vendredi 24 octobre 2008

Mes hommes de lettres


Bande dessinée de Catherine Meurisse. Premier dessin : Lors d’une séance de dédicace Victor Hugo attend en vain le client à côté de l’auteur de « Et si c’était vrai ? » devant lequel s’étire une longue file d’admirateurs. Renart est le narrateur du moyen âge de ce Lagarde et Michard en images, il poursuit jusqu ‘au XVI° où il ricane : « Quand je pense que j’ai zappé Villon ! » Comme Hugo qui du fond de son cercueil se plaint : « déjà mes funérailles à la 8°case ? Eh bien c’est vite torché » Se lit en vitesse avec des petits rappels ; « je suis le ténébreux, le veuf,l’inconsolé, le prince d'Aquitaine à la tour abolie… », des clins d’œil, de la légèreté, comme on feuillette un album de photos où il fait bon revoir des visages un peu perdus de vue.

mercredi 22 octobre 2008

Séraphine de Martin Provost.


Le sujet du film est assez banal, finalement mais ne manque pas d’intérêt : l’originalité artistique naît souvent en dehors de la raison et du conformisme, la révélation au public tient du hasard. Yolande Moreau apporte toute sa singularité, sa poésie, elle incarne avec une force extraordinaire cette femme de ménage inspirée par son ange gardien, qui se vouera à son art, corps et âme. Elle parle aux arbres, et à notre capacité d’empathie ; la reconstitution du début du XX° siècle est légère, les sentiments pudiques. L’apparition de la relation marchande va-t-elle précipiter la folie de la naïve artiste ?

mardi 21 octobre 2008

Citoyenneté. Faire classe # 7


A tant prononcer son nom, elle se cache, la citoyenneté. Encore un coup de « l’effet pervers » : les adultes ont besoin de se préserver des souffrances du Soudan et de la Palestine distillées dès potron-minet; alors chez les petits plus encore, l’indifférence croît.
La générosité enfantine est si facile à manipuler. J’ai porté mes héritiers sur mon dos dans les défilés, mais je désapprouve aujourd’hui les pancartes dont on affuble les gamins comme le bébé roumain tendant la sébile de sa mère. Connaissant tous ces abus, ces écueils, nous devons être modestes et sages. Nous ne devons pas renoncer à lutter contre l’individualisme ambiant, ni abandonner le désabusé qui peut s’asseoir déjà sur les bancs de la communale. Les prises de conscience s’opèrent très tôt et des actions peuvent se réaliser. Les « pièces jaunes » relevaient plus de la charité que de la justice, mais j’ai laissé la tirelire se remplir et les bouchons en plastique de Bigard s’accumuler… Mes stylos pour l’Afrique que j’avais quémandés n’étaient pas d’un ordre différent. La correspondance avec des classes d’où proviennent les noyés des barcasses des Canaries a été plus éphémère tant la différence des univers est incommensurable. Même si quelques années plus tard une jeune infirmière de mes élèves anciennes est partie au Mali prendre des nouvelles de sa correspondante de C.M. Engage toi, trompe-toi, vis !
- Débattre de l’actualité, pour souvent en gérer les angoisses qui l’accompagnent, mais ne pas être soumis aux dictats de la mode du jour.
Cela réclame du doigté pour un équilibre qui sait cultiver une connivence avec le supporter de l’O.M. dont l’équipe vient de subir une défaite, et lutter contre l’invasion de conformismes « trop puissants », « trop classe », pas assez « en classe », les « casser » ! Bien connaître le quartier, pour éviter les impairs et inviter les pères qui se font trop volontiers la paire.
- Réserver un temps où s’expriment les problèmes concernant la vie de classe.
Cela peut éviter que les problèmes relationnels débordent ailleurs. Le respect de l’emploi du temps rassure, il est le garde-fou contre les bavardages sans fin. Je connaissais plus d’une instit’ avec le minuteur sur le bureau. Une boîte à dépouiller collectivement où se disent les contrariétés, les conflits à mettre au jour, laisse la possibilité aux timides de « vider leur sac ».
A utiliser cependant avec parcimonie si elle devient le déversoir des délations. Autrement plus sérieuse de toutes façons que « le bureau des pleurs » que j’ouvrais à la fin de chaque correction après un contrôle pour les contestations de notes qui s’en trouvaient ainsi dédramatisées.
Les difficultés à aborder, à traiter les désagréments du quotidien deviennent de plus en plus évidentes. La psychologue est souvent dans l’escalier comme on disait du temps « des concierges - jamais - là- quand - on - en - a – besoin ». Avec un nombre grandissant d’enfants à prendre en charge, elle ne fait que passer. Les blocages sont mis sous le tapis, ils seraient restés anodins s’ils avaient été pris en compte très tôt. Les impuissances à surmonter les conflits intimes ressortent d’autant plus que des simulacres à gérer la planète sont proposés trop tôt. Je participe à un manifeste contre le racisme, mais le pauvre , hors mode, se verra traité de Tchétchène.
- Donner accès aux enfants aux institutions concrètes qui gèrent la cité. Les extraire du chauvinisme de quartier mais les préserver des communicateurs friands de singes savants.
Parlement des enfants et conseils en tous genres s’affichent dans tous les supports de com’ et les silences s’enkystent pour des solitaires qui n’osent parler derrière tous ces tapages.
Comment former des individus responsables, si les adultes renvoient sans cesse les explications à des causes lointaines qui s’agglutinent aujourd’hui autour du mot «mondialisation»? C’est une réalité souvent féroce mais le mot, cache nos impuissances.
La proclamation de valeurs ne peut s’accorder avec des excuses en introduction. Le goût de la complexité n’abolit pas la nécessité de la clarté. Comment croire à son métier, s’il n’y a pas l’espoir d’un impact ?
La sainte république a été tellement invoquée qu’il ne suffit pas de lui adjoindre le terme laïque tout autant usé pour être audible. La tolérance n’est pas l’ignorance. Qu’il faille s’arrêter à chacun de ces mots signe bien nos faiblesses.
J’appréciai l’assiette de gâteaux de l’Aïd et à l’étonnement de certains de mes camarades je ne perdais pas une occasion de livrer des références concernant les fêtes religieuses ou profanes qui justifiaient nos congés. Pâques et le premier mai. Il n’est de laïcité éclairée que dans la connaissance des autres. Et bien ridicules ceux qui s’abstiennent de chanter Noël.
Les superstitions s’étendent, les privilèges se creusent, les lumières du XVIII ième qui devaient rayonner du cœur de chaque individu sont à réactiver. « Tout se vaut !» : Non ! Dans l’indifférenciation tragique des valeurs comment situer la loi, comment la croire, quand il est nécessaire d’avoir recours à des radars robotisés pour venir à bout des passe -droit. Vive le radar neutre et l'impôt!
La triade républicaine s’amollit sur les en-têtes des papiers administratifs, elle dicte cependant notre ligne de conduite.
Liberté : le baptême soixante-huitard a garanti pendant mes années repentantes de beaux restes pour accepter des trajectoires pas forcément conformes à mes goûts.
Egalité: le sens méticuleux de la justice de mes petits clients m’a tenu en éveil pour ne pas privilégier un individu plus qu’un autre. Je pointais la liste des prénoms de la classe que je citais dans mes exercices de grammaire. Le dynamisme d’un groupe passe par un quadrillage maniaque qui réserve un temps de parole à chacun. Personne ne s’endort.
Fraternité : la présence de l’adulte préserve des tensions destructrices entre pairs. Mais dans ce domaine les acquis sont fragiles, les effusions collectives fugaces. Et vains les cours de morale qui ne s’appuient pas sur une pratique.
Ces mots Lib' ég' frat' ont-ils perdu de leur éclat lorsque le mur de Berlin, par son écroulement, a fêté le bicentenaire de la chute de la Bastille ? And the Wall of the street était de sable itou. Est ce que l’ordre ancien sous de nouveaux oripeaux ne nous incite pas à faire le deuil de nos espérances, à renoncer ? L’éternelle recherche qui distingue la raison et la croyance, qui secoue les situations établies, se trouve dans le temps de la jeunesse, dans les cartons de l’enseignant, dans des logiciels pour une société plus juste, dans les travées d’une gauche qui ferait université au delà d’un été .

lundi 20 octobre 2008

« Imaginez Royal à la tête de l’état en ce moment ? »


Je réponds à la suggestion sargrossiste de l’heure en réservant mon imagination pour d’autres terrains : la réalité suffit déjà à mon accablement. Bien sûr les bataillons médiatiques se seraient déchaînés, par exemple si la non extradition de Marina Pétrella avait été décidée par la gauche. Cette fois, la droite se tait ... la gauche aussi. Fécondité des paradoxes : certaines décisions peuvent être prises surtout si elles sont en contradiction avec les traditions de son camp. Il a fallu que se soit sous la gauche que le cœur d’acier de la Lorraine cesse de battre, et il fallait une Simone Veil pour faire passer la pilule de l’avortement à la droite. Comme Jospin avait pu privatiser à tour de bras, est ce que seul l’ami des banquiers peut réformer le système financier ? Il y eut des votes dits révolutionnaires où les consignes pour les initiés visaient à se reporter sur l’adversaire pour mieux faire avancer ses idées. La promotion d’un Besancenot fait plus l’affaire de la droite, comme celle de Le Pen fit celles de la gauche et pas seulement en termes électoraux mais aussi en fournissant un ciment idéologique qui aime se faire peur avec des idées simples.
Pour les élections internes au P.S., j’ai essayé de m’appliquer à la lecture des motions mais celles-ci me sont tombées des mains dans ce contexte où tout est chamboulé. Les intentions me semblent bien dérisoires et hors du temps même si un congrès ne peut se soumettre au marché du jour, il est justement le moment pour faire le point comme on dit en photographie. Alors il reste les impressions générales, les réassurances instinctives. Hamon dans sa tonalité anticapitaliste est le plus en phase avec l’épiderme actuel, mais comme j’ai pu le lire il est entouré de « pousse-au-crime notoires ». Ségolène a construit son originalité en grande partie contre le parti, il semble difficile qu’elle le dirige aujourd’hui bien qu’elle soit entourée de personnalités qui renouvelleraient avec bonheur une façade immuable que représente Aubry et même Delanoë. A partir de mon expérience de terrain, le renouvellement des pratiques me semble indispensable, si nous voulons porter un espoir pour ceux qui persistent à gauche. Je pencherais pour une motion Royal, sans Ségolène qui réussit à capter les applaudissements de beaucoup de ceux qui se sont éloignés des partis traditionnels, mais sa candidature est trop clivante et ses improvisations parfois séduisantes nous mettent, ses supporters, trop souvent dans l’appréhension. Un score trop faible de la présidente qui réussit en région conforterait trop les jospiniens qui n’ont pas besoin de cela pour être trop sûrs d’être les meilleurs. L’ancien premier ministre avait fait du bon boulot à son poste, il en a fourni un détestable depuis son départ. Mon entraînement petit bras au billard à trois bandes quand il se dévoile essaye de préserver une authenticité qui fonde les camaraderies véritables, tout en s’éloignant d’un premier degré bien stérile.

dimanche 19 octobre 2008

Chop shop Ramin Bharami


La Jamaïque qui se lève tôt et qui se couche tard. La caméra plantée au cœur d’une rue du Queen’s à New York où se désossent, se rafistolent des voitures avec une histoire bien rythmée d’un frère et d’une sœur à l’énergie revigorante. Où sommes nous ? Dans le tiers monde ? Non, au fond un stade gigantesque où brille la devise : « vivez vos rêves » : mais c’est réservé aux spectateurs des matchs de base ball.

samedi 18 octobre 2008

La nage de l’enclume


Papagalli en Auguste et Arbona en clown blanc, bien sûr, quoi que… Présentée dans son jus, à la MC2 avec clins d’œil aux vieux abonnés, la 49 ième pièce de l’amuseur dauphinois joue avec finesse de cette connivence dans sa rencontre avec Gilles Arbona acteur représentatif d’un théâtre exigeant. Dans cette « tragédie burlesque », le duo fonctionne à merveille, en reprenant les rites du spectacle clownesque, sans la jouer trop mélo au démaquillage, en évoquant l’ambition pathétique des théâtreux de changer le monde, sans raillerie. Nous rions : « tu tarabiscotes trop. On comprend que des miettes ». Là tout est clair, rigolo, une petite touche de tendresse, une évocation de Godot, Fellini, le temps qui passe , les rêves, les rivalités, les identités, le théâtre renouvelé et familier, les mots. Tout juste.

vendredi 17 octobre 2008

Premières neiges


Film de Begie Aïda . Femmes fortes. Dans un hameau au cœur de l’Europe verte, les confitures familiales pourraient constituer la sauvegarde d’une communauté de femmes bosniaques qui se tiennent entre elles pour rester debout malgré leurs deuils. Six femmes et un vieil homme, un enfant. Chronique de cette survie si fragile. Les spectateurs sont dans la place, mais pouvons-nous tout comprendre des fantômes qui se tiennent pas loin de ces vies dévastées qui s’arrangent ? “La neige ne tombe pas pour couvrir la colline, mais pour que chaque animal laisse une trace de son passage.”