mardi 3 février 2026

Le printemps suivant. Margaux Motin.

Quel plaisir de retrouver la charmante dessinatrice au moment où elle emménage avec son nouveau compagnon dans une belle maison au bord de la mer ! 
Les couleurs sont lumineuses, les traits délicieux et l’humour, la tendresse de la jeune femme habillés d’autodérision font oublier sa mauvaise foi, son immaturité.
La féministe ne se donne pas toujours le beau rôle, alors que son Paco placide a tout loisir pour jouer avec les filles.
Son énergie, sa légèreté, ses exigences, sa sincérité excusent ses caprices. 
Au milieu des cartons, la musique : 
« Il en faut peu pour être heureux
Vraiment très peu pour être heureux
Il faut se satisfaire du nécessaire […] 
 Et quand je retourne un gros caillou
Je sais trouver des fourmis dessous. »
Des planches didactiques entre quelques scénettes croustillantes permettent 
de choisir son défaut ou sa qualité : 
« Ne sait pas déléguer ou simplifie la vie des autres ; 
bordélique ou décontracté ;  
maniaque ou organisée… »
 Nous aimerons encore réviser avantages et inconvénients de la vie de couple :
- le partage des taches :  
«  J’ai vidé la moitié du lave-vaisselle » 
- ne plus être la seule chef : 
« Quoi même pour planifier les vacances, je vais devoir te demander ton avis. »

lundi 2 février 2026

Les lumières de New-York. Lloyd Lee Choi.

Après Souleymane livreur à Paris, 
nous attendons l’arrivée de la femme et de la fille d’un porteur de repas chinois dans New-York la grise.
Son vélo a été volé, son loueur l’a escroqué. 
« Lucky Lu », son titre de la quinzaine des cinéastes de Cannes, où il est question de chance restera un terme ironique, tout au long de cette heure trois quarts pleine de tristesse.
Sous les yeux de sa petite fille, les tentatives du père ne parviennent pas à assurer, même le temps d’une journée, une existence digne à sa famille. La solidarité de la communauté ne peut masquer l’accumulation des mensonges. 
Les conditions de vie d’un sous prolétariat qui innerve nos grandes cités nous interrogent quand la plus puissante économie du monde a besoin de la main d’œuvre de son puissant concurrent, qu’elle ne saurait voir qu’au cinéma.
Blue sun palace. Constance Tsiang.
Commencée avec légèreté la chronique de la vie d’immigrés chinois à New York tourne au drame. La relation amoureuse naissante entre un exilé dont la famille est restée à Taïwan et une jeune fille qui travaillait dans un salon de massage est brisée par la mort de celle-ci lors d’un braquage. Pourra-t-il sortir de sa solitude avec l’amie de la disparue ?   
Malgré un contexte particulier, la violence surgissant à plusieurs reprises plutôt que d’abolir la fraternité, la sororité, laisse la place à la complexité, aux ambigüités, à la pudeur des sentiments. 

 

dimanche 1 février 2026

Mille et une nuits pour des regards croisés. Quatuor Debussy.

Les dimanches matin à la MC 2 sont des occasions de rencontres :
Keith Jarrett et Henri Purcell, 
Philippe Glass et Jean Sébastien Bach
cette fois Haydn fréquente les pulsations persanes.  
Le Quatuor Debussy  qui a déjà frayé avec le jazz et le hip hop avait invité le percussionniste franco-iranien Keyvan Chemirani adepte aussi des passerelles vers l’opéra, la musique baroque et le slam.
Violons, et violoncelle jouent sans les chœurs habituels « Les  sept dernières paroles du Christ  en croix » de Haydn et émerveillent par leur virtuosité comme si un seul homme jouait de mille cordes fines à l'image de la chevelure de Shéhérazade.
Zarb, daf, santour ne sont pas tonitruants mais plutôt que de reproduire le terme «  suave » du journal de salle, je parlerai plus volontiers d’une sensuelle énergie à deux mains et des tas de phalanges agiles.
Pour examiner un autre mot du titre, il s’agissait bien d’un croisement, d’une juxtaposition et non d’une fusion, chaque continent ayant ses charmes, mais le plus souvent les uns se taisaient quand l’autre jouait, admiratifs.

samedi 31 janvier 2026

Le jardinier et la mort. Guéorgui Gospodinov.

Ce livre tellement vivant aurait pu s’intituler « L’écrivain et la mort », avec une écriture tout en délicatesse tout au long de ces 230 pages légères et profondes. 
« Je devais lui fermer les yeux. C’était ce qui est écrit dans les livres. 
Je connaissais cela plutôt comme une expression « fermer les yeux du mort », 
ou « les vivants ferment les yeux des morts, les morts ouvrent les yeux des vivants. »
Le titre : « La mort de mon père » aurait pu convenir également, tant la figure paternelle, 
dont la disparition est déchirante, occupe l’esprit du fils. 
« Mon père était un jardinier. A présent c’est un jardin. »  
Finalement, « Le jardinier et la mort » est le plus juste, 
comme chaque mot de ce texte aux allures de fable, admirablement traduit.
« Le bonheur est de courte durée, comme les jonquilles et les linaires qui se sont fanées ce même printemps. La tristesse demeure longtemps comme ces herbes opiniâtres qui étouffent tout, impossible de s’en débarrasser comme le disait mon père. »
L’intention annoncée est réalisée : un tendre amour filial infuse chaque chapitre. 
« J’aimerais qu’il y ait de la lumière, une douce lumière d’après-midi dans ces pages » 
Le fils, un bon conteur comme son père, qui ne cesse de dire « rien d’effrayant », faisait rire de ses déconvenues et savait voir le sublime en tout. 
Il alterne subtilement « les histoires plaisantes » pour combattre la douleur. 
« Au jardin, on enterre continuellement quelque chose et l’on attend qu’au bout d’un certain temps le miracle se produise et que cette chose germe… »
La poésie souvent convoquée aux obsèques, l’humour, peuvent consoler, le jardinage aussi.
Lumineux.

vendredi 30 janvier 2026

Laïcité. Le « 1 » hebdo.

L’hebdomadaire qui tient en une feuille qu’il faut déplier, expose l’état des lieux de cette notion française, la Laïcité, venant d’un long processus de résolution de nos guerres de religion depuis l’Edit de Nantes et permet de  
« Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. ».
La loi de séparation des églises et de l’Etat présentée sous forme de fac-similé précise en son article premier qui en comporte quarante : 
« La république assure la liberté de conscience ».
Cette dimension historique est bien présente par le dessin et l’étude du mot « Lucifer » par lequel est contée l’amitié amoureuse entre Emile Combes en guerre contre les congrégations et Mère Marie bénie de Jésus venue plaider le maintien des Carmélites d’Alger, va au-delà de l’anecdote.
La poésie de Rabindranath Tagore : 
« Je puis aimer Dieu qui me laisse libre de le nier » 
prend des airs nostalgiques depuis l’Inde où vivaient en paix hindouistes, musulmans, athées, bouddhistes, autrefois.
La situation actuelle est examinée en confrontant des opinions différentes, se plaçant au dessus des querelles entre l’extrême droite s’élevant contre le voile pour contrecarrer l’Islam et l’extrême gauche affichant le voile pour instrumentaliser l’Islam à des fins électoralistes.
Les considérations stratégiques à court terme prennent le pas sur des approches civilisationnelles plus ambitieuses.
Aristide Briand avait estimé dérisoire la volonté d’interdire la soutane dans l’espace public : 
« L’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs 
aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau. »
Entre discrétion des signes religieux et affirmation identitaire, les appréciations varient d’une génération à l’autre. 
Et il est bon d’aller voir ailleurs comment les états gèrent les églises, et de nous monter attentif envers Souleymane Bachir Diagne, un philosophe sénégalais, lorsqu’il invite à regarder « l’universel depuis le pluriel du monde ».
« Il n’existe pas dans la République de religion d’Etat » 
l’affirmation avait tout de l’évidence, elle devient solennelle quand il est précisé que l’article de Robert Badinter avait été écrit  en hommage à Samuel Paty.

jeudi 29 janvier 2026

Anvers # 1

Nous n’assisterons pas à la soirée prometteuse, car Gand ne constitue qu’une étape sur notre route vers ANVERS  à une soixantaine de km. 
Au sec dans la voiture, nous programmons le GPS ; il se débrouille assez bien pour  nous proposer des rues tranquilles et non barrées menant à l’autoroute. A l’arrivée, il nous dépose sans problème devant  notre adresse, à une place de parking libre juste devant, et gratuite puisque c’est le week-end. 
Nous prenons donc nos quartiers dans le logement grâce à la boîte à clés.
Notre loueur se montre bien optimiste en indiquant le centre-ville à 15/20 minutes à pied, le GPS, lui,  prévoit plutôt 54 minutes. Aussi, bien que favorables à d’autres modes de transport en ville, nous préférons faire appel à Gédéon ( notre voiture).
Le trajet nous amène à traverser un quartier juif assez important où tous les hommes et garçons portent les signes vestimentaires des pratiquants les plus rigoureux : ils arborent papillotes, redingote, chapeau, pantalon aux genoux  et bas noirs, chemise blanche. Mais peu de femmes se manifestent dans la rue en ce lendemain du shabbat.
Nous dénichons l’Office du tourisme au bord de l’Escaut hébergé dans le château-fort du Steen,  place Steenplein. Il nous reste 20 minutes avant sa fermeture à 18h. Nous récoltons les documents habituels. Ici aussi l’employée nous informe que nous devons déclarer Gédéon  une nouvelle fois, dans une nouvelle démarche pour l’autoriser à circuler sans risquer d’amende dans la zone à faibles émissions d’Anvers et que nous devons stationner en parking souterrain et non dans la rue comme nous l’avons fait en toute bonne foi.
Par chance, le Grote Markt garage se trouve en face de l’autre côté de la Steenplein . 12 € 90 pour moins de 3 heures tout de même !
Mais il a pour avantage d’offrir une issue directe sur la plus belle place d’Anvers: la Grote Markt.
De superbes maisons construites pour des commerçants d’antan très aisés s’élèvent sur cette place triangulaire où siège le Stadhuis.
Plus hautes que celle de Bruges elles rivalisent de richesses, avec leurs façades, leurs fenêtres  à l’ancienne, leur toit à redans
et surtout les statues dorées étincelantes qui les surmontent  parmi lesquelles un navire, un aigle, un ange, un cavalier, un soldat…
Sur la place en cette fin de journée des artisans replient leurs tréteaux et rangent leurs marchandises
Non loin de là nous nous sentons tout petit au pied de la cathédrale gothique Notre Dame.
Nous retournons sur les berges de l’Escaut.
De jolis hangars anciens à l’origine destinés à abriter les réparations de bateaux subissent des restaurations en vue d’un nouvel emploi.
Leurs  toits en métal et les frontons  percés de motifs décoratifs, supportés par des piliers assortis peints en gris ne manquent pas de ce charme particulier aux bâtiments industriels de la fin XIX°.
Nous longeons  ces entrepôts en direction des grues et des éoliennes du port mais le ciel anthracite menace, alors nous rebroussons chemin.
Après avoir avalé une pizza dans le centre historique, nous rentrons à la maison.

mercredi 28 janvier 2026

Musée Mainssieux à Voiron.

Dans des lieux moins encombrés que les abords de la Joconde au Louvre, plus accessibles que l’élitiste et évanescent "Magasin", la consommation culturelle dauphinoise peut s’assouvir dans la proximité. 
Le billet d’entrée est couplé avec celui du MALP 
musée archéologique au bord du lac de Paladru. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2023/06/musee-de-paladru.html
Nous restons dans le milieu aquatique avec l’exposition temporaire intitulée "l'heure du bain" jusqu’au 31 mai 2026 consacrée surtout aux baigneuses,
avec un début de réponse à la question : «  les hommes ne se laveraient-ils pas ? » 
Les prétextes mythologiques sont présents et la modernité pointe son pinceau avec des œuvres de Lucien Mainssieux  accompagnées par d’autres artistes de sa collection personnelle léguée à la ville de Voiron après sa disparition en 1958.
Jacqueline Marval, Suzanne Valadon sont à l’honneur.
Critique, musicien, peintre, le dauphinois fréquente l’avant-garde parisienne où il a acquis 
quelques toiles de Camille Corot son maître et
« L’épave » de Gustave Courbet qui a échappé à l’assombrissement 
affectant d’autres toiles du maître du réalisme.
Les propositions depuis
plus de mille tableaux, aux thématiques et aux styles divers,
permettent un renouvellement des expositions mises en valeur sans tapage 
par une équipe dynamique  bien présente sur les réseaux.
https://culture.paysvoironnais.com/equipements-culturels/le-musee-mainssieux/
Des visites guidées, voire relaxantes, sont proposées au 7 de la charmante placette Léon Chaloin, ainsi que des rencontres, des ateliers et des évènements à vivre en famille.   

mardi 27 janvier 2026

Gun men of the West. Tiburce Oger.

Dans la série où renait par la BD la légende de l’Ouest en trois volumes,
12 dessinateurs et coloristes sont réunis pour rappeler quelques figures de hors la loi et autres tueurs sanguinaires qui arpentèrent ces contrées sauvages et grandioses. 
«  Mais pour bien des desperados, le choix fut imposé par une injustice, la pauvreté la misère ou une loi scélérate… » 
Pour les plus célèbres :  Tiburcio Vásquez dont la fin est contée a inspiré le personnage de Zorro alors que des doutes sur la disparition de Billy the Kid alimentent sa légende.
Toutes ces existences sont incroyables mais vraies, comme celle des frères Harpes atroces tueurs en série, Slade « le damné » ou « la goule de Gettysburg » devenu une attraction de foire…
Le récit de Middleton épargné par Apache Kid lors de son évasion, car il lui avait offert une cigarette tend à illustrer les bienfaits du tabac,et il fallait bien dans cette galerie des mythes américains, une querelle de deux tenancières de bordel, une histoire de vengeance  comme celle de John Sontag contre la Souphern Pacific Transportation Company, quelque « Black Evil » et un as de la gâchette le cow-boy John Wesley Hardin.
Quant à l’éléphant condamné à être pendu en public après avoir écrasé son cornac, une photographie en a gardé le souvenir dans des archives complétant les 107 pages magnifiquement illustrées et mises en scènes. 
A travers l’évolution des armes depuis le fusil à silex des années 1820 aux mitrailleuses Gatling de 1861 et quelque Colt, ces évocations, telles des nouvelles nerveuses, sont reliées par la verve d’un armurier distrayant un bandit amateur qui vient de déboucher malencontreusement dans son magasin, pour le plaisir des lecteurs.

lundi 26 janvier 2026

Le Chant des forêts. Vincent Munier.

Nous changeons de rythme en partageant l’affût pendant une heure et demie sous des sapins des Vosges ou en Norvège avec un grand-père, son fils et son petit fils.  
Il faut parfois attendre longtemps pour n’apercevoir qu’un bout d’aile, repérer un chant, ou avoir la chance de saisir un envol où l’on ne voyait que des branches.
Dans une salle comble, depuis ma place au sec et au chaud, je me suis laissé aller à la contemplation amorcée par des brumes au dessus des arbres comme dans les estampes chinoises, se dissipant  lentement.  
Accaparé par la recherche très exigeante du farouche grand tétras, le naturaliste sait aussi apprécier le plus petit des oiseaux, le troglodyte. Cependant les mots du naturaliste m’ont semblé faire souvent double emploi avec des images dont la beauté est suffisamment convaincante. Celles-ci paraissent d’autant plus remarquables que sont souvent magnifiés des silhouettes floues ou des cadrages incertains.
Merci pour ce film de patience plus conforme à la vérité que nos Bambi nécessaires mais virtuels qui furent aux sensibilités ce que promet l’artificialité à nos intelligences.

dimanche 25 janvier 2026

Où nul ne nous attend. Pauline Laidet.

D’après « Les vagues », un « poème-jeu » selon la désignation de Virginia Woolf elle-même, ces retrouvailles de six personnages auraient pu inspirer une réécriture riche puisque la femme de lettres voyait dans les monologues des personnages « des facettes de conscience illuminant le sens de la continuité ».
Mais le nouveau texte proposé ce soir dans la petite salle de la MC2, rédigé avec la complicité des interprètes, hésite entre naturalisme et fable, drame et comédie avec quelques séquences chorégraphiées un peu longuettes parfois.
En tous cas ça braille et lorsqu’un brin d’intériorité peut être évoqué, les paroles disparaissent souvent derrière une musique mal réglée. Pourtant le projet d’une « quête dʼune nouvelle place dans le groupe pour ne plus être là où on les attend » me semblait une bonne entrée pour un sujet devenu un genre en soi. 
Les personnages archétypaux attendent Camille qui les a réunis, mais « iel » ne viendra pas. Plusieurs protagonistes répèteront que « il faut » est une expression qu’il convient de ne pas formuler. 
Je m’en veux de n’avoir retenu que cette idée creuse et de n’avoir pas saisi « le désir de l’autre » ni « leur désir d’être autre » annoncé, mais voilà au moins un avis sur le net qui aura échappé aux copié /collé du service de presse.  

samedi 24 janvier 2026

La tentation artificielle. Clément Camar Mercier.

La découverte de cet écrivain original prend un caractère exceptionnel tant les nombreuses  annonces concernant la littérature convergent dans des directions nombrilistes convenues.
Les chercheurs de style seront comblés par la richesse, la variété, l’ironie du traducteur de Shakespeare qui va direct au cœur de nos préoccupations.
Il s’affale sur son canapé : 
« Comme la plupart de ses comparses sapiens, loin des splendeurs de la bipédie, poubellisé dans les cryptes de l’avachissement, Jérémie prenait un bain de lumière bleue, laissant les algorithmes le conduire par la main, égarant au passage la sève de la vie qu’est le temps vers la mort. »  
La recherche de rationalité du codeur passe par l’abbaye de Solesmes  après quelques épisodes où les rapports amoureux, familiaux et avec son propre corps sont explorés.
« … les moines ajoutaient de toute évidence un tréfonds spirituel, un au-delà de l’acte, imperceptible et évident. Leurs conduites mécaniques étaient sans l’ombre d’un doute guidées par une force supérieure. Il y avait donc un moyen que son œuvre fit sens. Il suffisait à Jérémie de se trouver un dieu. »  
Lui-même.
Dans ces 400 pages parfaitement documentées, nous avons droit à des révisions expressives de l’histoire de l’univers, des mécanismes du cerveau, des possibilités de l’Intelligence Artificielle, des inventions culinaires… et la liste de toutes les horreurs possibles causées par ces diables d’hommes.
Le violent combat prométhéen mené par le génial ingénieur interpellant nos addictions connait de rares moments de félicité : 
« Elle choisit les assiettes d’une époque où l’on se mariait et où l’on recevait des assiettes en porcelaine pour acclamer les promesses de l’amour. » 
Si ce livre avait été écrit par l'IA , je n'y ai vu que du feu, celui de la passion, humaine, tellement humaine.

vendredi 23 janvier 2026

Pervers.

Grâce aux moyens que nous offre l’Amérique qui nous tient pas seulement par la carte (bleue), voici pour les familiers de mon bistroquet (virtuel) quelques mots pas encore générés par l’IA, bien que de GPS en Google, je serai bien ingrat de me proclamer indifférent à leurs bénéfices.
Je reviens sur une expression très usitée en son temps: « les effets pervers » considérés alors comme des dommages collatéraux, passent désormais en première ligne.
On aurait tort de qualifier de « foucades» les actes de Trump saturant nos comprenettes, mais  il s'agit de coups éhontés portés à l’humanité qui en oublie Gaza, Kiev, Téhéran et Le Soudan.
Je n’échappe pas à l’hystérisation des débats, et carrément désinhibé moi aussi, j’abandonne mes prudences habituelles au point que la souris de mon ordi en tremblote.
En ces temps réchauffés, j’oublie mes gants, mais pas mes tics au pays des tocades. 
Assis sur la même balançoire, les woke ont fait gagner Trump, à son tour il les remet en selle par ses outrances affolantes.
Des années de dénigrement de la France: voilà le roi nu et nous à poil !
Ah les bonnes âmes peuvent regretter nos faiblesses, leurs  extrêmes amis n’ont cessé de remettre en cause la légitimité des élus, tout en minant l’institution parlementaire dans un chahut permanent qu’affectionnent les putes à clics. Certains ont ressorti le mot « légitimité »  pour parler de Maduro !
La rigolade étant devenue le sésame de toute réflexion à l’heure où l’humour délaisse le second degré, malheur aux tristes qui rappelleraient le déficit budgétaire, la dépression démographique et que la guerre tue.
Toute profession hors du champ des loisirs pose problème aux laudateurs des ZAD, sans la gadoue, se faisant livrer leurs graines par porteur à domicile.
S’il fut un temps où les métiers de caissières, d’éboueurs, d’hospitaliers furent applaudis, ils n’ont pas quitté leur statut de « boulots de merde » dans les orientations souhaitées à la sortie des Parcours Sup. Les torcheuses de culs se retrouvent dans le mépris avec les travailleurs du nucléaire et autres conducteurs de camion ... 
Il ne reste plus qu’à craindre une nation peuplée d’influenceuses et de coachs dans la tradition du frenchy donneur de leçons. Surtout que les profs n’ont plus voix au chapitre, en particulier les naïfs pénétrés par la vocation comme dirait le dernier des prêtres – pédophile - comme il se doit.
Les volailles qui font l’opinion après avoir tant picoté n’auront plus rien à becqueter lorsque viendront au pouvoir les incompétents de la sinistre droite extrême aussi.
Jojo le gilet jaune valait un prix Nobel en économie, les scientifiques n’étaient pas « fun » et les profs trop verticaux, pas « cool »  et pour beaucoup tout leur est égal.
Il a fallu que Marianne, symbole de la République, soit martelée pour prendre conscience des fractures de notre société : ce n’était pas qu’un buste de plâtre. Mais c'est vieux tout ça!
Il est tard et l’on ne formera pas en un claquement de doigt des médecins soucieux de l’intérêt général, ni des ingénieurs offrant des alternatives européennes à l’IA, pas plus que des tisseuses ou des arracheurs de pomme de terre…  
Jadis, je trouvais beaux ces mots de Ferré :
« Les préfectures sont des monuments en airain, 
Un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas ». 
Mes yeux s’écorchent désormais quand des traces tenaces maculent les murs de nos institutions et que brûlent écoles et bibliothèques.
A chacun ses figurines au jeu de massacre qui nous en font oublier d’autres moins colorées mais puissantes justement par leur discrétion (relative) : Rima Hassan derrière Mélenchon, Vance derrière Trump… 
Des controverses  avant les municipales à Grenoble valorisent Piolle en le plaçant au centre des attaques, elles rendent invisibles tout projet, en allant au-delà de l’adage :
« Qu'on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi ! » Léon Zitrone.

jeudi 22 janvier 2026

Gand

Nous quittons le logement loué par A. sous la grisaille et une température de 17 degrés.
Il ne faut qu’une trentaine de kilomètre pour rejoindre GAND, le temps à quelques gouttes de pluie de s’échapper du ciel bas.
Nous  débarquons dans une ville déserte, avec de nombreux détritus abandonnés dans les rues.
Nous cherchons le parking souterrain mentionné par le Routard qui atteint après de multiples zig et zag dus à des sens interdits s’avère fermé.
Bizarre… Heureusement, deux policiers en patrouille que nous apostrophons nous fournissent des explications et des conseils : si les rues et ce parking sont interdits aux voitures, c’est tout simplement parce que la ville bat au rythme de la fête pour une durée de plusieurs jours.
L’un des agents nous installe sur le GPS de mon téléphone un itinéraire vers le parking Saint Michel, nécessitant une déviation de 6 km, mais très bien situé à 8 minutes à pied de la cathédrale Saint Bavon et de l’hyper centre.
Une fois Gédéon ( notre voiture) en sécurité, nous nous rendons directement  à la cathédrale, cependant, les visites ne commencent qu’à 13h le dimanche, priorité bien sûr au service religieux. Nous en profitons pour boire notre petit café.
Puis nous sacrifions à la visite inévitable à l’Office du tourisme, en quête de cartes, de parcours des incontournables de la ville et de petits tuyaux.
L’employée qui s’occupe de nous prend soin de nous informer des dispositions récentes de Gand devenu zone à faibles émissions ; il est obligatoire désormais d’inscrire les véhicules auprès des autorités par voie informatique, de signaler une flopée de renseignements figurant sur la carte grise.
Dans le cas où le véhicule ne répondrait  pas aux normes, son propriétaire sera astreint à une taxe d’une trentaine d’euros par jour, sinon, rien ne s’opposera à la circulation dans le centre-ville.
Nous en apprenons plus aussi sur les festivités qui envahissent la ville et attirent les touristes.
Cette période de « Gentse feesten » s’étale sur une dizaine de jours pendant lesquels se mélangent  musiques, théâtre, arts de la rue, dans une ambiance de bonne humeur et « de gouaille populaire  gantoise».
Ces réjouissances traditionnelles datent de 1840 ; réactivitées et amplifiées dans les années 1960, elles sont aujourd’hui inscrites au patrimoine immatériel flamand.
Nous croisons dans les rues nombre d’individus affublés d’une corde autour du cou (et la bière à la main). Nommés  les  « Stroppendrager » (porteurs de nœud coulant), ils  commémorent ainsi une vieille insurrection gantoise contre Charles Quint en 1539.
Furieux contre les rebelles qui refusaient de payer l’impôt utile à ses guerres, l’empereur débarqua à la tête de son armée, entra dans la ville sans combattre et humilia les chefs adverses en les obligeant à défiler en chemise et la corde au cou.
En 2025, pied de nez à Charles Quint,  la fête bat son plein, des guinguettes, des estrades,  
des chapiteaux dressés dans les rues dispensent généreusement  boissons et musiques, cachant malheureusement  l’architecture des bâtiments de la vieille ville. 
Sur le canal près de l’Office du Tourisme, les passagers d’un bateau touristique chantent à plein poumons « Bella Ciao » dans un style antiphonique avec un petit orchestre
 installé dans un bar sur la rive accompagnant les voix :  cet évènement spontané et festif  donne d’emblée l’esprit de liesse collective.
Nous avons aperçu ce matin, quelques fêtards endormis sur place et pas en mesure de retourner chez eux, des taxis sollicités pour ramener les alcoolisés les plus prudents, prouvant des nuits bien arrosées.
Il faudra 3 jours de nettoyage pour effacer les traces de la fête.
Nous tournicotons dans les parages du beffroi, vers l’église st Jacobskerk ou Sint-Jacobs-in-demeerschen (Saint Jacques du marais)  puis suivons la direction du  quartier Paterhol où nous entrons dans le restaurant  « little Asia » renonçant aux spécialités belges proposées dans les brasseries à des prix nettement plus élevés. 
Pendant ce temps, la cathédrale Saint Bavon, vidée de ses fidèles, a ouvert ses portes aux amateurs d’art venus admirer ses trésors. Peu prévoyants car sans réservation pour la partie muséale, nous rejoignons la queue des gens dans notre cas, condamnés à une attente indéterminée.  Deux vieilles gardiennes qui maîtrisent quatre langues veillent au bon fonctionnement,  en gérant les différents flux des visiteurs, ceux avec et ceux sans billet, les aidant  à utiliser les casiers de consigne obligatoire. Le temps parait moins long avec elles, elles se montrent rassurantes à propos de notre admission en ces lieux et papotent volontiers, plus comme de gentilles vieilles dames que comme des employées de musée.
Enfin notre tour arrive, une fois les sésames achetés, nous nous élançons au 2ème étage pour y admirer le fameux polyptique : « L’adoration de l’agneau mystique » des frères Van Eyck.
Un écrin de verre solide et inviolable rendu nécessaire par plusieurs vols (13) protège ce  joyau de la peinture flamande.
Grâce à un dépliant en français livré en même temps que les tickets, nous parvenons à décrypter les faces avant et arrière du retable, de mieux comprendre et visualiser les personnages comme les symboles représentés. De plus, un petit film diffusé dans une chapelle adjacente équipée de sièges complète les explications en attirant le regard sur les détails éclairants.
Bien que l’édifice réponde au style gothique, le style baroque s’impose dans les chapelles latérales en étages au-dessus du baldaquin ; deux couleurs s’affrontent opposant le noir le plus profond des colonnes au blanc marmoréen des ornements pour un résultat grandiose.Nous n’exploitons pas les autres richesses de l’église. 
Après avoir peiné à trouver la sortie, une ambiance de plus en plus bruyante et festive nous attend dehors ; le volume des musiques a augmenté un peu partout dans un  crescendo inexorable  jusqu’à l’explosion nocturne malgré une petite pluie qui s’invite mais ne semble pas refroidir les ardeurs.