mercredi 11 février 2009

Hiérarchie. Faire classe # 20

Nous étions si heureux, au milieu de la rue en chantant :
« La hiérarchie, c’est comme les étagères, plus c’est haut, moins ça sert »
Parfois nous pouvons penser que nous avons gagné en familiarité avec les têtes d’affiche, à défaut d’égalité.
Sur la toile, tout un chacun accède à l’expression.
Clic ! Clic ! : Finky, Ségo, Titinne se font alpaguer mieux qu’au coin de la rue :
plus de maîtres-penseurs, plus de maître, plus de…
Nous sommes à tu et à toi, à tue-tête. C’est le forum en mon fauteuil, la démocratie.
Et si l’on soulevait le voile, la toile ?
Dans le milieu enseignant, il me semble que le conformisme gagne.
Tout n’est pas perdu : nous nous épargnons quelque fatigue avec les pompeux persuadés de leur vérité. Les particularismes maintenant s’assouvissent en sites, en réseaux, mais en dehors des cohortes sonorisées, il n’y a plus trop de voix dissonantes dans les assemblées.
De mon temps les inspections se raréfiaient, les inspecteurs s’éloignaient, dans une nuée de paperasses. Dans ce domaine de l’encadrement encore plus qu'ailleurs, je ne sais mesurer l’étendue des dégâts. Mes collègues toujours sur le terrain pensent me consoler: « tu es parti au bon moment ! »
Il m’était arrivé de déplorer un acquis syndical demandant aux inspecteurs d’avertir de leurs venues. Pourtant jadis, j’avais même milité pour leur retour aux champs. L’illusion d’une inspection précédée parfois de répétitions ne trompe pas un œil averti. De toutes façons, la note est péréquée : tout va bien. Paradoxalement cette visite annoncée sacralise l’inspection. Tout le monde tremble lors de cet événement exceptionnel. Sommes-nous si fragiles, peu sûrs de nous que des instructions officielles changeantes nous agréent à tous les coups.
Il n’y a pas si longtemps, les inspecteurs exerçaient leur autorité sans excès. Maintenant l’ordre règne.
Les protestations visent parfois un ministre lointain, mais il est rare que l’on rétorque à son inspecteur, que l’on s’oppose à un conseiller municipal.
Il y a bien aussi le retour sournois des maîtres- directeurs, faute de directeurs. Des adjoints s’étant défaussé de leurs responsabilités tandis que d’autres soignent leur plan de carrière : bénéfice réciproque. Le chef trônera plus près de chez vous.
« Si je viens m’immiscer ainsi au milieu des…
Non, la ligne est barrée.
Si je peux me permettre de m’adresser à vous…
Non plus. Pourquoi ce ton contrit ? Mieux vaut une formule plus directe et plus ferme :
Monsieur, je m’adresse à vous en ma qualité de directeur de l’Ecole Universelle, et au nom d’un grand nombre des hommes de cette région…
La formule est plus fière, mon aïeul la conserve. »
A. Maalouf

mardi 10 février 2009

Expressions dauphinoises.

Concentrés de phrases inspirés du Petit dictionnaire des expressions dauphinoises de Christian Perrin Toinin 14€ aux éditions Arthéna, grand succès en librairie et en tabac journaux.
Pour les « magnauds » :
« Les bardelles se sont abadées.
Je suis fâché après mon belu de voisin et sa femme qui est un vrai cardon.
Je vais tacher moyen de retrouver ma cravate mais elle est à point d’endroit.
En patalant, le matru s’est pris un bon gadin. Il en a mais fait un rat pourtant ça l’empêchera pas de vionzer la prochaine fois.
C’n’est pas la peine de niouler, n’importe comment, si tu finis pas le gratin d’herbes et il va pas te reprocher, tu n’auras pas de salade de saramejou. »

Proverbe à propos des cheveux blancs :
« Peu importe qu’il y ait de la neige sur le toit pourvu qu’il y ait du feu dans la cheminée »

lundi 9 février 2009

Les trois singes

J’avais beaucoup aimé deux films précédents du réalisateur Ceylan : « Usak », « les climats ». Toutes les conditions étaient réunies pour présenter un film convaincant : des acteurs denses, le thème du pouvoir et du mensonge, une esthétique forte, mais la lenteur devient un système qui ne convient peut être pas à ce genre de film. Ce prix de la mise en scène à Cannes m’a laissé à distance.

dimanche 8 février 2009

"Tu nous as vus"

Cabaret Chromatic

Joli spectacle original à voir en famille ou avec sa classe : on peut s’amuser à reconnaître 17 tableaux de Bosch à Kandinsky animés par des artistes circassiens, des danseurs, des musiciens plein d’allégresse. Deux personnages sortis d’une bande dessinée de Gottlieb, dont Newton, nous servent de guides. Leurs bavardages disparaissent bien vite sous les vives couleurs de tambours de flamme qui prolongent « la forge » de Le Nain ou sous la virtuosité de l'acrobate au mât chinois du "Radeau de la méduse". Une Marianne échappée du tableau de Delacroix apparaît si fragile sur son fil. Little Némo se retrouve dans le lit géant de Van Gogh et la célébration de la terre croise les images de Millet et la puissance d’une danse aux racines africaines : un spectacle inventif.

samedi 7 février 2009

« La banque croûte et l’université jeûne »

Les slogans trouvent parfois la formule magique, et la postérité de 68 a tenu aussi à quelques bouquets de mots bien assortis. Cette phrase en titre prise sur une banderole de 2009 résume toute l’absurdité du système et son injustice.
Mais il n’en va pas toujours ainsi et bien des mots perdent de leur vérité.
« Maman, je t’aime, attache moi… » Les panneaux lumineux sur les autoroutes s’essayent à l’originalité, mais à afficher ainsi les sentiments les plus intimes ne les épuise-t-on pas ?
L’autre jour un chroniqueur s’insurgeait des développements culpabilisants concernant les places réservées aux handicapés : « si tu prends ma place, prends mon handicap » comme si une information ne suffisait pas.
Que de temps, de salive perdue à expliquer : « tu sais ce n’est pas bien de taper sur ton camarade ». Allons le dire dans les cours de récréation à Gaza !
Les mots n’ont plus de sens quand il faut mettre de l’amour derrière une ceinture de sécurité. Quand « enfoiré » est devenu un mot chaleureux ou lorsque Darcos dit valoriser le soutien scolaire quand il supprime massivement des postes de personnels spécialisés dans le soutien.
Dupliqués les clichés deviennent ridicules, ainsi jeudi dernier, l’expression« jeudi noir » compilée, propagée jusqu’à devenir transparente, a-t-elle suscité un petit additif le lendemain après le succès des manifestations : « jeudi noir…de monde » ?

vendredi 6 février 2009

« Où on va papa ? »

Se lit en un éclair et vous traverse comme une flèche. Jean Louis Fournier est le papa de deux enfants « pas comme les autres », il en parle avec amour, humour, noirs. « Je me moque moi-même de mes enfants. C’est mon privilège de père ». Terrible. Je n’avais pas tout apprécié de cet auteur qui avait un peu allongé la sauce dans sa grammaire impertinente mais dans ce livre où l’objet transcende tout jugement, je me mettrais volontiers de son côté contre les critiques de certaines belles âmes. Il a eu le prix Fémina et un grand succès de librairie. Un des deux enfants est mort : « Maintenant Mathieu est parti chercher sa balle tout seul. Il l’a jetée trop loin. Dans un endroit où on ne pourra plus l’aider à la récupérer ». C’est tout le long comme cela : intense, essentiel.
J’ai trouvé sur un site cette vidéo dont il est l’auteur, en ayant lu le livre, ce qui est drôle dans cette petite histoire prend une dimension poignante.