mercredi 19 février 2014

Brins d’Afrique :

Le compte rendu de notre voyage, étalé sur 20 semaines, est achevé.
Aujourd’hui  une fois le carnet de croquis refermé : trois images.
Après les tartines, quelques pastilles :

Des hommes et  des femmes se rangent avant de prier dans le lit de la rivière à sec.

Une vache boit dans un trou de la route.

La nuit tombe tôt, une femme a reçu dans sa case les touristes amenés par son fils.
Elle leur a versé de l’eau parfumée d’herbes dans les calebasses.
Maintenant qu’ils  sont repartis, regarde-t-elle le ciel étoilé ?

Je prolongerai dans les semaines à venir avec des évocations de films et de livres concernant l’Afrique.

mardi 18 février 2014

Les cœurs boudinés. Krassinski.

Aussitôt lus, aussitôt oubliés : pas de risque de surcharge pondérale au niveau émotionnel ni esthétique. Cinq petites histoires où les petites grosses s’en tirent bien: les hommes sont des goujats, les bonnes copines en appellent au sens de l’humour, elles sont aussi vaches que les machos insupportables.
Le milieu de la pub est croqué lestement mais les dilemmes des femmes rondes sont seulement effleurés. Il s’agit bien sûr de corps boudinés et si peu de cœur. Le pauvre jeu de mots n’est pas illustré : les récits ne sont guère sentimentaux ni tendres, c’est l’époque !
Il convient d’être léger, si bien qu’il ne s’agit que de plis en surface.
«Les fleuves et la mer inonderaient en vain
Ce sanctuaire étroit qui la tint enfermée :
Il garde en se brisant son arôme divin,
Et sa poussière heureuse en reste parfumée.
Puisque par la blessure ouverte de mon cœur
Tu t’écoules de même, ô céleste liqueur, 
- Wearrh ! »
 L’une d’elle lit du Leconte de Lisle à celui qu’elle poursuit de ses assiduités, tout en le branlant avec un gant de vaisselle à l’hôpital où il est immobilisé.

lundi 17 février 2014

"A touch of Sin" Jia Zhangke

Il a fallu chercher pour trouver la traduction du titre dont je croyais que « Sin » signifiait « Chine »  dans la langue contractée qui convient à notre époque pressée, et je  persistai dans l’erreur après les deux heures et quart de projection offrant un petit séjour dans l’empire où le soleil doit être affiché sur des écrans géants tant le ciel est bouché par la pollution.
Il suffisait de lire : « Un zeste de péché ». Cette formulation est bien la seule trace d’humour dans cette accumulation de violences lors de quatre histoires inspirées par des faits réels.
Un mineur, un ouvrier qui va de ville en ville, flinguent à tout va, une réceptionniste dans un sauna joue du couteau, un jeune homme passant d’un travail à l’autre se jette du balcon, le sang gicle.
Les critiques ont été très favorables, alors que ce film montre la sauvagerie mais comme un des personnages obsédé par la dénonciation de la corruption, il ne parvient pas à préciser à qui adresser son réquisitoire.
La beauté des plans m’a semblé statique, comme le camion renversé de tomates trop graphique où la femme extatique, comme folle après son meurtre Kun Fu.
Dans cet univers où le brouillard n’est percé que par des éclats sanglants, un éclair de tendresse, le temps d’une furtive hésitation quand deux jeunes se retrouvent dans une voiture sous la pluie diluvienne. Un moment extrêmement furtif, sinon l’horizon n’est plus rouge : désormais dans une parodie, de jeunes gardes charmantes lèvent la jambe pour quelques riches clients .

dimanche 16 février 2014

Lisa Leblanc.

Du fort, du puissant : la ronde acadienne communique une énergie revigorante par ses musiques folk-rock pétaradantes, même si ses paroles sans détour parlent de solitude, de vie difficile.
Il vaut mieux lire les paroles avant écoute parce qu’à la première fois, on risque de perdre du sens même si son banjo endiablé nous remue.
Avec un lexique:
« Chum = ami, yeule = gueule, câlisse moi = lâche moi, quétaine = craignos,
Kraft dinner = macaronis au fromage, j’pète ma coche = je suis à bout,  … »  
C’est qu’elle chante en chiac(ou chiacque), un parler du Canada avec une voix à réveiller les assoupis.
Sa verdeur est sincère et sa santé tranche avec bien des productions récentes.
Les papillons qui lui « rongent le cœur » n’en ont que plus d’éclat.
Au pays des igloos, il arrive qu’il fasse trop chaud, et le motel  au bord  du hihway n’est pas très romantique, le tapis orange est « déteindu », le mur « en bois castor ».
Mais si elle n’est pas un cow boy, elle aime prétendre l’être : « elle a un bonne paire de bottes Boulet ». Elle se garde de chanter des toune pour fifilles mais  pour passer le temps, écrit une chanson d’amour, « le cœur tordu ».
Sa chanson « ma vie c’est d’ la marde » a été emblématique du printemps d’érable :
 « À matin mon lit simple fait sur de me rappeler que je dors dans un lit simple.
Avec les springs qui m'enfoncent dans le dos comme des connes.
J'ai pu l'goût qu'on me parle de conte de Disney.
Le prince charmant c't'un cave pis la princesse c't'une grosse salope.
Y'en aura pas de facile.
Peut-être que demain ca ira mieux mais aujourd'hui ma vie c'est de la marde.
Peut-être que demain ca ira mieux mais aujourd'hui ma vie c'est de la marde. »

samedi 15 février 2014

Quelle histoire. Stéphane Audouin-Rouzeau.

L’auteur était venu présenter son livre à la librairie du square
L’historien spécialiste de la guerre dont on commémore le centenaire a rédigé en 140 pages un récit de filiation.
«… je m’en suis tenu à ce que la Grande Guerre a fait aux miens, à la manière dont elle a traversé leur existence, quitte à inscrire ses effets au-delà même de leur propre vie. »
Il ne met certes pas ses tripes à l’air au bord de la tranchée éditoriale, mais avec la rigueur de l’universitaire remonte aux souvenirs familiaux qui portent bien au-delà des quatre ans de conflit. Chaque mot a son poids : le titre sans point d’exclamation situe l’enjeu d’un témoignage personnel interrogeant la matière de son enseignement ;  « quelle histoire » ce sont aussi les derniers mots de son père à la veille de sa mort lorsqu’il l’emmène à l’hôpital, comme celui-ci avait conduit le sien à la fin d’une vie détruite.
Les lettres manuscrites qui sont un support essentiel de la mémoire, dans ce conflit en particulier, même lorsqu’elles mentent, sont signifiantes. En prenant le temps de les replacer dans leur contexte, nous en percevons le retentissement tout au long des événements qui ont suivi : seconde guerre, aventure surréaliste pour le père de l’auteur, 68 en France, en Tchécoslovaquie, et surtout la répercussion des silences !  
Bien des thèses à propos de la « Grande » guerre sont unilatérales entre le bourrage de crane et le départ vers une guerre fraiche et joyeuse. Nous sommes amenés depuis le témoignage stéréotypé d’un arrière grand père cocardier jusqu’au pacifisme exalté deux générations plus tard, à revisiter à nouveau nos histoires et réviser l’histoire.
«Le tueur qui avait fracassé les relations des pères et de des fils sur trois générations, je n’ai jamais abandonné sa poursuite. Robert était sorti indemne de la guerre mais il l’avait perdue. Faute d’avoir compris la défaite de son père, Philippe perdit à son tour d’autres guerres. J’ai voulu comprendre leur défaites, j’ai tenté de la faire par l’histoire. Ceci bien sûr, à mon insu. » écrit Stéphane, frère de Fred Vargas.

vendredi 14 février 2014

La gauche à Saint Egrève : « cul par-dessus bu* »

Parce que j’ai partagé avec d’autres une certaine idée de la Gauche, et essayé d’œuvrer à sa réussite à Saint Egrève, je ne peux en rester à la sidération devant les péripéties d’une campagne électorale où de sales coups sont portés à l’éthique progressiste comme on disait dans les années avant J.C. (Jérôme Cahuzac).
L’éloignement de deux acteurs majeurs des dissensions dans notre famille politique :
P. Ribeaud et F. Vergès, aurait pu constituer un épisode ultime des duperies qui ont découragé tant de bonnes volontés citoyennes depuis de longues années, mais le processus de construction d’une liste unie comme cela a été possible à Meylan n’a pu aboutir ici.
Et c’est une liste menée par les plus constants opposants aux projets déjà lointains d’une municipalité alors orientée à gauche que soutient le parti socialiste. Celui-ci y perd son âme, ou ce qu’il en restait, lors d’assemblages où l’intérêt général disparait derrière l’addition d’intérêts particuliers.
« Tout cela s’inscrit dans le virage à droite de la société française. Il est spectaculaire jusqu’au théâtral. Il submerge la presse, il colonise les sondages, il triomphe dans les débats médiatiques. Le PS s’assume social-démocrate, le centre s’enracine à droite, la droite décomplexée n’en finit pas de se radicaliser et le FN voit surgir une extrême droite encore plus inquiétante que lui.  Le mouvement est général. Il imprègne l’enquête annuelle du Cevipof, grande référence qui tourne au cauchemar : institutions dévalorisées, personnel politique méprisé, sentiment d’échec absolu partagé, pessimismes ravageurs, déclinisme triomphant, amertume noire vis-à-vis de la société, demande pressante d’autorité, nostalgie du chef charismatique. Pour la droite, un risque. Pour la gauche, un fiasco. » A. Duhamel dans Libé.
Cette liste s’intitule « Autrement » par antiphrase, comme lorsqu’on dit  ironiquement :
« Bravo ! Continue comme ça ! Tu es sur la bonne voie !... »
De leur première expression publique ressortait le mépris de la culture et l’absence de toute proposition par exemple en matière de logements sautait aux yeux, leur posture exclusive d’opposant écartant toute démarche positive.
Leurs promesses de démocratie ne sont pas crédibles, tant les débats au sein de la gauche dans notre ville ont été constamment sabotés par des responsables dont le courage n’est pas la vertu cardinale, pas plus que leurs habitudes, participatives. Toute tentative de recherche de rapprochement entre écologistes et socialistes a été gâchée, aucune vision politique pour l’avenir de la ville n’a été partagée, la course aux places en dernières semaines faisant office de dynamique.
L’épuisement des élus minoritaires, inaudibles lors de la dernière législature est un signe supplémentaire d’une défaite annoncée y compris par la direction fédérale du PS qui ne compte  même pas sur Saint Egrève comme municipalité à « conquérir ».
Malheureux, les valeureux militants qui subsistent ! Cette drôle de gauche ne fait pas rire.
Parce que nous ne pouvons laisser une telle inversion des valeurs s’opérer, sortons de notre silence, face à ces conservateurs qui galvaudent les beaux mots de loyauté, de solidarité.
Quant au front de gauche ils étaient deux (d’où le nom front « deux » gauches) et trouvent moyen d’être sur deux listes différentes.
Les écolos qui l’ont joué Placé au niveau national, voient quelques arpents d’un terrain de foot où doit se construire une maison de l’enfance comme une atteinte à la forêt amazonienne : pathétiques.
Pour certains de mes amis en bougonneries, ce goût persistant de la défaite ne peut s’expliquer que par des arrangements dépassant les protagonistes tenus par des fils et allant bien au-delà de l’aire d’une municipalité aux pouvoirs bien relatifs.
Mes bottes sont pleines de petits cailloux, que ceux qui  se sentent le pied léger se mettent en route !
Au moment des bulletins à glisser dans l’urne, le blanc signifiant silence, la fidélité à nos convictions passe par l’abandon d’étiquettes qui ont perdu la tête, qui ont perdu tout sens commun.
* bu : la tête en patois.
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"Est-ce que tu peux le mettre en commentaire dans ton blog ? 
Merci Philippe"
Comme il était trop long pour passer en commentaire, je l’ajoute à mon article même si je ne suis pas d’accord avec tout, surtout si je ne suis pas d’accord.
Parler politique à la première personne devient si rare :
"Et bien Guy, tu fais comme Bernard Guetta sur France Inter, tu te lamentes du virage social démocrate du PS favorable au FN et à ses amis, là tu as tort , le FN a une droite ( Soral , Dieudonné , Boutin mais ils se retrouvent tous au bar du skin nazi Serge Ayoub ou aux manifs de l’Extrême droite à Paris...)A St Egrève on n'échappe pas à cela pas plus que le Front de gauche local n'échappe aux ambiguïté de sa tête bicéphale PC / Parti de Gauche, les tentatives des quelques forces antilibérales qui tournent autour ne renverseront pas la vapeur d'une paralysie inscrite dans la constitution de ce cartel. Le PC ne mettra pas en danger ses places d'élus auprès du PS. Ce faisant, où vont les électeurs quand ils n'ont pas de perspectives à gauche? Et bien en s’abstenant ou en allant vers un parti qui profite de sa virginité reconstruite et du fait qu'il n'a pas gouverné. Ceci d'autant plus qu'il utilise la vieille recette national socialiste en reprenant à son compte de façon démagogique nos critiques sur cette Europe de la finance.
Quant à la perte de valeurs du PS ou son dernier virage vers la sociale démocratie, ne pleure pas cela commence avec les conclusions du Think tank "Terra Nova" animé aussi par François Chérèque de la CFDT: il n'y a plus de classe ouvrière en France gouvernons au centre en faveur des classes moyennes. Seulement s'il n'y a plus de classe ouvrière massive, il y a des couches populaires toujours aussi importantes et dont certaines parties se retrouvent dans la misère. Et la continuité de la politique libérale assujettie aux recommandations et traités de cette Europe est dans la logique de ces choix fondamentaux.
Bon une élection locale c'est pas pareil qu'au national , argument facile, on n'échappe pas au contexte national et le vote à gauche des St Egrèvois pour le national même s'il apparaît en contradiction quand il s'agit du local, n'est pas en contradiction avec le vote des classes moyennes. D'ailleurs si Kamovski n'a pas en face d'elle une gauche au sens idéal où tu l'entends, c'est qu'il y a un accord de fait ,tacite entre elle et le PS via Ribeaud « je te fiche la paix sur le coin il y aura des renvois d'ascenseur ».
Il y a 25 ans en arrière quand grâce aux verts et à la frange rocardienne du PS nous avons perdu St Egrève , à Ecologie et Société nous avons dit que la ville était mise au congélateur, elle y est encore. Nous avons perdu les élections locales à chaque fois et le PS n'a jamais été clair pour ne pas dire autre chose et nous avons perdu le lycée au passage. Nous avons perdu la possibilité de la reconquête de la ville, le prix du M² garanti par la droite pas « de logement social » a modifier la sociologie de la ville durablement. Même si aujourd'hui Kamovski a fait du logement social pour ne pas payer les pénalités ; elle tient le pouvoir
Je ne comprends pas le choix d'une militante du Front de Gauche de rejoindre la liste Verte. Ce n'est pas politique surtout quand on voir ce que les Verts (EEVL) font au national et entre eux... mais cela résulte là aussi du manque perspectives au sein du Front de Gauche.
Bon je ne vote plus à St Egrève mais je pense qu'il faut reconstruire une « gauche » ou une alternative en s'appuyant sur la jeunesse qui critique radicalement le choix de société en cours marchandisation, technologisation avec l'Homme augmenté.... . Le problème qui se pose est une question de vitesse avec l'Extrême droite qui saisi l'opportunité offerte grâce aux choix de la droite et de la gauche avec cette Europe dont au final la traduction c'est austérité paupérisation pour les peuples et profit pour la bourgeoisie. Et la montée de l'Extrême s'inscrit dans le durcissement prévisible de cette contradiction. Le fascisme reste le chien de garde du capitalisme.
Alors si j'ai pris la peine de te répondre c'est parce que je pense que ton blog est tout aussi intéressant que le Postillon à faire vivre 
Salut Philippe
……
 Dans « Le Canard » de cette semaine :

jeudi 13 février 2014

Poussin vs Rubens.

" La querelle du coloris" se poursuit au XVII° siècle où marchands, collectionneurs et critiques s’expriment vivement comme le rapporte Michel Hochmann http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/01/le-titien-vs-michel-ange.html dans sa deuxième intervention sur le sujet aux amis du musée.
Colbert avait souhaité que l’Académie débatte devant les collections royales.
Philippe de Champaigne de l’académie s’y colle, le 12 juin 1671, à partir du tableau  du Titien « Vierge à l’Enfant » : il convenait alors de ne pas se laisser séduire par « la belle apparence, qui ne peut subsister seule, quelque beauté qu’elle puisse avoir ».
Dans ces conférences, Raphaël était présenté en alternance avec les vénitiens où finalement Poussin apparut comme le peintre universel qui savait la beauté du moelleux du pinceau tout en maintenant les belle formes aux dessins corrects. Tous les talents lombards ou romains se retrouveraient chez le français.
Lettres et pamphlets opposent  les coloristes qui aiment  la couleur, « la belle enchanteresse », aux dessinateurs tout en décence, modestie et perfection.
Le coloris unit, fait jouer l’harmonie. Comme un enfant, bouton d’or sous le menton, à qui on demande « t’aimes le beurre ? » les reflets jouent et les ombres ne sont pas noires.
Le dessin est une propédeutique, une grammaire, mais les règles ne suffisent pas à faire naître les poètes.
La hiérarchie des genres où l’histoire trônait tout en haut est remise en question.
Roger de Piles, un lettré comme on disait alors, apporte sa part.
« Si un peintre en représentant vous instruit, il ne le fait pas comme peintre mais comme historien »
Dans l’ « Enlèvement des Sabines », la vision érudite de Poussin (ci-dessus) joue dans un espace segmenté alors que la violence chez Rubens (ci-dessous) est globale, le choc immédiat.
Dans bien d’autres tableaux du peintre du nord, la couleur est éloquente : dans sa « Descente de croix », l’effet de lumière provoque la passion du spectateur.
La touche du pinceau nous touche. La chaleur du sang s’éprouve sous le vernis.
Le duc de Richelieu, neveu du Cardinal, ayant revendu ses tableaux de Poussin, s’est mis à Rubens.
Les français ont renouvelé les débats nés chez les italiens  même s’ils ont pu apparaitre comme des commentateurs avant d’être des producteurs de beauté.
Désormais le mateur de l’instant  a remplacé le connaisseur enraciné dans le temps.

mercredi 12 février 2014

Ethiopie J 20, J 21 : Addis Abeba et retour.

En attendant le réveil de tous, nous grimpons sur le toit de l’hôtel, notre regard sur la ville a changé, la boue et les travaux du tram sont prometteur pour une ville en devenir nous voyons les petites cahutes comme appartenant à un tissu économique vigoureux. Sur un terrain cimenté épargné par les pluies quotidiennes, des jeunes jouent au foot avec conviction. Au petit déjeuner nous sommes seuls dans l’hôtel et nous nous « enfarnassons » de pan cakes et de jus de fruits frais, mangue-goyave ou mangue-avocat.
 Le musée national est un peu vieillot mais sa visite qui nous fait traverser l’histoire de l’Ethiopie vient opportunément en conclusion de notre voyage. Nous restons un moment à contempler les restes de grand maman de 3.5 millions d'années Lucy (Australopithèque afarensis) : oui  Lucy celle des Beattles « in the sky with diamonds (LSD)» et  de deux autres aïeux dont nous avons oublié les noms. Des poteries et des bronzes de l’époque sabéenne, quelques statues ou bas relief sur un trône rappellent les représentations égyptiennes et mésopotamiennes. Une maquette figure le palais d’Axoum. Au centre du même étage les vitrines protègent des habits de notables, surprenant avec leurs broderies de fil d’or dignes des uniformes de l’Empire napoléonien avec un trône démesuré destiné au roi des rois. L’étage intermédiaire expose des peintures de différentes époques qui ont le mérite de raconter des évènements historiques de manière plutôt naïve accompagnées  de quelques sujets religieux. De magnifiques chaises taillées directement dans un tronc excitent notre convoitise. Le dernier étage est consacré à l’ethnographie, les objets sont classés par thème : belle révision de ce que nous avons pu voir.
Lorsque nous sortons, le ciel se charge de nuages sombres, dans le parc, nous nous approchons d’une vieille Ford première voiture d’Ethiopie appartenant à Hailé Sélassié « avant que les routes existent » précise notre guide. Il nous raconte aussi comment le propriétaire d'un chien qui venait d'être écrasé réclamait une compensation financière qui prendrait en compte le préjudice des récoltes qui ne seraient plus protégées des bêtes.
Nous nous élevons à 3200 m d’altitude sur la colline d’Entoto encore couverte de forêt d’eucalyptus fins et serrés, peu à peu remplacés par des essences d’origine (avant Ménélik 2).
Le temps de plus en plus bouché et la pollution empêchent d’apprécier pleinement le paysage. Le minibus nous laisse devant l’église St Raguel très fréquentée jusqu’au 15 août en raison du grand jeûne. Les écharpes blanches des fidèles drapées sur la tête ou les épaules émergent de la brume. Une file de mendiants sévèrement encadrés par un responsable attendent de percevoir l’aumône favorisée par cette période religieuse.
Un guide nous conduit vers l’ancien palais de Ménélik II et de l’impératrice Taitu. Il s’agit de deux grosses bâtisses modestes chaulées surmontés de toits de chaume dont l’armature tient avec des liens de cuir. Du chaume dépassent des morceaux de bois. Nous visitons la maison de réception qui contient la salle à manger contigüe à la resserre munie de cornes de bœuf pour suspendre la viande. La plus grande salle comporte cinq portes d’entrée, chacune attribuée à des personnes bien définies. Seule la porte donnant accès à des personnes peu importantes est plus basse, les forçant à s’incliner.
Lorsque nous sortons, la cohorte des mendiants s’est dissoute, nous longeons le campanile et la première église provisoire, une chapelle voulue par Ménélik.
Dès que nous revenons au centre ville s’abat une pluie diluvienne dans une circulation compliquée par l’absence de feux rouges et de priorité respectée. L’eau s’infiltre dans le minibus par les caoutchoucs fatigués des fenêtres. Nous gagnons l’Alliance Française où nous devons manger. Le temps de passer du minibus au restau de l’Alliance nous sommes trempés mais trouvons porte close car le restau est en réfection. Le minibus fait le maximum pour récupérer notre troupeau éparpillé. La cour de l’Alliance se transforme en torrent déferlant d’une eau marron dont la terre saturée ne veut plus. La seule chose aperçue de l’Alliance restent les taupières recouvrant le mur d’enceinte comme un bas relief de verdure où se dessine la tour Eiffel.
La solution de repli est vraiment pleine de charme : le « Taitu hôtel » est le plus vieux restaurant d’Addis créé par l’impératrice Taitu en faveur des visiteurs pour qu’ils y trouvent repos et confort. C’est un très joli endroit avec plusieurs salles, un escalier en bois conduisant à un large salon à peine meublé et aux chambres aujourd’hui sommaires mais qui laissent  place à l’imagination. Tout le monde se régale et goûte au charme des lieux, rendus nostalgiques par un piano un peu répétitif et discret. Nous séchons.
Une accalmie nous permet de faire notre shopping au marché artisanal. Les marchands refusent de baisser leurs prix mais dès que l’on repasse le seuil de leur boutique, la plupart du temps ils nous rappellent ; M. déclenche l’hilarité générale lors du marchandage d’un petit bonnet pour ma petite fille en utilisant un langage expressif ou « tricoti tricota » a du succès. Nous dépensons nos deniers birrs et même davantage, M. et JJ. jouant les banquiers.
Un dernier tour de ville en minibus nous donne la mesure d’une ville beaucoup plus moderne que dans nos premières impressions, des immeubles se construisent, les magasins des nouveaux quartiers s’européanisent, la voirie s’améliore.
Nous buvons le pot de l’amitié après avoir rempli le questionnaire de l’agence  Nous nous séparons à l’aéroport : Girmay prolonge son séjour d’une semaine pour rencontrer des amis. Au  contrôle J. doit se séparer de boutures de plantes et d’euphorbes soigneusement emballées dans son sac de voyage.
Nous n’avons pas été prévenus d’une escale à Khartoum avant de monter dans l’avion, elle dépasse largement les 16 minutes annoncées par l’hôtesse. A notre réveil  nous nous apercevons que le pilote a pratiquement récupéré les retards accumulés.
Le temps du retour par Francfort parait court.



mardi 11 février 2014

Happé par Sempé. Christophe Carlier.

Un hommage au dessinateur pleinement accordé à son sujet, tendre et mélancolique, léger et émouvant, miroir de nos émotions et découvreur d’horizons nouveaux.
Un "petit réduit" de 70 pages, comme on dit d’une gourmandise en pâtisserie, disposé opportunément à côté de la caisse de la librairie du Square. Même si sa présence sur les vastes linéaires d’une grande surface aurait pu fournir un dessin de Sempé quand le modeste ne manquant pas d’ambition rêveuse se trouve face à l’immensité.  
« Jean Jacques Sempé a changé le monde. Si Kafka a révélé l’emballement des machines administratives et la culpabilité sans cause qui étreignent l’homme moderne, Sempé, lui, a mis en scène ces moments simples où l’absurdité nous sourit au lieu de nous détruire, où les gens se regardent avec une tendresse et une timidité confondantes, porteuses d’un double message également rassurant : « l’homme est un grand mystère » et « nous sommes bien peu de choses ».
Bien souvent les dessins de l'octogénaire sont sans paroles, alors quand une dévote s’adresse à Dieu, son bavardage va à l’essentiel :
« Quand tout le monde parle à tort et à travers, vous épie et surveille vos propos pour après les déformer, quel repos de s’adresser à quelqu’un qui ne dit rien, ne vous voit peut être pas et, probablement, ne vous écoute pas ! » 
La dernière fois que  je parlais de Sempé c'était à la Noël :
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/12/bourrasques-et-accalmies-sempe.html

lundi 10 février 2014

Au bord du monde. Claus Drexel.

Paris, la ville lumière, la ville minérale, sans ses employés, appartient la nuit à ses marginaux qu’il ne convient pas d’appeler ici SDF mais plutôt « clochards », à l’ancienne, tels qu’ils sont montrés dans toute leur humanité. Le réalisateur nous fait partager son empathie pour ceux que l’on croise sans les entendre. Sur fond de Seine avec ses ponts majestueux et ses monuments superbement éclairés, la diversité des portraits proposés est passionnante. Nous découvrons au fil des entretiens leurs fêlures, mais aussi parfois une philosophie de la vie qui nous interroge au plus profond. Si loin, si proches, l’un d’eux balayant un morceau de trottoir minutieusement avant de poser sa tente qui contiendra aussi son caddy, levant le camp à 5h du matin avant l’arrivée des travailleurs : ni vu ni connu. Avec son allure de saint Jérôme du Caravage, une dernière apparition d’un homme pieds nus sous la pluie froide, silencieux, nous hantera encore un moment.
Un air de Puccini clôt ce beau film :
« Que personne ne dorme ! Que personne ne dorme !
Toi aussi, Ô Princesse,
Dans ta froide chambre
Tu regardes les étoiles
Qui tremblent d’amour et d’espérance »

dimanche 9 février 2014

Par les villages. Stanislas Nordey.

Partagé entre curiosité et lassitude face à des procédés théâtraux hors des formats courants, je redoutais quelque peu les quatre heures de spectacle … et j’ai bien aimé.
Bien sûr il n’y a rien de naturaliste dans cette confrontation entre gens de lettres et gens de peu qui n’ont pas leur langue au fond de la poche de leurs bleus.
Mais l’investissement des acteurs, l’opulence du texte, le sujet qui a le temps d’être traité  nous embarquent.
L’intellectuel revient de la ville, perd son pouvoir de parole et sa part d’héritage devant son frère ouvrier et sa sœur restés dans la maison de leur enfance.
Les monologues ne sont pas factices, mais reproduisent bien des situations réelles d’incommunicabilité où les sacs n’en finissent pas de se vider. La musique accompagne parfois des scansions à la Ferré façon « il n’y a plus rien » quand la poésie cherche un futur pour décoller de l’ennui et des rancœurs.
« Salut à toi, nourrisson au regard innocent, enfant aux bulles de morve qui pendent, garçon au gros derrière et au manche de fouet en bruyère, adolescent au vélo bleu, homme de la ville aux lunettes de soleil et pantalons blancs, grand monsieur avec les billets en vrac dans la poche, la jambe molle dans le cortège de deuil, l'étranger à la baguette de coudrier blanc-argent, l'homme aux chaussures qui ne font pas de bruit. Quand vas-tu rester ici pour toujours et t'occuper un peu de nous ? Quand vas-tu te dresser contre la bruyante imposture des soi-disant représentants du peuple, des programmes de région, des questionnaires, de la fausse sollicitude, des clôtures électriques, du réseau malfaisant d'images creuses et de discours creux jetés sur nous pour nous tuer l'un après l'autre, pour souffler la lumière de l'âme, pour étouffer ? »
Moment exceptionnel digne d’une séquence de théâtre dans le théâtre : à l’occasion de cette représentation nous nous sommes retrouvés, moi venu à la ville, avec « Trois sœurs » de mon village d’enfance, connaissant bien les irréductibles pesanteurs de là bas et d’ici et partageant avec elles intimement les dilemmes exposés là et les rêves aussi, ceux permis par l’art pour nous hausser un peu sur la pointe des pieds. Amatrices de théâtre, elles ont souligné la filiation avec la tragédie grecque à laquelle j’ajoute le plaisir de m’extraire un temps des zappings et des textes en 140 signes.
« Dans ce monde apprêté de couleurs artificielles, retrouvez les couleurs vivifiantes d’une nature »

samedi 8 février 2014

De zéro à Z. Plonk & Replonk.


Dans les idées de cadeaux pour Noël il arrive de croiser des livres  qu’on aimerait qu’on vous offre : eh bien j’ai gagné cette année, avec cet abécédaire de l’inutile.
Un humour original varie ses tours  par des montages photographiques aux allures de cartes postales colorisées à l’ancienne.
Daniel Pennac, en forme, a rédigé la préface : « Ils ne sont ni décalés, ni improbables, ni immenses, ni énormes… » Eh ben si !
Les deux suisses commencent en trombe avec les formes de la lettre A et sa pièce au rez-de-chaussée, son grenier sous les combles, le B aux rotondités féminines et le C une noix de coco ouverte : « ABC : un foyer, une compagne aimante et un dessert léger : la définition du bonheur parfait. »
Ils continuent en toute simplicité avec l’ajout d’un tapis rouge pour figurer une entrée VIP à l’Arc de triomphe.
Ils utilisent les flous dans un asile, et encore les champions du flou artistique sur le podium, ou comme témoignage de l’ultime cliché d’oncle Joseph, n’hésitant pas sur les jeux de mots, la mise en image d’expressions connues avec une plieuse de bananes.
Je retiens quelques photos de groupes aux belles légendes : « saisie d’instruments désaccordés par la police des fanfares » ou « manifestation d’innocents qui refusent de porter le chapeau ».
Leur balançoire bretonne taillée dans le meilleur granit peut produire quelques dégâts, et il convient de se méfier du piège à touristes comportant « un bout de fromage, un solide pieu et un gros élastique » sur fond de lac alpestre. Un mur couvert de publicités derrière la guillotine témoigne de « la privatisation des exécutions publiques ».

vendredi 7 février 2014

Pas vu venir !

Incroyable, invraisemblable !
Des milliers de personnes ont répandu l’information que des enseignants allaient enseigner la masturbation à l’école.
D’autres applaudissent un individu sur une scène qui regrette que Cohen ne soit pas passé dans une chambre à gaz.
Le bruit du débarquement de hordes du 9.3 en Charente s’interprète localement avec les délogés de la Villeneuve « en force » dans les logements nouveaux qui se construisent dans notre ville.
Impensable : c’est le mot. Nous sommes tétanisés.
Dans quel état est tombé l’école pour que de telles billevesées puissent aller au-delà du clavier de quelques allumés ordinaires ?
Quelles personnalités irrécusables pourraient défaire tous ces tissus de haine ?
Badinter à propos des manifs dominicales :
« Le plus saisissant, ce sont les cris antisémites poussés par certains manifestants. C’est la première fois depuis la fin de l’Occupation que l’on entend hurler dans les rues de Paris  « dehors les Juifs »… Ces slogans de dimanche sont mortifères et ils atteignent de plein fouet la République. Il faut rappeler chaque fois que nécessaire que la République française ne peut pas tolérer ces cris, pas plus qu’elle ne saurait laisser passer des slogans « dehors les musulmans » ou « dehors les Arabes ».
Quels médias  pourraient rallumer des lumières tricentenaires ?
Encore des leçons? Elles seraient contreproductives.  
Nous sommes dans de telles mécaniques perverses que les interdictions de Vals ont fait de la publicité à Dieudonné. Les médias ont tellement sapé tout esprit de sérieux que s’ils voulaient se ressaisir, leurs paroles s’envoleraient encore plus vite.  
Quel  journal  fait aujourd’hui référence ?
F. O. Giesbert dit lui même du  métier de journaliste :
« Il s’agit d’expliquer des choses qu’on ne comprend pas soi-même ! »
Alors que les descendants d’Adam et Eve, ou d’autres persuadés que le MOSAD est responsable du 11 septembre se multiplient sur la toile, se fortifient dans les théories complotistes ; ils surgissent devant nos yeux ébahis pas seulement les vendredis ou les dimanches aux sorties des prêches.
Ces mouvements ressemblent aux« Tea party » : « En France, comme aux Etats Unis, la périurbanisation, l’individualisation de nos vies et les transformations du capitalisme servent de paysage à un engagement militant défendant les transcendances traditionnelles. » (Romain Huret dans Libération).
Nous, femmes et hommes de raison, qui pensions en tout domaine avoir raison, toujours du bon côté celui du bien et du beau, nous restons sans voix.
« L’école ne peut prétendre éduquer mon enfant » se défendent certains alors que d’autres ont abandonné tout rôle éducatif :
« Dites lui, vous, de ne pas mettre ses baskets quand il neige ! »
Mais ces forces obscures qui débordent les partis, par leurs intimidations envers des responsables parents d’élèves montrent leur faiblesse en recommandant à leurs correspondants de n’en point parler aux instits : c’est bien qu’ils craignent le débat, la contradiction, la parole, la  lumière du jour.
Les silences, l’obscurité, les font croître.
Nous les profs, donneurs de leçons, nous avons lassé nos publics avec nos cours sur la citoyenneté, donnant la main aux politiques, agrémentant nos séquences d’images prises dans les médias. Nous savons que les mensonges les plus gros sont les plus crus et que la recherche de boucs émissaires étourdit les foules mais que ce soient les droits des femmes qui soient attaqués encore et encore, cette régression là, je ne pensais pas y assister.
Crachons notre chewing-gum interdit aux élèves, que les politiques s’appliquent la rigueur demandée aux plus modestes, et que les médias séparent information et distraction.
Gestes dérisoires en regard d’un ressaisissement moral que nous ne savons par quel bout prendre.  Un mirage de plus, si la désespérance sociale alimentée dans tant de chômage et d’inégalités continue à prendre ses aises au bras d’une ignorance tellement arrogante quand l’école à qui on a coupé les couilles et le souffle se laisse traiter plus bas que terre.
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Dans le blog complice « Autre monde »  http://ednat.canalblog.com/ un article de bon sens concernant l’ ABCD de l’égalité, ce programme -on dit kit- pour réfléchir à l’égalité garçon /fille.
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Les dessins de cette semaine sont pris dans le Canard enchaîné.

jeudi 6 février 2014

Diodore Rahoult.

L’affiche qui annonce l’exposition du peintre dauphinois montre habilement deux aspects du talent de l’auteur de 6000 dessins dont on en retrouve 150 à la Bibliothèque d'étude et d'information de Grenoble, face au cinéma Chavant et 70 huiles et aquarelles au Musée de l'Ancien Évêché.
Nous pouvons désormais en savoir plus sur l’artiste, quand nous empruntons la rue qui porte son nom en direction de la place de Gordes.
Diodore est né à Grenoble en 1819 dans une famille de confiseurs, il apprend à peindre chez Horace Mollard, avec son ami Henri Blanc-Fontaine. La ville lui paye la poursuite de ses études à Paris chez Léon Cogniet qui a formé Delacroix et Géricault.
Il fait ensuite son « grand tour » en Italie.
Sa production soignée, méticuleuse, fine, est variée. Même ses caricatures ne sont pas outrées. Ses œuvres d’une facture classique où transparait le romantisme prennent bien la lumière.
L’intitulé de l’exposition « Paroles de palette » vient de son enthousiasme pour la beauté de la région qu’il a su bien rendre : 
                                              « quelle est belle, parole de palette ! » 
Au café Cartier, disparu aujourd’hui, il livra des panneaux illustrant les quatre saisons qui allaient alors bien au-delà de considérations météorologiques mais invoquaient les mythes et les déesses et multipliaient les point de vues à partir d’un Dauphiné des lacs, des montagnes, des collines.
Il peut vivre de sa peinture en réalisant par exemple le décor de la bibliothèque du Musée de la place Verdun.
Rahoult, humaniste franc maçon, excelle dans les scènes de genre : le procès de Casimir Périer est très vivant, sa partie de boules acharnée, le regard de celui qui regarde les lavandières est coquin, les commères sont pittoresques, les villageoises en bleu de Gènes charmantes, le repas de chasse d’une grande vérité... Il  donne de la dignité à un certain Bobila imprécateur pittoresque comme la ville en a toujours compté aux terrasses de café qui  prétendait que la terre était immobile.
Les petites filles de l’affiche sont des pauvresses qui ont trouvé porte close, il les met en scène, comme il peindra un campement de bohémiens  à l’Esplanade.
lI était surtout connu jusque là pour ses illustrations  de « Grenoblo Malhérou ».   
Cet ouvrage de Blanc dit Lagoutte retrace en patois les inondations à Grenoble en 1733 quand la ville se retrouva sous 5 m de boue. Dardelet grava ses dessins.
 « Grenoblo t'es perdu, le monstro t'engloutit! Mal avisa fut ceu qui si bas te plantit... »
A cette occasion notre guide nous a rappelé l’origine de la foire de Beaucroissant en 1220, un an après que le lac naturel St Laurent, à côté de Bourg d’Oisans se vida et noya de nombreuses personnes d’où s’en suivit un pèlerinage à Parménie avec son lot de marchands.
Pour la première fois jusqu’au 1° avril 2014, deux lieux d’exposition sont consacrés à cet artiste disparu en 1874.
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A propos de l’exposition Polke, un regard original et pénétrant dans le blog complice  en lien dans la colonne voisine ou en cliquant ici : http://rumeurdespace.wordpress.com/

mercredi 5 février 2014

Ethiopie J 19. Vers Addis Abeba.


Nous avons presque tous entendu le muezzin à 5h ce matin.
Le perroquet en verve fait étalage de son vocabulaire :
"good morning,  Salam alekoum, c’est l’amour, gouda, bonjour" en plusieurs langues, en variant le ton et les hauteurs. Il se laisse gratter la tête avec un plaisir évident.
Nous repassons par la route d’hier qui nous ramène en altitude après un petit détour pour photographier la gare des « chemins de fer Djibouto éthiopiens ».
La route vers Addis est tranquille. Il n’y a pas de marché et peu de camions: c’est la fête de l’Aïd, la fin du ramadan. Nous croisons des processions avec d’un côté une rangée d’hommes,  et de l’autre une rangée de femmes. Dans les oueds asséchés sont installés pareillement une ligne de femmes et une autre d’hommes. Tous les gens portent des vêtements neufs et colorés, tellement neufs que les tissus des longins des hommes originaires d’Indonésie portent encore leurs grandes étiquettes dorées.
Arrivés au croisement de la route pour Djibouti, cette fois ci nous passons vite fait la douane et nous ne sommes pas bloqués au milieu des camions à cause des travaux où nous attendent toujours quelques singes. Nous déjeunons au Genet hôtel en compagnie des mouches comme à Diré Dawa. Pour couper le trajet, nous nous arrêtons à Nazareth ou Adama (la terre en Oromo) à l’hôtel Maya qui nous montre une face plus riche de la société éthiopienne : les tables sont disposées sous un vénérable flamboyant au bord d’une piscine dans laquelle barbotent quelques enfants de « bonnes familles ». Les sanitaires aux larges carrelages ont des aspects modernes quoique miroirs et tablettes penchent et les portes ne ferment pas.
Il nous reste encore une centaine de Km sur le goudron mais les nids de poule ou les ruptures secouent bien assez les sièges au fond du mini bus.
 Nous arrivons vers 19h, de grandes flaques d’eau laissent imaginer le temps d’aujourd’hui et les nuages ne sont pas bien loin. Le Blue Bird Hôtel que nous avions connus le premier jour nous apparait plus luxueux et confortable qu’à l’aller.
Nous sortons dîner dans un restau prisé des habitants d’Addis, dans un quartier où nous distinguons de belles maisons, et aussi quelques prostituées dans la nuit. Le « Dodi » s’inspire du style Mac Do. Nous passons commande et nous attendons, attendons jusqu’à être transis de froid avec de la buée  qui sort de nos bouches, nous nous installons à l’intérieur mais attendons encore soupe et pizza. En plus il n’y a  pas de bière : le patron soudanais   étant musulman. Nous sommes contents de nous glisser sous la couette douillette et chaude.

mardi 4 février 2014

Cher Régis Debray. Alexandre Franc.

Comme si ses essais ne suffisaient pas, le voilà mon cher Régis Debray, en BD !http://blog-de-guy.blogspot.fr/2012/10/jeunesse-du-sacre-regis-debray.html
Et c’est un régal ! De toutes façons trois phrases m’auraient suffi, alors une promenade du côté du Panthéon ou  de la Porte dorée, un tour de manège, un masque de chat, me comblent parmi des extraits bien choisis.
« Instruire, c’est selon l’étymologie, mettre en ordre, mettre debout, édifier ; la République est un édifice, dont l’instruction primaire est la base ; et l’enseignement de la philosophie dans le secondaire la clef de voûte[…] supprimez le projet spéculatif, rayez l’apprentissage des métiers l’abstraction désintéressée, et vous n’aurez plus en guise d’instruction publique que dressage et maternage, fabrique d’esclaves spécialisés pour les besoins de l’industrie  ou bien pépinière de vieux poupons crédules en manque de gourous et de nourrices. Tout sauf une école de citoyens. »
Le producteur d’images s’appelle comment  déjà? Il est beaucoup question de la France, sans caricature mais avec ferveur, au cours de cette correspondance dessinée, mais aussi de lave-linge et  
«  des jeunes qui sont forts en compagnie et les vieux en solitude. »
Le narrateur se cherche et apporte à la statue de papier du prisonnier de Camiri, une légèreté qui ne se confond surtout pas avec la facilité : fluide, habile, invitant à la réflexion.
« Nation » a la même étymologie que « naissance » et « patrie » va avec « père ».
Il y a des chaises longues, des bouteilles de vin, et les lettres du philosophe s’accordent bien à la ligne claire du jeune homme.

lundi 3 février 2014

Le démantèlement. Sébastien Pilote.

Le Film apparu à Grenoble furtivement une semaine avec un seul créneau horaire, revient dans la programmation de la biennale de Cinéduc vendredi 21 février à 20H45,  à l’Ecran Vagabond du Trièves à Clelles.
Comme une de ses filles vivant à Montréal a besoin d’argent, un éleveur de moutons vend sa ferme. Pas de discours solennel sur la terre ou de pathos sur une vie de travail qui s’achève : le film est juste, simple, et beau. En accord avec ce milieu peu bavard.
Un petit fils qui vient rarement voir son grand père maladroit nourrit un agneau au biberon. Le tableau pourrait être niais. Il est bouleversant. J’ai pu lire au moment du festival de Cannes qu’il s’agissait d’un « géronto-drame », combien de fois des œuvres mineures nous ont interpelés bien plus intensément que des monuments ?
Je sais la brutalité de la vente d’une ferme, d’un troupeau, et au bout d’une carrière consacrée parait-il à la transmission, la réponse à la question : « que reste-t-il ? » tient au mieux dans une boite d’allumettes. Et c’est tant mieux. Merci de ces rappels essentiels qui font rire un peu trop fort quand un copain bien intentionné traite le têtu sexagénaire de niaiseux.

dimanche 2 février 2014

Mon traître. Emmanuel Meirieu.


Emmanuel Meirieu, le metteur en scène, est le fils de Philippe, acteur majeur des débats pédagogiques des années 2000 et conseiller régional EE vert. Le travail du trentenaire mérite les félicitations, terme banni désormais dans les appréciations pédagogiquement correctes.
Les mots et l’esprit, la force de Sorj Chalandon, dont deux romans ont nourri la pièce, sont rendus avec une économie de moyens qui va au cœur des tempêtes secouant nos humaines destinées.
Pour raconter son parcours, Chalandon, l’ancien journaliste de Libération, se met dans la peau d’un luthier parisien devenant ami avec un héros de la cause irlandaise qui va s’avérer être un traître http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/06/mon-traitre-sorj-chalandon.html .
Les protagonistes viennent à tour de rôle s’exprimer au micro.
 « ça fait quoi, Tyrone Meehan, de tenir une épaule devant un lac noir, de serrer la main que l'on trompe, de vendre l'amitié, l'amour, l'espoir et le respect? »
Si j’ai trouvé que l’acteur qui joue Tyrone Meehan, le traître, s’exprime trop gravement tout au long de son monologue, la sobriété du dispositif met en relief le talent des trois acteurs, les deux autres jouant le fils et le petit français. L’incroyable violence du conflit qui s’est déroulé près de nous, dans l’espace et dans le temps, prend une place si importante qu’elle nous éloigne du questionnement que je m’apprêtais à entamer concernant plus intimement, la trahison de mes idéaux de jeunesse.
Mes petits états d’âme pourront attendre, ils s’effacent sous la merde contre les murs de la prison de Long Kech, les morts au bout de grèves de la faim, et cette enfance assassinée par une terrible histoire : 
« Une princesse et son prince vivaient heureux dans leur château. À la naissance de leur premier enfant, les pierres de la tour se mirent à tomber. Au deuxième enfant, elles tombèrent plus encore. Et plus la famille s'agrandissait, plus la tour s'écroulait. Le prince partit, et la princesse mourut, écrasée par un bloc de pierre. Alors les enfants se transformèrent en corbeaux. »

samedi 1 février 2014

Trop de bonheur. Alice Munro.

Dix nouvelles :  dans ce concentré de littérature la brièveté n’empêche pas l’exploration d’un quotidien qui ne reste pas longtemps assoupi.
Passé le premier instant d’acclimatation à un genre que je n’avais plus fréquenté depuis un moment, nous entrons facilement dans des univers différents où chaque fois se dévoilent des secrets, des vérités qui ne sont pas péremptoires.
Les êtres sont incertains. Des enfants souffrent, meurent, les personnages féminins la plupart du temps au premier plan essayent de s’arranger avec leurs couples bancals, le bonheur n’est  vraiment pas à l’ordre du jour.
La mathématicienne dont le récit de sa vie donne son titre à l’ouvrage de 325 pages a du lire la formule « trop de bonheur » dans un livre, la réalité est si éloignée de tout excès de tranquillité, d’accomplissement, ne serait ce que d’un brin de contentement.
 « Je commençais à comprendre qu’il existe des causeuses que les gens aiment écouter, non pour ce qu’elles racontent, mais bien à cause du délice qu’elles se font de le raconter. Elles se délectent d’elles-mêmes, le visage illuminé, convaincues que tout ce dont elles parlent est remarquable et qu’elles ne peuvent s’empêcher de donner du plaisir. »
L’octogénaire qui vient d’obtenir le prix Nobel ne manque pas d’humour, elle met en scène une scène de dédicace :
«Joyce n’a jamais compris cette histoire qui consiste à faire la queue afin d’entr’apercevoir l’auteur puis de repartir en emportant le nom d’un inconnu inscrit dans le livre. »

vendredi 31 janvier 2014

Travail bien fait.



Perles :
Nos boites mails aiment bien les perles d’élèves, mais les profs en exercice goûtent modérément les contre-sens, les incongruités des jeunes qu’ils ont à enseigner.
Alors quand dans ses piles de copies ma prof extrait un devoir remarquable par son expression, sa finesse, son savoir : c’est un moment précieux, mais destiné à être tenu caché.
Elle se demande si ce ne serait pas desservir l’auteur de ses lignes devant sa classe à qui ne sont pas épargnées pourtant les récriminations quant aux incivilités de quelques uns, ni les grossièretés d’autres, participant à une atmosphère où il vaut mieux cultiver l’indifférence, le mépris que l’exigence. L’excellence se doit d’être discrète dans un établissement où demander à un élève de ramasser un papier frôle la maltraitance.
Les Star Academy, les agences de notation ne cessent d’imposer leur loi, les classements abandonnés depuis longtemps à l’école fleurissent dans les hebdomadaires qui daubent par ailleurs sur les notes à l’école.
Taf :
Sur une radio où « Les grandes gueules » sont une image de marque, un conducteur de chantier intervenait au téléphone :
« Quand je suis au taf, je regarde pas les gonzesses » à propos de François et sa Julie.
Je ne pouvais qu’approuver car il se faisait visiblement une haute idée de la fonction présidentielle.
Sur ce coup le maçon est plus respectable que le Vespasien.
Besogneux :
Le mot « travail » fut inscrit au dos de pièces qui n’ont plus court depuis longtemps et la réhabilitation des métiers n’a pas été favorisée par l’Exorbité à la barbe de trois jours, pourtant je frise l’aventure, si de surcroit, je qualifie la besogne de « bien faite ».
Alors que ceux qui ont un job sont souvent en mode stress, la conscience professionnelle pourrait devenir un sujet pour musée du folklorique, tant elle se dissimule et se fait rare.
Lorsque dans une conversation le sujet arrive sur ceux qui rénovent les façades, les plombiers, les profs, les policiers, les femmes de ménage, les aides soignantes, les dentistes, les cuisiniers, les employés de mairie, de la poste …  les footballeurs, le robinet à bile s’ouvre en grand, et les politiciens !
Désormais au pays où le ministre du budget planquait son pognon en Suisse, il vaut mieux se la jouer détaché des contraintes de sa tâche que de laborieusement, servilement se mettre au service de ses administrés, de ses clients. Et se payer un coach pour méditer.
Nous avons tellement perdu le sens des valeurs et du prix de notre liberté que nous aurons vite oublié que des personnes avaient envie de l’Europe depuis l’Ukraine.
Cette liberté dans laquelle nous baignons, nous ne la voyons plus, nous ne savons plus en user quand d’autres aspirent à y accéder, à en mourir.
.............Dessin d'Aurel:
 

jeudi 30 janvier 2014

Cornell et les surréalistes. Musée des beaux arts Lyon.

Parce que les surréalistes étaient la modernité en nos années lycée, leurs collages à l’heure de Photoshop ont certes le goût familier du passé déposé sur un  coin de trottoir un dimanche matin de brocante, mais font dépassés, leur audace éventée, leur originalité dévaluée par une profusion d’images qu’ils ont influencées.
Jusqu’au 10 février à côté de l’Hôtel de ville, nous pouvons découvrir après le MOMA, les productions de Joseph Cornell qui rencontra Dali, Duchamp, Ernst, Man Ray… entre 1930 et 1940 quand l’Amérique recevait des bannis de l’Europe et que le surréalisme vivait à New York, son âge d’or.
Les assemblages peuvent être insolites, détournés, le merveilleux tient dans une poche.
Rêves, trompe l’œil et poésie de l’ordinaire.
Le quotidien s’enchante, les objets s’animent, le plus ténu des ressorts, le plus fin des fils, le plus banal des écrins prennent toute la place que nos imaginations appâtées leur inventent.
Mis en boites, derrière leur vitre, les sables, les verres, les boules nous invitent à  les regarder et à voir le monde différemment.
De Chirico, Eluard, Breton jouent leur partition.
Cornell rencontre aussi des néo-romantiques qui officiaient beaucoup dans les décors de théâtre ou de danse. Il constitue une collection de remontages de séquences au cinéma qui fait référence : films collage.
Et plus ça va, plus l’influence de Duchamp me parait déterminante, celui-ci embaucha Cornell pour construire de petits musées portatifs.
Il travaille aussi le mouvement,  les effets d’optique, confectionne des jouets ; un moment proche de l’expressionnisme abstrait, il aborde aux rives du minimal art et du pop art.
En 1972, il meurt à 69 ans