dimanche 30 juin 2019

Paraître ou ne pas être. Maxime Le Forestier.

Sur la photo de la pochette, il a pris un sacré coup de vieux, l’auteur du « Parachutiste ». Mais son timbre est toujours aussi agréable et ses lignes, ont du punch comme celle qui titre le dernier CD.
A trop avoir dans l’oreille ses interprétations réussies de Brassens, de son morceau « Le grand connard » ne se retient que le gros mot.
Dans l’air du temps, il sait saisir dans les réseaux « Des ronds dans l’air » :
«  Noms propres, mots sales
Secrets déterrés
Rien ne se perd au fond du ciel. »
« Ça déborde » de détritus sur notre terre, et notre France est « La Vieille dame » :
« Plus d’usines
Remisée la limousine
Le chauffeur
Alors elle regrette le passé. »
Le temps qui passe a effleuré bien des chansons, « Date limite », « Dernier soleil » :
« Tous les soleils d’avant l’hiver
Je vais les regarder en face
Et je vais les suivre à la trace
Jusqu’au dernier rai de lumière
En me disant on sait jamais si c’était le dernier
Le dernier. »
Si « Avec une guitare » il revient sur des débuts auxquels il est fidèle dans la simplicité des accords et des textes, « Les filles amoureuses » ont plus de malice :
« Elles jouent en riant
Au petit bonheur
Le cavalier blanc
Ou la dame de cœur
Les coïncidences
Comment ça s’écrit
Comment ça commence
Comment ça finit
Les filles tombent amoureuses de n’importe qui. »
« Mon ruisseau » chanté avec son fiston Arthur, c’est mignon mais celui-ci passe au second plan.
Si Maxime passe dans les parages, je vais essayer d’aller l’écouter, c’est de mon âge.
…………….
Les recensions de la chanson :

Années 50
Années 60
Années 70
Années 80
Années 90
Années 2000
Années 2010
Trenet

Brassens
Brel
Souchon
Baschung
Bénabar
Waits
Et quelques spectacles :
Années 50
La piste aux étoiles
Années 60
Au théâtre ce soir
Années 70
Mnouchkine
Années 80
Renaud
Années 90
Pina Bausch
Années 2000
Le off à Avignon
Années 2010
Bartabas
……………
Vacance du blog jusqu’en septembre. Bonnes vacances à mes lectrices.teurs.

samedi 29 juin 2019

Coco perdu. Louis Guillou.

Fafa a pris le train pour Paris et laisse son mari, seul. Celui-ci  ne s’extrait de son fauteuil près de la fenêtre que pour aller au restaurant, acheter son tabac, évitant encore le banc réservé aux vieux dans le parc. Il attend pendant deux jours une lettre.
Au-delà de ce sujet où un retraité solitaire s’ennuie, il convient d’avoir à l’idée le sous-titre : « Essai de voix ».
Le mot soliloque revient souvent dans les commentaires autour de ces 140 pages parues en 1978.
« Je sais bien faut pas nier la chance mais faut pas non plus toujours tout mettre sur le compte des circonstances. On y est bien pour quelque chose, quand même ? »
Comme si Céline vidé de sa colère tentait de saisir l’épaisseur d’une vie alors qu’elle semble épuisée. Le ton oral un peu désuet peut faire partie du plaisir de lecture qu’il n’y aurait pas dans la description impitoyable d’une condition humaine à bout de souffle.
« Quand je regarde ma journée, je me dis : qu'est-ce que tu as oublié ? T'avais quelque chose à faire, et tu l'as pas fait ? Qu'est-ce que c'était ? Mais aussitôt allongé dans mes toiles, bien au chaud, bien douillet, j'y pense plus. Ou bien c'est pour me dire que ça n'a pas plus d'importance que le reste… »
Dans le déni, le narrateur bavarde, et nous sommes pris dans l’attention aux détails d’une vie qui est grisée après un Pernod allant à l’essentiel d’une interrogation existentielle.
«  Dans le salon on a mis nos plus beaux meubles, nos plus belles choses. Et puis c’est propre, hein ! C’est bien entretenu. Là-dessus elle rigole pas ! Y a aussi dans le salon nos portraits à tous les deux, des agrandissements qui datent des premiers temps du mariage, ça fait une paye oh là là ! C’était le bon temps, comme on dit… »
….
Parmi les 100 romans retenus par le journal « Le Monde », j’ai choisi

Années 50
La gloire de mon père. Pagnol
Années 60
La promesse de l’aube. Gary
Années 70
La vie mode d’emploi. Pérec
Années 80
L’insoutenable légèreté de l’être. Kundera
Années 90
Les champs d’honneur. Rouaud
Années 2000
Blonde. Oates
Années 2010
Le lambeau. Lançon

vendredi 28 juin 2019

Le Postillon. Eté 2019.

La une ne ment pas : il y a du Piolle et « ses coups bas » à l’intérieur et du Carignon «  ses techniques de drague ». Pour abuser des jeux de mots faciles, je n’en serai pas moins intraitable sur le leur : « Retour vers le grand foutoir » dans l’air dérisoire du temps où la gratuité s'ajoute à l’outrance. La photo de la dernière page offre cependant un point de vue original sur la ville : fanfare, terrasse encadrée de tags, les trois tours, la montagne.
Comme les rédacteurs anonymes distribuent régulièrement des leçons tous azimuts, ils souffriront bien quelques critiques.
S’ils aiment pointer les connivences entre Aurélien Barrau le médiatique astro physicien et Piolle par journalistes complaisants interposés, Le Postillon est vraiment très aimable avec un des deux dissidents de la majorité municipale, Guy Tuscher, lors d'un entretien complaisant.
Les articles les plus intéressants à mes yeux portent sur le commerce du shit à Mistral par Snapchat : incroyable !
Et l’obstiné Gaspard qui s’échine à sortir des tonnes de détritus pêchés dans le Drac et l’Isère : électro ménager et matériels volés, plastiques, vêtements…  un distributeur de boissons. Il veut alerter les élus mais ceux-ci ne se bougent  guère : «  la réalisation d’un projet de valorisation écologique qui se traduira par un nouvel espace naturel métropolitain permettra de garantir durablement l’entretien du site ». La langue de bois est toujours le cœur de cible du journal satirique local, cette fois c’est celle la Métro : coulée!
Les techniques d’immersion des reporters sont toujours fructueuses, cette fois un passage chez les témoins de Jéhovah vaut son pesant de prêches et de versets. L’interview d' un militaire est éclairant sur les évolutions d’un métier qui n’est plus un engagement définitif pour beaucoup. Compte tenu du tempérament contestataire qui  a porté les dits journalistes vers les gilets jaunes-« où tu iras, gilet  »- leur rencontre avec des responsables de la CGT éloigne des caricatures et de la sanctification des « jonquilles » comme ça se dit par ailleurs chez les chasseurs alpins.
La lecture des rapports sociaux à EDF avec la grille France Télécom est peut être plus discutable car la version des dirigeants n’apparaît qu’à travers des avis de syndicalistes et le compte rendu d’une rencontre au World Trade center concernant l’Intelligence Artificielle ne risquait pas d’être nuancé quand l’association « Pièces et main d’œuvre » tient la main des rédacteurs dès qu’il est question de technologie : mise en pièces et manœuvres.
Leurs remarques concernant l’IVG à Grenoble pinaillent sur des détails alors que pseudo mis à part : « Brice Touquette », l’enquête sur les parcs grenoblois est amusante. 
……
En matière de politique quelques noms, quelques sons, par décennies :

Années 50
Le grand Charles
Années 60
Ho Chi min
Années 70
Che Guevara
Années 80
Coluche
Années 90
Chevènement
Années 2000
Chichi
Années 2010
Tchats

jeudi 27 juin 2019

Marcel Duchamp. Eric Mathieu.

L’historien de l’art devant les amis du musée de Grenoble s’est attaché à mieux nous faire connaître Marcel Duchamp (MD) l’artiste provocateur qui fut plus qu’un « génial bricoleur ». « L’homme le plus intelligent du siècle » comme le qualifiait Breton a été connu très tôt aux Etats-Unis d’Amérique dont il a pris la nationalité. « Five-way portrait of Marcel Duchamp », 1917.
Né en 1887 à « Blainville », dont il a peint un « paysage » à la façon de Monet, il ne persiste pas dans cette manière qui « attire l’œil » depuis près de 30 ans.
Il s’essaye au dessin d’humour : la « Femme Cocher » laisse tourner le compteur pendant qu’elle complète sa prestation à l’hôtel.
Influencé par Henri Poincaré, le physicien, mathématicien, philosophe, qui considère que l’objectivité est conditionnée par le regard, MD commentera peu ses tableaux préférant écouter l’interprétation des spectateurs mais affirmera toujours son appétit de nouveauté. Le portrait qu’il fit du « docteur Dumouchel »  a du Matisse en lui.
Son chétif ami se retrouve dans « Le paradis » face à la « Japonaise », modèle réputée, dans une synthèse de la modernité, quand les nabis portent la leçon de l’art déco et du symbolisme.
« Le Printemps » donné à sa chère sœur à l’occasion de son mariage, évoque Adam et Eve qui pécheraient en se mariant. Si le cercle et le triangle appellent des interprétations, il aimait démentir les dons d’ « alchimiste » qu’on lui prêtait.
Sa première représentation de machine fut un « moulin à café » pour la cuisine de son frère.
Sous l’autorité de la mère, « Sonate avec les trois sœurs », l’ordre cubiste règne. 
Le « Nu descendant un escalier n°2 » ne  convenant pas à ses confrères du groupe de Puteaux, auquel appartenait son frère Raymond Duchamp-Villon, sera exposé en 1913 à New York, plutôt qu’au Salon des indépendants. Ce tableau inspiré des travaux de Marey ressemblait trop, d’après les gardiens de l’esthétique cubiste, aux futuristes qui appréciaient comme lui les lignes des hélices du progrès, en ce début de XX° siècle.
Le joueur émérite d’échecs saisit la matière grise en peignant « Portrait de joueurs d'échecs » 
et le mouvement comme dans « Le Roi et la Reine entourés de Nus vites », mécanique qui ne doit rien à personne.
Il invente de nouvelles mesures : «  Les stoppages étalon », selon que la ficelle d’un mètre est tombée d’une hauteur d’un mètre, il fixe sa forme sur une nouvelle règle.
« Les neuf moules mâlics », en forme de coquillages, vidés de leur substance, proviennent d’un catalogue d’uniformes. 
Il a apprécié le philosophe anarchiste Max Stirner et la pièce expérimentale « Impressions d'Afrique » de Raymond Roussel vue avec ses amis Apollinaire et Picabia. Elle inspirera au bout de huit ans de maturation : « Le Grand Verre » nommé aussi  « La Mariée mise à nu par ses célibataires, même » où se retrouvent les moules mâlics et autre « Broyeuse de chocolat ».  Dans ces mécaniques évoquant l’amour, le hasard est déterminant. L’alchimie et le symbolisme ont beau être convoqués, le langage trouve ses limites. Art conceptuel.
Avec Marcel Duchamp, nous pouvons nous passer de l’émotion. L’idée est plus importante que le sujet. 
L’acte est radical avec la « Roue de bicyclette » sur un tabouret, art cinétique, 
et plus encore avec « le porte-bouteilles » qui devient sculpture lorsqu’il figure dans un lieu d’exposition et pourrait même se passer de signature comme celle de « Mr Mutt » fabricant de sanitaires pour la fameuse « Fontaine » qui n’avait pas été acceptée par le jury dont MD faisait lui même partie.
Stieglitz, le compagnon d’O’Keefe http://blog-de-guy.blogspot.com/2016/01/la-modernite-photographique-au-temps-de.html, photographie le « ready made » devant  « The warriors » un tableau habituel dans un musée. 
L’humour qui doit à Dada est très présent. Il a choisi la description d’«  A bruit secret » pour le collectionneur  Walter Arensberg qui a mis un objet inconnu dans la pelote. 
La pelle à neige c’est « En prévision du bras cassé »
et « Underwood »  évoque ses moments avec Betty Wood.
Les sucres de « Pourquoi ne pas éternuer Rrose Sélavy ? » sont en marbre, le mou est devenu dur, le léger lourd et l’os de seiche est en érection (Eros est la vie), Rrose Sélavy est aussi une des signatures de l’artiste qui aime se travestir. Body art.
« LHOOQ » détourne une carte postale de la Joconde qui peut ainsi séduire les femmes, après s’être « prostituée » avec tant d’hommes.
Il ne manque pas de rassembler des reproductions de ses propres œuvres dans « La Boîte-en-valise » et le plus étonnant pour moi c’est qu’après avoir chamboulé bien des définitions dans le domaine de l’art, il a continué à peindre en secret pendant 20 ans.
Révélée après sa mort en 1969, l’installation « Étant donnés : 1° la chute d'eau 2° le gaz d'éclairage… »  appelle le voyeurisme derrière ses portes en bois.
Elle avait demandé un patient travail dont un aspect rappelle Dürer  « Le dessinateur de la femme couchée »
Sur sa tombe à Rouen est inscrit : « D'ailleurs, c'est toujours les autres qui meurent. »

mercredi 26 juin 2019

Piranhas. Claudio Giovannesi.

« Le Club des cinq » prend le contrôle d’un quartier à Naples.
J’use de ce ton badin pour décrire un dramatique engrenage menant au crime car les émotions sont rares en comparaison avec d’autres films ou livres traitant de la mafia.
Difficile de passer après le livre « Romanzo criminale »
ou le film Gomorra cité par beaucoup de critiques, puisqu’inspiré par le même auteur, Saviano, sous une protection policière que Salvini menace de lui retirer.
L’ascendant d’un assassin gentillet sur une bande de bras cassés ne peut pas tenir qu’à sa belle gueule qui fait tomber une jeunette à l’étrange beauté. Mais ce premier amour ne s’enflamme pas aussi spectaculairement que la voiture d’un rival.
Les références cette fois peuvent aller vers « Shéhérazade », bien plus authentique et trépidant, http://blog-de-guy.blogspot.com/2018/09/sheherazade-jean-bernard-marlin.html .
Une durée moins étirée aurait fait gagner du rythme. Certaines scènes réussies, le mariage, alternent avec des scènes assez invraisemblables comme le moment de gloire du « baby gang » en boite de nuit où  ces « Piranhas » ont beau avoir des cervelles de poisson rouge, ils ne peuvent se mettre à dos tout ce que la ville compte de maffieux par ailleurs trop facilement « mis à l’amende ».
…………..
Dans la série recension par  décennies
Les équipes de foot :

Années 50
Années 60
Années 70
Années 80
Années 90
Années 2000
Années 2010
Reims
Saint Etienne
Nantes
Bordeaux
OM
OL
PSG

Mes voyages :

Années 50
Années 60
Années 70
Années 80
Années 90
Années 2000
Années 2010
Lyon
Sainte Marie de la mer
Cameroun
Paris
Mali
Bretagne
Ethiopie

mardi 25 juin 2019

Les marins perdus. Clément Belin.

Adapté d’un roman de Jean Claude Izzo, les 84 planches aux couleurs rouille comme un bateau abandonné en bout de quai à Marseille content les heures mornes de trois marins qui reviennent à bord entre quelques tours en ville.
Le grec recherche un ancien amour, le libanais largué par sa femme sombre dans l’alcool, le turc se fourvoie avec une fille à matelot.
Le romantisme portuaire de rigueur est érodé par la violence, les silences de ces âmes en peine.
Le dessinateur est un ancien marin. Son style original rend bien la rudesse des situations, la pudeur encalminée des hommes, évoque avec cohérence un milieu pas forcément familier.
« Tu vois dans l’antiquité, il y avait déjà des cartes sommaires on les appelait périodes de la terre ».

lundi 24 juin 2019

68, mon père et les clous. Samuel Bigiaoui.

Les films sur la fin des paysans n’ont pas manqué et ils étaient poignants.
Cette fois il est question d’un magasin de bricolage du quartier latin qui va fermer.
Le fils filme son père collant à l’envers l’affichette « liquidation » sur sa vitrine, ce geste en dit plus que bien des larmes de clients ou d’employés parfois un peu complaisamment sollicitées, alors que la trajectoire du propriétaire du magasin passé de la  branche armée de la Gauche Prolétarienne au commerce des étagères, serrures, colles et vis, ne se dévoile que très difficilement. Un plan cinématographique est criant quand il s’attarde sur les pinceaux et autres tubulures pendant qu’un de ses anciens camarades situationniste, forcément plus bavard que l’ancien maoïste donne quelques éléments explicatifs.
Les publications sur 68 ont été abondantes surtout l’année de énième anniversaire
Mais ce film n’apporte pas d’éclairage particulier; pourtant c’est sympa de faire un film pour son papa, dont les silences sont plus éloquents que les quelques maigres confidences extirpées. Accroché à sa calculette qui ne lui a pas servi à éviter la fermeture, submergé par les papiers, il est émouvant dans sa réserve (sic).
Les quincailleries et plus encore les drogueries étaient des lieux poétiques, sans parler des marchands de couleurs rencontrés seulement dans les livres. Aujourd’hui si vous demandez à des mômes ce qu’est une droguerie, ils auront plus tendance à envisager le négoce du haschich plutôt que celui  des vernis, ou un deal d’héroïne d’avantage que l’emplette d’une scie égoïne. C’est quoi une épicerie ?
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Au cinéma avec des années en paquet de 10
Années 50
Quand passent les cigognes. Kalatozov
Années 60
A bout de souffle. Godard
Années 70
Orange mécanique. Kubrick
Années 80
Les ailes du désir. Wenders
Années 90
Titanic. Cameron
Années 2000
Amélie Poulain. Jeunet
Années 2010
Toy story. Unkrich