dimanche 16 juin 2013

Chanson française. Alexandre Tharaud.


La saison 2013 à la MC2 finit en beauté avec une soirée de gala autour du pianiste classique qui débuta avec Bartabas des collaborations au-delà de son domaine de prédilection et apparut dans le film « Amour » de Haneke.
Le dispositif fait apprécier la variété des invités. Des reprises de chansons de Barbara lient la sauce d’une représentation respirant une authenticité sans tapage.
« Avant que le soir ne se pose
j'ai voulu voir
les maisons fleuries sous les roses,
j'ai voulu voir
le jardin où nos cris d'enfants
jaillissaient comme source claire. »
Juliette qui a déjà travaillé avec le meneur de jeu virtuose rayonne, emporte le morceau grâce à son abattage formidable et  à sa voix ronde et puissante.
« Le vin comme l'amour, l'amour comme le vin,
Qu'ils soient impérissables, qu'ils soient sans lendemain
Qu'ils soient bourrus, tranquilles, acerbes ou élégants,
Je suis sûre qu'il ne faut pas mettre d'eau dedans ! »
Si Dominique A, le plus loué des chanteurs, ne m’avait pas convaincu en CD, j’ai été sensible à sa singularité.
« Je suis venu vers toi un jour où rien n'allait
Je suis venu vers toi parce que tu étais là
Tu m'as pendant longtemps demandé pourquoi moi
Je ne t'ai pas menti je te l'ai toujours dit
Parce que tu étais là »
Je garde toujours beaucoup de tendresse pour Delerm et Albin De La Simone et je me suis senti vraiment gâté de retrouver mes chanteurs favoris ce soir.
« Les nouveaux murs de la maison
Sous la peinture et les faux plafonds
Notre futur en question
Le souvenir de mes vies premières
Troupeaux de moutons de poussières
Mes gravats de célibataire
Et cet enfant qui pleure qui mange
Kilos de lait, kilos de langes
Et tout cet amour en échange »
Je me suis montré attentif à Alain Chamfort que je ne connaissais guère.
Le public était transporté et  s’est déplacé  de l’auditorium au grand théâtre qui avait ouvert son plateau aux circassiens Mathurin Bolze sur trampoline avec Yoann Bourgeois  qui jongle aussi. 
Alexandre Tharaud  acrobatique au piano va payer de sa personne dans une conclusion où la poésie nait de la performance physique. Merci.
Il n’a fait que jouer la musique de « Quand reviendras-tu ? » et depuis me revient :
« A voir Paris si beau dans cette fin d´automne,
Soudain je m´alanguis, je rêve, je frissonne,
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne,
Ton image me hante, je te parle tout bas,
Et j´ai le mal d´amour, et j´ai le mal de toi, »

samedi 15 juin 2013

Tout ce qui reste de nos vies. Alain Rémond.


Un livre d’Alain Rémond dont je lis avec plaisir les chroniques en dernière page de Marianne après celles de « mon œil » qu’il délivrait à Télérama, ça ne se refuse pas. J’avais adoré Chaque jour est un adieu (2000).
J’ai trouvé cependant que ces 100 pages reprenaient le chemin déjà parcouru des souvenirs familiaux avec la même sincérité, mais sans la fraicheur première. 
« On devrait écrire chaque livre comme si c’était le dernier ».
Pourtant l’entame de cet ouvrage laisse deviner l’impérieuse nécessité de l’écriture.
Sous le hangar d’une ferme abandonnée où s’abritent des promeneurs sous l’orage, des papiers qui sont tout ce qui reste d’une famille ouvrent la réflexion, éveillent les souvenirs.
Est-ce parce que j’avais pris à la lettre  la comptine du mois de juin : « les cahiers au feu, la maîtresse eu milieu »,  que je ne me suis pas laissé envahir par les papiers ?
Alors j’ai trouvé parfois redondante la plainte du mélancolique qui vire hypocondriaque de la préservation de la facture et de la quittance.
Les actes de vente, les livrets militaires, les fiches d’état civil sont des mines, les sources des histoires, mais j’espère que celui qui a su nous faire partager ses tourments avec les cintres suivra les conseils qu’il délivre à son petit fils :
« Pense aux morts mais occupe- toi des vivants »

vendredi 14 juin 2013

Préjudice moral.



Des millions d' €uros pour Tapie victime d’ « un préjudice moral » au pays de Descartes (à gratter):
« non mais allo ! quoi je cauchemarde ! »
Alors que nous devrions demander des indemnités à celui qui cloua son bec à Le Pen lui que nous avions admis dans notre camp qui était celui de Jaurès : il nous a trompés grave !
Il fut un premier symptôme de notre effondrement moral et nous faisons comme s’il avait toujours été pote seulement avec le conférencier de chez Goldman Sachs.
« La vérité rougit les yeux mais ne les crève pas »
J’ai recopié quelques maximes de la sagesse du Burkina Faso aux éditions Jouvence pour les intercaler entre quelques humeurs disparates.
« Indignez-vous ! » le livret  de Stéphane Hessel a connu le succès une saison parce que sa forme brève faisait également appel à un sentiment qui use d’une mèche courte.
Chaque jour nous pouvons sursauter aux injustices, aux manipulations, aux violences, aux gabegies, à la mauvaise foi. Alors nous oublions Cahuzac en quelques semaines, Tibéri depuis des années et DSK nous lasse. Il a eu sa punition : il en est réduit à son entre jambes.
«Si tu ne sais pas où tu vas, sache au moins d’où tu viens »
Le rapprochement avec les années 30 tellement répandu pour  essayer d’éclairer nos années d’avant 14 devrait intégrer quelques circonstances aggravantes.
Les groupes factieux d’alors n’avaient pas encore vu la concrétisation de leurs idées.
Ils ne pouvaient se faire tatouer « Jedem das Seine »  qui figurait à l’entrée de Buchenwald : « chacun reçoit ce qu'il mérite » comme le font quelques skins branchés.
Les extrêmes nous renseignent sur l’état de notre société. Du côté droit s’ils en sont arrivés à tuer, c’est que le climat de haine envers la gauche a été travaillé par tant de hauts parleurs.
La gauche remporte la majorité de suffrages à toutes les élections  depuis des années: ça les énerve et ils ne cessent de gueuler à l’illégitimité de ceux qui ont été élus. Ils ne peuvent croire à leurs cris et perdent  leurs nerfs.
 « Ce qui est vieux a été neuf »
Côté gauche le  mot charisme est devenu courant dans nos conversations.
Je le préfère prononcé à la François Morel avec le « cha » comme « chat ».
Depuis le fin fond des âges démocratiques, l’identité de la gauche s’est forgée dans le refus du pouvoir personnel des rois, des empereurs, des généraux avec tant de personnalités qui ne se sont guère installées au pouvoir comme Gambetta ou Mendès France. 
Pourtant l’exercice du pouvoir par Hollande passe aujourd’hui pour de l’effacement coupable alors que l’Omnipotent  Azimuté qui l’a précédé lassait même son camp : nous aimons les chefs pour pouvoir les critiquer, les vilipender…   
Et quand un tribun à la rouge écharpe, en appelle à une sixième république, lui qui « sait ce qu’il faut faire contre la crise », il n’est pas forcément le mieux placé pour se réclamer d’une tradition de méfiance à l’égard des pouvoirs personnels.
« Qui déteste les étrangers doit commencer par expulser sa mère »
…..
Dans le canard de cette semaine après un dessin de Politis en cours d’article.

jeudi 13 juin 2013

Résonances/raisonnances. 2013.



La formule qui associe peinture et musique s’appliquait cette fois à l’Italie, terre de peinture et de musique s’il en est.
Pour clôturer la saison des conférences aux amis du musée, Catherine De Buzon historienne d’art et Daniel Jublin musicologue ont réuni leur érudition pour nous offrir deux heures de découvertes, de retrouvailles, de plaisir, malgré des reproductions de tableaux aux couleurs parfois saturées et des aléas techniques qui ont fait perdre de l’ampleur à la musique.
Je rabâche volontiers que « la culture c’est retrouver », mais ce soir là, j’ai surtout apprécié des surprises : Vivaldi n’a pas que quatre saisons sous l’archet, et l’étal du boucher de Carrache, arrache.
Inspiré par la thématique ritale, j’aurai bien imité Cavanna qui excellait à sous-titrer des peintres pompiers en jouant avec la Sainte famille de Michel Ange.
Ainsi j’aurai bien fait dire à Marie qui semble refourguer son Jésus à Joseph :
«Tiens occupe t’en un peu, c’est toujours moi qui suis sur la photo avec lui… »
Au pays de Messiaen, les couleurs de la musique ne sont pas que métaphores et si les mélodies suivent des courbes, les sons forment  aussi des architectures. 
La Galatée de Raphaël est sensuelle, l’Atalante de Reni est blafarde lors de sa rencontre avec Hypomène d’une violence saccadée soulignée par un extrait combatif de Monteverdi.
Nous sommes plus familiers de la renaissance italienne que de ses peintres du XIX° qui m’ont beaucoup plu : Morbelli et sa gare centrale, Severini avec une bagarre effervescente dans une galerie marchande, et Quadrone dont un chasseur dit à ses chiens: «  Entrez, il fait froid ».
Le chien de Balla le futuriste a la laisse dynamique et les contemporains Merz et Penone  représentant de l’arte povera frappent fort et poétiquement quand il s’agit de « respirer l’ombre ».
"Avoir le temps d’un arbre, de la pierre, du fleuve, du son, de la lumière, de l’escargot, de l’insecte, la stabilité, l’éternelle durée d’une fleur pour un papillon."
Morricone et Rota les accompagnent à merveille. Et Caresana que je ne connaissais pas sur fond de Masaccio : ça va bien  comme le poing de Zorio avec « Orlando finto pazzo » de Vivaldi.
 Qui d’autre que Pergolèse mort à 26 ans et son stabat mater avec la pietà éperdue de Carrache ?
Et Le Caravage évidemment, sa sainte Catherine et son « manteau de certitude », Masaccio, Rossini le gourmand, Mantegna le sévère, Verdi, Fra Angelico, Scarlatti, Le Titien
E un gelato al limone !

mercredi 12 juin 2013

France culture papier. Eté 2013.



Le trimestriel trouvé à Carrefour en est à son numéro 6. 
Il est bien bon de s’attarder sur des paroles fortes avec des personnes qui parlent comme des livres. Comment ne pas y avoir pensé plus tôt de fixer ces voix sur du papier?
Rocard, avec l’insolence que l’on prête à la jeunesse bénéficie d’un cahier spécial, il évoque son père et porte des paroles toujours aussi exigeantes et décapantes :
« Il vous tombe dessus tous les jours des pulsions de l’opinion sur n’importe quoi et le gouvernement a pratiquement l’interdiction de la négliger [….]  C’est naturellement idiot, dangereux et inefficace mais c’est une créance médiatique sur le pouvoir qui est un empêchement de gouverner sérieusement. »
Danielle Sallenave qui plaide pour la transmission évoque Cocteau, à qui l’on demandait ce qu’il emporterait si le feu prenait dans sa maison, a répondu : le feu ! Elle : la transmission de la langue.
Le récit de la vie de Walt Disney artiste et entrepreneur est passionnant, retraçant un parcours exceptionnel sans négliger le côté sombre.
Les articles autour de la thématique principale de la clandestinité ne sont pas tous périphériques comme: Cartouche le bandit populaire, un détective privé et un ouvrage clandestin  de sciences de la vie du XVII°. 
Il est aussi question d’un prisonnier chinois qui a vécu l’enfer de la torture, de l’ « odyssée des bas fonds » de sans papiers, de la « black économie » ( 2/3 de l’économie au Bénin est informelle) et du rappel de séminaires secrets d’intellectuels à Prague pendant la guerre froide.
Les sujets graves ne manquent pas : les enfants sorciers du Bénin sont parfois protégés, comme en témoignent des femmes travaillant dans un hôpital, mais il arrive pour des dents qui poussent d’abord sur la mâchoire supérieure,  qu’un bourreau fracasse la tête d’un petit contre un arbre.
Les témoignages d’un guetteur, d’un charbonneur des quartiers Nord de Marseille sont intéressants, désespérants et inattendus puisque l’article s’interroge : « pourquoi les dealers vivent chez leur maman ? »  
Il faut bien un entretien avec Resnais ou un retour vers Blondin suiveur de 28 tours de France qui rappelle que « l’homme descend du songe et a tendance à y retourner » pour  souffler un peu. 
Les dernières pages finissent sur un sourire par l’équipe des « papous dans la tête » :  Dans une bibliothèque, la vie de certains romans et pas des moindres avec une « Madame Bovary » jamais contente qui se confie à « Guerre et paix » chez monsieur Duval, un dormeur. L’étagère finit mal, car de toutes les façons « la bêtise consiste à vouloir conclure », et ça c’est de Flaubert.

mardi 11 juin 2013

Guide du mauvais père. Guy Delisle.



Trop court.
La surprise est au rendez vous à chaque moment de ses histoires éducativement incorrectes, qui font éclater de rire à tous coups.  
Papa, va-t-il oser ? Oui, tout le temps et au-delà.
Il oublie à plusieurs reprises de mettre sous l'oreiller l’argent de la petite souris qui vient récupérer la dent tombée de son fils et se sert de sa distraction pour dire que si les parents jouaient le rôle de la petite souris, ils n’auraient pas oublié la pièce !
La vie familiale du dessinateur canadien apparaissait dans ses chroniques originales et éclairantes en Birmanie, à Jérusalem, à Pyongyang ; cette fois le décor a disparu, les enfants sont au centre.
Ils ont bien de la chance d’avoir un papa qui a autant d’humour même si parfois il les fait hurler de peur ; c’est si bon de crier, de se déculpabiliser de ses manquements et de rire de soi.

lundi 10 juin 2013

Perfect mothers. Anne Fontaine.


Dans les combinaisons amoureuses possibles, l’option : « je  couche avec le fils de mon amie » n’avait pas été très explorée, à ma connaissance, et j’étais curieux de voir comment la réalisatrice de « Nettoyage à sec » avait  traité le sujet.
Nous aurions envie de croire à  ces générations successives descendant le chemin vers la plage, mais les inaltérables grands-mères  sont des mères totalement absentes.
Aucune complexité, aucune nuance, aucune émotion, film de surfer. Les tourments du vieillissement ne sont même pas traités, et nous ne pouvons croire à ce ponton sur des eaux turquoise hors du temps, hors du monde, où les beaux garçons sont bien mal élevés. N’incestons pas : ce paradis bidon est un enfer qui ment, un enfermement.
Au paradis, les fils calent.

dimanche 9 juin 2013

"iTMOi" ("In the mind of Igor"). Akram Khan.



Igor dont il est question dans le titre d’une façon allusive, c’est Stravinski dont on fête le centenaire du  « Sacre du printemps ».
Dehors ou sur scène, les printemps ne font guère fleurettes, et dans  ce « sacre » il faut entendre «  sacrifice ».
Très différent  de « Gnossis » par le résident grenoblois, dont la grâce énergique nous avait touchés, cette  version du « printemps » nous a tout autant enthousiasmés par sa force où la violence alterne avec la douceur.
Le chorégraphe a tant de choses à montrer.
Les musiques les plus concrètes succèdent à des airs folkloriques voire à une citation furtive de Stravinski avec toujours les corps magnifiques qui imposent la pulsation.
Des photographies sur le net ne correspondent pas forcément à ce qui est présenté sur scène, preuves d’une recherche en marche.
Le dossier de la MC2 nous renseigne sur les personnages :
 « Kali, l’incarnation de la tradition, la déesse. Kali en sanskrit signifie celle qui est noire et dans l’hindouisme Kali est la déesse du temps qui représente à la fois la destruction et le changement. Ce personnage mythologique est souvent associé à l’amour matriarcal. La mariée, l’élue, l’agneau, la victime…les polarités du bien et du mal ou le yin-yang. »
Mais peu importe finalement qui est qui, nous sommes emportés dès le début  rien qu'avec un éclairage qui laisse deviner une forme humaine dans le brouillard aussi belle qu’une volute. Pourtant le coup de la fumée on nous l’a déjà fait, hé bien là, j’ai marché à fond comme  avec l’image de cet homme relié à des cordes qui battent en cadence, entravé à sa naissance, ou la lune du temps compté qui se balance. Les costumes  soulignent la beauté des gestes, avec des vestes qui font presque robes, ce sont des corolles quand elles sont longues et cerclées sans jamais apparaitre comme des accessoires. Même si nous sommes ravis par la beauté, nous ne sommes pas que tapés à l’œil : on aura beau se tordre les bras, gambader, on se rappelle que la mort ne porte pas de pâquerette derrière l’oreille, elle ne nous lâchera pas.

samedi 8 juin 2013

Les gauches françaises. Jacques Julliard.



#2. Le tableau.
Julliard qui fut un des phares de la deuxième gauche (les Rocardiens, la CFDT de Maire) est d’une lucidité décapante, il sait que ce courant décentralisateur « est condamné à se réfugier dans la sphère idéologique et se voit détroussé par sa rivale, en général beaucoup plus pragmatique. » Il apporte une documentation historique qui ne peut se contenter d'images pieuses bradées au pied du génie de la Bastille, il rend hommage à Régis Debray qui a opposé :
« la laïcité républicaine à la religiosité démocrate ; le monde de la politique à celui des affaires ; l’universalisme au localisme ; le civisme au moralisme ; l’école fermée à la communication ; la mémoire à l’amnésie ; l’idéal d’égalité sociale à l’acceptation des inégalités utiles ; le citoyen à l’individu ; le masculin au féminin ; la caserne au bordel ; et de conclure avec équité un parallèle tout imprégné d’esprit républicain, c'est-à-dire jacobin : « une République Française qui ne serait pas d’abord une démocratie serait intolérable. Une République française qui ne serait plus qu’une démocratie comme les autres serait insignifiante. »
Ouvrant sa réflexion sur la notion de nature, l’historien engagé conclut par là :
« la confrontation entre les hommes se complique d’une confrontation entre les hommes et la nature ».
Au commencement advint la démocratie, les derniers mots qui prennent du relief au bout d’une telle somme sonnent l’alarme:
«Une course de vitesse est en effet engagée aujourd’hui dans la plupart des sociétés entre l’indifférence des citoyens et leur besoin de participer. Pour la gauche, ne pas donner suite à cette aspiration, ce serait avouer qu’elle n’aurait été qu’une étape, en voie d’être dépassée, dans l’histoire de la liberté. Désormais, pour être à la hauteur de son passé, elle a besoin d’hommes nouveaux, qui n’aient pas peur du peuple ni des idées qui lui ont permis, pendant deux siècles, de faire l’Histoire. »
Pour ne pas à être condamnés à « vivre du parfum d’un vase vide », comme Renan le disait joliment de la société post chrétienne, il est de plus en plus nécessaire de revenir au cœur de cette épaisseur historique. 
«  L’instruction est ce qui unit et, parfois nivelle. La culture est ce qui distingue. »
Etudions, sachons ce que nous devons à Antigone face à Créon, même si dans notre société sans sommeil, les mémoires se cachent de préférence dans les machines.
Nous pourrons constater la  péremption de certains mots : ainsi « bobo » signifia bolchevique-bonapartiste par opposition aux lili (libéraux libertaires), il n’y a pas si longtemps.
Qui est héritier des jansénistes ou des jésuites ? Sommes-nous du côté de l’initiative divine ou de la liberté humaine, avec les bourgeois parlementaires contre l’arbitraire royal ?
Nous aurons besoin de toute notre raison pour faire carburer nos sentiments.
……………………………….Copinages…………………………………………………
 A la bibliothèque Barnave de St Egrève rencontre avec Marie-Thérèse Jacquet
( dont des nouvelles sont en ligne sur ce blog à la rubrique écrits de lecteurs) où son dernier roman « Le radeau de Victoire » sera présenté mercredi 19 juin 2013 à 18h30.
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Du lundi 10 juin 14h au vendredi 14 juin17h : Mandala de sable à la résidence du Bois d’Artas 1 rue Augereau à Grenoble par le groupe « Grain de sable graine de sagesse ».
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vendredi 7 juin 2013

Quelle mobilité pour désenclaver la jeunesse ?



Dans ce débat au forum de Libé à la MC2,  modéré par une craquante Gracques,  j’ai  osé prendre la parole pour remercier les intervenants  taxés de « parisianisme » par des spectateurs alors qu’ils venaient de porter à notre connaissance leurs actions concrètes pour permettre plus particulièrement à des publics en difficulté d’accéder à un bien aussi indispensable que l’eau et l’électricité : la mobilité.
Le troisième frein à l’emploi après la qualification et l’âge.
Ce n’était pas que du baratin sur « l’économie du partage source et gisement d’emplois non délocalisables, moteur d’innovation » répondant à un pressant besoin, quand 10 millions de personnes sont en empêchement de mobilité chez nous depuis la mamie sans ascenseur à celui qui ne peut s’offrir une automobile revenant à 4000 € par an. En envisageant des complémentarités, des assouplissements qui éviteraient que des bus trimballent des banquettes vides à certaines heures, en rappelant le rôle des « bureaux du temps » qui existent dans certaines villes, Rennes, Poitiers, Paris.
A l’heure de la mondialisation, j’ai été étonné que 50% des jeunes ne souhaitent pas sortir de leur ville ou de leur canton pour accéder à un emploi. Ce n’est pas qu’une question de transport.
Parmi les éléments apportés lors de ce débat qui articulait réflexion globale et actions précises autour des 3 C : comme CO2, cogestion urbaine (le kilométrage moyen a été multiplié par 6 en 40 ans malgré une densification croissante) et coût :
-        le covoiturage correspond  actuellement à 1000 TGV
-        la production automobile en croissance a atteint 80 millions de véhicules
-        1 milliard de voitures occupent notre planète de 7 milliards d’habitants
Voiture & Co  dont la devise est « tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » a permis avec ses douze plateformes de mobilité à un millier de personnes de devenir autonomes et ainsi d’accéder à l’emploi  par le prêt de véhicules, aide pour le permis de conduire, accompagnement, possibilités de réparations à prix coutant …
Ils travaillent à un partenariat avec Renault  par sa fondation Mobiliz qui s’inscrit dans une démarche durable (voitures électriques), avec des préoccupations autour du recyclage et de la déconstruction, une approche multimodale et connectée. Il ne s’agit pas de mécénat puisque l’ambition est la pérennité d’un modèle économique autoporteur : du social business pour une entreprise sociale qui vise les 30 plateformes en 2015.
Ecolotrans transporte écologiquement  des marchandises avec des véhicules électriques, au gaz, en réfléchissant pour utiliser les transports en commun à cette fin. Cette entreprise Parisienne qui emploie 23 personnes est dans une démarche qui vise à mutualiser du matériel à faire se rencontrer producteurs et consommateurs, en apportant la preuve que les idées neuves génèrent de la créativité et de l’emploi. 
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Dans le Canard de cette semaine:
 

jeudi 6 juin 2013

De l’Allemagne 1800-1939. De Friedrich à Beckmann.



Dans l’exposition qui se tiendra au Louvre jusqu’au 24 juin, nous sommes comme « Le voyageur contemplant une mer de nuages » de Friedrich découvrant le paysage  mouvant de la peinture allemande au moment où cette nation se construisait. Appréciant la lumière, loin des « querelles-si j’ose dire-d’allemands » qui ont alimenté quelques gazettes ces derniers temps. Comme dit Heinz Wismann dans Lire :
« les Allemands ne sont pas totalitaires au départ ; au contraire ils sont atomisées. Quant aux français[…] ils sont déjà tellement dans la conformité parfaite de l’unité et de la règle garanties qu’ils se paient le luxe de la transgression permanente.[…] L’esprit français consiste à jouer avec la règle, à s’en libérer tout en la confirmant. »
Stimulé par l’épisode napoléonien, le sentiment nationaliste de nos voisins germains se réveille et les héritiers du Saint Empire vont rechercher vers Rome et Athènes les sources d’une régénération, autant chez Apollon que chez Dionysos.
La femme de Franz von Stuck qui attend les mains sur les hanches l’issue du combat de deux hommes, n’est pas chétive.
Dans un moyen âge revisité, près des châteaux perchés et des fleuves puissants, les géants et les nains foisonnent.
En terre protestante la cathédrale gothique de Cologne  dont la construction a été interrompue en 1560 reprend en 1815.
La beauté des paysages romantiques doit plus à la mélancolie des artistes qu’à une reproduction réaliste, les arbres sont tourmentés et les visions sont  souvent celles des sommets ou de ruines et de cimetières.
Le terme expressionnisme apparait en 1908, les peintres allemands en seront les représentants les plus fameux. Ils traduisent avec intensité le grotesque et l’effroyable de la guerre : « l’œuvre du diable » dira Otto Dix.
Et Beckman dans son « enfer des oiseaux » en 1938 est d’une puissance semblable à « Guernica ».
Dans un numéro de Beaux arts consacré à l’exposition, Florelle Guillaume m’a fait redécouvrir le tableau de Böchlin, « Villa au bord de la mer » par un commentaire éclairant.
Cette toile pourrait résumer la présentation des 200 pièces qui donnent une idée de la richesse et de la variété des approches des artistes d’outre Rhin : de funèbres cyprès se dressent près d’une antique villa face à une mer agitée, une femme est adossée aux vieilles pierres, mélancolique.

mercredi 5 juin 2013

Le palais Garnier. L’Opéra.



Lorsqu’Eugénie l’épouse de Napoléon III qui n’avait pas digéré que son favori Violet Le Duc ne fut pas retenu pour réaliser le 13° opéra construit à Paris, interpela Charles Garnier :
 « Quel affreux canard, ce n’est pas du style, ce n’est ni grec ni romain ! »
Celui- ci répliqua :
« Non, ces styles-là ont fait leur temps... C’est du Napoléon III, Madame ! »
Commandé sous le second empire en 1860, au croisement de voies haussmanniennes, le bâtiment gigantesque fut inauguré par Mac Mahon en 1875, et Garnier dut payer sa place ce jour là.
Une entrée particulière avait été réservée à Charles Louis Napoléon ainsi qu’une loge où il aurait pu être vu, mais très mal placé pour assister aux spectacles se déroulant sur le plateau incliné dont les coulisses sont si hautes qu’elles pourraient contenir l’arc de triomphe.
Pour la visite, nous commençons par la rotonde des abonnés qui venaient jadis plusieurs fois au même spectacle; les jeux de la représentation sociale se déroulaient à la descente des calèches dans l’escalier monumental composé d’une vingtaine de marbres  aux couleurs différentes.
Les loges donnent sur la salle de spectacle rouge et or qui peut contenir 2000 personnes sous un lustre de 8 tonnes. Si aujourd’hui des écrans renseignent les spectateurs du poulailler, ces places moins chères étaient pour ceux qui se contentaient du son.
L’aérien Chagall qui a été chargé par Malraux de remplacer en 1964 le décor initial du plafond fatigué par l’éclairage au gaz des débuts, convient parfaitement dans sa clarté.
Les galeries des foyers sont grandioses, leur majesté multipliée par les miroirs. Des maquettes de décor de spectacles fameux sont présentées dans une bibliothèque impressionnante.
Sur le parvis une bande de musiciens jouait joyeusement au pied des célèbres statues de la Danse de Carpeaux reproduites ici par Belmondo Paul, l’original est à Orsay : deux occasions de se réjouir.

mardi 4 juin 2013

Les champs d’honneur. Jean Rouaud. Denis Deprez.



Je voulais retrouver en BD le Goncourt de 1990 que j’avais tant aimé, le titre m’en avait surtout imprimé  le souvenir d’un récit autour de la guerre de 14. J’ai retrouvé la force du récit initial et apprécié les portraits d’une famille dans les années 60 en Loire Inférieure comme on avait fini de l’appeler.
Le travail à l’aquarelle s’accorde bien à la pluie et aux larmes et même à la Provence, lors de vacances des grands parents du côté de Toulon.
Cette famille simple fréquente beaucoup les cimetières, et si Joseph a été enterré sous un arbre du champ de bataille, son corps reviendra dans la terre de son village.
Le grand père qui allumait sa cigarette avec le mégot de la précédente n’a pas fait de vieux os, et la tante Marie sombrant dans la folie après une vie de dévotion, « le petit facteur du Bon Dieu », tiendra  un peu accrochée à ses tuyaux, elle qui « n’était plus qu’une petite ride de vie ».
La vie violente et grise se recouvre ici de subtiles eaux mélancoliques.

lundi 3 juin 2013

La grande belezza. Paolo Sorrentino.


A la vue d’un film italien, mon esprit critique part en vacances (romaines), même si je comprends les avis sévères parfois portés sur le dernier film du réalisateur de « This Must Be The Place » avec Sean Penn en semelles compensées et du remarquable « Il divo » contant la vie d’ Andreotti.
Toni Servillo qui joue un mondain à la paupière tombante débite des vacheries avec élégance.
Nous sommes avec lui à regretter le cynisme de la période, à jouer les sucrés, mais à goûter  aussi les bons mots acidulés. Toujours à cheval sur cette frontière fragile entre drame et indifférence, sérieux plombant ou humour destructeur.
Même si le début est déroutant, la beauté des images tournées dans Rome désertée permet de passer agréablement les 2h20. Et le côté foutraque du film est cohérent avec le propos où la vacuité et l’ennui constituent la trame.
Le snob futile se promène au milieu des fêtes, sur des terrasses sublimes, blasé.  Son pouvoir est dérisoire :
 « Je ne voulais pas seulement participer aux soirées, je voulais avoir le pouvoir de les gâcher »
Quelques tableaux savoureux sur une société décadente subsistent : un chirurgien vend à la chaine des mots et du botox, une sainte en voie d’homologation gravit des marches sur les genoux, les tentatives artistiques sont pathétiques.
Dans cet océan d’hypocrisie, lui qui a renoncé à la littérature, délivre quelques conseils réparateurs :
« Tu as 53 ans et une vie dévastée, comme nous tous. Alors, au lieu de nous faire la morale et de nous regarder avec mépris, tu devrais le faire avec affection. Nous sommes tous au bord du gouffre. Notre seul remède est de nous tenir compagnie et de rire un peu de nous. Non ? »
Les musiques sacrées et électro de 2013 éloignent les fantômes démodés de Fellini invoqués dès que des nichons se pointent. Les mélancoliques ritournelles des matins de fête de Rota se sont évanouies et il ne reste que de grinçants accords d’une civilisation au crépuscule où la littérature est un truc parmi d’autres artifices comme la prestidigitation… et le cinéma donc !  

dimanche 2 juin 2013

En piste. Boivin, Larieu, Houbin.


Deux hommes et une femme dansent sur des chansons  françaises des années 70.
« Avec le temps… » : nous l’avons mesuré, le temps, ce soir à la MC2 depuis  les pistes griffées de 33 tours que nous écoutions fiévreusement :
que reste-t-il après « il n’y a plus rien » de Ferré ?
Plus facile de chorégraphier  «Mirza» de Ferrer ou « il patinait merveilleusement » de Verlaine que l’immarcescible « Petit bal perdu » ou d’autres morceaux  monumentaux et si intimes que les gestes proposés par les trois danseurs semblent relever parfois d’un langage à destination des sourds.
Le choix alternant les frères Jacques, Barbara, Gainsbourg, Boby Lapointe, Brel, Reggiani, Christophe
« Bandit un peu maudit, un peu vieilli,
Les musiciens sont ridés »,
est tellement incontestable  que les textes et les musiques pourraient se suffire à eux mêmes.
Dans une succession de tableaux bien dosés et non de clips, avec ou sans fraises autour du cou, les corps des danseurs irréprochables en piste pour la danse signent le temps qui a passé.
Et les Poppyes chantaient :
« C'est l'histoire d'une trêve
Que j'avais demandée
C'est l'histoire d'un soleil
Que j'avais espéré
C'est l'histoire d'un amour
Que je croyais vivant
C'est l'histoire d'un beau jour
Que moi petit enfant
Je voulais très heureux
Pour toute la planète
Je voulais, j'espérais
Que la paix règne en maître
En ce soir de Noël
Mais tout a continué
Mais tout a continué
Mais tout a continué
Non, non, rien n’a changé
Tout, tout a continué
Non, non, rien n’a changé
Tout, tout a continué
Hey ! Hey ! Hey ! Hey !
Et pourtant bien des gens
Ont chanté avec nous
Et pourtant bien des gens
Se sont mis à genoux
Pour prier, oui pour prier
Pour prier, oui pour prier »

samedi 1 juin 2013

Les gauches françaises. Jacques Julliard.




#1. Le Cadeau.
Mon libéral préféré, tellement libéral qu’il en fait profession, m’a offert le dernier livre de Julliard. Alors que j’aurais été plutôt du genre à lui offrir le dernier Morano, il fait la preuve que tous les riches de droite ne sont pas forcément sans générosité (le livre coûte 25 €) et en outre il n’hésite pas à me flatter, car les 945 pages passionnantes sont roboratives.
Il ne craint pas non plus de redonner vigueur à des fibres progressistes qui m’ont tenu debout dans ma vie professionnelle et syndicale.
Je n’hésiterai pas à rendre hommage à sa munificence en glissant des formules définitives puisées dans le livre que je lui dois, telles que « le passage d’un capitalisme de managers à un capitalisme d’actionnaires » pour caractériser les évolutions récentes.
Mais mon sparring partenair, n’est pas Tocqueville non plus, « capable de considérer la différence entre les recommandations de son intelligence et celles de son intérêt. ».
Nourri à coup de « Le Point », ce camarade généreux quoique Barriste peut sortir dans un moment de faiblesse que la revendication égalitaire est le fait de jaloux, d’envieux.
Avec d’autres contradicteurs de droite, il n’a pas insisté sur Cahuzac qui a fait plus de tort à la gauche que Guéant, Hortefeux et Guaino réunis.
Mais pendant tous ces jours où j’en revenais au passé de la gauche, j’ai ressenti une grosse fatigue. De Jaurès à Guérini.
« Nous voulons substituer dans notre pays la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie[…] c'est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la république à tous les vices et tous les ridicules de la monarchie. »Robespierre
Face aux droites distinguée entre légitimistes, orléanistes et bonapartistes décrites par René Rémond, l’éditorialiste de Marianne place quatre gauches : la libérale, la jacobine, la collectiviste, la libertaire, dans notre pays où on prête à un vieux paysan ces paroles :
« la république je veux bien, pourvu que ce soit Napoléon  qui soit le roi ! »
Même si des précisions sur les impuissances du cartel des gauches m’ont échappé, cet ouvrage est un  beau cadeau, nous éloignant des réflexes qui ont pris le pas sur la réflexion. Prouvant que « la société pouvait bien être dominée par la droite, les idées continuaient à l’être par la gauche ».
Ponctuant un récit charpenté commencé en 1792, l’historien laisse la place au journaliste. Il oppose agréablement et efficacement :
Voltaire/Rousseau, Robespierre/Danton, Hugo/Lamartine, Gambetta/Ferry, Clemenceau/Jaurès, Thorez/Blum,  Camus/ Sartre, Mendès/Mitterrand…
Chaque mot est une mine. J’ai retenu « chasse patate », mot de Cohn Bendit à propos du PC. C’est un terme de cycliste : celui qui a quitté le peloton mais qui ne réussira pas à rejoindre les échappés.
Le grand soir est dans le passé, il n’est guère flamboyant pour demain  surtout que le mouvement social en ce moment n’accompagne guère les victoires récentes de la gauche.
Après avoir décrit le contexte, je reprendrai la semaine prochaine quelques idées qui m’ont semblé éclairer un tableau qui en présentement bien besoin. 

vendredi 31 mai 2013

Une autre économie est-elle possible ?



Oui l’oppression réside dans la tête de l’opprimé, quant à se sentir responsable de la dette il y a un pas…
Une heure et demie pour finir en beauté le forum Libé de cette année 2013 ne pourra résoudre mes blocages autour de l’économie mais il y a de quoi nourrir des réflexions avec un retour à la racine du sens des mots et des exemples où les alternatifs passent à l’acte.
Patrick Viveret est un pédagogue qui combat les coups de force sémantiques :
« l’utilité économique » quand les accidents de la route génèrent du PIB,  et que « le poison recherché par l’assassin est plus utile que le remède », la nature des activités humaines n’est pas prise en compte.
Le mot « valeur » apparaît au moment de la destruction, comme le mot « bénéfice » qui signifie bienfait dont le contraire est maléfice.
L’usure était un péché dont la nature a changé avec l’invention du purgatoire et la possibilité de rachat. La réforme protestante, elle, condamnait la jouissance.
La notion d’ « inactif » est aussi à revisiter :  par exemple 1/3 des élus sont des retraités pas vraiment improductifs comme tous les bénévoles.
Anne-Cécile Ragot dirige l’association « Alternatives&Alliances » avec le web comme moyen collaboratif déterminant.  Elle travaille à une banque du temps InfoJobs à Barcelone pour permettre à des demandeurs d’emploi d’échanger leur savoir-faire afin d’améliorer leur employabilité.
Elle nous décrit des expériences de monnaies locales complémentaires à but social à Toulouse, à Fortaleza quand la monnaie facilite les échanges et n’est pas un instrument de captation, de domination.
Elle réalise ce qu’elle a conçu : « Dans une société où prolifèrent les phénomènes de misère et d’exclusion et où le lien social se distend, l’économie collaborative et les monnaies sociales montrent la voie pour dessiner une autre économie aux couleurs des valeurs que nous voulons voir portées dans ce monde. »
Ces expériences ont une forte vertu pédagogique, en luttant contre un système qui prospère sur son obscurité.
70% des transactions financières  s’effectuent à la nano seconde  par  d’algorithmiques traders.
3% des échanges boursiers concernent l’économie réelle,
97% traitent de l’économie spéculative.
La fortune des 3 personnes les plus riches du monde équivaut au revenu annuel des 150 millions de personnes les plus pauvres
Peut-on sortir de la sidération comme vient de le faire un des pères de l’ €uro, Bernard Lietaer ?
 « Le changement climatique, le chômage et le vieillissement de la population ne peuvent être résolus avec le système monétaire en place. C'est au centre de notre tabou monétaire que nous trouverons, ou non, les forces indispensables au changement de paradigme. »
Glocal : global/local :
L’Islande est en train de faire la preuve, d’un processus de réappropriation citoyenne, à l’échelle d’une nation.
A la sortie de la salle  un militant de l’association « Sol Alpin » (monnaie, d'utilité sociale et écologique) recrutait.
Son message loin des passions tristes et des exhortations sacrificielles est bien passé. 
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Dans le Canard de cette semaine: 

jeudi 30 mai 2013

Au musée du quai Branly jusqu’au 14 juillet 2013.



Dans l’exposition Philippines, archipel des échanges, nous sommes accueillis par des statuettes puissantes aux formes élémentaires qui protégeaient les récoltes de riz.
Nous pouvons admirer, sans être submergés, de beaux tissus, des habits superbes, des instruments de musique inédits, des boites précieuses, des poteries curieuses, des bijoux originaux…
Ces objets ne sont pas seulement magnifiques, ils portent la mémoire d’une civilisation. Les boites contenaient du bétel destiné à « restaurer le cœur », les jarres recueillaient les restes des défunts, certains de ceux-ci au visage recouvert d’or seraient ainsi bien reçus par les ancêtres et ils pourront intervenir dans les affaires des vivants.
Des photographies, prises durant plusieurs années sur l’île de Palawan, de cueilleurs et chasseurs vivant dans un habitat troglodyte nous transportent dans les temps premiers.
L’exposition consacrée aux cheveux semblait plus légère avec le portrait de Delon et Bardot : le brun et la blonde, qu’ils étaient beaux !
Une sculpture représentant Marie Madeleine vêtue de ses seuls cheveux datant du XIV° est d’une harmonie novatrice qui étonne encore.
Des bustes du XVII° présentés de dos pour mettre en valeur la diversité des coiffures est une idée excellente d‘autant plus que les marbres blancs font face à des bronzes sombres représentant des visages alors inédits sous nos latitudes.
La diversité des coupes est réjouissante et les mèches conservées émouvantes comme sont singuliers les rituels initiatiques lors d’une ordination par exemple.
Les femmes tondues à la libération me glacent à chaque fois.
Les cheveux, matière imputrescible, sont utilisés dans des parures frisant l’éternité, dans des ornements qui permettent le lien avec les ancêtres. C’était le rôle des scalps où résidait la force de l’ennemi et des têtes réduites d’adversaires ou de compagnons morts au combat qui comptent autant de cordelettes sortant de la bouche que de têtes qu’ils ont eux même coupées.
Ce face à face avec la mort nous effraie, et je ne sais si j’emmènerai des enfants à cette exposition  indispensable par ailleurs, même si un livret d’accompagnement pour les 7-12 ans est très bien fait et vaut aussi pour des plus grands.