vendredi 29 mai 2009

L’Europe : le débat interdit.

Le laisser aller libéral ne peut se cacher plus longtemps sous l’agitation du chouchou des médias, c’est la faillite, alors regardez ailleurs : allez fouiller dans les cartables, des fois que vous trouveriez un couteau.
Je reviens de meeting, où pendant 2 heures nous avons pu approfondir le sujet de l’Europe, avec Peillon, orateur à l’ancienne, replaçant l’échéance du 7 juin dans l’histoire des socialistes : bien.
Est-ce que l’urgence est de sanctionner…les socialistes ?
Le soir des élections ce qui va compter, c’est bien si Sarko est en tête ?
Alors, on se refait les regrets de 2002 ?
Je joins une vidéo où il est question d’Europe du site du Nouvel Obs.
Europe: débat Daniel Cohn-Bendit/Pierre Moscovici - Nouvel Obs
Réunis dans la salle de la Bellevilloise à Paris, jeudi 25 mai, par le Nouvel Observateur et Terra Nova, Daniel Cohn-Bendit, député Vert, tête de liste Europe-Ecologie et Pierre Moscovici, député PS du Doubs, ex vice-président du Parlement européen ont débattu de l'Europe politique et répondu aux questions des profanes venus les écouter: A quoi sert le Parlement Européen, qu'a-t-il fait, qu'est-ce que cela change au quotidien...? Extrait de ce débat qui a duré plus d'une heure.

jeudi 28 mai 2009

Décoder un tableau religieux.

Il y avait bien cette anecdote, quelques années en arrière, d’un élève de quatrième dans une église interrogeant: « qui c’est cette femme avec un bébé dans les bras ? » mais c’est en jaugeant l’inculture présente de certains étudiants en philosophie qu’Eliane Burnet a écrit son livre et nous régale de son exposé rigoureux aux amis du Musée.
Régis Debray, décidément en majesté, en ce moment, est cité en préambule pour appuyer que c’est en connaissant notre culture qu’on peut mieux apprécier les autres. A rapprocher du Dalaï Lama recommandant aux apprentis bouddhistes de bien étudier leur religion d’origine avant d’entamer leur tourisme spirituel.
A travers les évangiles, les écrits apocryphes, nous apprenons que l’âne et le bœuf apparaissent au chevet de Jésus par intermittence au cours de l’histoire, et de voir ces modestes animaux se prosterner a suscité bien des commentaires. La vénération de leurs os posa question. Il en est des montagnes d’interprétations, d’exégèses où les intentions de transmettre et de connaître sont émouvantes. La conférencière n’entre pas dans le détail de la forêt des symboles, mais esquisse à travers quelques tableaux la distinction entre une résurrection, une élévation, une ascension au-delà de leurs structures voisines.
Illustration bienvenue de la fécondité des connaissances qui ne s’appliquent pas seulement à des tableaux du passé, mais aussi à des œuvres contemporaines qui déclinent le thème de la visitation mille fois interprété mais réservant encore des surprises, tels ces Jésus dans le placard de sa maman rencontrant son cousin qui s’agenouille déjà.
J’ai bien aimé au delà de l’image qui a beaucoup servi « que chaque tableau soit une fête » cette idée de retrouver un cadre commun avec ses rites ses références où chacun apprécie l’instant ; même si les noëls de l’enfance ne ressemblent plus à ceux de l’âge mûr, une musique, des odeurs nous suivent.
Délices de découvrir des richesses insoupçonnées : par exemple à Capharnaüm, le paiement d’un tribut par le Christ en deux tableaux évoquant le même épisode. C’est quand même mieux de ne pas arriver vierge devant un tableau, ainsi devant « le massacre des innocents », ayant entamé notre angélisme nous gagnerons en savoir, en émotion, en plaisir.

mercredi 27 mai 2009

Inégalités à l’école

Establet met en avant Guingamp.
C’est bien de voir les gens. Au forum de « la République des idées », Baudelot avec sa carrure et son accent m’a semblé plus accessible et j’ai tout compris à Establet quand il a évoqué la petite équipe de Guingamp qui avait battu, la veille, une équipe de l’élite du foot français, Rennes.
Il utilisait cette métaphore pour faire valoir que les progrès de la masse profitent à tous, l’efficacité et l’égalité vont de pair dans le domaine de l’école.
La perspective pour des lycées en Zep de pouvoir faire accéder des élèves à Sciences Po, au-delà du destin individuel de ceux qui ont réussi, a transformé positivement la vie de ces établissements.
Dans les groupes de niveaux : les forts avec les forts progressent, les faibles régressent ; en classe hétérogènes, les forts progressent, les faibles progressent.
Establet un des chercheurs majeurs à faire valoir le « niveau qui monte » a reconnu que ce n’était plus d’actualité depuis plusieurs années en France.
D’après les enquêtes PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) menées tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans le monde, la France est championne pour la reproduction des inégalités liées au milieu social et de surcroit l’écart entre l’élite et les plus faibles s’aggrave.
Le Japon, qui est à un bon rang, considère que ce sont les résultats du groupe qui importent : eh bien chacun est tiré vers le haut !
« La France, hypocritement, le temps d’une messe croit à l’égalité de chacun devant Dieu, mais au dehors, l’idéal aristocratique triomphe ».
L’école devrait réduire les écarts de performances et en même temps sélectionner les plus aptes à commander. Ce désir d’égalité côtoie la reconnaissance du pouvoir. Et pourtant, les contradictions entre justice sociale et efficacité peuvent être fécondes, l’élite peut s’élargir. Celle ci pourrait se spécialiser, et s’obliger à la coopération alors que la France produit de bons polyvalents mais en milieu endogame, ghetto du haut.
Dans la même période qui a vu le nombre des étudiants multiplié par 70, celui des élèves des grandes écoles a été doublé seulement.
La logique économique a gagné tous les terrains et pas seulement celui du vocabulaire, toutefois l’état pourrait opérer un retour sur investissement en obligeant les « winner » à s’engager plusieurs années pour l’état qui a dépensé pour eux.
A l’autre extrémité, 130 000 « décrocheurs ».
Le CLEPT( Collège Lycée Elitaire Pour Tous) essaye d’amener ceux qui avaient des incompatibilités réciproques avec l’institution, à être leur propre recours. Alliant l’action et la recherche, cette équipe de profs entraîne les jeunes à se situer en surplomb par rapport à leur parcours.
Nous avons bien souvent peur pour nos jeunes, mais s’ils n’ont pas plus de perspectives serions nous amenés à grossir les rangs de ceux qui ont peur de nos jeunes ?

mardi 26 mai 2009

Shit colombien

- Oui, oui…Hm, hm…
- …
- Oui, alors… aujourd’hui… maintenant… ici…
- J’ai pas envie de parler…
- Pourtant… à dix heures, hein ? Hm… Hm !
- Oui, hm… C’est quelle heure ?
- …
- Vous ne répondez pas à ce genre de question… Je l’oublie toujours !
- …
- Maintenant…tiens ! Ca me rappelle un rêve de main. Mais elle ne tenait plus rien. C’était une main inerte… une main…
- Une main avec rien autour…
- Tout d’abord, il n’y avait que cette main. Je la voyais énorme et blanche sur un drap de bain blanc aussi… Ce blanc sur du blanc qui n’avait jamais vécu… ça me… ça me …
- Oui… ça, ça…
- Ca m’échappait ; elle pendait un peu bleue, cette main… Et puis, elle a disparu et la serviette aussi. Il n’y avait plus qu’un oiseau.
- Oui… la main, l’oiseau, les deux.
- (aparté) Non, pas un oiseau, non, surtout pas un oiseau avec la main. Je vois où il veut en venir ! Ces obsessions… Et dire que je paie 45 euros les vingt minutes pour qu’il me refile ses obsessions !
- Oui, l’oiseau, la main… ?
- Non. En fait c’était pas un oiseau. J’avais mal vu mon rêve. Je crois que ma vue baisse sur mes rêves.
- Ah, oui ? Ca baisse, ça baisse ?
- C’était une araignée, j’en suis sûr ! Avec ses huit pattes bien gonflées, bien gorgées de sang.
- Gonflées… huit, huit, huit…
- Huit ! Je sais ce qu’il pense : les pouces ont été sectionnés… Je n’irai pas de ce côté-là ! Il peut toujours déblatérer en tirant sur sa moustache !
- Huit, huit, huit !
- En fait, je ne sais plus si j’ai écrasé l’araignée… Mais j’ai eu envie de le faire…
- Oui, ces huit dans les poils …
- Il veut m’emmener là où je n’irai pas. Je le vois bien ce salaud à trifouiller de ses dix doigts dans… Il le sait cette ordure que je ne bande plus… Il me torture, le sadique et moi je lui refile 45 euros chaudement négociés pour vingt minutes de torture !
- Oui, doigts, araignée, poils…
- …
- …
- j’ai eu un autre rêve cette nuit !
- Autre… autre ?
- J’entrais dans une salle de bain…
- Hm, hum, autre ?
- Il y avait dedans un mec complètement shooté, écroulé près de la baignoire !
- Hm, hm…
- Il avait l’œil dégoulinant et des moustaches… Là, j’ai très bien vu les moustaches. Noires, raides, luisantes, huilées, à la Dali quoi !
- Hum… raides, huilées…
- Ca y est, il remet ça, il m’emmerde !
- Oui, l’huile…
- J’ai ressenti une angoisse profonde, ses yeux en disaient long. C’est une peur longtemps enfouie. Je ne sais pas s’il est encore vivant.
- Oui… long, profondément enfoui…
- Mais, j’en peux plus, je vais le tuer ce tortionnaire ! Deux ans que je bande plus. Il le sait bien ce pourri et il me tourne sur le gril ! Il me coupe tout ! Il me coupe tout !
- Oui… les choses enfouies…
- Alors j’ai fait quelque chose dans le rêve… J’ai pensé au shit colombien…
- Oui, le colon…
- Mais où il m’emmène ce con !
- …
-…
- Oui… hm … « Shit » en anglais, c’est ?
- Je sais que vous savez que je sais ce que c’est « shit » ! Shit ! Et re-shit !
- Mais vous ne voulez pas le traduire, hein ?
- D’ailleurs, ça ne devait pas être de bonne qualité. Y a des gens qui fument n’importe quoi ! Et après y s’étonnent d’être tout …
- Inertes, blancs, bleuâtres …
- Pourquoi ?
- …
- …
- …
- Ce type, je lui ai coupé les mains ; elles saignent pas. Elles sont vides comme gonflées d’air en fait. Je lui ai coupé les moustaches aussi. Elles sont tombées sur la serviette. Elles étaient toutes petites. J’ai parlé dans mon rêve… Tiens, je vais te lui dire à ce nul que sa théorie est nulle, nulle, nulle ! J’ai dit au mec qu’avait plus de mains ni de moustaches : ça t’apprendra à faire de la contrebande…
- Contre… bande
- Contre… bande
- Ce sera le mot de la fin, monsieur.
- …
- Les Vingt minutes sont écoulées.
- …
- Cette fois vous avez le compte juste. Merci.
- Merci. A lundi.

Marie Treize

lundi 25 mai 2009

Mon festival 2009 au Cannet

Des cinéphiles venus des Etats Unis n’ont pu accéder à la projection du Tarentino, et comme à quelques jours près, nous pourrons le voir avec d’autres à Grenoble, ce sont des films plus rares que nous avons recherchés dans les salles aux alentours de La Croisette.
Nous sommes partis avant la fin du film « Avant Poste » où une éducatrice viole un jeune qui lui est confié. Nous avons été d’autant plus scandalisé, qu’il était projeté dans un quartier excentré à La Bocca, une dame qui venait au cinéma comme une fête du dimanche, est repartie en disant « je n’ai rien compris ». Mais à l’opposé, nous avons été agréablement surpris par « Tree Blind Mice » : trois marins en goguette à Sydney à la veille de leur départ en Irak, n’avaient pourtant rien au départ pour nous passionner.
Même au bout de 24 films, prétendre saisir une tendance dominante dans le festival 2009 relève de l’abus que je m‘applique à consommer de suite.
Il est facile de relever quelques images communes dans les films des antipodes : des hommes en train de planter des piquets au bord des champs.
En disposant la grille du roman familial, je m’apprêtais à resservir la complainte des pères absents mais en dehors de Mussolini dans « Vincere », les papas sont plutôt appliqués avec leurs maladresses : « Romulus my father », « Adieu Gary » alors que les mères sont souvent insuffisantes voire terribles : « Yuki et Nina »« Lost person area », « Rain of the children ».
La « Merditude des choses » déclenche le rire avec des blagues régressives mais la consommation excessive de bière rend désespérante cette tribu truculente. Les familles, dans des conditions matérielles les plus difficiles, s’inventent des refuges : « Huacho », « La force de l’eau ». D’autres fois, les mères « assurent » : « Amreeka » et jusqu’à l’outrance, « Mother » ; elles charpentent de belles histoires.
Nous avons pris connaissance d’informations utiles sur la condition des Maoris à travers une amitié : « September » et partagé une solitude au bord de la fin de vie : « Thomas ».
Les éclairages sur les plaies de notre société « Sombras » concernant l’émigration africaine en Espagne, ou 7 prisonniers tenus en 15m2 dans « Bad boys cellule 425 » sont meilleurs quand ils sont sobres. Les grandes fresques trop colorées amoindrissent leurs causes, « Altiplano », alors que « Le murmure du vent » réussit à nous emmener dans les paysages kurdes et nous rappelle la tragédie de ces peuples. « Le rideau de sucre » nous fait souvenir de l’épopée cubaine.
La logique capitaliste broie les individus dans « Rien de personnel » alors que les familles bousculées par la modernité s’inventent des réponses avec « Apron strings » en passant, comme souvent, par la cuisine. Mais la marche vers le bonheur sera encore longue pour les filles même quand l’une s’appelle « Niloofar »(le renouveau) en Iran, ou se proclame « La fille la plus heureuse du monde » en Roumanie.
Cette fête du cinéma, c’est aussi retrouver les courts métrages et les esquimaux au Raimu. Mes complices remarquent que l’empathie des réalisateurs était plus manifeste cette année que précédemment où la violence inondait les écrans, mais à lire les journaux qui parlaient du même festival que celui que nous fréquentions, c’était bien assez sanguinolent, violent m’a-t-il semblé. Cette brutalité s’est retrouvée dans quelques courts métrages dérangeants malgré de jolies surprises avec « Logorama » animation drôle, rythmée, politique et « This is her » au montage efficace, quand le tragique se soumet sous l’humour.
Dans la suite des bonheurs de cet épisode cannois, l’opportunité offerte de suivre une leçon de cinéma des frères Dardenne a constitué un sommet de plaisir et aiguisera encore un moment notre appétit de cinéma. La compréhension d’un montage, le choix d’un bruitage nous approchent de la source où le courage de vivre vient prendre la file pour remplir son gobelet.

vendredi 15 mai 2009

Un an de blog

Depuis un an, j’ai déposé sur le blog 342 articles, 4025 personnes ont jeté un coup d’œil pendant un temps moyen de 1 minute 07, et 2963 visiteurs sont revenus , si bien que 11 160 pages ont été lues. Quand quotidiennement je constatais qu’il y avait une trentaine de visites, je restais parmi des effectifs familiers, mais le nombre total de visites sur une année : 6989, s’il est ridicule en regard des blogs majeurs, contribue à accroître mes étonnements par rapport à Internet.
Je participe aussi à un blog collectif « Réussir Ensemble Saint Egrève » où la confiance en l’expertise de chacun s’essaye à la mise en œuvre. Nous travaillons pour que la vigilance critique soit de mise, afin de sortir de notre communauté élective. Il est bon de secouer des hiérarchies, de remettre en cause la distance entre élus et électeurs dans cet espace qui peut combler ceux qui font de la coopération une éthique.
Pour continuer à me servir des mots de Daniel Bougnoux au forum de la « République des idées », les nouvelles du mardi de Marie Thérèse font en sorte que le passage de "la graphosphère" à la "numérosphère" est … un simple transfert.
Lundi : c’est cinéma.
Mardi : d’autres écritures. Dany et Marie Treize ont déjà donné.
Mercredi : j’arrive bientôt au bout de mon autobiographie professionnelle, « Faire classe ».
Jeudi : beaux arts.
Vendredi : livres
Samedi : politique
Dimanche : spectacles.
Je parsème au fil des jours quelques recettes de cuisine et des propos de canapé sur le foot.
Je remercie les piliers du site « Mon Saint Egrève » qui m’ont poussé à passer à l’acte et Gabriel qui m’a donné le coup de pouce technique décisif.
Au miroir de mon écran, en feuilletant l’album de mes photographies publiées, mon "ombre numérique" se tient, mais si l’expression électronique se veut interactive, la rareté des commentaires inclinerait à penser que ce blog est surtout un monologue.
Désormais, j’entrerai peut être dans un cycle de publications moins contraignant, et observerai une pause le samedi, jour de moindre fréquentation.
Là pour une bonne semaine, je n’ajouterai pas d’articles car j’ai le privilège de consacrer tout mon temps à voir des dizaines de films, je change d'écrans, et bien que ce soit au Cannet, je ne résiste pas à reproduire : « Yes we Cannes »
Je rédige mon article prochain pour lundi 25 mai.

jeudi 14 mai 2009

La beauté en temps de crise.

L’autre soir, chez les amis du musée, je m’émerveillais de la sophistication de la réflexion du conférencier qui nous entretenait de la beauté selon Gerhard Richter. Même si je n’avais pas tous les éléments pour accéder à tous les arcanes de ce brillant exposé de Bernard Blistene, j’ai goûté avec délices les fulgurances de Baudelaire reliant la beauté à la révolte.
Je trouvais de prestigieuses justifications à mon ennui quand sur un tableau et même dans la vie, l’harmonie proclamée s’impose, je préfère les décalages, les incertitudes, les surprises. J’ai aussi voulu comprendre « la photographie, c’est tout ce qui n’est pas moi » d’après Barthes : lorsque je suis derrière le déclencheur je ne suis pas sur l’image : ouf !
J’ai apprécié aussi le goût du maître des cérémonies à revisiter le sens premier des mots comme : « faire remonter à la surface » qui inviterait à poursuivre le jeu avec le mot : « objectif ».
Mais cet arsenal d’érudition m’a paru aussi si loin de ce qui nous tarabuste quotidiennement.
Nos politiques qui pataugent, s’agitent, s’excusent, pourraient-ils enrichir leur staff de tels penseurs ? Est ce qu’un tel regard ne peut que nous conduire à gratter des couches d’acrylique et à nous tourner vers des ombres. Les nombres comptent, l’économie s’essouffle, pendant que le théâtre brûle n’entends tu pas le souffle chaud d’un saxo ?
Des artistes ont divorcé de la gauche, Ségo désespéra le lectorat de Télérama, le anti Hadopi nous dépitent. Richter fixa la bande à Baader sur ses toiles, Picasso fit œuvre avec Guernica. Que faire avec Lampedusa où s’échouent les barques africaines ?

mercredi 13 mai 2009

Prise de tête. Faire classe # 31

L’apparition de cette funeste expression marquait le début d’une dégringolade.
Réfléchir devenait synonyme de souffrance aboutissant au comble :
« surtout ne pas se poser de question », c’est ce que dit le sauteur à l’élastique depuis le parapet.
Intello est devenu péjoratif, une insulte, un mépris. La tête en bas.
Des images d’ascenseur social sortent encore de claviers paresseux alors que l’idée d’élévation ne figure plus au goût du jour. La culture en un temple unique impressionnait trop : dans le passé, on se devait d’avoir lu ce livre, de connaître telle date … Ces sources de culpabilité se sont taries. Et en plus la valeur travail a été préemptée par Sarko, à quoi bon se fouler, prononcer le mot et vous voilà chez le maréchal. Le souhaitable, le désirable sont devenus relatifs, insignifiants. Dit-on encore : « élever » un enfant.
Il y a quelques temps, quand nous n’étions pas gouvernés par le morpion omniprésent, je m’en prenais à l’esprit de dérision qui envahissait tout l’espace.
Les « guignols de l’info », symboles d’une liberté de ton, furent un temps les maîtres puissants d’une pensée correcte, ils sont devenus un nom générique pour toute une manière d’envisager une société. L’anticonformisme à heure fixe, derrière des applaudissements commandés a perdu de sa verdeur, de sa vérité, calibré entre deux tunnels de pubs. Pour ne pas rougir du péché majeur du manque d’humour, il vaut mieux pour la victime de la satire, s’avilir, que reconnaître ne pas goûter l’ironie sans mesure. La flagellation quotidienne des responsables a dévalorisé la pensée un peu subtile. Pauvre Rocard qui pensait que la politique s’adressait à des citoyens en mesure de suivre les méandres d’une pensée complexe : il fut brocardé et apparut abscons. Il en arriva à tomber un soir dans « la boîte à coucou ».
On n’a jamais tant parlé des « people » depuis que le peuple dans son sens « noble » a disparu. Tout et son contraire. Les expulsions de sans-papiers s’effectuent pour des raisons humanitaires et la carte scolaire supprimée pour éviter les ghettos : elle les consacre. Sous les paillettes marrantes, la vieille passivité est entretenue par les nouveaux officiants cathodiques, ils chérissent les déclinologues et autres animateurs en désespoir.
J’avais écrit ceci il y a quelque temps déjà et les petites interdictions : affiche de Dahan, condamnation d’un repreneur de « casse toi pov’con », rappeur censuré, le conformisme qui se lève tôt et se couche tard, fait froid dans le dos. Quand des chroniqueurs se montrent irrespectueux c’est la tempête ! Lèse majesté envers celui qui a si peu de noblesse.
Alors le lecteur qui se régalait d’Hara Kiri devient prude, va cacher ses lectures destinées à un public averti. Ben oui : la prudence sera de mise par rapport aux enfants qui doivent être préservés et ne pas avoir accès à tout, surtout avec la caution de l’école. La « création du monde » n’en prendra que plus de prix, plus tard.
Bien sûr que la frivolité n’est pas cantonnée derrière les écrans plats ; il revient à l’école de redorer le blasons des valeurs dans une société du dénigrement. Mais à l’heure où l’on parle de coachs spécialisés en éthique, ce n’est pas à l’école maternelle de dispenser des leçons de civisme : décidément ceux qui nous gouvernent s’appliquent à prouver leur ignorance crasse des pratiques d’une école qui fut notre fierté !
La mission civilisatrice de l’école primaire républicaine ne s’est pas épuisée quand chaque commune a obtenu sa communale, et ce n’est pas du luxe au temps de Frédéric Lefebvre et de Nadine Morano.
L’homme s’est sauvé quand il s’est mis debout : il a pu envisager un avenir, le construire. Réfléchir, chercher, travailler.

mardi 12 mai 2009

Allumez le four !

Je vous tâte, je vous pétris. J'imagine que vos verres en sont tout farineux et que si vous pouviez parler, émettre plaintes et requêtes, vous réclameriez un traitement à la chiffonnette, une douche au Spray Clearme, un trempage intégral dans une chimie adéquate.
Les humains sont ingrats, chères lunettes. Les humains sont ingrats mais s'attachent aux objets… à leur façon. J'affirme que je vous ai aimées, mes mies, d'un amour constant et rapproché, allant jusqu'à vous chercher quand je vous avais sur le nez. Il en est ainsi: on ne voit pas ceux qui vous servent le mieux.
Au début de notre relation, je vous ai subies comme on subit les éléments naturels, les aléas de la vie, l'accumulation des années. Aujourd'hui, c'est à peine si je vous vois. Vous ne m'êtes plus d'aucun secours.
J'ai de la peine, cependant à me séparer de vous, comme lorsque j'allais faire piquer mes chiens chassieux, goîtreux ou cancéreux. Sans emploi, vous vous seriez encroûtées.
Je vous range dans votre étui à ressort, votre sarcophage Steroflex bien que de chair vous n'ayez miette. Je pose sur vos cercles jumeaux, vos seins glacés, sur vos bras graciles de fillette anorexique, ce suaire synthétique avec lequel je vous astiquais trois fois par jour, vérifiant sur le bleu ou le gris du ciel la perfection de vos transparences.
Cloîtrées dans cet étui rouge que je vois d'un gris anémique qui tremblote et s'égare tel un nuage entre le plafond et le plancher, bouclées, coffrées, vous l'attendrez longtemps votre prince charmant !
Dans quel pétrin vous voilà !
Mes doigts ont vérifié, ces derniers mois, les dégradations que vos verres annonçaient sur mon visage. Aujourd'hui, je ne me vois plus…
Vous ne servirez plus mes passions botaniques, mes illusions d'amateur quand à grands coups de pinceaux, je guérissais sur la toile une nature trop étrange.
Certes vous ne me protégerez plus des postillons des infatigables parleurs. Comment leur dire, à ces amis, que je les voudrais muets en compagnie de ma cécité. Mais ils parlent : ils se consolent.
Je sais, je sais…L'oraison est pompeuse! Mais je procède à vos obsèques.
Vous allez reposer sur le manteau de la cheminée, près de l'antique horloge. Il paraît que certains endeuillés déposent en cet endroit les urnes renfermant les cendres et osselets de leurs chairs disparues.
Mon amour est parti.
Un homme si généreux ! Une canne blanche en cadeau d'adieu. Il m'en apprit le fonctionnement. Un bouton, un déclic et la voilà rigide, prête à l'emploi.
J'aurais préféré un chien, son poil odorant, sa langue râpeuse, ses soupirs apaisants au crépuscule.
Depuis que je joue avec ma canne dans le dédale de la ville, depuis que je range les objets avec un soin extrême - chacun doit habiter un territoire immuable, si je veux le retrouver - depuis que dans mes rêves, la lune tourne telle la toupie bariolée de mon enfance, depuis que la chaleur sur mes mains et mon visage est la seule preuve du jour, depuis…
On sonne ! Il est onze heures.
C'est le boulanger ambulant …
J'ouvre la porte et me vient cette odeur de blé et d'ortie, de laine et de sueur. Je tends les bras. Il attrape mes mains, les tient entre ses doigts hardis. Je tâtonne comme maladroite, je les caresse comme par mégarde. Cécité oblige… La croûte du pain est douce, agrémentée d'espiègles aspérités. La peau du boulanger aussi.
L'homme de onze heures sent la farine et le levain, le bois brûlé. Sa voix est celle d'un marin, forte, claire. Une voix de sel et d'algues. La voix des travailleurs de la nuit. Bruit des fournils la nuit sont bruits de la mer la nuit. Les pêcheurs tirent les filets, les boulangers étirent la pâte…
La miche est sur mes genoux.
Le boulanger sonne chez la voisine qui n'aime que les ficelles : une ficelle bien cuite, s'il vous plait ! La pauvrette achète des avortons de boulange et tout secs encore !
La miche est tiède contre mon ventre. Je la caresse, je caresse le ventre blond d'un jeune boulanger. Je caresse les champs et les forêts, les montagnes têtues, les fleuves habiles. Contre mon ventre je caresse le pain élastique et si vieux. Son odeur craque dans mes narines et me chante une mélopée : des lions rouges trottent parmi les graminées, le soleil se disperse dans les herbes. Une femme vêtue d'indigo revient de la source, les seins portés haut…
Pain de mes rêves, je te découpe, je prends dans ma bouche le beau travail du boulanger.
Demain, je le recevrai de nouveau, à onze heures avant qu'il n'aille sonner chez cette linotte de voisine et qu'elle s'étrangle avec sa baguette racornie !
Demain j'ouvrirai ma porte en douceur pour ne rien perdre du défilé des odeurs.
Mes mains frissonneront sur ses mains, sur son pain, mon enfant, mon enfant quotidien. Le rire fort et clair, les mots jetés comme des poignées de lumière.
Je fermerai la porte sans bruit.
Le croûton éclate entre mes molaires. Le plaisir éclate dans ma bouche.

Marie-Thérèse Jacquet, alias Marie Treize

lundi 11 mai 2009

Still walking

Oui, il faut encore marcher, et que les escaliers sont pénibles à gravir après la mort d’un fils pour cette famille qui se retrouve une fois l’an chez les parents !
Film essentiel, profond, délicat, les personnages ne sont pas forcément ce qui apparaît d’eux, la tendresse côtoie la violence, le sourire la douleur.
Bien au-delà du cliché à propos de la société japonaise coincée dans ses codes de politesse, c’est toute la complexité de notre condition humaine qui est présentée à chaque plan, ou la modernité s’affronte à la transmission, l’individu à la société. Autour des sushis s’éprouvent le temps et les solitudes. Les entrelacs des relations dans la maisonnée sont traités avec retenue, ainsi ces récits familiaux où dans la banalité se disent des vérités essentielles qui seront perçues seulement plus tard. Les invités repartent lestés de nourriture après ce dimanche dans la maison à l’ombre de la canicule qui cuit dehors.
Nous sommes concernés par cette histoire à l’autre bout du monde, si proche.

dimanche 10 mai 2009

Federico l’Espagne et moi

Quand Daniel Prévost, un des plus célèbre comédien du festival off d’Avignon, se la joue modeste, tout en titrant « Lorca et moi », l’écueil est de taille. Eh bien, le comique aux lèvres minces réussit à s’extirper des images publicitaires avec naturel et sincérité : Il nous rappelle son engagement du côté de la C.N.T. Il n’est pourtant allé en Espagne que l’an dernier, et c’est l’enfance avec ses images héroïques qui revient. Il est vrai qu’il suffit d’un air de « Ay Carmela » pour que nous devenions indulgents. Quelques forts morceaux de Lorca qui n’est pas du genre à vous tapoter l’épaule en douceur.
« A cinq heures du soir.
Quand vint la sueur de neige
à cinq heures du soir,
quand l'arène se couvrit d'iode
à cinq heures du soir,
la mort déposa ses œufs dans la blessure »

samedi 9 mai 2009

Cassé !

Je regarde volontiers, le samedi à 13h 15, l’émission : « Mon œil » sur la deux. L’autre jour, un simple extrait très bref d’une interpellation de Pujadas à un responsable CGT de Continental faisait ressortir d’une façon cinglante la coupure des médias avec le peuple. J'allais dire interview, mais cela supposerait que l'invité ait la possibilité de développer un peu sa pensée, ce qui n'est pas le cas.
Après que des ordinateurs aient été passés par la fenêtre de la sous préfecture, le présentateur voulait faire dire à l’ouvrier interrogé qu’il regrettait ces « violences ». Mais instant rare de vérité, le syndicaliste ne s’est pas incliné devant le prêtre cathodique. Il n’est pas entré dans le jeu répondant comme j’ai pu le lire par ailleurs : « ils nous traitent de casseurs, mais qu’est ce qu’ils font contre ceux qui cassent nos vies ? » Les maîtres de l’opinion ont beau mettre des caméras jusque sous les douches, pour scruter la « vraie vie des vrais gens », le « journaliste » ne comprenait pas, il n’avait pas l’habitude, à l'Elysée pour les communications présidentielles, c'est plus facile. La force de cet ouvrier, sa solidité m’ont frappé, c’est que ces voix là se font tellement rares. Il ne se soumettait pas, ne rentrait pas dans le jeu, le présentateur vedette du journal télévisé en resta coi.

vendredi 8 mai 2009

XXI, printemps 2009

Cette fois dans le trimestriel un dossier consacré à l’Islam avec, comme d’habitude, trois articles sous des angles originaux: un remake du film "Tarzan" au Pakistan, des cousins aux destins antagonistes à Beyrouth, la description d’un réseau éducatif à partir d’un intellectuel religieux turc classé parmi les personnalités les plus influentes du monde.
Et toujours des rubriques plus concises où se décryptent les mouvements profonds de la société : la crise de la presse, par exemple, et des éclairages sur des personnalités : Warren Buffet et d’autres.
L’Afrique est encore bien présente avec une bande dessinée impitoyable. Le dessinateur va voir son père qui a investi dans un village touristique au Sénégal, il répète sans cesse : « On n’est pas bien là ? » : « L’Afrique de papa », pathétique. Il y a aussi les photos des « sapeurs de Brazza », et un reportage graphique au Rwanda : « mon voisin, mon tueur ».
Dans leur tour du monde, les reporters vont fouiner dans les recoins cachés aussi bien chez les Kennedy où Rosemary fut effacée de la lignée, ou au Japon quand par dizaines de milliers des hommes s’évaporent de la société pour fuir le plus souvent leurs dettes et la maffia. Des nouvelles du Tibet à travers une bloggeuse chinoise, ou une cousine chez le baron Seillière qui rue dans les brancards des Wendel, et puis Depardon : ça ne peut être que bon !

jeudi 7 mai 2009

Poulet au vinaigre

La différence, c’est la qualité du poulet : même fermier dans les grandes surfaces, ses filets s’effilochent, il ne vaut pas celui que j’ai découvert au marché de Fiancey, ils viennent de chez Ricardi à Sillans et ils savent se tenir.
Pour quatre personnes : deux cuisses et avant cuisse et deux filets à couper en morceaux, fariner. Faire dorer dans l’huile d’olive, il existe une version beurre et vinaigre de cidre, jus de pomme que j’essaierai volontiers. Pour rester dans les goûts qui ont du caractère ajouter pas mal d’ail et du laurier, saler poivrer, déglacer au vinaigre, puis ajouter un bouillon de volaille pour continuer la cuisson 20 bonnes minutes…dans une cocotte. Si la sauce manque de velouté, retirer les morceaux de poulet et faire réduire le fond. Servir avec du riz et un trait de crème.
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Si on a peu de temps : faire revenir les morceaux de poulet dans l’huile ou le beurre, laisser mijoter un bon quart d’heure, sel , poivre et estragon, un peu de crème à la fin : c’est tout bon.

mercredi 6 mai 2009

Collégiens en Italie

Une brève interruption dans le ressassement de mes années primaires, pour fixer quelques instants d’un récent accompagnement d’élèves de 3ième à Rome et Florence.
Le parti pris de faire assumer le guidage par les élèves chargés de présenter aux autres voyageurs chacun à leur tour, le Colisée, le mont Palatin, le porcellino… a gagné en efficacité avec la possibilité offerte au palais Borghèse, d’équiper chaque conférencier en herbe d’un micro relié à l’oreillette de ses camarades. Cela n’indispose pas les autres visiteurs mais relie le guide et ses auditeurs, intimement. A cette occasion notre passeur de quinze ans qui avait étudié sur internet Le Caravage, en découvrant le tableau original, nous a offert un grand moment de réussite pédagogique où l’émotion rejoint la connaissance. De même la main de Pluton enlevant Proserpine, sculptée par le Bernin, n’a laissé personne de marbre.
Nous avions envisagé des dispositifs variés pour fixer les découvertes des élèves appelés à renseigner des QCM, repérer des détails, aborder des vocabulaires nouveaux. Scénettes d’interviews de Léonard ou Michel Ange, mots croisés, mêlés, tout en ne restant pas le nez sur la photocopie au pied des œuvres ou dans les lieux même. Il y eut par exemple validation par appareil photographique numérique de trois points de vue imposés à Santa Maria dei Fiori où les jeunes animatrices poinçonnaient le plan de la ville de ceux qui avaient respecté la consigne. Plus inattendue, l’écharpe de supporter du GF 38 : « ensemble gagnons les sommets » brandie devant le David ou sur le Ponte Vecchio valait le surlignement sur papier des sites majeurs de la ville. Nous avions embarqué un porte-voix qui nous a rendu service dans les brouhahas des foules de touristes où nous avons joué de la distinction. Depuis des siècles, la destination italienne fut celle de la jeunesse cultivée ; en route vers le lycée Stendhal les futurs héritiers du patrimoine ont pu tirer bénéfice de ce séjour mais aussi ceux qui ont cicatrisé pour un temps de leurs blessures de famille ou d’une société qui les appelle à la passivité. Il existe le syndrome de Stendhal qui atteint ceux qui sont tellement submergés par l’émotion artistique qu’ils connaissent des troubles physiques. Moments didactiques et partagés devant les esclaves de Michel Ange émergeant de la pierre à la Galléria dell Accadémia, connivences sur l’échine d’un sanglier florentin, des milliers de photographies pas forcément tournées vers les acanthes décoratives. Des épisodes revigorants pour croire que l’éducation est possible, même si parfois nous sommes portés à en douter chez Darcos et Sarkos. Le pays de Pétrarque est aussi celui de Berlusconi qui veut des jolies filles sur ses listes aux élections européennes. "Une de Berlu, dix de détroussées": merci le Canard Enchaîné.De quoi se changer en arbre comme Daphnée pour échapper à Apollon, et là c’est divin quand le Bernin est au maillet.

mardi 5 mai 2009

Coincée

Alice était pauvre. Toujours, elle s'était sentie pauvre. Même devenue veuve et riche, elle économisait, emplissait ses bas de laine en Bourse… enfin son conseiller financier se chargeait de ce tricotage. Alice n'avait pas suffisamment d'affinités avec l'argent pour s'y salir les mains. Ce qu'elle aimait le plus au monde c'était la lecture des romans du XIX ième siècle qui décrivent si bien la pauvreté du peuple des laissés pour compte. Elle raffolait des œuvres de Hugo, de Dickens. Elle aurait adoré Zola mais quand la pauvreté se roule dans la fange, l'alcoolisme, le stupre et la violence, quand la pauvreté perd les joues creuses et nacrées des sylphides de Moreau pour adopter les chairs bouffies et violacées des pochardes, cette pauvreté-là l'emplissait de dégoût. La pauvreté se devait d'être digne, besogneuse, vertueuse et pourquoi pas, pieuse. Le Dieu auquel croyait Alice n'avait-il pas annoncé : Bienheureux les pauvres, car ils seront rassasiés. Alice aurait aimé que son Seigneur ajoutât : Et qu'ils se lavent pour sentir bon, et mériter vos aumônes.
Quand son conseiller financier l'informait de la prospérité de ses valeurs boursières, Alice ressentait au bas du ventre une sorte de spasme qui lui procurait une intense satisfaction mais aussi une vague honte qu'elle chassait vite. Nombre d'associations caritatives la sollicitaient. Elle ne donnait jamais suite à ces demandes de secours. "Aider financièrement les gens ne sert qu'à les enfoncer, à les rendre dépendants et paresseux. »
Donner aux mendiants me confiait-elle, c'est alimenter les sources du mal." Elle ajoutait qu'elle priait pour tous ces malheureux, que le Seigneur avait dit qu'il y aurait toujours des pauvres parmi nous, qu'elle même vivait avec économie et ne s'en portait pas plus mal.
Ses courses étaient vite faites: elle avait sélectionné les petits commerces où l'on est à l'abri des tentations en victuailles. Elle achetait les fruits en déclin, les légumes en agonie, se privait de viande, s'autorisait de temps à autre un rectangle de poisson panné, un yaourt en pré-retraite.
Elle s'habillait au moment des soldes. Mais ses choix toujours judicieux (elle ne manquait pas d'une certaine élégance) l'amenaient à sélectionner les grandes surfaces du prêt à porter. Les soldes de chez Toutou sentaient la naphtaline, mais elles étaient plus avantageuses que chez Tata. En outre chez Tata, les étoffes prenaient une odeur de patchouli et de henné à force d'être froissées par des mains un peu trop brunes.
Elle faisait le marché le mardi dans son quartier élégant… vers midi quand les bonnes affaires faisaient sa joie. Elle rentrait chez elle chargée de dix kilos de prunes, par exemple, gardait les plus gâtées pour sa consommation immédiate, congelait le reste pour l'hiver ou se lançait dans les confitures. Quand on lui faisait remarquer qu'elle ne consommait que des fruits et des légumes pourris, elle rétorquait qu'on exagérait, et que d'ailleurs les chiens enterraient leurs os pour les déguster ensuite ? Des scientifiques n'avaient-ils pas démontré que ces os développaient sous terre des vitamines indispensables à la bonne santé de ces animaux perspicaces ? "Regarde-moi, ajoutait-elle en se redressant, ne suis-je pas en bonne forme?" Je ne pouvais que l'approuver.
Alice s'alimentait, point. Savourer, déguster étaient des mots de riches et en son âme, Alice était pauvre, aussi pauvre et pure qu'un désert.
Un samedi, elle décida de se rendre dans un magasin de fripes que je lui avais indiqué dans le quartier arabe de notre ville. Une imposante matrone, yeux verts cerclés de khôl se leva prestement quand Alice poussa la porte où s'affichaient des prix alléchants : cinq euros, la robe, vingt euros les cinq. La volumineuse kabyle se mit à tournoyer dans ses voiles, ses franges et ses verroteries, dirigea habilement sa cliente vers des robes vaporeuses, lumineuses comme la nacre. Enfin des robes dignes de Peau d'Ane.
-Cinq robes, ce ne serait pas sage, soupirait Alice en laissant glisser les soies et les taffetas sur ses longues mains.
-Ma joulie, ces roubes sont des rives… Achète, achète. Première qualité. J' y toute bien lavé et ripassé !
Oui, ces robes sentaient le propre mais Alice tint bon. Une robe seulement !
Elle enfila immédiatement un miracle de soie et de dentelle mordoré, paya, remercia.
- Riviens quand ti veux, ma joulie. Ti es aussi béle que la princesse de Mille et une nuits !
Alice s'envola, légère, véloce comme une barque ancienne que l'on vient d'équiper d'une voile neuve. Ses pas l'amenèrent dans une rue très chic où elle ne mettait jamais les pieds par peur des tentations. Sa marche énergique l'avait mise en appétit. Des odeurs délectables excitent ses papilles. Elle ne contrôle plus ses jambes, elle marche comme un jouet télécommandé, se retrouve assise devant une nappe immaculée où le serveur de ce luxueux restaurant (trois toques) vient de la pousser avec une douceur et une fermeté qu'aucune main d'homme ne lui a fait ressentir depuis très longtemps.
- Nous avons des soles de l'Atlantique encore vivantes. Regardez l'aquarium…
- Oh, oui ! Vite, j'ai si faim!
- Grillée?
- Grillée.
Elle n'attend pas longtemps, se contentant de humer la rose blanche penchée vers elle, contempler les cuivres et les acajous, les tentures de lourde soie indienne.
Les tapis mousseux éteignent les pas des serveurs souriants, ondoyants. Des hommes vifs et précis, de jeunes hommes… Depuis combien de temps n'a-t-elle pas regardé un homme?
La vie est belle. Elle est divine quand la sole craquelante, fumelante et parfumée de citron se pose devant le nez et la bouche d'Alice.
C'est un peu plus laborieux de dégager les chairs blanches de la sole que de trancher dans le lieu noir panné.
Quand l'arête se plante dans le gosier, tout au fond du gosier d'Alice, rien n'y fait.
Ni le Sancerre pourtant bien frais, ni les secours prodigués par les garçons, ni les soins trop tardifs du médecin bénévole au local de " Médecin du Monde ".
Un dernier baiser à l'amie décédée. Son visage est bouffi et violacé mais elle porte une robe magnifique qu'on ne lui a jamais vue. Une robe digne d'un personnage de Gustave Moreau.
Marie Treize

lundi 4 mai 2009

Villa Amalia

Depuis « Welcome » au cinéma, je vois les piscines différemment.Dans ce film de Benoît Jacquot,Isabelle Huppert se fatigue à aligner les longueurs, à courir la belle Europe, elle est perdue, elle cherche un nouveau pays. Des afghans fuyaient le leur pour se retrouver à Calais, ici la belle bourgeoise dégote à Ischia une villa très déco qui offre une vue splendide sur la Méditerranée. A part celles de La Fontaine, je ne goûte pas trop les fables, celle-ci se laisse regarder. Pourtant ces malaises occidentaux esthétiques sonnent un peu creux, surtout quand toute psychologie est bannie. Alors les invraisemblances du scénario peuvent ressortir après s’être mollement laissé balader à la suite de la pianiste qui dégage toujours autant d’étrangeté. Elle suit sa trajectoire, mais prière de ne pas plaisanter avec elle. Son secret est-il au bord du trou où descend le cercueil de sa mère, dans les fuites de son père plus proche de ses morts que des vivants ?
La musique parfois dissonante est bien en accord avec le propos du film.

dimanche 3 mai 2009

Idiot !

J’adore éprouver quelques poussées régressives quand par exemple une musique assourdissante épate le bourgeois.
Les acteurs de cette pièce d’après Dostoïevski n’ont pas lésiné sur les porte-voix, les musiques poussées à fond, pour crier l’intensité de leurs convictions quand ils en sont au désespoir de se faire aimer. A fendre l’âme.
J’étais assis au second rang et j’ai reçu cette performance de trois heures en plein dans la gueule, avec quelques gouttelettes de peinture, des paillettes.
Un des acteurs a ajouté un « s » à idiot peint sur le fond de la scène.
Oui chacun dans son genre est un idiot : à crier son amour, sa nostalgie, son impuissance à changer ce monde corrompu, abandonner son bébé dans un berceau et rabâcher son amour encore, mettre en scène un suicide et le rater régulièrement, rêver d’un ailleurs, d’absolu et se noyer dans l’alcool, la mousse, les pétarades. La rédemption est impossible.
A la MC2, c’était l’année Dostoïevski, j’ai préféré l’autre pièce de six heures : « Les possédés » qui était tout aussi porteuse de sens pour saisir notre époque décadente, sans avoir besoin de passer Sarko sur un écran. La violence était tout aussi authentique bien que moins spectaculaire. Les effets moins distrayants, m’ont davantage marqué, même si j’ai été touché par la sincérité des acteurs de Vincent Macaigne, leur engagement intense dans cette épique soirée où sous des litres de peinture passe la poésie, la rage. Cette beauté là, est compulsive.

dimanche 26 avril 2009

Rome au cinéma

Jean Serroy, monsieur cinéma à Grenoble, lors de sa conférence pour les Amis du Musée, a insisté sur le prix des imperfections de « Rome ville ouverte » pour témoigner des conditions de réalisation du film par Rossellini, tourné avec des bouts de pellicule récoltés à droite et à gauche dès la libération. Les gosses, qui viennent d’assister à l’exécution du prêtre résistant qui les enseignait, retournent vers la ville d’où émerge le dôme de Saint Pierre. Celui-ci sera vu d’en dessous dans un film hollywoodien consacré à la vie de Michel Ange. Ainsi se mêleront des extraits de productions américaines : « Vacances romaines » avec Audrey Hepburn et Grégory Peck en Vespa jusqu’à Nani Moretti en Vespa aussi dans « Carnets intimes », alors que Scola nous mène en autobus dans « Les gens de Rome ». Anita Ekberg se baigne dans la fontaine de Trévi, pour toujours : « La dolce vita ». Tout ne s’efface pas à l’air pollué d’aujourd’hui comme la fresque antique dans « Fellini Roma », la ville est éternelle, elle offre ses strates de temps et aussi ses péplums, son néo-réalisme, ses comédies qui nous enchantent sous les ritournelles musicales qui vous embobinent.
« Nous nous sommes tant aimés », c’est un beau titre, au passé composé.
Je pars à Rome, ce dimanche, accompagner des collégiens, retour pour la manif du 1er mai.

samedi 25 avril 2009

Oiseaux matiniers

Pour un printemps, cet extrait d’Anna De Noailles :
« La juvénile odeur, aigüe, acide, frêle,
Des feuillages naissants, tout en vert taffetas,
Sera plus évidente à mon vif odorat
Que n’est aux dents le goût de la fraise nouvelle ».

Je découvre les poèmes de la coquette comtesse du XIX°.
Avec ces mots d’avril, me revient le souvenir des rédactions hebdomadaires de mes années collège, avec les heures passées à peser les mots, les phrases, et ma reconnaissance d’aujourd’hui de goûter l’écriture et le temps.
Ce ne sont pas les machines à reconnaissance vocale calibrant les paroles qui sauront trouver les parfums du printemps, les vapeurs des rêves, les mots bleus.
Des pierres sont jetées chaque jour sur l’écriture.
Il restera un alphabet en ses polices, mais plus de suspension, de pointe levée le temps d’une nuance ; un jet continu, un blabla envahissant nappera une sphère confuse.
Tchao Anna ! Qui oserait encore tutoyer le soleil ? Est ce parce que plus grand monde ne saura prendre un peu de temps pour chercher un mot, que ce cher matin ne pourra plus écarter « la mort, les ombres, le silence, l’orage, la fatigue et la peur » ?
Et les oiseaux trouveront-ils un dictionnaire pour se reconnaître à « matiniers »

vendredi 24 avril 2009

La rêveuse d’Ostende

E.E. Schmitt connaît un grand succès en librairie ; je l’avais apprécié au théâtre dans « les variations énigmatiques » où il était question des rapports de la littérature à la réalité. Dans ce recueil de nouvelles, des personnages interrogent aussi nos rapports aux livres : la rêveuse ne lit que des classiques, un autre méprise les romans de fiction au plus haut point, quant aux livres achetés en grande surface... Sujets intéressants, mais si au théâtre nous pouvons échapper aux lourdes présentations, là l’auteur m’a fait souffrir. Quand il marche pied nus à Ostende, c’est la morsure du sable qui vient ; pour les galets : prévoir des sabots. Les sujets sont intéressants comme la relativité de la beauté humaine, avec pas mal de rôles féminins aux formes généreuses, mais les situations mises en place sont trop didactiques, prévisibles, artificielles, sans subtilité : un théâtre de marionnettes.

jeudi 23 avril 2009

"Quintet" au MAC

Le musée d’art contemporain de Lyon proposait aux visiteurs, cinq auteurs de bandes dessinées.
Shelton et ses freak brothers ( barjots) aux yeux étonnés, l’underground en surface,
Stéphane Blanquet, ses ombres chinoises monstrueuses en courts métrages gore, son train fantôme,
Masse qui recycle de fines gravures du début du XX° en des récits baroques et présente des sculptures intrigantes,
Joss Swarte, le hollandais, très « ligne claire » a un propos poétique teinté d’absurde, très soigné comme peut nous étonner
Chris Ware avec ses signes à profusion dans un rythme harmonieux.
Parfois des galeries font honneur à des artistes alors que la virtuosité, l’originalité étaient plus évidents chez certains créateurs de B.D.
Justice est rendue à ces cinq auteurs qui, à partir des planches habituelles dont nous saisissons mieux le travail au vu des originaux, nous régalent d’autres dimensions de leurs productions dans un lieu qui les met bien en évidence.

mercredi 22 avril 2009

Poètes dans nos petits papiers. Faire classe # 30

Au commencement de la journée virevoltent les verbes enrubannés.
Dites-moi une plus belle vie que celle qui commence chaque matin par des mots en guirlande, des poèmes ? Il en fut ainsi.
- Chaque enfant possède un recueil d’une centaine de poèmes.
- En début d’année chacun se doit de présenter un poème appris dans les classes précédentes.
- Chaque samedi des volontaires s’engagent à réciter en solo ou à plusieurs en s’inscrivant pour la semaine suivante.
- Les élèves de service appellent les récitants
- Je vérifie le cahier de travaux pratiques où le texte est recopié et illustré, je le montre aux auditeurs. La poésie vaut pour la parole mais aussi en son écrit et son illustration.Certains en garnirent trois cahiers.
- Le public critique.
- Le nombre de poèmes portés à la lumière figure sur le bilan trimestriel.
La poésie est un secteur éditorial infime réservé aux poètes qui se lisent entre eux, un enjeu négligeable. Mais quand j’ai entendu sur France Culture que Prévert symbolisait le poète pour instit’, je me suis senti fier d’aimer l’anar à la clope. La production d’albums de poèmes pour les enfants est riche et attractive : la poésie n’existerait-elle que pour une réserve de mômes ? Innocence des débuts, mariages et banquets, enterrements, ces moments de la vie les plus solennels se dilatent avec quelques vers sonores. Et de cette vie qui court, remontent quelques rimes qui constituent une communauté, une nation : mots-clefs, clins d’œil, références communes.
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? » La Fontaine
Quand sous les étoiles d’une nuit au Sahara reviennent des mots communs à un touareg indigo, c’est « l’âne si doux marchant le long des houx » qui ramène ses sabots. Grand moment à la lueur d’un feu des premiers âges, luxe suprême.
Noémie spécialisée en La Fontaine et Laura en Victor Hugo nous offrirent cette année là un festival permanent. Ne pas craindre la complexité, elle s’éclairera plus tard. Là, des performances m’ont encore étonné et renforcé ma conviction que la mémoire se cultive très tôt. Ne pas prendre les mômes pour des billes !
Des objets insolites (attrapeur de rêves canadien, fée clochette…) occupent un coin de la classe avec les albums, fabliers, boîte pour fiches à emprunter.
Privilège de durer dans le poste : une ancienne élève avait relié par une tresse de laine le recueil de ses poèmes préférés pour ceux qui viendraient après elle dans la classe. Merci.

mardi 21 avril 2009

Anantapodoton et anacoluthe s’en vont en bateau.

Préambule: Le « Gradus » est un dictionnaire des procédés littéraires ; auteur, Bernard Dupriez. Mon édition en 10/18, date de 1984.
Gradus ad Parnassum « escalier vers le Parnasse, séjour des muses… »
Les sciences inventent des termes dont le sens nous est inconnu mais qui ne sont pas insignifiants pour notre imaginaire. On se rappellera Colette, enfant, rêvant au mystérieux« presbytère ».
Pour ma part, j’adore le terme « concupiscence » savoureux aux lèvres de certains prêcheurs de la sainte église catholique. Prononcez-le, lentement, syllabe après syllabe. N’est-il pas surprenant que ce mot proclame ce qu’il condamne ?
« Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux »
a écrit René Char. L’écriture automatique des surréalistes exploite cette mine !

Anantapodoton et anacoluthe s’en vont en bateau.
Il y aurait d’une part, ce dialogue entre un théoricien du haïku d'origine européenne mais vivant à Kyoto, à qui l'éditeur du Gradus, aurait commandé un manuel facilitant l'écriture des haïkaï. Je devrais vous l'écrire autrement cette première phrase trop bourrée d'informations (avec anantapodoton intégré) qui n'ont rien de folichon, qui exhalent une tristesse de soirée studieuse peut-être alcoolisée, quand s'emmerdent les futurs candidats à l'agréation de lettres modernes ou pas.
Soit l'auteur du Gradus*, B.D. s’entretenant avec son éditeur que nous nommerons « éditeur »
Editeur - Mon vieux, votre Gradus, il est un peu démodé. Austère, quoi ! Les jeunes et même les moins font une allergie tellement c'est poussiéreux, d'aspect. Mes concurrents éditent des versions light de votre ouvrage. Bien plus digestes.
B.D. - Ils me pillent, ces fainéants. C'est du rapt. …
Editeur - N'exagérons pas… Ils nous font aussi de la pub… Chaque année les universités, les prépas diverses aux divers concours recommandent l'achat du Gradus. A la radio il n’est plus question que de chiasmes, d’oxymores, d’euphémismes dans les jeux télévisés.
B.D. – J'en sais quelque chose ! Ma petite fille Camille prépare l'agrég de lettres modernes. Et bien vous savez ce qu'elle m'a dit ? "Papy je vais abandonner. Je perds le sommeil, ma libido est au plus bas. Ton bouquin, c'est relou grave. J'oublie au fur et à mesure que j'apprends… ça me fèch d’une force !"
Editeur – Vous savez que la poésie japonaise est dans le vent. Tout le monde écrit des haïkaï. C'est devenu une activité incontournable des ateliers d'écriture du premier au quatrième âge. Même les vieillards atteints d’Alzheimer y excellent, ils passent si naturellement du coq à l’âne, les pauvres !
B.D. – Excusez-moi mais je ne vois pas le rapport avec notre problème…
Editeur– J'y viens… Je connais un type qui enseigne le français au Japon ; il parle et écrit le japonais à la perfection. Il a d'ailleurs soutenu une thèse sur Issa. Si je ne me trompe ? Le sujet en était : "De la sublimation poétique chez Issa, éjaculateur précoce. "
B.D. – Attendez, je ne vois pas en quoi les éjaculations précoces ou non d'un moine japonais du XVIII me siècle concernent les compilations de procédés littéraires dont je suis l'auteur !
Editeur – Patientez ! Je lui ai proposé d'écrire une somme sur le haïku. C'est à la mode, ça se vendra. Le titre en serait bénin pour ne pas décourager… Genre : Le haïku sans douleur… Ou le haïku en un quart d'heure !
B.D. – Je ne vois toujours pas le rapport avec notre problème.
Editeur – J'y viens.
B.D. - … ?
Editeur – Voici ma stratégie : insidieusement en quelque sorte, afin de ne point effaroucher les lecteurs, notre distingué niponisant glisserait nommément les procédés littéraires de votre Gradus chaque fois qu'il décortiquerait un haïku. D'abord par des notes en bas de page citant votre ouvrage et puis peu à peu lui donnant toute sa place dans la partie majeure de son ouvrage. Une sorte de montée orgasmique…
B.D. – Je vois… Hum… Ce n'est pas une mauvaise idée, je crois même si je peux risquer cette hyperbole… qu'elle est géniale. En quelque sorte déconditionner tout en reconditionnant.
Editeur – Et voilà… A doses de plus en plus conséquentes. Grâce à des redites habilement programmées, le lecteur imprégné à son insu, n'aura plus peur de l'aposiopèse, de l'anaphore, de l'hypallage… Finis les boutons et les conjonctivites dont souffre ma chère petite Camille.
B.D.- Enfin la poésie de ma somme les ravira et je gage - on peut rêver - qu'ils finiront par lâcher les recueils de haïkaï pour se délecter uniquement de mon bouquin. Ce Gradus qui m’a blanchi le Chef !.
Editeur. – Que nous allons relooker. Couverture en couleur, illustrations érotiques mais esthétiques. Le maquettiste est déjà à l'œuvre…
B.D. – Et pourrai-je rencontrer notre… nouveau collaborateur ? Je veux dire, l'expert en poésie japonaise…
Editeur – Il est à Paris. Je vous invite chez moi demain. Sa femme sera du dîner. Je vous préviens, c'est une bombe textuelle. Hi ! Hi ! Suis-je bête !
***
Je reviens à la première partie de ce récit. Je me cite : " Il y aurait d’une part ce dialogue entre un théoricien du haïku d'origine européenne mais vivant à Kyoto… " Voici un bel exemple d'anantapodoton. J'ai trouvé ce terme reptilien dans le Gradus, comme il se doit, à la rubrique légèrement coquine, d'anacoluthe. Je vous recopie la définition du premier de ces deux mots : "… de deux éléments corrélatifs d'une expression alternative (comme les uns… les autres) un seul est exprimé". Dans le cas qui nous intéresse, c'est à dire celui de l'expert en poésie japonaise, il nous manque le deuxième élément : "il y aurait d’une part ce dialogue entre un théoricien du haïku ».. . Exit le deuxième élément. Vous connaissez la blague de Coluche ? Quelle différence y a-t-il entre (au hasard) une planche à pain ? Cela ressemble aux exercices de méditation zen, genre « applaudir d’une seule main. »
Le deuxième élément, ne peut-être que la femme, l'épouse du docteur es haïkiste, la supposée bombe sexuelle aux dires de l’Editeur.
Donc il y aura un dialogue entre cet homme éminent niponisant et son épouse.
Rejoignons le couple dans son jardin zen agrémenté de coussins. Ecoutons les.
Elle : Miel de ma vie, nectar de mon âme, délices de ma bouche… Viens, je t'appelle, je t'attends, je t'espère. Mon anacoluthe ruisselle.
Lui : (tout bas pour lui-même) Arch ! Saloperie d' anantapodoton qui ne veut se réveiller ! J'ai beau m'activer, il est aussi endormi qu'une litote !
(Tout haut) Bien aimée, azur de mes nuits, sel de mes rêves, poivre de mes muscles, miches de mes réveils… Patiente… en lisant mes derniers haïkus !
Elle : Quoi ! Comment ! Arch ! Tes haïkus ! Tes haïkus… Et ma césure… c'est un cuir !
Je vous comprends, cher lecteur, en supposant qu’un lecteur soit toujours en poste, vous voilà choqué ! Pour ma défense je pourrais invoquer cette brandade de morue trop chargée en ail, pesant sur mon estomac ! La vérité est plus prosaïque. Elle s’adresse à certains Messieurs dépensiers et peu imaginatifs : abandonnez les revues spécialisées, ces revues sur papier glacé, chaudement illustrées que vous croyez bien cachées et que vos héritiers découvrent sans coup férir dans le grenier, au-dessus de l'armoire à pharmacie ou sur la réserve d’eau des toilettes…
Déposez dans les lieux d'aisance un Gradus, régalez-vous ! Votre descendance y prendra goût. Et cet ouvrage fécond, éveillera peut-être des vocations de poètes ou des talents d'humoriste. A moins qu’un sort moins enviable détourne de leur fonction ces pages érudites. Evitez ce geste sacrilège !
Marie Treize
* Le Gradus est ouvrage épatant, planète étrange, riche en termes énigmatiques, d’une poésie totale, d’un comique surprenant. J’aime m’y promener, j’y cueille des mots rares qui se fanent presque aussitôt, ma matière grise n’étant pas un terreau favorable aux fleurs de la rhétorique.

lundi 20 avril 2009

Le chant des oiseaux.

Quand je verrai Albert Serra à l’affiche d’un film, j’irai en voir un autre. C’est lui qui a réalisé ce film en noir et blanc où il n’y a pas l’ombre d’un oiseau, pas plus que de poésie: une bonne purge de temps en temps serait-elle salutaire? La lenteur des plans conviendrait pour le côté esthétisant; pour l’humour annoncé par certains critiques, je ne vois qu’un rire nerveux qui peut advenir quand la corde de l’exaspération se tend. La raison peut reconnaître l’originalité du propos, mais je suis imperméable à celle ci et la fatigue peut vous amener à ne pas aller au bout du voyage de ces trois personnages tellement minablement humains qu’une bonne partie du public « se tire » de chez ces rois. Pas d’étoile pour ces mages.

dimanche 19 avril 2009

Bénabar

Au Summum, quelqu’un m’a dit que le parisien a eu un beau succès.
Je l’apprécie assez pour être allé, il y a déjà quelques années, l’écouter au Grand angle, et je commence à avoir une petite collec de ses CD.
Poète de mes 2000, impitoyable mais tellement fréquentable, sensible à l’air du temps et nous le rendant bien. Tendre avec les petits (l’employé amoureux de la majorette), implacable avec les bobos comme moi qui aiment être moqués, pourvu qu’on parle de nous !
La chanson est certes un art mineur, oui, et qu’importe, elle nous dit à chacun le temps et ses emballements, nos renoncements. Entre le Jeff déclamatoire de Brel où l’amitié pose ses tripes sur le vinyle et le petit bourgeois mesquin qui se fait livrer ses pizzas devant un DVD de De Funès, de la bière a coulé dans les bocks aux heures pâles de la nuit, Ferré !
Fini Jaurès, les Marquises ; nos ne trouverons pas la route de ces rendez-vous perdus d’avance dans des banlieues mal indiquées. En ces temps de répondeurs, le mot amour, voire amitié tourne à la pathologie pour addicts ados attardés. Bénabar nous excuse aussi de notre passé trop sérieux quand il fallait mépriser les Carpentier, où Jo Dassin s’accrochait pourtant à notre mémoire. Juste et délicat comme un dessin de Sempé, il dit le temps qui passe sans lyrisme, ni pathos, avec acuité, avec humour.
« Parce qu’on connaît par cœur
Le numéro du roi
Qui s’est fait couper la tête
Qu’on s’ rappelle sans effort
De notre digicode
Et de la distance du cent mètres
On en oublierait presque
Le numéro d’équilibriste
Le seul qui compte
Et qui consiste
A ne pas tomber. »

samedi 18 avril 2009

Souffrez ces suffrages.

S’il n’y avait que les anarchistes, à contester le bulletin de vote, les vrais, les noirs de chez noirs, cohérents à Blok, cependant il y en a d’autres, y compris parmi les garants les plus incontestables de la démocratie. Les épigones littéraires des anars sont portant devenus aussi rares que les chanteurs populaires socialistes, mais au hasard des résultats électoraux, l’amertume des perdants renforce l’incompréhension de certains participants à la compétition politique. Et de pleurnicher contre les médias vendus à l’adversaire, quand ce n’est pas l’ingratitude ou l’intelligence des électeurs qui est en cause pour avoir failli à leur égard.
Il est certes difficile d’avaler qu’un ouvrier vote à droite, pourtant quand nous acceptons pour notre favorite poitevine les millions de Bergé, nous aimons savoir que les lignes sont faites pour bouger comme il fut à la mode de l’exprimer ainsi, il y a peu. Si le déshérité fait davantage confiance aux défenseurs des héritiers, c’est que nous n’avons pas été assez convaincants, nous les défenseurs des petits. Nous n’héritons pas des électeurs. Nous avons bien peu confiance en nos idées quand nous évitons les contradicteurs, quand des sujets tabous s’installent. De mes années à fréquenter quelques belles figures libertaires, j’ai gardé ma préférence aux dérangeurs, aux poseuses de questions plutôt qu’aux affidés, aux dociles.
De surcroit, notre aversion à l’égard de Sarkozy ne doit pas nous faire ignorer ce qui l’a porté à la victoire : sa confiance en lui- même adossée au sens de l’efficacité. Nous aurions tort de nous rassurer sur notre pureté en constatant les reniements d’un Kouchner mais il n’y a pas que des fieffés arrivistes qui l’ont rejoint : il a séduit des Hirsch, des Rocard qui savent distinguer le pragmatisme d’un opportunisme, tout en bousculant son propre camp. Nous sommes nous aussi secoués certes, mais en dehors des jérémiades, des ressassements, le temps n’est pas à l’audace et quand des nouveaux militants pointent le bout du nez : prudence… au mieux. En ces temps de basses eaux où bien des certitudes sont ébranlées, cette façon dont je prends la vie politique, témoigne de la prééminence des caractères, des personnalités sur les idées. Bien sûr la sentence du « Guépard » a été ressortie, après le G20 : « il faut que tout change pour que rien ne change » et l’emballage médiatique nous enfume plus que jamais. Juste un détail qui semble éloigné du sujet et pourtant, pour éviter de s’accabler sous les coups de l’idéologie dominante : pour le film « monstres contre Aliens » en Ile de France : 106 salles de cinéma, pour Katyn de Wajda : 3 salles. Cause toujours.
Le signe à peu près égal que les électeurs placent entre nos affichages nous conduit à nous distinguer sur des broutilles, à nous montrer intransigeant sur nos fréquentations comme si pour élargir nos cercles militants nous ne devrions solliciter que les convaincus d’avance. Cette catégorie est heureusement épuisée. C’est avec celui avec lequel nous sommes en désaccord qu’il faut négocier, c’est auprès des dubitatifs que nous gagnerons. La fraternité qui se travaille dans nos groupes militants se vivra parce que prolongeant une mémoire, nous portons les mêmes valeurs. C’est que je viens de lire encore du Régis Debray : « Là où il n’y a pas de mémoire, il n’y a pas d’espérance » dans l’Obs.
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Par ailleurs l’hebdo nous raconte cette petite histoire- comment dire- ahurissante : « En quittant Birkenau, on croise un guide rencontré lors d’une précédente visite. On lui a signalé, à l’époque un groupe de trentenaires bruyants qui se prenaient en photo devant les pyjamas rayés et les valises des déportés, malgré les panneaux interdisant les clichés à l’intérieur des bâtiments. Il avait eu un geste las de la main, puis un soupir : « vous savez les pires, ce sont les juifs, ils se croient ici chez eux. »

vendredi 17 avril 2009

Paris Brest

« C’était disons, la nouvelle maison que mes parents avaient enfin achetée avec une partie de l’héritage de ma grand-mère, et en ce sens on peut dire que cette maison était chargée d’histoire, que l’argent qui avait servi à l’acheter était lui-même chargé d’histoire… »
Tanguy Veil a sûrement lu Marguerite Duras avec sa façon de chercher les mots, la familiarité, la légèreté et l’intensité, un rythme, mais pour moi, son style à lui est une révélation dans la production actuelle du roman français. Cette chronique familiale commence sur un air ingénu, puis la tension s’accroit, l’angoisse d’abord ténue devient pesante. Les révélations sont distillées par un montage subtil où il est question de pages en train de s’écrire qu’on est impatient d’achever comme dans un polar. Mais tout cela est-il bien vrai ? « Il paraît que tu écris des choses sur nous » A travers une atmosphère gris bleu, où les êtres se croisent, murés dans leur destin, ou bien s’égratignent, c’est un exploit aujourd’hui de rejouer le pouvoir de l’écriture avec cette virtuosité.

jeudi 16 avril 2009

Dessiner la révolution.

S’il n’y avait les salles d’exposition permanentes au château de Vizille, l’exposition temporaire concernant les dernières acquisitions du musée de la révolution serait un peu austère.
Pourtant, les dessins révèlent la vitalité, l’authenticité des artistes, et pour célébrer l’effervescence de ces heures bi-centenaires, ils constituent un moyen privilégié.
Les sujets présentés visent à édifier le citoyen : la république et à sauver et la nation en majesté montre « la Liberté des nations qui copient la table des droits de l’homme ».
On peut rêver plus imprévu, plus dramatique, plus vibrant.
Il y a un tableau inventé mais émouvant des adieux de Danton et Desmoulins devant la guillotine et de remarquables dessins préparatoires au tableau impressionnant vu au musée : « les dernières victimes de la terreur ». Les nuances, les recherches, le travail sont perceptibles, et là nous retrouvons l’épaisseur du temps, l’engagement de l’artiste un demi siècle après les événements qui ont retenti longtemps; ils étaient si jeunes.

mercredi 15 avril 2009

Pédagogiques conseilleurs. Faire classe # 29

Ayant trouvé mon bac dans la pochette surprise 68, ingrat boomer, j’en suis à approuver souvent les regretteurs du niveau-qui-baisse. Des surdiplômés arrivent dans la carrière d’enseignant, ils renâclent parfois à se pencher bien bas pour torcher une larme ou éponger un vomi. Fils de paysan indûment monté dans l’ascenseur, je me sens plus à proximité des parents blédards que des petits marquis iufimisés...de surcroît, ils sont jeunes, je suis vieux. Les jeunes femelles apprennent mieux que les vieux singes.
Même blanchis sous le harnois, les conseilleurs pédagogiques jouent les juvéniles. Quelle tristesse de les voir courir après tous les renoncements, et s’assoupir sous l’édredon de la branchitude. Ils apparaissent souvent comme l’imbécile de la blague chargé de montrer la puissance de sa pensée devant le bocal d’un poisson rouge et qui repart en arrondissant des « blop ! blop ! ».
Mon échantillon de ces échappés des contraintes du quotidien était formé de trop de conformistes prêchant l’anticonformisme, de directifs prônant la non-directivité. Ils ont bien souvent renoncé à transmettre aux élèves pour prescrire à leurs collègues. Chargés à mes yeux d’animer les débats pédagogiques, ils jouent plutôt les propagandistes peu enclins à laisser s’exercer la liberté qu’ils affichent. Il est vrai que les exemples de dialogues véritables, venant d’en haut, sont peu fréquents et Trissotin n'est plus une caricature. La faute à Rousseau. Bien peu de respect, d’écoute, de reconnaissance … de pédagogie. Dans les débats sévissent toujours l’inamovible Mérieux versus le petit dernier médiatique : Brighelli. Hamon lui navigue bien mieux dans les vagues. Dans les temps héroïques, des copeaux de Bourdieu, des dessins de Charlie hebdo, des airs de Ferré agrémentèrent le bla bla. Illitch est mort oublié, le poisson trempé dans le Perrier se sent un peu patraque… Idéalistes, réactionnaires, démagogues, alouette ! Le match se joue devant des tribunes vides. Les belles phrases et les bons sentiments. La beauté affronte la bonté. Et si l’éducation convergeait avec l’instruction ?
Le miroir grotesque d’un « tout-fout-le-camp » contre « tout-va-très-bien » précède l’incendie froid et silencieux - le pire.
Nous avons cru en la liberté, où l’inné compterait pour des prunes, il est revenu subrepticement nous portant à douter de tout apport étranger aux spirales génétiques.
L’enfant au centre, qui répond ? De qui procède la vérité quand tu as cinq ans ? La liberté se trouve-t-elle à ta portée? Lorsque l’école se tait, qui cause ? Si les enfants avaient plus le temps d’être des enfants, peut être que des jeunes seraient moins revenus de tout avant d’être partis ? Ils ne sont pas dupes, mais quand va-t-on cesser de se mentir ?
« Ce n’est pas à l’école à montrer ça » : finalement les timorés avaient raison contre moi qui paresseusement me laissait aller à « ils en ont vu d’autres ». Après avoir beaucoup péché je me convertis : « chaque chose en son temps ».
Afin de m’inscrire utilement dans la dispute pédagogique, je continue à militer pour la preuve par l’action ; pour moi la pratique fait loi. Eviter les jugements définitifs dans un domaine qui requiert du doigté, de la souplesse, de la tolérance. L’autorité ne se mesure pas à la rectitude d’un rang mais à la capacité à installer une ambiance de classe où personne n’écrase les autres ni ne s’écrase. En gardant la mémoire d’emballements passés, nous pouvons préserver l’enthousiasme primeur, sans se fourvoyer, adopter les technologies nouvelles, des techniques rôdées, pour mieux préserver les fondamentaux : être adultes pour que les enfants qui nous sont confiés grandissent. Notre bibliothèque intime peut céder de la place à quelques D.V.D. Ni scrogneugneux neurasthénique ni « lou ravi » atteint par l’ivresse des sommets entre deux stages en Ifume attitude.
Bien sûr la méfiance systématique à l’égard des experts peut tomber dans la démagogie mais la confiance envers les enseignants et la croyance en leur expertise me semble une des clefs pour reconquérir du sens pour les chargés de transmission.
Et la meilleure garantie pour un élève de trouver sa voie est bien de rencontrer des maîtresses motivées ( voire des maîtres, et là il y aurait des quotas que ça ne ferait pas trop de mâles)
Des experts en sciences de l’éducation se félicitent, si, si, d’une érosion de la conscience professionnelle, signe d’une distanciation qui renforcerait le professionnalisme et surtout les assurerait du silence, de la résignation : aucune menace pour leur planque. L’incompétence constituerait donc à leurs yeux la condition d’une plus grande efficacité ? Glop !