jeudi 16 juin 2016

Lucian Freud. Christian Loubet.

Le titre « A fleur de peau » aurait dû convenir également pour caractériser Bacon présenté le même soir par le conférencier incontournable des amis du musée de Grenoble.
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2016/06/bacon-la-peinture-de-la-sensation-brute.html 
Mais si la violence picturale et l’obsession des corps rapprochent ceux qui furent amis, là où Bacon exprime une souffrance subie, « Freud darde un regard féroce ».
Dans le portrait que Bacon a brossé de lui, « Three Studies of Lucian Freud », ses yeux n’apparaissent pas.
Petit fils de Sigmund, né à Berlin, fuyant les nazis, il arrive à Londres à l’âge de 12 ans.
En 44, il expose une peinture influencée par le surréalisme « The painter's room ».  
S’il se défend d’être influencé par l’inventeur de la psychanalyse, un divan est pourtant au centre de la toile ; de surcroit, tout au long de sa carrière, il représentera tant de lits et de sexes.
Deux fois divorcé, il a eu une quinzaine d’enfants de 5 ou 6 femmes.
Dans « Grand Intérieur, Paddington » c’est une de ses filles qui est allongée au sol, près d’une plante vigoureuse. L'espace sera un élément majeur de ses mises en scènes éclairées vivement.
Une fois son style trouvé, sa côte atteint des sommets.
Ses nus figuratifs, à l’animalité épidermique, sans concession,  avec sexe en plein milieu, vont chercher les personnalités, sous les chairs tombantes.
« Leigh sous la lucarne »,  annonce de nouvelles manières.
Les yeux se  baissent, loin de « Girl with a White Dog ».
Leigh Bowery était aussi imposant que sa femme, Nicola Bateman, était fluette, mais ils sont pareillement blafards dans « And the Husband », photographies d’un processus. 
L F entretient des rapports intenses avec ses modèles.
« Je pense toujours que "connaître quelque chose par cœur" permet plus de profondeur que de voir de nouveaux sites, aussi splendides soient-ils. »
Sue Tilley au « corps pléthorique »  occupe toute la place dans « Benefits Supervisor Sleeping » « sommeil à l’avantage du superviseur ». Le tableau au prix le plus élevé payé pour un artiste alors vivant, appartient à Abramovich propriétaire de l’équipe de Chelsea.
Foot et art : « allez vous faire foot ».
En 2001, il réalise le portrait, on imagine controversé, de « La reine Elisabeth II » dont le viril visage régalien est empreint d’un certain ennui.
La série « Lucie », du nom de sa mère qui avait tenté de se suicider, mesure le vieillissement et la lassitude.
En 2002, il suit  chaque jour, la grossesse du mannequin Kate Moss, «Nake portrait ».
Il lui a tatoué deux oiseaux au bas du dos qui  pourraient « coûter la peau des fesses », bien  plus chers que cette blague que je n’ai pu m’empêcher de recopier.
Il a travaillé 3 ans sur «  Portrait of the Hound » où pose son ami David Dawson.
Son dernier « Auto portrait », le montre, en son miroir, pathétique dans sa vigueur, les pieds dans des godillots ouverts, le pinceau comme une épée, la palette en bouclier dérisoire. Il porte les traces du temps de la même façon qu’il a intensifié la réalité dans ses toiles au matérialisme radical.
A propos d’« After Cézanne » version mise en scène de « L’après midi à Naples » avec servante et couple qui viennent de consommer. « Les nombreuses relations dans la vie du peintre en font un tableau autobiographique ». L’encadrement original en accroit l’intérêt.
« J'ai toujours voulu créer une forme de drame dans mes peintures. C'est pourquoi j'ai commencé à peindre des gens. Ce sont ces gens qui ont apporté de la vie aux images. Les gestes humains les plus simples racontent des histoires. »
« Pendant plus de soixante ans, dans un lent face à face avec ses modèles et avec lui-même, l’homme au regard de serpent aura hypnotisé sa proie pour tenter de « reconquérir le visage de l’humain » Jean Clair.

1 commentaire:

  1. Mon préféré (le seul tableau ci dessus que j'apprécie vraiment beaucoup) est le dernier autoportrait.
    C'est comme un portrait de boxeur qui m'évoque l'oeuvre de Clint Eastwood que je connais mal, d'ailleurs.
    (En passant, il y a un parti pris (dés)esthétisant qui me fait penser à Botticelli à la fin de sa vie, sous l'influence (néfaste et déprimante) de Savonarola. Une sorte de (dés)idéalisation qui caricature les subtilités de la matière, de mon point de vue.
    Et puis, je trouve la chair un peu blafarde pour mes goûts. C'est de la chair anglaise... à la sauce blanche ?
    Vivement les abricots de la Drôme, sous le soleil qui se fait trop attendre cet été. En voilà de la belle matière.

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