jeudi 2 avril 2026

Bruxelles # 4

Nous démarrons plus lentement ce matin.
Dehors le soleil pointe son nez mais méfiance, rien n’est encore gagné.
Le programme d’aujourd’hui débute par la visite de l’Atomium.
Pour y aller, nous utilisons le tram 7 pris station Petillon jusqu’à son terminus au nord de BXL  dans le quartier de Heysel. Le trajet aérien et en partie souterrain de 35 minutes environ permet d’appréhender la dimension de la ville.
Nous parcourons des quartiers cossus aux grosses  maisons, les docks de BXL, des espaces végétaux plus sauvages sous des ponts à l’abandon nous laissant à croire que nous avons quitté la ville.
Au  terminus, le tram stoppe en  bordure du parc de l’Atomium.
Cette curieuse construction en inox étincelant date de 1958 ;
« Elle représente la maille conventionnelle du cristal de fer (structure cubique centrée) » ;
édifié pour l’exposition universelle au milieu de grandes étendues herbeuses,
ce monument  d’une grande prouesse technique traverse le temps et s’implante dans le patrimoine belge comme ce fut le cas pour la tour Eiffel en France.
Nous renonçons à  suivre la queue de visiteurs pour nous élever en ascenseur à l’intérieur, malgré la promesse d’une attente ne dépassant pas les 20 minutes faite par le gardien.
Nous retournons  tranquillement  au tram, dans lequel les sièges libres ne manquent pas puisque nous sommes au terminus. 
Nous décollons assez vite, bénéficions du paysage en sens inverse, présentons nos billets à des contrôleurs avant de descendre à Montgomery où nous nous jetons dans le métro 1 jusqu’à la station De Bruckère devenue familière. 
Quelques gouttes  s’échappent du ciel mais sans véritable menace pour nos projets. 
Nous  nous acheminons vers les galeries royales Saint Hubert vaguement entraperçues hier.
Elles comprennent  la galerie du Roi, la galerie de la Reine, et la galerie des princes.
Maintenus dans un état impeccable, ces luxueux passages couverts du XIXème  servent d’écrin à des boutiques de chocolats, de délicates dentelles s’y vendent,
et les galeries d’art profitent d’un emplacement de choix.
Quelques bars restaurants proposent de petits en-cas dans un décor raffiné et calme.L’heure de manger nous pousse à nouveau vers le quartier sainte Catherine où un restau vietnamien nous convient parfaitement, calme et reconstituant.

mercredi 1 avril 2026

De la BD au roman graphique. Thierry Groensteen.

En 2027, la BD fêtera son bi-centenaire en même temps que le daguerréotype (photographie)
depuis « Les Amours de monsieur Vieux Bois », littérature en estampe, du genevois Töpffer.
Le conférencier devant les amis du musée de Grenoble en retrace les évolutions, à l’occasion de l’exposition au musée de Grenoble d' « Epopée graphique » présentant plus de 400 planches originales, issues de la collection de Michel-Édouard Leclerc. 
Parmi les pionniers, le journal « Vaillant » 
né de la Résistance, devenu « le journal de Pif » dont les aventures paraissaient dans « l’Humanité », adoptera le titre « Pif gadget » en 1969.
Entre 1945 et 1965, c’est  le moment belge où la publication « Tintin » tournée vers l’aventure, les grands espaces, la science fiction, concurrence  « Spirou » plus fantaisiste. 
Ils s’adressent  tous deux aux enfants et plus spécialement aux garçons.
En 1964, dans le coquin, « V Magazine », réservé aux adultes, Jean-Claude Forest donne naissance à « Barbarella » dont le recueil sera édité par Éric Losfeld.
« Pilote »
repris par Goscinny va vieillir avec ses lecteurs et après 68, aborde par l’humour les préoccupations politiques, écologiques, féministes.
« Claire Bretécher, présentait l’amusante particularité d’être une dessinatrice.» Gotlib
Ces deux là fondent avec Mandrika « L’écho des savanes ». 
Georges Wolinski
rédacteur en chef du mensuel « Charlie » offre, 
dans les années70, le meilleur de la production internationale.
Dans « Métal Hurlant » tourné vers la science fiction,
Moebius  propose en couleurs directes « Arzach » aux formes inédites.
« On peut très bien imaginer une histoire en forme de flamme d'allumette soufrée. »
 
Le mensuel «  A suivre » encourage les auteurs à publier des histoires longues.
Comès
y publie «  Silence » drame rural empreint de sorcellerie
et Schuiten « Les Cités obscures » récit de science fiction rétrospective.
Les éditions Glénat avec « Les passagers du vent » de Bourgeon 
se consacrent aux récits historiques
et deviennent leader pour les mangas (1/3 des BD vendues) appréciés aussi par les enfants de ceux qui les avaient découverts dans les années 90.
Des dessinateurs bien de chez nous ont repris les codes japonais 
pour donner naissance aux « Manfra » (manga à la française).
Yslaire
dessinateur belge auteur de « La Légende des Sambre » travaille en France. 
Les grandes maisons belges ont été rachetés par des entreprises hexagonales.
Futuropolis met en avant les auteurs
Baudoin ouvre la voie de l’autobiographie avec « Couma acò ».
« Corto Maltese »
n’était qu’un protagoniste parmi tant d’autres avant de connaître le succès.
« Maus »
d’Art Spiegelman est édité par Flammarion après avoir été refusé par les éditeurs habituels de BD. Ce roman graphique désormais incontournable pour décrire la Shoah, vendu dans les librairies traditionnelles, a reçu toutes les récompenses.
Faire entrer les dessins dans les librairies était aussi le projet 
 de L’Association qui a publié « L’Ascension du Haut-Mal » de David B.
« Persepolis » de Marjane Satrapi vendu à 1 million d’exemplaires a contribué à la féminisation de la profession. Désormais les filles sont majoritaires dans les écoles de BD 
et plus seulement vouées à illustrer la littérature jeunesse.
Les petites filles peuvent apprécier de nouvelles héroïnes : Akissi, Cerise, « Mortelle Adèle ».
Les plus grandes - et les plus grands - se régalent avec Margaux Mottin de Fluide glacial.
Les éditions 
«Actes Sud » se sont lancées aussi dans l'aventure.
« Les grands cerfs »
de Gaétan Nocq se permet le silence
la BD de genre ( SF, western…) se renouvelle,
« Le Monde sans fin » par Christophe Blain vulgarise 
la réflexion scientifique de Jean-Marc Jancovici.
« Jérusalem »  de Christophe Gaultier comme tout dessinateur désormais associé à un scénariste Vincent Lemire résume en 156 pages 4000 ans d’histoire.
Étienne Davodeau pour « Cher pays de notre enfance »   
a travaillé avec le journaliste Benoît Collombat.
Dans « Le photographe » le
s photographies de Didier Lefèvre 
se mêlent aux dessins d’ Emmanuel Guilbert
par ailleurs papa d’ « Ariol » publié chez Bayard presse,
le  groupe leader chez les enfants qui n’ont plus l’exclusivité des gaufriers 
(la grille d'images découpant la planche de bande dessinée).
Le neuvième art et ses multiples visages a étendu son territoire.
Catherine Meurisse
vient d’entrer à l’Académie des beaux arts.

mardi 31 mars 2026

Une saison à l’ONU. Karim Lebhour Aude Massot.

Utile rappel pédagogique des missions indispensable du « Machin » comme le qualifiait De Gaulle où la mise en évidence de ses insuffisances atteste de sa puissance. 
« L’ONU n’a pas créé le paradis, mais elle a évité l’enfer. »
Dag Hammarskjöld, Secrétaire général (1953-1961)
Des anecdotes légères et significatives rendent attrayantes les 210 pages aux dessins agréables, alors que les crises entre 2010 et 2014 sont sérieuses en Libye, au Soudan, en Irak, en Syrie...  
Au-delà des veto du conseil de sécurité et du grand show des AG annuelles,
50 000 personnes travaillent dans le monde pour les organisations onusiennes consacrées 
à la santé, 
l’éducation, 
l’enfance, 
les femmes, 
l’environnement,
dans les agences pour les réfugiés,développant des programmes alimentaires…
ou exerçant dans un bureau des "affaires légales".
100 000 casques bleus sont engagés, mais se montrent parfois inefficaces, voire coupables.  
«  L’ONU n’a pas d’armée. Les casques bleus sont une contribution des états membres. 
Les pays pauvres fournissent les troupes, et les pays riches payent la facture. 
L’ONU paye 100 dollars par mois pour un casque bleu. 
Souvent les soldats ne reçoivent qu’une fraction de cette somme. » 
Dans ce forum gigantesque, des paroles s’acharnent, d’autres se perdent.
L’exclusivité d’une interview du Secrétaire Général Ban Ki-Moon obtenu par le correspondant de RFI s’avère décevante mais drôle à ce point de prudente langue de bois.
Il a fallu plus de cinq minutes à un ministre indien pour s’apercevoir qu’il lisait le discours préparé pour son collègue du Portugal.
Sans que cela tourne à la complaisante biographie, nous nous acclimatons à la ville de New York et aux coulisses de l’institution avec le jeune journaliste grenoblois venu d’un poste au Moyen Orient  en partance pour Addis Abeba.

lundi 30 mars 2026

Le mépris. Jean Luc Godard.

J’ai enfin vu 63 ans après sa réalisation ce film présenté comme majeur dans l’œuvre d’un des réalisateurs des plus considérables et un des sommets de la carrière de la lumineuse Brigitte Bardot. 
J’en avais vu des séquences et particulièrement « et mes fesses, tu les aimes ? » mais jamais dans sa longueur, interminable (103 minutes). Cette scène avait été rajoutée sur une suggestion des producteurs. 
Le « mépris », annoncé n’est pas du tout évident tant les querelles entre le mari et la femme m’ont parues artificielles, loin de toute réalité psychologique qui peut être un choix signifiant, mais ici nous sommes éloignés de toute empathie, de tout intérêt.
Il reste le site de Capri et la maison d’architecte pour que des images soient agréables.
La musique grandiloquente surgissant toujours à contre-temps peut être également un parti pris, mais cette originalité me parait aussi potache que le générique énoncé oralement.
Il y a bien des films qui semblent avoir aussi mal vieilli que moi et même mon si cher Fellini n’a pas échappé aux ravages du temps. Me voilà cette fois, en face de mes snobismes de jeunesse qui me portaient à mépriser De Funès et à dire « amen » à tous les avis des Cahiers du Cinéma ;  c’était « classe !»  à tous les sens du terme.
Que vient faire Fritz Lang dans cette imposture ? Son Odyssée semble tournée par un novice grossier. Si comme dans tous les films de l’époque, les cigarettes sont omniprésentes, nous ne retiendrons que de dérisoires détails comme le chapeau de Piccoli, à défaut de toute profondeur perdue dans des bavardages abscons.
Heureusement des poètes, aujourd’huipeuvent redonner du sens à cette époque inventive, et perpétuer la fraicheur de cette  « nouvelle vague » qui ne méprise pas toujours le spectateur. 

 

dimanche 29 mars 2026

Luz Casal.

La référence de la chanson du film « Talons aiguilles » d’Almodovar nous avait incités à prendre notre billet pour le spectacle de «  la diva espagnole ». 
« Piensa en mí » arrive à la fin du concert, mon voisin s’était endormi.
Oui la sonorité de la langue espagnole convient bien aux chansons, mais un peu de traduction dans le journal de salle ou en introduction entre deux morceaux aurait pu donner une idée du sens des paroles à ceux qui ne pratiquent pas couramment la langue de Luis Enrique. 
Les appréciations: « c’est fort » ou « c’est beau » dans le pitch me semblent par contre inutiles, si  la confiance est accordée à l'auditeur.
Des chansons françaises agrémentent le concert, mais si Dalida ne fut guère ma tasse de thé, je préférais son interprétation de « C'est l'histoire d'un amour » ou d’ « Il venait d'avoir 18 ans ».
La voix de la sexagénaire convient mieux aux affirmations qu’à la douceur dans un registre plutôt variété que le rock annoncé.
La salle sûrement hispanophone a marché volontiers lors de la reprise de Daho « un duel au soleil ». La barrière de la langue s’est levée quand son investissement tout en sobriété s’est manifesté dans une chanson en galicien.
Si je retiens des détails tels que le spectacle a commencé à l’heure, et que souvent j’ai été ébloui par les projecteurs basculant vers la salle, c’est que cette prestation ne m’a guère emballé.

samedi 28 mars 2026

Nous nous verrons en août. Gabriel Garcia Marquez.

Le livre posthume du prix Nobel 82 de plus de 80 ans, raconte avec vigueur des moments de liberté d’une femme. 
« Chaque 16 août à la même heure elle faisait le même voyage, prenait le même taxi, s’arrêtait chez la même fleuriste et, sous un soleil de feu, dans ce même cimetière indigent, venait poser un nouveau bouquet de glaïeuls sur la tombe de sa mère. Puis il ne lui restait plus rien à faire jusqu’au lendemain, à neuf heures du matin, quand le premier bac du retour prenait la mer. » 
La légèreté, la créativité, la joie de vivre, la finesse, les surprises se déploient à l’occasion d’un rendez- vous sur la tombe d’une mère qui s’avère offrir une parenthèse ensoleillée à une quadra qui aime danser. 
La vie côtoie la mort, la littérature les célèbre en 93 pages. 
« Couché sur le côté, jambes repliées, l'homme lui fit l'impression d'un énorme orphelin et une rafale de compassion eut raison d'elle. Ana Magdalena se coucha tout contre lui, l'étreignit par la taille, et le raisonnement de son corps en sueur finit par le réveiller. »

vendredi 27 mars 2026

Siamo.

Le « tous ensemble, tous ensemble » des manifs de jadis se décline plus spécifiquement en ces temps en «  si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi » qui donne dans la version avec grands mots : « Siamo tutti antifascisti ! » Sinon t’es facho. 
Ruffin a été accompagné de ce chant lors de la fête de l’Huma ; en tant que dissident de la meute, était-il renvoyé de ce fait dans le camp des gardiens des camps de concentration ?
Le « En même temps » centriste s’est pris sur les reins le facho fâché et l’anti fa fat, avec au bout, des plaidoiries en faveur de la peine de mort. Le complotisme au bras du populisme laisse poindre les intentions les plus étroites en réduisant la politique à de la tactique.
Les extrêmes occupent tout le territoire binaire que même l’IA héritière des codages en 0 et 1 en paraîtrait plus subtile. A l’heure où autoritarisme, exclusion, marqueurs du fascisme, se répandent et que se multiplient toutes les inversions de sens avec un Poutine attaquant les nazis d’Ukraine, il convient de peser les mots. Ne pas s’interdire de les employer car leur réalité saute aux yeux mais en user à tort et à travers les rend illisibles.
Dans les conversations, il n’est même plus d’usage de caractériser « L'argumentum ad Hitlerum » tel que l’avait défini Mike Godwin :  
« Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler se rapproche de un. »
L’univers devient indéchiffrable, alors les paroles les plus sommaires se glissent dans les crânes. Notre monde et ses influenceurs tournent autour des manipulateurs de haine:Trump, Poutine, Netanyahou… 
Mélenchon lui n’a qu’une Jeune Garde sans kalach’ mais agrège tous les rageux pour lesquels plus c'est gras, mieux c'est .
Sous leurs sourires figés de clowns, maquillés de sang, ils nous distraient. Plus c’est énorme, plus les péteurs de plomb recueillent des applaudissements. Leur notoriété se renforce quand les normes abolies auraient été plutôt un gage de courage à être respectées ; les valeurs, le droit ont été dégommés.
Tout tourne autour des extrêmes sur fond de méfiance constante envers les décideurs modérés. L’omniprésence de personnalités clivantes advient dans un désert politique où les partis ne travaillent plus. Ceux-ci ont évolué en agences événementielles dans lesquelles le mot « travail » semble radioactif surtout accolé à « famille », pourtant dernier refuge des responsabilités.
Comment envisager un avenir, concevoir un programme, quand dresser un chien devient plus désirable que d’élever un enfant ?  
Comment avancer des mesures audacieuses, quand « 53% des français disent avoir été en souffrance psychique dans les 12 derniers mois. » ?
Les effectifs baissent dans les écoles, les prisons sont surpeuplées, les psy sont débordés.
Fascinés par les fachos, nous n’avons pas vus que l’humanisme muté en objet de dérision avait du mal à répondre aux défis de l’heure.
« Le Monde » journal du soir, qu’une porteuse me livre chaque matin, ne cesse de valoriser les impactés "grave" par la pression, bien qu’ils aient pris une année sabbatique, avant d’accepter un emploi où il s’agira d’en faire le moins possible.
Pour paraître d’une sagesse pourtant sans saveur, il convient que le boomer « lâche l’affaire ».
Le fatigué des luttes de pouvoir pathétiques y gagnerait la paix qu’on dit être celle des cimetières.
Pour lutter contre l’exacerbation des idolâtries, la violence des haines, espérons en la modération des computeurs. Leur indifférence nous fera peut être regretter nos passions tellement humaines. Dans le lot de décisions indécidables, si les algorithmes le veulent bien, l’IA pourrait répondre à nos objections, apaiser nos colères, quand au triomphe de la paix : c’est pas gagné ! 
« Nous sommes destinés à vivre ensemble sur le même sol de la même terre. » 
Yitzac Rabin