lundi 24 mars 2025

Mufasa : Le Roi Lion. Barry Jenkins.

Trente ans après le succès mondial du Roi Lion en 2D, ce film constitue le « préquel » ou l’ « antésuite » de la production de 2019 tournée elle aussi en images de synthèse « photoréalistes » dites aussi en « live action ».
Les subtilités de la technique ont beau sembler difficiles à concevoir, le résultat n’en est que plus magique. Les images somptueuses, dans des paysages grandioses, conviennent parfaitement pour ce récit sauvage,  dont le rythme haletant n’atteint pas la frénésie d’autres films d’animation qui souvent m’essoufflent.
Le parcours initiatique du père de Simba avant de devenir roi, a la force d’un destin jalonné d'épreuves initiatiques pour accéder au pouvoir avec son lot de sacrifices, de trahisons, sans oublier l’espérance nécessaire en un pays de rêve.
Un suricate et un phacochère auditeurs avec la petite lionne du mandrill conteur, ainsi qu’un calao, apportent une touche de fantaisie dans cette savane où les fauves même les plus farouches ont abandonné le régime carné.
L’éloignement d’un petit de sa famille, les rapports à la filiation parlent aux enfants sans les clins d’œil habituels en direction des accompagnateurs. Je n’avais pas toutes les références de ce riche univers familier des deux garçons que j’escortais, mais j’ai aussi apprécié ce spectacle familial.
Lors de ce récit d’aventures d’animaux de moins en moins anthropomorphes, je repensais au déplacement de populations du Soudan abandonnant une zone sahélienne devenue invivable, mais une fois installés dans une zone plus hospitalière, ils durent combattre contre d’autres exilés.   

samedi 22 mars 2025

Maigret se défend. Simenon.

Depuis la table où nous déposons des livres entre voisins, l’aubaine de ces 186 pages rappelle les vacances et les polars pour maisons de campagne. 
L’efficacité du style de l’auteur patrimonial reconnue pour aller au-delà de la résolution d’une énigme policière lui a valu depuis longtemps d’être reconnu comme un maître d’atmosphères en littérature. 
« Paris grésillait dans le soleil. Aux façades, beaucoup de volets étaient fermés pour procurer un peu de fraîcheur. Par-ci par-là, des hommes pêchaient à la ligne et il y avait d’autres amoureux que ceux du pont Saint-Michel… » 
Le retour vers le passé fleurant bon les plats mijotés est assuré même si la rivalité des anciens et des nouveaux mise en scène en ces années soixante traverse le temps.
Un jeune préfet familier de Roland Garos convoque le commissaire à deux ans de la retraite . Les temps changent : de l’autre côté du bureau,  il doit détailler son emploi du temps après avoir été pris en filature. 
Il saura bien vite déjouer le machination dont il est victime où des cadavres sont déterrés, des influences de puissants contrées, des vols de bijoux élucidés. 
« "Tu es très triste ?" demandait Mme Maigret en mettant la table, car elle avait été surprise de voir son mari rentrer de bonne heure. » 
Madame Maigret  n’a jamais douté de son mari, mis en congé maladie. 
Ses fidèles adjoints aident discrètement à la résolution. Les relations et la célébrité du héros de 87 romans permettent de surmonter tous les obstacles, la pipe au bec.  
« On vivait les jours les plus longs de l’année. Le soleil n’était pas couché et Paris ouvrait toutes ses fenêtres à l’air fraîchissant du soir. Des hommes en bras de chemise fumaient leur pipe ou leur cigarette en regardant les passants, des femmes en tenue de nuit s’interpellaient d’une fenêtre à l’autre … »   

vendredi 21 mars 2025

Voldemort.

 
L’omniprésent président des Etats-Unis à l'image du personnage maléfique du livre d'Harry Potter dont « -On-ne-prononce-pas-le-nom » harasse les fact checker, arrase toute humanité, il n’est que la partie la plus bruyante et obscène d’une société dont les lois sont bafouées par les garants même de la démocratie. 
« Là où le droit finit, la tyrannie commence » Locke.
Quelques fervents de L'Alliance bolivarienne, accoleront systématiquement le terme « capitaliste » à « société » alors qu’ils participent eux-mêmes à un système où ils exacerbent la viralité de leurs antagonistes, auxquels ils s’allient bien volontiers au-delà de leur énième motion de censure.
Le traducteur de Mein Kampf, Olivier Mannoni retrouve : 
«  les racines de maux qui… [bouleversent] notre vie politique : 
l’usage de l’incohérence en guise de rhétorique, 
de la simplification en guise de raisonnement, 
des accumulations de mensonges en guise de démonstration, 
d’un vocabulaire réduit, déformé, manipulé en guise de langue. » 
Cet extrait percutant de la version papier du « Monde » n'est pas publié sur les réseaux sociaux, contrairement à la mise en évidence de Rima Hassan dont la mise en avant par LFI vise à accentuer la ligne communautariste; merci qui ?
Tout commentaire, devant épouser les zigzags des annonces du moment, s’efface avec elles, dans l’insignifiance.
Ces éclats aveuglants d’actualité, comme les lumières des étoiles mortes qui nous éclairent encore, viennent de loin. Leur fabrication s’est accélérée pendant la crise mondiale du COVID, boostée par les nouvelles technologies de propagande. Alors que progressaient les opinions extrêmes prenant en étau les modérés dont la franchise était mise en doute, la pandémie a accentué la défiance envers les responsables politiques, sauf les plus menteurs.
L’Europe s’était montrée réactive, mais la belle endormie désormais dépourvue de parapluie suscite la méfiance. Pourtant « Si vis pacem, para bellum » venu d’une langue morte est depuis longtemps traduit en russe, alors qu’en français : «  Si tu veux la paix, prépare la guerre » est mieux compris en Allemagne qu’en Espagne ou en Hongrie.
Au cours du confinement, le télétravail se développait, les émissions de CO2 baissaient et une vision d’un « monde d’après » plus respectueux de la nature et des hommes avait émergé. Le contraire est advenu. Le travail à domicile a plus désocialisé qu’amoindri les fatigues des transports, les taxes carbone irritent toujours plus les portefeuilles et jamais tant de monde a pris l’avion.
Le pire est revenu, il ne se cache même plus, des saluts bras tendus menacent : la bête immonde a accouché, elle a remis ça, de notre vivant. Dire que la recommandation de reboucher les stylos-feutres passait dans le secteur expérimental en pédagogie pour une injonction fasciste dans les années 70. Nous ne soupçonnions pas que certains se faisaient des sous dans la revente de bimbeloterie nazie, alors que l’inflation des mots menant au point Godwin ne fléchissait pas. Après nous être régalé entre nous de « vipères lubriques » et de « hyènes dactylographes », l’indigestion est venue, seul l’infamant « social traitre » moins imaginatif a subsisté… et on s’en tape !
« Occident » était un groupuscule d’extrême droite, le RN et les chouchous du vice-président Vance combattent l’Europe : de quoi en avoir les bras qui tombent après avoir perdu la tête.
Nos limites, nos frontières s’arrêtent-elles à l’Oural ?
Elles sont pourtant si belles quand Renan Ernest évoque la nation : 
« Une nation est une âme, un principe spirituel. 
Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel.
L'une est dans le passé, l'autre dans le présent.
L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; 
l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. » 
Trop belles pour être vraies, nous avons déjà tant de mal à faire nation de Dunkerque à Mamoudzou, du neuf trois aux Hauts-de-Seine.

jeudi 20 mars 2025

Le Havre # 3

Nous revenons vers l’espace Niemeyer
puis  marchons jusqu’au quartier Saint François
où nous trouvons malgré l’heure avancée (13h30 14h) une place dans le restau « Canaille » :
cabillaud sauce poivron chorizo (présent dans beaucoup de recettes cette année), légumes ou frites, dessert fondant Valrhona ( pour ne pas être dépaysés ) ou crème brûlée.
Nous comptions consacrer la suite de la journée à la Maison de l’armateur, très près du restau. Mais nous sommes mardi, et comme beaucoup de lieux culturels, le musée ferme ses portes ce jour-là.
Alors nous longeons  le quai Southampton, parsemé d’œuvres d’art contemporain comme « la sorcière de la  mer » de Klara Kristalova ou plus représentatif,
le « Catène de containers » de l’artiste Vincent Ganivet, 
nous sommes amusés par la maison sur pattes « no reason to move » de Max Coulon 
érigée sur le quai d’un canal  adjacent.
Au fil de la promenade au bord du bassin de la Manche, nous observons un énorme paquebot de croisière visiblement en vacance stationné devant le hangar terminus. 
Nous  prenons le temps d’admirer les couleurs changeantes de citernes de gaz se confondant  avec la mer et le ciel de plus en plus couvert dans un  camaïeu de gris, vert d’eau, couleur huitre, parfois illuminées par un bref rayon de soleil.
Ces citernes font face au  MuMa, ou musée André Malraux, ouvert les mardis contrairement à nos prévisions. Voilà qui nous arrange !  
https://blog-de-guy.blogspot.com/2024/09/musee-dart-moderne-andre-malraux-le.html
Contemporain, il ne doit rien au style d’A. Perret avec son architecture d’acier et de verre.
Une sculpture monumentale d’Henri Georges Adam baptisée le « signal » remplit sa terrasse face à la mer dont la forme évoque un œil pour les uns  ou un coquillage pour les autres selon l’angle de vue.
Actuellement, le musée propose l’exposition « photographier en Normandie » entre 1840 et 1890. Elle vise à témoigner du grand intérêt porté à la photographie dès ses débuts dans ce secteur géographique aussi très prisé des peintres, et démontre la corrélation entre photographes et impressionnistes. Beaucoup de clichés anciens obtenus selon divers procédés occupent tout un étage avec deci- delà une toile intercalée.
La mezzanine présente uniquement des peintures (impressionnistes), accordant une place de choix à Eugène Boudin, le peintre de l’extérieur, des plages et des marines,
mais riche aussi de toiles de Renoir ou Monet (Nymphéas).
Grace aux verrières, l’intérieur du musée ne manque pas de clarté, il dispose d’un espace agréable  et aéré, cependant nous ressortons de cette visite  sans grande surprise, ni coup de cœur.
Avant de quitter les lieux nous sacrifions à un rituel pratiqué dans d’autres musées : 
nous posons en situation devant un appareil photo, le selfie réalisé sera expédié dans notre boite mail.
Il commence à bruinasser dehors, cette petite pluie fine et pénétrante nous incite à prendre le chemin du retour avec un arrêt, au passage, à la cathédrale Notre Dame.
L’édifice  a réchappé aux bombardements, il affiche une façade baroque et un campanile assez bas accolé à droite. Il repose l’œil en opposition à la sobriété de l’architecture de la ville.
A l’intérieur nous  ne repérons rien de rare, à part les immenses filets blancs tendus sous les voutes en prévision de chutes de matériau qui se délitent.
Temps instable, pattes fatigués, journée bien remplie, nous rentrons. La soirée se résume à une soupe chaude prise devant  la TV, éteinte vers 22h.

mercredi 19 mars 2025

Fugaces. Aina Alegre.

Le centre chorégraphique de Grenoble et le Studio fictif rendent hommage à une gitane danseuse de flamenco, Carmen Amaya. 
La bande sonore rappelle en introduction les rythmes andalous avant qu’émergent de l’obscurité les fantômes de trois danseurs et quatre danseuses qui s'avèrent affublés de costumes déstructurés. Ils entreprennent des figures dans un silence interrompu parfois par un son de bâton de pluie. Difficile la danse sans musique, et déjà vue. 
Quand arrive enfin un trombone à coulisse joué par une des artistes sur fond de percussions, une transe aux allures africaines s’empare de la troupe qui en monte dans les gradins. 
Après silence et attentes, la libération de tant d’énergie nous convainc de la sincérité de la créatrice et de l’engagement d’un groupe déterminé. 
Les temps forts sont d’autant plus appréciés que les chaussettes noires dans des baskets ne me semblaient pas du meilleur goût même pour déconstruire le patrimoine. 
Comme l’art contemporain s’adosse aux classiques, l’évocation des battements d’un certain Boléro permet-elle d’annoncer avoir puisé dans un « matrimoine »? Une heure fugace.

mardi 18 mars 2025

Moi, Fadi le frère volé. Riad Sattouf.

Moins léger et drôle que les récits de la vie de la jeune parisienne Esther en ses cahiers, 
Riad Sattouf excelle encore une fois dans le recueil de témoignages qui le touchent de près.
Le petit frère Fadi, donne son point de vue depuis ses souvenirs de prime enfance.
Riad, le grand frère qu’il admire, joue un rôle secondaire dans ces 136 pages, pas forcément à son avantage.
Mais la tragédie est ailleurs : le père réapparu en Bretagne, où la mère élève ses trois garçons, va enlever le plus jeune pour l’emmener en Syrie.
« Je vais pas t'acheter un cadeau à chaque fois ! Arrête d'avoir des bonnes notes ! »
Heureusement que des traits d’humour viennent atténuer le côté dramatique de cette histoire d'incompétence et de démagogie paternelle, vue à travers les yeux d’un enfant.
En quatrième de couverture cette seule phrase: 
« Ah, c'est ainsi ? Et bien, je pars vivre en Syrie, avec mon papa.
Car c'est ce que font les fils, ils suivent leur père »
.
Sauf que ces mots n’ont pas été prononcés par l’enfant mais ce sont ceux du père manipulateur qui fait croire que sa mère l’a abandonné. 
«  Regarde ce bel homme fier! C'y le Syrien li plis intelligent di monde ! Hafez Al-Assad ! Li prisident ! Ti crois qu'il pleurniche pour sa maman lui ? C'y un homme il pleure pas ! » 
Passionnant, émouvant, cet auteur léger et profond mérite son succès.

lundi 17 mars 2025

Les Filles du Nil. Nada Riyadh Ayman El Amir.

Dans la campagne égyptienne, une demi-douzaine de jeunes filles coptes montent des séquences théâtrales pour dénoncer l’asservissement des femmes.
Elles affrontent l’indifférence voire l’hostilité de la rue, mais une nouvelle génération prendra la relève des anciennes militantes filmées patiemment pendant quatre ans.
Le documentaire joue avec la réalité au-delà d’un montage cinématographique comportant quelques failles dans le scénario bien vite effacées par une caméra saisissant l’authenticité des personnages.
Certaines insurgées contre les mariages arrangés vont se conformer au silence imposé par de jeunes mâles aux allures pourtant modernes, alors qu’un père plus âgé avait fait connaître ce groupe dynamique à l’une des actrices. 
Cette lutte féministe fraîche et courageuse met les points sur les « i » à un machisme inconcevable par chez nous, bien loin des billevesées inclusives cherchant du poil sur les « e » chez nos cultureux.