jeudi 15 janvier 2026

Bruges # 4

Lorsque nous pointons notre nez aux guichets de la gare, nous les trouvons fermés et devons nous rabattre sur les automates, heureusement en français et faciles d’emploi, pour payer nos billets de train direction Bruges. Le ciel peu nuageux laisse espérer un meilleur temps qu’hier et bien compatible avec nos prévisions du jour. 
En effet, nous envisageons de prendre le bateau sur les canaux. La ville a imposé le tarif  de 15 € à toutes les compagnies exploitantes, inutile de prospecter et comparer les prix, quant aux bateaux privés, elle les a interdits.
Chaque entreprise possède 5 embarcations. Leurs  pilotes qui font aussi  office de guides, débitent leurs informations en trois langues durant une promenade d’environ trente- cinq minutes.
Énormément de canots à moteur circulent dans un va et vient incessant  sur les canaux d’une profondeur de 1 à 3 m, que surmontent une quarantaine de ponts. Il n’existe pas d’embarcadère relié aux maisons  dont les fondations souffrent peu du contact avec l’eau douce, même dans le cas où des portes en bois donnent sur le canal.
Finalement, cette balade prisée par les touristes se révèle un bon récapitulatif des lieux visités hier.
L’afflux de visiteurs nous décourage si bien que nous renonçons à entrer dans l’église Notre Dame pour  tenter d’approcher la madone de Miche Ange.
Nous préférons retourner au béguinage, prendre notre temps, dans le calme. Nous observons de plus près les maisons blanches numérotées C1 C2 …, le  C signifiant peut-être cellule ?  Un bouquet de fleurs séchées, souvent des hortensias, égaye chaque porte sombre.
Pour entrer en contact avec les locataires à l’abri du monde,  elle dispose d’une sonnette et d’un judas prenant forme d’un motif ajouré. Par endroits, des artistes investissent les lieux, un jardin ou une maison ouverte  pour exposer quelques œuvres.
C’est le cas dans l’église, mais les prie-Dieu habillés de tissus ne nous emballent pas, comme les autres installations proposées d’ailleurs.
Nous  nous rapatrions vers le centre-ville, afin de déjeuner dans un semi-self d’une rue commerçante puis nous entreprenons une marche à pied en longeant les canaux jusqu’au Kruisport,
caractérisé par des moulins à vent comme en Hollande.
Dans l’espace situé entre le 1er et le 2ème moulin, s’est installée une grosse brocante, à la fois vide grenier et bric à brac, où se vendent des statues africaines originales du Congo (Belge, il va sans dire) qui retiennent notre attention.
Elle s’étend à l’intérieur d’un quartier résidentiel cossu dans lequel nous circulons, en poursuivant nous croisons l’église ou la chapelle de Jérusalem, l’église Sainte Anne rue Molenmeers, passons dans la langestraat en direction de la place du Burg.
Beaucoup d’antiquaires tiennent boutique dans ce coin, dont un hollandais qui regarde le tour de France à l’ordi au milieu de magnifiques objets en provenance de Nouvelle Guinée Papouasie (monnaies).
Ayant bien marché et ayant bien investigué la ville, nous nous dirigeons vers la gare par un chemin différent à travers le verdoyant Minnewaterpark  bien agréable, fréquenté par les familles et les touristes.
Le train pour Aalter arrive presque immédiatement, nous ne l’attendons pratiquement pas. Pour occuper le reste de la journée, nous récupérons ensuite  la voiture. Nous optons pour une virée à DAMME, à environ 36 km d’Aalter.
Damme, berceau de la légende de Thyl Ulenspiegel, autrefois spécialisé dans le marché aux livres, est l’ancien (avant) port de Bruges, relié à la ville par un canal. Etymologiquement le début de son nom, dam, se traduirait par digue ou alors « Battre, tasser, rendre compact, aplanir avec une dame ». 
Aujourd’hui, Damme se présente comme un petit village typique construit autour d’une rue principale et doté d’un joli beffroi. Il attire les bobos, des artistes investissent les lieux.
Nous  franchissons le seuil du Damme Ontsluierd ouvert au public.
Ce vieux bâtiment qui se délite lentement accueille pour quelques temps des artistes en situation.
Ils exposent leurs créations mais travaillent aussi sur place,
expliquent aux intéressés leurs techniques comme leurs concepts.
J’apprécie particulièrement la sculptrice Christine Vanhove.
Quand sept heures sonnent, nous finissons juste notre déambulation artistique avant la fermeture des portes.Nous prolongeons notre présence à Damme par une petite promenade en retrait de la rue près de l’église à moitié effondrée,
où nous découvrons telle une sculpture un tronc d’arbre tortueux couché. Il supporte des livres, peu ou pas abrités des intempéries dans des stades de déliquescence différents.
Sans doute, cette installation évoque- t-elle les anciens marchés aux livres. Avant de partir, nous jetons un œil au Sint-Janshospitaal fermé en attente de sa rénovation avant d’être reconverti  en ODT (Office Du Tourisme) ou  résidence
Le retour à la maison confié au GPS 
(Global Positioning System) nous conduit le long d’un canal sur une route étroite bordée des deux côtés par d’immenses arbres, dont les troncs parfois penchent sous la pression du vent ou bien au contraire se dressent bien droits.
A Aalter, avant d’abandonner la voiture à la gare nous effectuons quelques emplettes au Delhaize,  puis  tout est  prêt pour passer une bonne soirée dans notre logement cosy.

mercredi 14 janvier 2026

Le portrait anglais. Serge Legat.

Sir Joshua Reynolds
, (1723/1792) « Autoportrait à la main en visière »,  
aurait préféré dans sa prime jeunesse « être apothicaire plutôt que peintre ordinaire »
Il produira plus de 2000 portraits, la peinture d’histoire avait perdu de son prestige.
« Commodore l'honorable Augustus Keppel »
dans la position de l’Apollon du réverbère, constellé de repentirs avait lancé sa carrière. Après un voyage en Italie, il continue à professer que la forme est plus importante que la couleur, et revient avec un praticien qui sera chargé des draperies dans ses tableaux. 
« Lady Worsley »
en pied semble surprise sur fond paysager, 
les techniques variant en fonction des éléments représentés. 
Des lumières dramatiques ne ternissent pas la charmante « Lady Skipwith ». 
Reynolds  a été élu à l’unanimité premier président de la Royal Academy. 
Le maître du grand style allie le portrait à la peinture d’histoire, la figure humaine au paysage.
La mythologie est aimable quand
« Vénus réprimande Cupidon »
et gentiment érotique avec « Cupidon dénouant la ceinture de Vénus ».
« Madame Lloyd » dans un tableau de mariage interprète l’antiquité.
« Mme Musters en Hébé »
, l’échanson des Dieux, 
donne à boire à l’aigle de Jupiter, elle représente la jeunesse
comme le fit Jean-Marc Nattier avec « La duchesse de Chaulnes ».
La coquette « Kitty Fischer, en Cléopâtre » qui s’apprête à dissoudre une perle dans le vinaigre,  alors « coqueluche » de la cour, serait influenceuse aujourd’hui.
« Le jeune Samuel »
ajoute la piété à l’innocence enfantine. 
Celui-ci désignera plus tard les rois des hébreux Saül et David.
« Master Hare »
marque un nouveau statut de l’enfance à l’époque des Lumières.
« L’artiste des sphères aristocratiques » appose sa signature sur le bord de la robe de l’actrice, « Sarah Siddons dans le rôle de la Muse Tragique » éternelle  Lady Macbeth.
« J'ai résolu de passer à la postérité sur la bordure de votre vêtement ». 
Le tableau apparu dans un film de Mankiewicz 
est à l’origine d’une récompense fictive devenue réelle.  
Thomas Gainsborough
(1727/1788) dont Reynolds, son rival, disait:  
« quoi qu'il tentât, il atteignait un degré d'excellence élevé » 
fit également le portrait de la belle sans travestissement. 
« Autoportrait »
. Le provincial né dans le Suffolk, est devenu un protégé du roi et de la reine, même s’il entre en conflit avec l’Académie Royale.
« La reine Charlotte »
Il a acquis sa renommée depuis la ville d’eau de Bath 
où ses « tendres lumières » sont appréciées.
« Conversation dans un parc » devient un genre, est-ce un autoportrait ? 
En tous cas, le jardin avec sa fabrique est bien anglais.
« Les époux Andrew »  se tiennent au milieu de terres fertiles bien tenues.
Ses tableaux à la bougie comme dans le film « Barry Lyndon » 
exagèrent les effets de contraste.
« La Femme en bleu »,
« L’enfant en bleu »
.
Le paysage s’adapte aux vibrations humaines dans une « Promenade à Saint James park », et on pense à Watteau,
à
Claude Gellée dit « le Lorrain » pour des « Chevaux s’abreuvant au coucher du soleil »
et à Murillo pour sa « Fillette à la cruche ».
« Lady Hamilton »
muse trente fois peinte par George Romney (1734/1802), fut la maîtresse de l’amiral Nelson, elle mourut dans la misère après avoir eu la cour de Naples à ses pieds.
La « Petite fille avec des fleurs » ou « Innocence » place Romney parmi l'un des grands portraitistes anglais du XVIIIe siècle.
Le prodige, Thomas Lawrence (1769/1830), ne fut pas seulement un peintre mondain,   
« Les Enfants de John Angerstein ».
Il annonce le siècle à venir quand les effets visuels prendront de l’importance comme avec le « Portrait de Julia, Lady Peel » où la carnation est mise en valeur sous des plumes peu dessinées et un fond brossé rapidement.
Héritier de la magie picturale de Van Dyck, l’art du portrait à l’anglaise est devenu une référence, son art du paysage fera école.
« Les ladies Waldegrave»  Joshua Reynolds