samedi 28 avril 2018

Et vous avez eu beau temps ? Philippe Delerm.


Quand le sous titre annonce «  la perfidie ordinaire des petites phrases » je me suis dit : le gentil écrivain ignoré des critiques patentés car ses écrits ne concernent pas les nazis dans années 30, aurait-il abandonné la description des moments ensoleillés de nos vies pour s’adonner à moraliser ?
Et puis à examiner sous le microscope ce « Et » initial recèle effectivement quelque feinte, comme tant d’autres expressions dont il fait rendre tout le jus :
« J'dis ça, j'dis rien » « C'est pas pour dire mais... » « Nous allons vous laisser » « En même temps, je peux comprendre » «  Tu n’as rien vu venir »
et le terrible : « Pour être tout à fait honnête avec toi » : «  C’est juste insupportable » ...
Il va chercher chez Proust : «  Celui qui vous l‘a fait ne nous l’a pas vendu », 
chez Hergé :«  Oui mon brave Milou » 
ou dans des expressions régionales : «  C’est y votre temps ? », 
chez les commerçants : « Je me suis permis » « Je reviens vers vous », 
chez Ferré : « Ne rentre pas trop tard, ne prends pas froid ». 
Les excès de l’honnêteté peuvent effectivement être pesants:
« Vous étiez avant moi » «  Moi, je ne sais pas faire » 
et la recherche de la distinction  appuyée : 
« Et vous êtes allés à la Pointe ? » « Tu n’as pas lu Au dessous du volcan ? ».
Plaisir de la langue, subtilités, sous texte, hypocrisies et  tendresses en 160 pages délicieuses.
Par exemple, ce moment conviendrait tout à fait pour picorer un de ses courts chapitres :
«  C’est le milieu de l’après midi, une heure sans heure, alentie par la chaleur, supportable sous la terrasse couverte, le ballet comme on dit ici.  Après la sieste- depuis ses premières crises d’angine de poitrine, elle accepte de s’allonger un peu, le déjeuner fini, la vieille dame vient s’asseoir dans son fauteuil d’osier, tourné vers le jardin. »… « Moi, je vous regarde »
J’aime regarder, écouter le monde à la suite d’un des chouchous de ce blog.
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2017/02/journal-dun-homme-heureux-philippe.html

1 commentaire:

  1. Tu sais, le mot "hypocrisie" vient du théâtre grec, et constitue une réplique, une réponse dans le dialogue.
    Pas de quoi en faire un tabac. Pas de quoi faire monter sur les barricades ma vieille grand mère sorcière qui a cru faire sa missionnaire en luttant contre "l'hypocrisie".
    Comme dit ma belle mère de 91 ans dans sa maison de retraite, on fait comme on peut dans l'existence.
    Je sais que je ne suis pas légère en le disant, mais il m'est trop tard pour la légèreté maintenant.
    Je crois que ça fait partie de ces choses qui ne s'apprennent pas...
    On l'a, ou on l'a pas. Point.

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