mercredi 14 novembre 2018

Metz # 2.

Quand nous sommes en voyage, il ne se passe pas un jour sans visite d’au moins une chapelle.
A Metz, nous ne pouvions manquer la cathédrale Saint Etienne du nom du premier des martyrs chrétiens dont une quinzaine de cathédrales rien qu’en France portent le nom, sans compter les églises.
Celle-ci a une nef aussi haute que celle de Beauvais ou Amiens (40 m) et la plus grande superficie de vitraux d’Europe (6500 m 2 ).
Demandant à un passant à quelle heure était prévue l’illumination du bâtiment, celui-ci regrette que ce soir, justement il n’y en a pas ; c’était le maire de la ville. Très chaleureux, Dominique Gros, nous entraîne à la fête de la mirabelle toute proche, nous proposant d’autres attractions dans sa ville, qui n’en manque pas.
Mais il n’y a pas besoin de dispositifs particuliers pour qu’à son couchant le soleil illumine l’édifice en pierres dorées de Jaumont.
Le bâtiment gothique s’est construit au XIII° sur la structure romane du X°.
A l’intérieur les pierres se sont encrassées, cependant le surnom de « Lanterne du bon Dieu » est justifié.
Des vitraux se sont ajoutés à la Renaissance à ceux du Moyen-âge et les cubistes ont apporté à leur tour leur dynamique, alors que la poésie de Chagall se reconnaît facilement.
La cuve baptismale était une baignoire romaine taillée dans le porphyre.
La serveuse du bar où nous prenons un café à proximité ne sait nous indiquer quelle statue représente le prophète Daniel, dont les traits sont ceux de Guillaume II, mais Internet le peut.
Les places sont magnifiques, celle de l’Arsenal qui avait vocation militaire est grandiose. Le petit Verlaine jouait là.
La ville de garnison abritait le plus grand nombre de soldats en Europe au moment des tensions avec le voisin germain.  
A côté la chapelle Saint Pierre-aux-Nonnains construite au V° siècle à l’emplacement de thermes romains, reconstruite au X° est une des plus anciennes de France.
Dans l’agréable quartier Sainte Croix situé en hauteur, nous passons deux heures et demie dans le riche Musée de la Cour D’or.
Les objets de la période romaine sont présentés in situ puisque les salles d’exposition ont été construites à partir des vestiges des thermes du II° siècle.
Les thèmes religieux, mortuaires, l’artisanat, la toilette… sont bien illustrés, les mosaïques sont superbes, les bijoux charmants.
Le vase dit de Gutrtrolf, en verre soufflé, de l’époque mérovingienne est étrange et délicat.  Les statues religieuses sont bien entendues nombreuses pour la période moyenâgeuse.

Et nous avons surtout apprécié le grenier de Chevremont avec dans les étages des plafonds peints de têtes de monstres toujours intéressantes.
Les peintures plus classiques nous emballent moins et celles du XX° siècle sont rares.
Pas loin de là, nous ne sommes pas surpris, mais consternés par le FRAC (Fonds régional d'art contemporain de Lorraine) dont le superbe Hôtel particulier abrite du vide.
« Ici, seule la lumière naturelle éclaire les différentes salles : la perception des créations change selon les heures de la journée. La temporalité fait partie intégrante du travail artistique de Martin Beck, d’où le titre de son exposition « Dans un second temps. » »
Martin Beck propose de regarder une tête de microsillon au dessus d'un disque qui tourne pendant 13 heures.
Nous faisons un tour par la porte des Allemands, l’enceinte mesurait 7 km, en passant par l’église Saint Eucaire et essayons de distinguer avenue Foch les styles architecturaux qui se concurrençaient.
Le néo Louis XV résistant au néo roman teuton, art nouveau jouxtant la  renaissance ressuscitée.
Le restaurant de campagne que nous avions envisagé était fermé, nous en trouvons un, restauré, avec le patron qui tient tout un discours sur les circuits courts tout en proposant des viandes japonaises et du cochon espagnol. Le saumon n’est pas forcément pêché dans la Moselle : c’était bien bon quand même, mais quand les baratins genre FRAC vrombissent autour des cartes des menus, j’aurais tendance à me badigeonner d’anti-moustiques.
Puisqu'il est question de Metz # 2 c'est qu'il y eut un chapitre précédent : Metz #1 http://blog-de-guy.blogspot.com/2018/10/metz-1.html
 

mardi 13 novembre 2018

Duel. Renaud Farace.

Les récits de cape et d’épée ne s’arrêtent pas à l’époque de Louis XIII et en 2017, la plume aiguisée aux vives aspérités d’un dessinateur à son premier album, convient parfaitement pour traduire une nouvelle de Joseph Conrad se déroulant sous le Premier Empire.
Malgré l’interdiction des duels qui risquaient de priver Napoléon de quelques hommes lors de batailles incessantes, deux de ses officiers vont se retrouver variant les armes.
Leur différence de  classe, comme on ne disait pas à l’époque, l’un aristo l’autre populo, est peut être le motif  premier de leurs affrontements souvent remis sur le pré. Ces rendez-vous assouvissent l’impulsivité de l’un, la vanité des deux. Leur haine se déguise sous les couleurs de l’honneur, et ces duels qui composent leur légende les mènent au dessus de leurs vies maladroites.
« - Pressons, j’ai rendez-vous avec mon épouse !
- Permettez Armand que j’aille lui annoncer en personne son veuvage prématuré.
- Allons Gabriel, seuls les anges annoncent… pas les vieux démons ! »
En ces temps chochottes et précautionneux, une telle constance, efficacement contée sur 190 pages, est tout à fait romanesque. 
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A la maison de la nature et de l'environnement (MNEI) 5 place Bir Hakeim à Grenoble l'association "Grain de sable graine de sagesse" commence un mandala à 14h ce mardi 13 novembre et le dispersera samedi à 17h. Vous pouvez y participer: contact@femmesdhimalaya.fr au 06 71 72 62 47  

lundi 12 novembre 2018

Deux films pour enfants

Yéti & Compagnie. Karey Kirkpatrick Jason A. Reisig.
Quand s’affiche : «  film sur la tolérance », autant de spectateurs risquent de fuir que d’autres s’y précipiter, voire plus, et pourtant la subtilité est au rendez-vous et les enfants ne sont pas pris pour des demeurés.
Les Yétis vivent au dessus des nuages et lorsque l’un d’eux découvre «  un petit pied », un humain, quelques croyances qui protégeaient la tribu sont bousculées.
Chacun a peur de l’autre,  aussi bien les animaux poilus depuis leurs montagnes inaccessibles que les lisses humains dans leur sac de couchage.
La vérité peut être dérangeante, mais finit pas triompher en empruntant des chemins escarpés. Le rythme légèrement moins endiablé que d’ordinaire dans les films d’animation permet de réfléchir et d’apprécier les caractères variés des personnages.
L’écologie, l’animalité, les nouveaux moyens de communication, la tradition, l’histoire, sont traités avec humour et les chansons sont sympathiques.
Encore une bonne proposition en cinéma d’animation, bientôt ma principale occasion de rencontre avec le cinéma américain. 
Dilili à Paris. Michel Ocelot.
Venant de Nouvelle Calédonie, une petite fille métisse, après avoir été exhibée à l’exposition  universelle de Paris, va mettre une jolie robe blanche et connaître toutes les femmes qui comptaient à la Belle Epoque : elle retrouve Louise Michel son institutrice et se montre enchantée de faire la connaissance forcément furtive de Sarah Bernhard, Marie Curie, Emma Calvé une cantatrice, Colette, Camille Claudel mais aussi Pasteur et Proust, Picasso et Satie, Chocolat et Zeppelin…
La promenade en triporteur volant au-dessus des marches de Montmartre ou en jolie barque dans les égouts de Paris est didactique, le langage des dialogues est soutenu et les mots bien articulés : parfait pour une sortie scolaire avec de belles images pour faire valoir le combat civique des femmes soumises aux "Mâles-Maîtres" mais finalement libérées, délivrées, grâce à qui ?
Paris d’alors était bien la capitale des arts, des sciences et de la justice.
Malgré tant de correctes intentions, la figure systématiquement encensée de l’exception culturelle française et ses animations à l’ancienne, n’a pas connu l’unanimité critique habituelle.
A l’heure où il ne fait pas bon se montrer trop éducatif, le propos chargé de références, demanderait un complément wikipédiesque forcément - attention gros mot- instructif. Les "desseins" manquent de fluidité à l’image de ces icônes animées convenant davantage à une  lanterne magique qu'à des lunettes 3D.

dimanche 21 octobre 2018

J’aime pas la chanson. Juliette.

« J'aime pas la chanson !
On peut pas s'y fier
C'est par effraction
Qu'elle préfère rentrer
La v'la qui s'radine
Et dès le réveil
Elle vient en chafouine
Te ronger l'oreille
Et dans ton cerveau
V'la que tournent en rond
A coups de marteau
Trois notes à la con »
Si seulement… Enfin nous est livré le cadeau d’un nouveau CD, plein d’humour et de tendresse.
Il n’y a qu’elle pour mettre la « Procrastination » en chanson !
Pour l’éloge rigolo des femmes à lunettes on se tient « A carreaux »:
La « ronde du cul frisée du tif »[…] « a vu le loup dans le brouillard de l’amour flou » éloignant toute rime bébête.
Son évocation des « éternelles pas féminines » dans « Madame » est plus sérieuse :
« Je veux chanter les tartes
Les exclues du mystère
Les rayées de la carte
Qu'elle lisent à l'envers
Je veux chanter ces filles
Oubliées des fantasmes
Et des talons aiguilles
Mais jamais des sarcasmes »
Les « Bijoux de famille » célébrés sont bien ceux auxquels pensent les coquins mal-pensants, dans la même veine que l’enjoué auquel il ne faut pas se fier : « C’est ça l’rugby »:
« Quand l’équipe de Perpignan s’en va jouer à Montauban », les ballons ne sont pas seulement ceux qui s’aplatissent derrière la ligne.
Les sourires pas dupes alternent avec des douleurs pudiques :
« Aller sans retour », la kabyle de Toulouse http://blog-de-guy.blogspot.com/2013/11/juliette-nour.html  sait :
« J'oublierai que je ne sais pas mentir
Au bout du couloir
J'oublierai de croire
Que je vais revenir »
« Midi à ma porte » sonne familièrement :
« Si peu qu'on se place
A la place d'en face
On n'peut s'empêcher
De redécorer
"Ça s'rait mieux comme ça !"
Je dis ça pour toi
Je vais arranger
Ta façon d'penser »
Les remerciements qui n’en finissent pas des cérémonies des Césars valent une parodie délicieuse avec « Je remercie ». Quand de « Mon piano Droit », qui en a vu d’autres, renaît une « Météo marine » qui fait aimer les brumes.
« Et j'attends la houle et le grain
En allant pécher du chagrin
Viking, Utsire et Cromarty
Dans le flot des rues de Paris ».
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Les petits sont là, l'ordi s'en va: je reprends mes publications, dans 3 semaines, lundi 12 novembre. 

samedi 20 octobre 2018

Le peintre d’aquarelles. Michel Tremblay.

Quel plaisir de retrouver le québécois qui a écrit, Wikipédia a compté, « 28 pièces de théâtre, 32 romans, 4 recueils de récits autobiographiques, 1 recueil de contes fantastiques, 7 scénarios pour le cinéma ou la télévision, 39 adaptations traduites, 1 livret d'opéra, 2 comédies musicales et les paroles d'une douzaine de chansons » !
Je me rappelais de mon plaisir dans « Un ange cornu avec des ailes de tôle » où il est question de l’amour des livres et de l’effervescence de « La Nuit des princes charmants » dans les années 90, ou plus récemment : http://blog-de-guy.blogspot.com/2012/01/le-passage-oblige-michel-tremblay.html
Cette fois ce sont ses propres aquarelles qui illustrent les 154 pages où s’exprime un vieux monsieur ayant connu l’enfermement psychiatrique et qui se met à écrire tandis que la peinture  de la nature et de ses nuages lui apporte un certain apaisement.
Je ne sais si après tant d’années de souffrance monsieur Marcel peut s’exprimer avec cette lucidité :
« Je me souviens qu’on l’appelait Spéghatti parce qu’il  était maigre et très grand - s’emparait du micro pour annoncer le spectacle comme s’il s’agissait de la huitième merveille du monde alors que ce à quoi nous allions assister était sans doute navrant » 
Pourtant si ce journal peut paraître comme un habile exercice de style, jouant du rêve, des hallucinations et du réel, de fortes pages, des situations puissantes saisissent le lecteur.
Il ne cesse de voir sa mère aux cheveux qui brûlent, elle lui avait dit :
« T’avais pas l’air d’un bébé, t’avais l’air… je sais pas … d’un petit animal pas fini. On t’a sauvé surtout ta tante pis ta grand-mère, parce que ça aurait pas été chrétien de pas le faire, mais si ça avait été juste de moi … un petit paquet de troubles, mais un paquet de troubles pareil, c’est ça que t’étais. Pis t’es resté. »   

vendredi 19 octobre 2018

Maison de retraite.

Pour tirer avec précaution un fil parmi l’écheveau des nœuds qui enserrent ce titre, j’ai éloigné le terme EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), trop technocratique, afin de proposer une allitération qui aurait sonné faux de toute façon : « épatantes EHPAD ».
Pourtant un hommage ne serait pas superflu pour les personnels qui travaillent en ces lieux, alors que l’acharnement médiatique substitue le mot «  maltraitance » à tout traitement des personnes âgées en institution.
En ce domaine comme en d’autres, les généralisations sont à bannir.
Les aides-soignantes qui s’attardent à fumer à la pause éloignent peut être d’autres fragrances, mais ne contredisent pas l’admiration qu’elles peuvent susciter.
Cette reconnaissance est augmentée pour moi par un brin de mauvaise conscience qui subsiste pour avoir confié ma mère à d’autres, pour des tâches pénibles. Je connais bien peu d’enfants qui aient sacrifié leur liberté aux soins de leurs parents ; je les applaudis, mais n’en fais pas autant. 
Les vieilles ne sont pas toutes des victimes innocentes, ni toutes méchantes. Elles peuvent être drôles ou désespérantes, fragiles et inébranlables, récitant Hugo et s’oubliant dans les couches «  Confiance », comme tout le monde.
Des résidences pour séniors ayant atteint « L’âge d’or », favorisent des actionnaires au détriment d’un personnel en nombre insuffisant, mais toutes n’appliquent pas fatalement et exclusivement la règle de l’inhumain profit. Les talents ou les insuffisances individuelles ont leur importance quant aux conditions de soins.
Qui milite aujourd’hui en faveur d'un service public généralisé pour la gestion des vétérans ?
Concernant les conditions économiques qui permettent l’hébergement de nos ainés, je suis saisi de vertige chaque fois que je mesure les sommes épargnées par mes parents exploitants agricoles dont les sept vaches ne leur ont pas fourni de bien grasses retraites. Notre génération cigale est actrice dans cette affaire, a profité des fourmis hors course, mais si elle vit à court terme, cela peut apparaître une incertaine éternité pour beaucoup de jeunes.    
Mes ascendants ayant vu la mer deux trois fois dans leur vie, avec mes voyages en Chine et ailleurs, mon héritage se présente d’une façon plus gazeuse, le bonheur s’étant indexé parfois sur notre empreinte carbone.
Une tendance riante vue d’ici apparaît au moment où s’ouvrent des EHPAD en Tunisie à la place des hôtels délaissés par les touristes, avec aide-soignante personnelle pour des prix défiant toute concurrence. Cet aspect de la mondialisation fait se rejoindre loisirs et soins ; mais la solitude sera-t-elle plus douce de l’autre côté de la Méditerranée ?
« …Vous envierez un peu l'éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
Qui passe sa mort en vacances …»
Brassens
Dans le Monde parlant de nos « bien chers vieux » : « Leur niveau de vie moyen est légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population.» et le quotidien du soir de lancer des pistes concernant la dépendance qui touche actuellement un million de personnes et en touchera 2,5 millions en 2065, tandis que « Le système financé par les départements est à bout de souffle ».
Au sujet des retraites avec ou sans maison, moi qui en ai bénéficié à 55 ans en ayant dans la tête une idée dépassée : laisser la place à un jeune, je serai bien malvenu de souligner que les âges de départ dans toute l’Europe ne cessent de reculer. Le débat qui s’engage sur le sujet va être musclé, pourtant parmi les vociférants attendus, Mélenchon qui fut sénateur fort jeune ferait bien de faire valoir son droit à se reposer. A gauche où une des valeurs constitutive est le travail collectif, un Collomb devrait lui aussi se consacrer à la transmission plutôt que de briguer un mandat de trop.

jeudi 18 octobre 2018

Albert Marquet (1875/1947). Gilbert Croué.

Les conférences des amis du musée de Grenoble permettent de mieux apprécier des artistes dont les œuvres nous plaisaient certes, mais sans plus. Ainsi fut fait avec Marquet. "Intérieur à Hesnes".
Ce soir, sous l’intitulé : «  L’eau et les rêves », nous sommes allés vers les ombres et les lumières que nous révèle un peintre, attachant et singulier qui est allé bien au-delà des berges de la Seine.
« Bord de Marne, paysage à La Varenne-Saint-Hilaire » C’est le matin tôt, à l’heure des pêcheurs. Efficacité, calme, plaisir : les éléments sont posés  avec des référents de dimension qui donnent l’illusion de la profondeur, les touches sont sensibles, la composition rigoureuse.
Lors de « L’inondation à Paris » en 1910, dans la ville noire de suie, la boue se transforme en une coulée d’or.
« Le lac Léman vu de Montreux » est ouvert vers le rêve, et simple comme l’homme qui ne fournit pas aux journalistes de biographie scandaleuse.
Depuis une enfance girondine passée au ras des bateaux, il cultive une passion des voyages. Il  a corrigé sur le tard une mauvaise vue qui n’avait pas arrangé sa nature timide. Sa mère  a quitté Bordeaux pour ouvrir une mercerie à Paris et offrir des études de dessins à son fils handicapé par un pied bot. « Madame Marquet et son chat »
Elève de Gustave Moreau, il est resté fidèle à ses premiers amis : Manguin, Matisse, Camoin, dont le « Portrait d'Albert Marquet » est très cézannien.
« Le nu fauve »  fougueux et sauvage, sur fond fourmillant, évoque le pointilliste Signac et pour les couleurs, les nabis, Vuillard, Valotton, tout aussi taiseux que lui.
Au Grand palais en 1905, parmi plus de 1500 œuvres, sont regroupés dans la salle 7 les tableaux qui ont amené Loubet le président de la République à refuser d'inaugurer le Salon car il est prévenu de la présence d'œuvres « inacceptables » : le douanier Rousseau, Matisse, Manguin, Derain, Vlaminck, Marquet, Camoin. Au centre de la salle, un petit buste en marbre d'Albert Marque, parmi tant de couleurs pures, fait écrire  au critique d’art Vauxcelles : c’est «  Donatello chez les fauves ».
Le mot sera repris.
Marquet oscille entre ses amitiés rugissantes et un rendu proche du réalisme.
Alors que « Les roches rouges à Agay » appellent des tons puissants,
« Le port de Saint Tropez »  à la composition rythmée, ne dénature pas le sujet.
A la fois moderne et classique, il se tient à distance de ses confrères plus radicaux, plus expressionnistes.
Ses paysages urbains souvent en plongée, toujours avec de l’eau, privilégient les gris, les bleutés, les brumes, « Quai Saint-Michel avec fumée ».
A partir de 1907, il va vendre régulièrement ses tableaux dont les formats conviennent au chevalet et à tous les appartements, jusqu’à Moscou, Berlin puis aux Etats-Unis. Il  a vécu correctement de son travail. Sa mère qui lui avait consacré tout son temps et son énergie meurt en 1908.
Il entreprend des voyages «  Naples et le Vésuve le matin ».
Yvonne, un de ses modèles, devient sa compagne. « Les bas rouges ».
Visible au musée de Grenoble, le « Pont Saint Michel » : 
de petits points rouges y équilibrent les verts.
Il est retourné régulièrement en Afrique du Nord. « La citadelle de Tanger » 
mais dit à Matisse : « Je ne serai jamais un orientaliste ».
« La terrasse à l’Estaque »
« Mon opinion sur la peinture, c'est ma peinture »
Il revient vers Arcachon, un des lieux de son enfance, « Le Pyla ».
Le Musée des Beaux-Arts de  Bordeaux compte un grand nombre de ses toiles.
En 1923, il épouse Marcelle Martinet qu’il avait rencontrée en Algérie, elle a organisé la suite de sa carrière. « Le port d’Alger ». Il s’y réfugie en 1940, refusant d’exposer à Paris, lorsqu’on lui a demandé  un certificat de « non-appartenance à la race juive », il dédaigne tous les honneurs à la Libération et adhère au parti communiste en 1945. 
« Contre-jour »
Lui qui louait de préférence ses appartements au deuxième étage avec vue, achète une maison à la Frette au bord de la Seine. « Printemps sur La Seine à la Frette »
« Le store rayé » célèbre la lumière et sa passion de peindre.
« Le Pont Neuf à Paris, la nuit » ajoute l’eau du ciel à celle qui est toujours présente dans ses ports, ses quais, fluide sous les lumières changeantes.
« Sète, le canal de Beaucaire » ouvre l’espace. L’ombre de la nuit reste aux persiennes, alors que la lumière se lève de l’autre côté d’une composition où la dualité saute aux yeux.
« Son art est d’une remarquable continuité. Il abandonne rapidement les audaces timides de sa période fauve, pour n’en conserver qu’un goût pour une certaine simplification des formes.
Par son sens de la mesure qui s’exprime tant dans ses compositions que la délicatesse de l’atmosphère de ses œuvres, il s’inscrit dans la lignée des grands paysagistes français. »
Jean Cassou.