jeudi 17 février 2022

Viollet-Le-Duc. Benoit Dusart.

Avec en introduction la caricature, estampille de la notoriété, due à Giraud, le conférencier, devant les amis du musée de Grenoble, nous a décrit le parcours d’Eugène Viollet-Le-Duc restaurateur et créateur. 
L’historien, théoricien, dessinateur, professeur, écrivain, décorateur, archéologue, « homme de réseaux » proche du pouvoir vit le jour à Paris en 1814 dans une famille aisée. Sa mère née Delécluze tenait un salon fréquenté par Stendhal, le père était conservateur des résidences royales.
Son Dictionnaire raisonné de l’Architecture française, en neuf volumes comporte 
5000 pages et 3 367 gravures, et porte sur la période du X° au XVI° siècle qu’il a toujours privilégiée. Sur la page de garde, le maître d’œuvre est au centre entre le prêtre et le chevalier. Ce fut un succès éditorial et encore une référence aujourd’hui. 
« Restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné »
« Idée d’une cathédrale du XIIIe siècle »
 
Elle surgit,  comme procédant de lois naturelles.« La forme suit la fonction »
Ses Entretiens sur l'architecture
annoncent l’architecture moderne, et inspireront l’art Nouveau.
En 2014, une exposition « Les visions d’un architecte » souligne à la fois son caractère romantique et rationaliste. L’affiche rappelle l’éditeur Hetzel, celui de Jules Verne.
Il a 17 ans quand Victor Hugo écrit Notre Dame de Paris. Le style « Troubadour » revient dans un contexte légitimiste lorsque sont regrettées les destructions de 1793,
La violation des caveaux des rois dans la basilique de Saint-Denis, Hubert Robert.
Le jeune homme voyage beaucoup, il est saisi par la beauté du mont saint Michel dont le monastère sert alors de prison et séjourne en Italie où il préfère Florence la médiévale et le Palais des Doges de Venise, au Panthéon antique de Rome qui avait séduit la Renaissance.
Prosper Mérimée lui confie la restauration de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay menacée d’effondrement, il enlève les tirants métalliques et construit des arcs boutants.
Après la flèche de la Sainte Chapelle, Jean-Baptiste Lassus et Eugène Viollet- Le- Duc remportent le concours pour le chantier de Notre Dame de Paris :
restituer ce qui a été détruit, restaurer les éléments dégradés, « rendre à la cathédrale le luxe et le faste dont elle était dépourvue ».
Dans le collège des statues des 12 apôtres qui ont échappé à l’incendie de 2019, 
Saint Thomas a les traits de l’architecte.
Le Stryge devenu emblématique parmi d’autres chimères, date du XIX° contrairement aux gargouilles moyenâgeuses et autres créatures représentant « les refusés de l’arche de Noë ».
Il a restauré la sacristie où figure Le lutrin baroque qu’il a dessiné.
Le parisien a été moins bien accueilli à Toulouse pour la réfection de Saint Sernin . Les tuiles qu’il avait fait déposer ont été remises en place un siècle plus tard comme ont été rouvertes les mirandes romanes .
La cité de Carcassonne
, symbole du pouvoir capétien contre les Cathares, alors délaissée, lui apparait comme la forteresse idéale.
Il va recouvrir d’ardoises venues du Nord quelques tours et reconstituer des hours à vertu pédagogique.
Pour Napoléon III et Eugénie qui l’appelait «  ma petite violette », il réinvente
le château de Pierrefonds,
il fait valoir son goût pour la polychromie dans la
salle des preuses
et son raffinement avec la chapelle.
À Roquetaillade, il délègue le chantier à Edmond Duthoit tout en laissant le témoignage d’un art décoratif unique.
Pour le château-observatoire d'Abbadia
il évoque la passion éthiopienne du propriétaire.
Malgré sa grande renommée, il n’est pas retenu pour construire l’Opéra et se fait chahuter à l’école des beaux arts. Traduit dans bien des langues, il a écrit aussi pour la jeunesse «  Histoire d’une maison, d’une cathédrale… ». 
On retrouve sa marque dans d’innombrables lieux en France dont Le Bas Dauphiné. 
Il est mort à Lausanne en 1879 à l’âge de 65 ans près du Mont Blanc dont il a étudié l’architecture sublime et voulu restituer la genèse. 
« Je crois qu'il est dans ma destinée de tailler mon chemin dans le roc ; car je ne pourrais suivre celui pratiqué par les autres. »

mercredi 16 février 2022

Le camp du Struthof.

Nous retrouvons la voiture, circulons à nouveau au beau milieu  des vignes  s’étendant à perte de vue. https://blog-de-guy.blogspot.com/2022/02/kaysersberg-ribeauville.html 
Puis nous quittons ce paysage travaillé par la main de l’homme pour un environnement plus montagneux en direction du seul camp de concentration sur le sol français : le NATZWEILER  STRUTHOF implanté en 1941. 
Du site pourtant si dramatique, le panorama est magnifique.
Un bâtiment d’accueil moderne avec billetterie, tranche avec le décor lugubre ressenti dès le portail d’entrée en rondins et  barbelé.
Nous arrivons juste à temps pour bénéficier d’une visite accompagnée. Le guide passionné s’éparpille et perd du temps en présentation du groupe, s’attarde trop sur les causes de la guerre.
Mais pédagogue, il sait intégrer les jeunes visiteurs en leur donnant à lire des témoignages à haute voix.
Pris de cours par le temps, nous nous esquiverons au bout de 2 heures et terminerons seuls le circuit.
Les conditions de vie au camp visaient à exterminer les mal aimés du régime nazi.
Les prisonniers devaient travailler dans une carrière de granit rose placée un peu plus haut dans la montagne soumise à  tous les vents.
Quant au camp, sa construction était volontairement conçue pour procurer le plus d’inconfort et de pénibilité possibles : le terrain en pente orienté plein nord supportait des baraquements en bois aujourd’hui disparus.
Ne restent que la cuisine, l’ancien bâtiment d’accueil des prisonniers servant pour les interrogatoires et les tortures, le four crématoire, avec les salles des douches et les salles équipées pour les expériences médicales, une prison comportant des cellules de 8 mètres carrés qui ont reçu jusqu’à vingt détenus.
Une table à bastonnade témoigne d’un des supplices pratiqué couramment, pendant lequel les punis étaient sommés de compter les coups administrés.
Pour des peines plus lourdes la potence toujours dressée maintenait la peur.
Notre guide raconte de sinistres anecdotes et habitudes du camp, en soulignant que les nazis s’arrangeaient toujours pour ne pas endosser la responsabilité des morts, ils préféraient se décharger sur les kapos.
Les sévices contre les plus faibles ne manquaient pas de cruauté, en commençant par les transports en camion proposés aux plus valides, les plus fragiles devaient aller à pied.
Autre exemple, les hommes chargés de porter 50 litres de soupe aux autres devaient emprunter un chemin tellement mauvais, gênés parfois par des coups bas des geôliers que la nourriture versait inévitablement, déclenchant la colère des affamés.
Le même chemin servait aux allemands pour les punitions, les détenus devaient transporter des lourdes charges rocheuses monter et descendre  en vitesse, sous des coups de bâtons et interdiction de s’écarter du chemin, sous peine d’être exécutés du haut des miradors.
Pour imposer encore  plus  leur autorité, les nazis divisaient pour mieux régner.
La population carcérale provenait d’un grand nombre de pays d’Europe: les nazis regroupèrent volontairement ceux qui étaient ennemis, comme serbes et croates par exemple.
Ils manifestaient une distinction entre les captifs d’occidents et les slaves, les plus détestés. Ils les montaient  les uns contre les autres, pour éviter toute rébellion et évasion, l’instinct de survie les poussait à toutes les bassesses. Menaces, chantages, mensonges des allemands venaient à bout de toute humanité : dénoncer son ami, son frère, pour échapper à de nouvelles souffrances, les déportés étaient réduits à l’état de bête. 
Aujourd’hui le musée incendié en 1965 a été reconstitué. 
Un Mémorial aux Héros et Martyrs de la Déportation érigé dans les années 50, inauguré par le général de Gaulle, domine ce lieu de souffrance  en souvenir de tous les disparus anonymes: « Phare de la Mémoire de 40 mètres de haut et visible depuis la vallée de la Bruche et les hauteurs du Donon, il représente une flamme et arbore la silhouette émaciée d'un déporté. »
Nous laissons cette page d’histoire tragique, caché dans son environnement bucolique.
Nous roulons vers BINDERNHEIM où nous avons rendez-vous avec Pélagie et Julien nos hôtes du AirB&B  Nous découvrons une belle maison très moderne, au milieu des fermes. Le revêtement au sol est en béton ciré. Les pièces et la salle de bain, design avec miroir antibuée et horloge intégrée numérique, s’éclairent automatiquement  ou à l’aide d’une télécommande. Pour eux, une pièce à vivre immense réunit une cuisine américaine et un salon, une grande baie vitrée s’ouvre sur l’extérieur. Pélagie, pragmatique, a tout préparé pour ses hôtes. Ainsi, et sur ses conseils, nous partons diner à Sundhouse  au Courrier chez Ginette d’une planchette de charcuteries arrosées d’une bière Pilser.