lundi 25 mai 2020

Films du patrimoine.

L'Homme qui en savait trop. Alfred Hitchcock.
Cette deuxième version de 1954 d’un film déjà sorti en 1934, accuse son âge. Doris Day surjoue, James Stewart est hors sol, les motifs qui pourraient justifier les actions de ce film d’espionnage en carton sont absents, et bien des péripéties incohérentes. Les touristes américains et particulièrement le gamin en visite au Maroc sont insupportables. Dès le générique, on a compris qu’un coup de cymbales sera décisif; je ne suis pas allé jusqu’au bout, tant d’artificialité m’a assommé.  
Plein soleil. René Clément.
Film des années 60 dans lequel Marie Laforêt  restera décidément dans notre souvenir  comme une chanteuse plutôt que comme actrice, disparaissant entre Delon dont tous les critiques disent qu’il a éclaté avec ce rôle et Ronet.
Les turpitudes des protagonistes qui jouent sans compter avec les liasses de billets se feuillettent comme un magazine au papier glacé sans nous émouvoir, même si quelques scènes sont angoissantes. L’arrogance des beaux mâles manque d’ambigüité et la belle Italie des cartes postales nous invite à nous mettre à l’ombre : on voit plus de bleu que de noir dans cette histoire qui devrait être terrible mais qui reste au large.
Scènes de la vie conjugale. Ingmar Bergman.
Datant du début des années 70, le film n’a pas pris une ride alors que les interrogations sur la vie de couple s’inscrivent pleinement dans les préoccupations de cette époque. La dimension du temps est explorée parmi tant d’autres aspects avec une acuité de chirurgien qui opérerait à vif pour extraire les hypocrisies qui empoisonnent nos vies: cette douleur devrait faire du bien. La lucidité se heurte à l’indulgence, la recherche de soi se nomme amour de l’autre, la haine côtoie le désir, la routine, le désir de voyage, le regard des autres, la solitude et la mauvaise conscience. Si les parents des protagonistes comptent, les enfants très peu, c’est qu’il y a tant à saisir au sein de ce couple modèle qui se dévoile passant de la violence la plus crue à la tendresse, du plus vif égoïsme à la fusion. Essentiel. 
Lili Marleen. Rainer Werner Fassbinder.
La  puissance de la nostalgique domine avec cette rengaine qui séduisit les soldats des deux camps lors de la seconde guerre mondiale.  Mais l’histoire d’amour d’un musicien juif et d’une chanteuse allemande inspirée de faits réels et ce qu’il advint d’une chanson d’abord ignorée puis succès planétaire, tournent au mélo. Les images de la guerre paraissent aussi artificielles que les mises en scènes nazies. Nous sommes en 1981, Hanna Schygulla reprend le titre créé en 38 par Lale Andersen que Marlene Dietrich porta à son sommet en 44.
Un conte de Noël. Arnaud Desplechin.
Règlement de comptes familiaux sur fond de greffe de moelle : la cruauté de la vérité se révèle avec une mise en scène efficace et des acteurs remarquables dont la trop rare Anne Consigny et le patelin Jean-Paul Roussillon parmi tant d’autres squatteurs des écrans de ces années 2000 :  Catherine Deneuve, Melvil Poupault, Mathieu Amalric, Hippolyte Girardot, Emmanuelle Devos, Chiara Mastroianni.

1 commentaire:

  1. Et bé, Guy...
    C'est le moment de te dire que j'ai passé de longues années sur le divan d'au moins deux analystes lacaniens.
    Je me souviens encore du milieu lacanien il y a 30+ ans.
    Il était rempli de.. disciples qui prenaient à la lettre la profession de foi de Lacan qu'on savait qu'on était arrivé à la fin de l'analyse quand on avait "traversé le fantasme/l'imaginaire". Traduction pour le laïc : quand on pouvait s'enorgueillir de n'avoir plus aucune illusion sur l'existence. (Ceci dit, Lacan était bien plus fin, et plus nuancé que ses disciples. Une pensée de seconde main est souvent moins fine que l'original. Logique.)
    Il y avait un petit bémol tout de même... c'est que la traversée de l'imaginaire installait l'heureux candidat pour la palme de la fin de l'analyse dans des contrées où brillait le soleil noir, sous le climat de l'effondrement mélancolique.
    Je suis d'accord avec cette analyse, et le retour sur la pensée lacanienne, qui est toujours avec nous dans la corruption de l'idéal des Lumières pour nous donner... la belle lucidité.
    Quitte à vouloir du nouveau, pourquoi pas désirer d'autres cieux que ceux du soleil noir, rebaptisé "laréalité" pour faire plus convaincant ?
    Hier soir, j'ai regardé "Anna Karenine" avec Greta Garbo, et c'était sublime. Un vieux film, sans d'inévitables scènes de sexe qui finissent par nous... emmerder, et tuer notre imagination, en plus de notre désir, faute très grave.
    Pour moi, c'était un beau film qui dépeint certes un monde qui n'est plus le nôtre, mais vu que je m'emmerde dans notre monde qui ne manque pas une occasion pour se gausser d'être lucide, je préfère les vieux films maintenant.
    On a le nouveau qu'on mérite, n'est-ce pas, ou qu'on peut ?
    Je ne suis pas impressionnée par la lucidité des "lucides" actuels, non plus. J'appelle ça la lucidité des gens amoureux des néons, et je ne le suis pas.
    Les néons n'ont jamais rien.. enjolivé, d'après mon expérience, et l'âge étant déjà là, je ressens le besoin urgent d'un monde un peu enjolivé (sans être un parc d'attraction, certes).
    Il n'y a qu'un fil très mince entre Scylla et Charybde...

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