepage nous rend compte de sa visite  dans la région de Fukushima avec de belles images et cette citation d’un président sorti :
« Le coût de l’électricité produite par les éoliennes est le double de celui produit par notre parc nucléaire. Pourquoi voudrions-nous multiplier par deux le coût de notre énergie ? Y a-t-il une raison autre que l’idéologie ? Mais il n’est pas le temps de revenir à l’époque du moyen-âge, des peurs moyenâgeuses où on se méfiait du progrès. On ne va pas retourner à l’époque de la bougie. »
Ouf ! Il n’est plus aux manettes.

lundi 6 janvier 2014

Le loup de Wall Street. Martin Scorcese.


D’après une histoire vraie, a-t-on besoin de se redire, tant la destinée de ce courtier semble incroyable depuis ses débuts dans un garage jusqu’à la une des journaux financiers. Récit classique d'une réussite américaine, amorale et sans avenir.
Les acteurs  sont excellents, les musiques des monuments, les plans virtuoses, le rythme survitaminé.
La drogue a beau ravager le héros principal joué par Di Caprio, les putes appeler la pénicilline, il plonge et replonge, l’argent étant l’euphorisant le plus puissant.
Le milieu de la finance le plus obscène est efficacement décrit, mais aussi l’étourdissement de toute une société menée non par des idiots comme les jugeaient les critiques du « Masque et la plume » mais par des bonimenteurs qui savent jouer des passions de leurs contemporains.
Film américain, chez qui les loups aux fortunes insolentes n’ont même pas à se proclamer décomplexés - ils n’ont jamais été empruntés avec le pognon
- mais on peut aussi penser à des personnages de chez nous qui donnent des conférences bien rémunérées, la justice leur tourne autour, les atteindra-t-elle un jour ? Sur le pont de leurs yachts, ils reçoivent les caméras, bien que trop frénétiques pour être heureux.

dimanche 5 janvier 2014

Où vont les chevaux quand ils dorment ?



Avec ce spectacle en hommage à Allain Leprest, je pensais rattraper, en un soir, des décennies d’ignorance d’un auteur adulé par une amie aux goûts chansonniers très sûrs et  par toute une génération d’auteurs compositeurs.
J’ai apprécié les textes, néanmoins la représentation m’a paru datée.
La mise en scène  de cette cérémonie des adieux aurait mérité à mes yeux plus de sobriété.
Des chanteurs de métier qui lui rendaient hommage : Romain Didier, Jean Guidoni, je connaissais surtout Yves Jamait dont j’adore la voix et ses chansons.
Leurs prestations entrecoupées de textes lus par des enfants qui ne pouvaient comprendre ce qu’ils avaient à déchiffrer, perdaient ainsi de leur saveur :
« Un jour, boum, tu tombes sur « La mémoire et la mer » du grand Ferré et c’est l’éblouissement, le cataclysme émotionnel, l’inaccessible étoile qui va affoler ton sextant… »
Pourtant le poète lui allait direct au foie et au cœur :
« J´ai peur des notes qui se chantent
J´ai peur des sourires qui se pleurent
Du loup qui hurle dans mon ventre
Quand on parle de lui j´ai peur »
Il n’y avait pas besoin d’en appeler au « poète absolu » ni aux mânes de Rimbaud pour que le public fervent passe une bonne soirée.
« J´ai trop d´paresse – esse - esse
Pour musarder – der – der
Dans votre fief – ef – ef
S.D.F. »
De l’essentiel qui balance.
« Aujourd´hui j´ai fait ma valse
Et j´ai replié mon courage
J´ai une plaie sur la chemise
Et un accroc sur le visage
Omaha Beach, pas une trace
S´en vont et reviennent les flots
Une éponge de mer efface
Un grand ciel vert comme un tableau
Y a rien qui s´passe... »
Dommage que des sentiments surlignés lors des intermèdes avec la sempiternelle répulsion /fascination  par rapport au « système » qui permet aux chansons d’arriver à nos oreilles, soient venus perturber une rencontre avec une œuvre originale, subtile et forte.
« Quand le soir nous prête sa gomme
Où vont les chevaux quand ils dorment »

samedi 4 janvier 2014

Long cours. N°5. Automne 2013.


XXI a beau être mon chouchou, je me réjouissais de trouver sur  le présentoir de la libraire du Square un trimookstriel qui lui ressemblait d’autant plus qu’il contenait un article concernant Rimbaud en Afrique. Mais si la revue au joli titre montée par l’Express est agréable au toucher il est moins lourd que le modèle de tous les mook (magazine+book), il l’est aussi dans le contenu, plus léger. L’ancêtre XXI a beau être imité dans le format, la longueur des articles, la volonté d’aller aux quatre coins du monde, sa profondeur, son originalité, ne sont pas égalées, au vu de cette livraison de ce concurrent.
Ce n’est pas indigne non plus. Mais le dossier concernant la géopolitique de l’Islam n’apporte pas vraiment du neuf en  évoquant le trésor de Kadhafi, les touaregs du Mali, la guerre fratricide des sunnites et des chiites, la série Homeland miroir tendu à une Amérique dans l’incompréhension du monde musulman et une nouvelle d’un écrivain : Enard  pour le retour d’un homme en Syrie.
Une BD en antarctique : classique, un reportage photos sur des nostalgiques des années 50 en Australie, sur les touristes chinois en Chine ou d’excentriques anglais : pas vraiment novateur.   Le reportage sur Istanbul, j’ai l’impression de l’avoir lu plusieurs fois et Djian qui se met à narrer son voyage à Shanghai à travers sa traductrice, a été en meilleure forme d’autres fois.
Par contre le récit de la construction d’un nouveau port à côté de Tanger montre les difficultés du développement quand le clientélisme n’a pas disparu et apporte des éléments nouveaux à l’idée traditionnelle d’un rif voué au kif. Le parti pris de se mettre dans les traces de Tom Wolfe à Miami est une excellente idée. Et une enquête sur les insectes nous emmène au-delà d’assiettes sensationnelles en évoquant tous les enjeux alimentaires qui se posent à la planète, les blocages et aussi les innovations possibles pour assurer par exemple une alimentation raisonnée des poissons ou des volailles. Le portrait d’un chercheur qui écoute les animaux est intéressant et la déambulation de Léonardo Padura Fuentes en front de mer à Cuba ne renvoie pas à des cartes postales mais à nos dualités suivant qu’il se tourne vers la ville pour regarder la vie ou vers la mer pour aller vers lui-même, ayant choisi de vivre « à proximité de mes regrets, de mes souvenirs, de mes frustrations et, bien entendu, de mes joies et de mes amours. »

vendredi 3 janvier 2014

Bon an mal an.


Il faut changer les calendriers, les aiguilles ont tourné.
Alors essayer de prendre la mesure du temps et pendant qu’on y est des espaces emboités:
le ciel au dessus de nos têtes est noir de charbon, les eaux sont poisoneuses.
Mondo : Les conférences environnementales à l’échelle de la planète ne font plus illusion.
Euro : Le bleu du drapeau européen comporte plus de taches que d’étoiles.
France : Mon président blague. J’avais voté pour lui à la primaire socialiste pensant qu’il susciterait moins de rejets qu’Aubry : je m’en enfonce le bonnet jusqu’aux yeux. Cahuzac.
Ceux qui ont toujours estimé que la gauche au pouvoir était illégitime par nature, arrêtés dans l’après guerre quand les chars soviétiques devaient stationner sur le mail de Voiron, ont repris du poil de la bête. Et le pouvoir est paralysé.
La mise à plat de l’impôt semble relever de la tactique et l’ajustement des rythmes scolaires qui rencontrait  pourtant le consensus passe mal ;  le « mariage pour tous » hystérisa des manifs par touffes.
Au-delà de ces péripéties surjouées, faut-il faire tout un plat des « quenelles » ?
Descendu de sa voiture de luxe, Anelka parle d’un « geste anti système », lui dont le système  en a fait un de ses rois. Il entretient la connivence avec toute une partie de la société dont la haine se cultive sous des excuses bidon, qui savent emprunter les codes clean pour continuer à pourrir le « vivre ensemble ». Bras d’honneur, doigt d’honneur et faux semblants.
Deux fractions du pays ne se voient plus.
L’école fut au moins un lieu de rencontre, mais lorsque les conditions d’apprentissage sont compromises, pompiers et vigiles sont requis. Avec des cours en ligne qui s’ouvrent dans les universités, on pourra économiser sur les profs.
Certains jeunes  pourront filer fissa, quand d’autres végèteront sur canapé, que dira PISA ?
Ariane Mnouchkine dans ses vœux sur Médiapart décrit ce climat de pessimisme qui me mine puis donne du souffle :
« Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.
D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.
Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur. »
Les chantiers sont boueux : quand les portails écotaxe crament, la solidarité est absente, et nos souliers collés : le chômage s’aggrave et qu’y faire ?
A Saint Egrève, sous l’affichage d’une fleur tenue dans un gant, un assemblage d’intérêts particuliers concourt pour les municipales, où les opposants d’hier qui contrarièrent jadis tout projet proposé par la gauche, sont de retour. Fidèles à eux même, eux, dont la motivation essentielle est que rien ne se construise demain : illustrant avec leur divorce de la majorité actuelle, qui nous avait vaincu aux dernières élections, que les étiquettes sont trompeuses : les plus conservateurs en rosissent.
......
 Après les cadeaux de Noël, depuis Internet cette image simple:

jeudi 2 janvier 2014

Watteau Antoine.


Prononcer Ouateau comme  à Valenciennes où il est né.
Depuis 28 ans de conférences aux amis du musée, le peintre des fêtes galantes n’avait pas été présenté, le manque est désormais comblé avec Eric Conan.
Watteau, élève à Paris de Gillot, illustrateur, décorateur, peintre, fréquente le marché Saint Germain où se donnent des parodies des succès théâtraux de l’époque, « libertin d’esprit mais sage de mœurs ». Son œuvre sera marquée par la commedia del arte et s’il apprend les arabesques, les singeries, il apporte sa propre fantaisie au cours de la Régence dont il incarne par ses toiles, la légèreté, la délicatesse.
Pourtant il ne vécut que six ans après le règne de Louis XIV (54 ans au pouvoir).
En 1717, il est élu membre de l’Académie de peinture après avoir présenté  le « Pèlerinage à l’île de Cythère» dans une catégorie crée spécialement pour lui : «  peintre de fêtes galantes ». Jardin d’amour inspiré de Rubens qu’il avait eu l’occasion de voir au musée du Luxembourg.
Rodin a écrit: « … les pèlerins font monter leurs amies dans la nacelle qui balance sur l'eau sa chimère dorée, ses festons de fleurs et ses rouges écharpes de soie. Les nautoniers appuyés sur leurs rames sont prêts à s'en servir. Et, déjà portés par la brise, de petits Amours voltigeant guident les voyageurs vers l'île d'azur qui émerge à l'horizon. »
Greuze y vit des « fricassées d’amour ». Les amants s’en vont.
J’aime ses dessins aux traits efficaces. Dans les scènes bucoliques, les frottis sont légers pour des frondaisons presqu’impressionnistes. Quand s’effacent les décors, la frontière entre le réel et sa représentation est floue. La mélancolie se mêle à  la futilité, la sensualité s’esquisse.
Les musiciens accordent leurs instruments, dans un décor pastoral, les tourtereaux content fleurette.
« L’enseigne de Gersain » fut sa dernière œuvre, aux belles dimensions alors que souvent la taille de ses productions est modeste, en milieu urbain cette fois.
Des commentateurs y voient un précurseur de Degas ou Daumier pour cette scène de la vie parisienne.
Depuis la rue pavée nous entrons dans la boutique idéalisée qui permet de citer Rubens, et les flamands. La palette est lumineuse, s’anime de personnages aux tenues soyeuses, se regardant dans un miroir, un portrait de louis XIV est mis dans une caisse, alors qu’un marchand présente une scène mythologique.
En 1721, il meurt de tuberculose, il a 37 ans.
Alors que beaucoup de ses tableaux sont à l’étranger, au Louvre le grand  « Pierrot » longtemps appelé «Gilles », le clown immobile lumineux et triste, nous interroge.

mercredi 1 janvier 2014

Bon an

La photographie est prise sur le vieux port à Marseille sans montage, les reflets sont ceux d’un miroir de 46 sur 22 mètres de  Norman Foster.
Je prends un petit morceau d'un texte d'Ariane Mnouchkine paru sur Médiapart  pour présenter mes voeux aux lecteurs de ce blog :
« Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont  ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs. »

mardi 31 décembre 2013

The beats. Pekar. Piskor. Buhle.



Une histoire de la beat generation aux Etats Unis.
Les dessins de Piskor, très ligne claire, sont un peu raides pour transcrire la folie de l’époque qui est mieux traduite par d’autres dessinateurs qui ont collaboré à cette anthologie graphique.  Dans la dernière partie du livre, ils se sont attachés à décrire la biographie de personnages moins fameux que Kerouac, Burroughs, Ginsberg dont on apprend qu’ils ne furent pas toujours glorieux. La femme de Burroughs meurt d’une balle dans la tête, son Guillaume Tell a été maladroit.
Les œuvres respectives de ces géants de la littérature au mitan du siècle d’avant : « Sur la route », « Howl », « Le festin nu »  développent les thèmes des grands espaces, où la description de voyages par les drogues, l’alcool, le sexe, firent scandale et succès dans une Amérique coincée.
Il est des épisodes intenses comme l’histoire de cette toile de Jay Defoe « the rose » qu’elle a mis 8 ans à peindre et sous ces 30 cm d’épaisseur pesait une tonne, il a fallu découper un mur pour la déménager.
Mais les 200 pages ne rendent pas toujours compte de l’effervescence de l’époque.
Pourtant il est frappant de voir l’importance de la poésie dans les années 50 et l’influence de la culture « Hobo », les chemineaux des trains de marchandise, sur les beats et beatniks dont les recherches spirituelles et formelles les menèrent souvent vers le pacifisme, le surréalisme, et pour quelques femmes vers le féminisme.

lundi 30 décembre 2013

Le géant égoïste. Clio Barnard.


« Un Ken Loach sans l’humour » m’a dit une amie qui m’avait précédé au cinéma : pas mieux.
L’amitié est-elle un luxe ?
En tous cas elle est chaotique entre deux jeunes exclus de l’école amenés à récupérer des métaux dans des quartiers à l’abandon du Nord de l’Angleterre.
Des chevaux pâturent sous la lune et courent sur la route.
Qu’il est dur cet enfant hyper actif échappant à toute patience pédagogique qu’il faut tirer de dessous le lit ! C’est sa sauvegarde.
Il ne peut se cacher dans un trou de souris d’une enfance encore si proche, comme il en existe dans les livres qu’il n’a pas lus.
Ce film fort décrit la misère sans détour et aussi la vitalité de certains, l’amour des mères. La tendresse aux ongles noirs y est furtive, cependant les tours de la centrale électrique peuvent paraître belles.
La réaliste réalisatrice est subtile, pénétrante et juste, les acteurs vrais et émouvants.
Même s’il faut aller chercher loin la signification du titre tiré d’un conte d’Oscar Wilde qui éclaire d’une belle lumière cet impitoyable récit contemporain.
Un géant a chassé les enfants qui jouaient dans son jardin, alors l’hiver s’y est installé…

dimanche 29 décembre 2013

Le crocodile trompeur. Samuel Achache Jeanne Candel.



Il parait qu’il ne subsiste qu’un tiers du long livret de « Didon et Enée » de Purcell écrit en 1689 dans ces deux heures de spectacle, le reste étant de la farce (« Le Didon de la farce » n’est pas de moi), sauce Monty Pithon, en tous cas humour anglais, réservé plutôt aux « happy few ».
Je suis de ce public qui essaye d’accéder à des domaines qui ne me sont pas familiers : « opéra- champagne-caviar » quand sur le plateau, les voix disent, dit-on, les passions.
L’opéra est un genre qui ne se laisse pas aborder facilement, mais j’étais content après l’avalanche de propositions loufoques, que les chanteuses mêlées avec bonheur aux musiciens puissent montrer tout leur savoir.
Les dieux contrarient  l’amour de la reine Didon envers Enée qui la quitte, elle en meurt de chagrin.
Devant la faveur critique qui présentait ce mix théâtre/opéra, je m’attendais à apprécier pleinement un spectacle « déjanté » bien que le qualificatif devienne un passage désormais banal dans un monde de « péteur de câbles » et de « grimpeur de tours ».
La mode est au collage si possible hétéroclite. Pourtant si je reconnais volontiers auprès de mes amis qui ont apprécié en majorité cette soirée à la MC2, des séquences sympathiques, des digressions curieuses, l’ensemble baroque m’a paru de bric et de broc destiné à devenir « gravataire », c’est que nous sommes dans les débris.
J’ai aimé quand Enée traine Didon sur un tapis rouge et inversement, quand la reine amplifie les battements de son cœur et que la musique se déchaine, quand elle s’installe à la batterie.
Mais l’esthétique des ruines me lasse quand  m’assaillent des images de Sarajevo ou de Haïti, de préférence à Carthage contrée si proche des dieux dans ces temps où Cupidon fréquentait les demi-dieux et les demi-sels. Un emblématique skieur fournit une prestation spectaculaire et originale mais je n’en ai pas perçu l’utilité dans cette œuvre dont j’ai eu l’impression d’avoir attendu trop longtemps qu’elle démarre enfin.

samedi 28 décembre 2013

Freedom. Jonathan Franzen.


le début de cette histoire familiale de 700 pages m’a paru déplaisant tant l’auteur semble mépriser ses personnages, et en avançant j’ai été pris par la finesse des approches alliée à une franchise revigorante, directe.
Dans sa jeunesse, Madame Bovary aurait joué au basket avec ce romancier américain dont l’efficacité cerne les personnages au plus près par un dispositif qui multiplie les plans tout en restant limpide. Fin et attentif. Dense et plaisant à lire, allant loin dans la psychologie des personnages sans les enfermer, les inscrivant dans le siècle, en étant de tous les temps.
« La forêt septentrionale de feuillus, au sud de Charleston, était maintenant d’une seule teinte, à la veille de l’équinoxe, comme une austère tapisserie de gris et de noirs. Dans une semaine ou deux, l’air chaud du sud arriverait pour verdir ces bois, et un mois plus tard les oiseaux chanteurs assez robustes pour migrer des tropiques les empliraient de leurs chants, mais le gris de l’hiver semblait à Walter être le véritable état d’origine de la forêt septentrionale. L’été n’étant qu’une grâce accidentelle  annuelle»
Tout est précaire dans l’Amérique de Bush et les destins incertains de chaque personnage s’exposent dans une histoire qui nous concerne tous: les tentatives pour faire coïncider nos idées et nos actes, nos contradictions, nos faiblesses, nos aveuglements, nos bonheurs furtifs…
Quelle liberté ?
«  Si tu n’as pas d’argent, tu t’accroches à tes libertés avec encore plus de rage. Même si fumer te tue, même si tu n’as pas les moyens de nourrir tes gosses, même si tes gosses se font descendre par des malades armés de fusils d’assaut. Tu peux être pauvre mais la seule chose que personne ne peut te prendre, c’est la liberté de foutre ta vie en l’air comme tu veux. »
Les Berglund ne sont pas des héros, quoique démocrates.  
« Les Berglund étaient ce genre de progressistes qui se sentaient excessivement coupables et qui avaient besoin de pardonner à tout le monde pour que leur bonne fortune personnelle puisse leur être pardonnée ; des gens qui n'avaient pas le courage d'assumer leurs privilèges »
Dans un entretien au nouvel Obs,  l’auteur dit :
 « L'écriture est désormais la hache qui brise le vernis totalement artificiel de notre monde où le relationnel est subordonné à la technologie. L'écriture permet de reprendre contact avec l'humanité qui existe sous cette surface policée. »
Mission accomplie

vendredi 27 décembre 2013

Le fascisme. Historiographie et enjeux mémoriels. Olivier Forlin.



La banalisation du terme « fascisme », les références aux années 30, qui se multiplient en ce moment, m’ont  entrainé à la librairie du Square pour écouter le maître de conférences à l'Université Pierre Mendès France à Grenoble qui présentait son livre dont le sous-titre est essentiel.
Il s’agit d’une histoire des interprétations par les politiques, les intellectuels, qui alimentent nos mémoires sélectives ou envahissantes, pour un phénomène né après la première guerre mondiale.
L’auteur distingue trois périodes.
- De 1919 à 45, où la lecture politique domine,
- puis jusqu’aux années 60 quand les historiens déterminés encore par une grille politique entrent en jeu. Mussolini est présenté à la tête d’une clique parvenue au pouvoir par la violence et la propagande. La population italienne est disculpée.
« Rome ville ouverte » le film de Rossellini peut être cité comme illustration de cette vision.
- Les historiens s’imposent désormais, l’anamnèse est en route, qui reconstitue l’histoire d’un sujet malade.
Bertolucci en  témoigne dans « 1900 », de même que Scola réalisant « Une journée particulière ».
Les phrases remontant des bavardages de nos contemporains Bertrand ou Estrosi, osant  des références lourdes au totalitarisme au moment où Woerth faisait dans les affaires et que des journalistes faisaient leur travail, paraissent dérisoires, mais l’autre : Berlusconi, n’est pas rigolo quand il a dit que « Mussolini n’a tué personne ».
Le nazisme et le fascisme furent des phénomènes internationaux articulant un parti légal à des groupes paramilitaires, vouant un culte aux chefs ; « l’homme nouveau » en Italie est tourné vers le futur alors que la pureté raciale s’inspirait du passé chez les Allemands.
Il fut question dans les discussions qui ont suivi l’exposé qui mettait en appétit, de Sternhell  qui fait remonter les racines du fascisme au XIX° siècle, en France, au moment du boulangisme et de l’anti parlementarisme avec cette « troisième voie » de toujours rejetant marxisme et libéralisme.
Le contexte a changé, le label infamant ne rend pas compte de toute la réalité de l’extrême droite qui par contre est vraiment l’extrême droite : celle du repli sur l’hexagone, polarisée par l’étranger bouc émissaire, populiste, essayant de gommer les traits d’une « Aube dorée », mais  dans le panier bien des fruits portent des taches brunes. 
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Dans Le Canard de cette semaine:

jeudi 26 décembre 2013

Frida Kahlo : Narcisse blessé.



Bien des auditeurs de la conférence de Christian Loubet aux amis du musée avaient en tête des images du beau film avec Salma Hayek dont il a été dit le plus grand bien, mais comme tous les films concernant les peintres, celui-ci ne pouvait présenter beaucoup de peintures pour des questions de droits.
Il fut beaucoup question de peinture, elle se revendique d’une culture populaire indigène et d’un engagement politique révolutionnaire total, mais impossible d’échapper à la biographie : 150 autoportraits qu’elle a réalisés attestent du lien évident entre son œuvre intense et sa vie de douleurs.
La peinture comme thérapie, comme résilience : depuis l’arbre généalogique où son père photographe juif allemand anti fasciste figure à côté de sa mère sur fond de paysage mexicain jusqu’au tableau total « Le marxisme redonnera la santé à la malade » avec Karl qui étrangle Sam et elle qui jette ses béquilles.
La petite polio voulait devenir médecin, mais après un accident d’autobus, elle a commencé à peindre, allongée sur son lit où un miroir est au ciel. Elle ne voudra pas être couchée dans son cercueil, en 1954, au bout de 47 ans de vie ; son dernier mot fut « Viva la vida ».
L’abdomen traversé par une barre de fer, le bassin brisé, elle a subi 15 opérations et 3 avortements.

Mariée à Diégo Rivera de 21 ans son ainé, séparée puis remariée, il fut l’homme inconstant de sa vie, même si elle entretint des relations amoureuses avec des femmes ou Léon Trotsky :
« On m’a amputé la jambe il y a six mois qui me paraissent une torture séculaire et quelques fois, j’ai presque perdu la tête. J’ai toujours envie de me suicider. Seul Diego m’en empêche, car je m’imagine que je pourrais lui manquer»
Sa peinture naïve, simple, d’un réalisme souvent brutal, projette un onirisme qui aurait pu convenir aux surréalistes. Elle, dont Breton qui l’a accueillie à Paris disait :
«  C’est une bombe avec un ruban autour »
a méprisé les parisiens Picasso ou Kandinsky qu’elle a rencontrés :
« J'aimerais mieux m'asseoir par terre dans le marché de Toluca pour vendre des tortillas que d'avoir quoi que ce soit à voir avec ces connards artistiques de Paris »
Elle ne fut pas fascinée non plus par l’Amérique du Nord où Diégo rayonnait.  De cette période elle avait laissé seulement « Ma robe suspendue là bas ». Un  drapeau mexicain à la main dans « Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis » elle a choisi entre le monde où règne le machinisme et celui de la régénération, de la fécondité tropicale.
Les couleurs vives peuvent convenir aux rêves et depuis le pays où les squelettes sourient, quand un oiseau tient dans son bec un ruban, c’est au dessus  d’une scène de crime dont le meurtrier a dit que les coups mortels qui ensanglantent même le cadre n’étaient  que « quelques petites piqûres ». Diégo à ce moment là commençait une relation amoureuse, cette fois, avec sa  belle sœur Christina.
Au dessus de ses sourcils en ailes d’oiseaux, Diégo est parfois représenté, lui qui possède le troisième œil, celui du génie. Ses tableaux sont souvent foisonnants de références exhaustives alors que la solitude éclate dans tant d’auto portraits à la troublante beauté.
Même sous les couronnes de fleurs un regard  grave persiste.

mercredi 25 décembre 2013

Ethiopie J 14. Konsos & Boranas



Un haut parleur diffuse un prêche orthodoxe vigoureux à 5h du matin, nous laissant juste le temps de nous rendormir au moment de nous lever. Il fait frais ce matin pour prendre le petit déjeuner en extérieur. A côté trois hommes se découpent des bouts de viande crue accompagnés de galette au tef et de légumes. Nous nous contentons de la confiture, du miel et de la margarine à répandre sur le pain.
Nous prenons avec nous le guide local et roulons vers un village Konso nommé Gamolé. Situé en haut d’une colline, il est complètement différent de tous ceux que nous avons visités.
L’habitat est dense, resserré et se répartit en quatre enceintes en pierre qui s’édifient  au fur et à mesure de l’expansion du village. Nous pensons aux habitats dogons.
Ici pas de birrs pour les photos, on demande la permission.

Nous passons à côté de la case réservée aux ados à partir de 12 ans. Ils surveillent le village et donnent l’alerte, accompagnent les personnes malades à la ville, ils jouent les « pompiers du village ».   
Ils y restent jusqu’à leur mariage à 18 ans et doivent s’abstenir de toute relation sexuelle. Le futur époux doit soulever "la pierre de mariage" de 60 kg et la jeter au dessus de la tête vers l’arrière. Une autre pierre, celle "de vérité", sert aux anciens pour arbitrer les conflits. Quand un habitant commet un acte délictueux (vol, adultère), il jure sur la pierre mais si une personne de son entourage tombe malade, ceci est interprété comme un parjure et le coupable est banni.
Dans une aire commune, tous les 18 ans on rajoute un « mat de génération ». Il y en a 41 dans la première enceinte, ce qui permet de dater la première enceinte à près de 800 ans.
Les morts sont enterrés dans la concession du chef de clan au nombre de 9. En commémoration on plante pour chacun une statue de bois totémique.
Le chef de clan a droit à la momification : on extirpe les entrailles, les yeux et on traite le corps à l’aide de beurre de miel et d’herbes. Au bout de 9 ans, 9 mois et 9 jours, une cérémonie d’enterrement a lieu.
Nous changeons de région : nous nous dirigeons sur les territoires boranas, d’obédience plutôt musulmane. Le vêtement avec voile coloré et à motif dont les femmes se couvrent en témoigne. Nous passons les barrières montagneuses qui imposent la sécheresse aux Boranas. En altitude la végétation se transforme, les acacias disparaissent au profit d’une forêt plus tropicale. Nous subissons une nouvelle crevaison avant la piste rénovée récemment en s’approchant de Yabelo. Premier arrêt à  l’hôtel Awwü (awi) avec bordures de fleurs : le luxe après Konso, avec de vastes chambres claires et des salles de bain, pour l’instant sans eau.
Girmay nous a programmé une cérémonie du café dans un village borana ; les chauffeurs sont partis en avant-garde, la coutume veut que les invités soient les bienvenus mais apportent tout le nécessaire à la confection du café : grains de café, beurre et eau.
Le village se situe dans la direction du Kenya, il faut emprunter un petit chemin de terre. Girmay a apporté des photos prises lors de son dernier passage mais les personnes concernées ne sont pas là aujourd’hui. Les femmes s’enveloppent dans des tissus colorés un peu comme les indiennes. Nous pénétrons dans la case sombre envahie de mouches et prenons place sur des tabourets autour des braises centrales. Peu à peu la case se remplit tandis qu’une jeune fille s’active autour d’une petite poêle. Elle y mélange des grains de café non décortiqués à du beurre qu’elle remue régulièrement. Une fois grillé, elle verse le contenu dans un sirop puis remet sur le feu. Le plat est ensuite béni par le plus ancien de l’assemblée, les grains distribués à chacun, accompagnés d’une cuillère de sirop. Nous croquons les grains parfumés avant de cracher les résidus : nouvelle façon de consommer le café.
La tentative d’un retour à pied a vite avorté. Girmay arrête la voiture quelques mètres plus loin,  en vraie mère poule qui se soucie de la tombée de la nuit, il a peur qu’on  nous arrache un appareil photo.  On s’entasse tous dans un seul 4X4 pour rentrer à l’hôtel.