vendredi 6 septembre 2013

Epiphanie.



La répétition est une défaite, bien qu’à la base de l’enseignement pour les plus basiques des pédagogues. De la même façon préciser : «  je blague » quand une plaisanterie n’est pas comprise est un tue-l’humour.
Toutefois je vais causer à nouveau de la rentrée des classes en tant qu’Epiphanie.
J’ai posté ce commentaire sur le blog « Autre monde » consacré essentiellement à l’école, en lien depuis quelques années avec celui que vous lisez présentement, là sur le côté dans la colonne de droite.
« L’autre jour la nasillarde présentatrice de France 2 à 13h évoquait la corvée que constituent les achats pour la rentrée des classes.
J’étais en train de regarder mes photos d’Ethiopie avec un gamin qui trainait dans la poussière une bande magnétique débobinée en guise de jouet. Il m’est remonté une vieille indignation dont je n’use pourtant aujourd’hui qu’avec parcimonie :
il aimerait bien que sa maman subisse ce type de corvée !
Quand acheter des cahiers est présenté comme une tache stressante que peut exiger un professeur comme travail ?
Alors que ce moment avant la rentrée est porteur de promesses : les pages sont blanches, les crayons bien taillés.
N’est-ce pas exaltant d’apprendre, de commencer une année ?
Je parle depuis un autre siècle. »
Quant au futur prof interrogé le jour de la rentrée dans le Dauphiné Libéré « il faut bien que quelqu’un le fasse », ce métier, il y a mieux comme enthousiasme surtout que dans la colonne voisine un autre jeune qui se destine  à enseigner la musique trouve que tous les profs qu’il trouve bons « avouent ne pas vouloir faire ça toute leur vie », il compte sur le master pour qu’on le prenne au sérieux bien qu’il «  bloque un peu sur le fait qu’il n’y ait pas de perspective de carrière » . 
En voilà qui parlent comme ils comptent, comme il se doit aujourd’hui quand il n’a plus que la City à avoir droit de cité.
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Dessin du « Canard enchainé » de cette semaine. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

jeudi 5 septembre 2013

Rencontres photographiques. Arles 2013.



En  matière photographique, plus que jamais, chacun à son image à dire et le foisonnement nous aveugle ; alors quel plaisir quand Arles nous offre encore des moments de découverte !
Pas forcément dans les expositions estampillées « découvertes » un peu poseuses où est ressortie camera obscura  et technique du ferro type voire les papiers périmés depuis des décennies.
Mais depuis le temps que je suis au rendez-vous arlésien, en cette année « black » and white, on peut trouver dans chaque thématique de quoi justifier le voyage.
J’ai découvert Sergio Larrain dont je connaissais seulement deux fillettes descendant un escalier. Une exposition très courue lui est consacrée : bars à marins de Valparaiso, enfants des rues pris au ras du sol : des hommes et des pierres. Le chilien mort à 81 ans est poétique et social. En regard, Lartigue et Bourdin paraissent tellement futiles.
Le sculpteur  Penone a installé ses arbres à Versailles, et à la chapelle du Méjan son corps a laissé une empreinte sur un lit de feuilles de buis. Dans ses yeux on peut chercher des reflets d’une nature qu’il invite entre les murs, intensément.
J’ai eu du mal à saisir les images d’Afrique du Sud parmi l’abondance de textes. Par ailleurs  le travail sur le rêve d’un astronaute Zambien m’a laissé dubitatif.
Les photos de lune de Sugimoto touchent à l’abstraction et valent surtout un coup d’œil d’ensemble.
Courtinat en photographiant des pauvres chez « les petits frères », présente un  des rares témoignages sociétaux d’aujourd’hui que j’ai pu voir dans cette édition.
Minkkinen  apporte un regard frais  dans ses autoportraits où il dévoile des parties de son corps dans des paysages de Finlande.
Les chiens du belge Vanden Eeckhoudt  nous regardent drôlement, ils sont très tendance dans la production éditoriale profuse sur nos amis les animaux.
Quant aux copains du spectacle d’Avignon, ils ont droit à la lumière avec des montages vus côté plateaux ou côté gradins.
Les images colorisées de photographes à Beyrouth ou au Caire sont émouvantes et ont parfaitement leur place en cette année consacrée essentiellement au noir et blanc. Des collages renouvellent un genre rebattu en ne collant pas forcément précisément.
Les visages retouchés de personnalités d’Hollywood pour les journaux mettent sur l’avant ce qui fut  jadis maquillé.
La pratique populaire des albums photos  du temps où nos mémoires étaient dans des armoires est bien mise en scène : intercalaires avec toiles d’araignée et pages autocollantes vite jaunies.
Toutes les images mises en ligne sur Flickr en 24h et tirées sur papier envahissent une grande salle du palais de l’Archevêché ; elles illustrent cet article.

Pour un article sur Arles 2012 cliquez sur l'image






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Grain de sable, grain de sagesse : 

Mon voisin Hubert se consacre depuis mardi à un mandala dont il nous informe qu’il sera dispersé samedi 7 septembre à 17h chez les compagnons d’Emmaüs à Sassenage lors d’une journée « portes ouvertes ».

mercredi 4 septembre 2013

Ethiopie juillet août 2013



Pendant une vingtaine de semaines je vais publier chaque mercredi  sur ce blog la chronique de notre voyage en Ethiopie.
A partir des notes consignées par ma femme, j’essayerai de rendre compte d’une expérience qui nous a fait renouer avec l’Afrique et vivre des moments exceptionnels grâce à Girmay Beshah, un guide français d’origine éthiopienne travaillant pour l’agence lyonnaise Taméra.
A plusieurs reprises nous avions voyagé en Afrique de l’Ouest, cette année nous abordons le pays de Lucy et d’Abebe Bikila avec des souvenirs de famines des années Renaud «Loin du cœur et loin des yeux » modifiés par des avis récents de voyageurs enchantés.
De nos livres, nous avons ressorti la photo du Négus et le fait que c’était le seul pays d’Afrique à ne pas avoir été colonisé malgré les tentatives italiennes. Nous avons privilégié en ce mois de juillet, le sud du pays moins arrosé que le nord car nous avons appris que la mousson venue de l’océan indien n’est pas qu’un phénomène asiatique.
Notre agence annonçait :
« Depuis la « Rift Valley », nous nous trouvons sur de hauts plateaux de 4000 m d’altitude. Canyons, déserts, savanes, forêts abritent une faune très riche. La région est habitée en majorité par les Oromos. Eleveurs de zébus depuis toujours, ces fiers cavaliers donnent un petit air de Pampa à cette région. Nous nous dirigeons plein Ouest jusqu’à la vallée de l’Omo. Berceau de l’humanité, cette région abrite une diversité exceptionnelle d’ethnies nomades et semi-nomades qui ont toujours en commun leur beauté et leur noblesse. »
Ce fut ainsi.

mardi 3 septembre 2013

Silex and the city 4. Jul.



En couverture de cette BD sortie fin août 2013, au fond de sa grotte préhistorique toute la famille Dotcom joue au « Neanderthal pursuit » et dès la première page nous voyons dans les promos au « Darwin mégastore » les stocks de T Rex et d’Iguanodon qui doivent disparaitre.  
Dans cette livraison, nous pouvons nous régaler avec Lascaux Siffredi et le Crédit arboricole « le sapiens près de chez vous ».
Il est question d’un tournage de « La famille Pierrafuck »: un plan forcément « Diplodocul » et  aussi de recherche de financements pour payer l’opération de Spam la mère atteinte d’un cancer dont le traitement peut entrainer des effets quaternaires et  si elle craint « de ne pas avoir l’air maligne de ne plus avoir un poil sur le caillou », c’est que nous sommes à l’âge de pierre.
Les débats du mariage pour tous sont passés par là mais  la jeune Web a beau être une fashion victim ; ses envies de fraises - et non de fresque - sont un signe venu du fond des temps qu’elle est peut être enceinte et quand madame Finkelstein entraine Blog dans le quartier du marais ce ne peut être que marécageux. Les grenouilles portent des papillotes puisque les slomos sapiens se sont installés dans le coin : nous pouvons être rassurés de la pérennité du monde.
Je suis moins enthousiaste que lors de l’apparition de cette série désormais portée sur les écrans d’Arte qui me semble s’étirer, faire long feu en quelque sorte.
Je me suis habitué aux dessins sommaires qui multiplient  cependant les trouvailles : le distributeur de tickets pour l’attente à l’hôpital Sainte Bactérie est un crâne, et je ne me lasse pas en ces temps impitoyables pour les petits revenus, quand la secrétaire de Quadrumame Sachs fait patienter URL et Werther dans la confortable salle d’attente où des bananes sont à leur disposition, tout leur semble « mollusques calme et volupté ».
Un conseiller financier prodigue par ailleurs ses avertissements :
«  Votre autorisation de découverte ne s’étend pas jusqu’à « la roue » ni jusqu’à «  l’agriculture »
C’est ce qui vaut le titre de ce numéro 4 : « autorisation de découverte ».
En tapant « silex » dans la fenêtre de recherche de ce blog vous pouvez retrouver des avis précédents sur d’autres chapitres de cette rencontre de la préhistoire et de l’actualité la plus immédiate par un agrégé de philo qui dessinait à Charlie hebdo.  

lundi 2 septembre 2013

Aya de Yopougon. Le film. Marguerite Abouet et Clément Oubrerie



Aya  du quartier de Yopougon dit « Yop » à Abidjan est une jeune fille sage qui veut devenir médecin, elle essaye d’aider ses copines Adjoua et Bintou qui « s’enjaillent dans les maquis ». 
Celles-ci s’orientent  à coup sûr vers la série C : Coiffure, Couture et Chasse au mari.
L’une se retrouve « enceintée » et l’autre est victime d’un parisien baratineur qui s’habille chez le meilleur couturier : Tati.
Les pères ont des deuxièmes bureaux (maîtresses) mais tout se résout positivement dans cette comédie sympathique où la palabre est salutaire.
Le népotisme est évoqué ainsi que la situation économique rarement traitée en cinéma d’animation, de même que l’Afrique urbaine très peu conviée en général.
On y enrichit son vocabulaire: ploco-placa (faire l’amour) et les proverbes  sont savoureux :"Quiconque ne veut pas manger, ne veut pas non plus aller à la selle."
J’avais « trop » aimé la bande dessinée, ceci dit à la façon africaine qui a fortement teinté le langage hexagonal; le « dêh ! » qui ponctue bien des phrases ivoiriennes n’ayant pas eu cette fortune, mais il nous enchante pris dans un accent chaleureux. 
Le film heureusement entrecoupé de publicités joviales datant des années 80 n’apporte pas vraiment un plus par rapport aux albums qui ont connu un succès mérité. 
L’animation est sommaire : avec une bande son enjouée pourtant, les danses n’ont pas grand-chose de la grâce originelle ni de leur chaleur. 

dimanche 1 septembre 2013

Cour d’honneur.



Cette année je ne suis pas allé au festival d’Avignon, alors la retransmission télévisée de ce spectacle de Jérôme Bel qui voit sur le plateau du palais des papes des spectateurs exprimer leurs vécus divers de spectacles donnés dans la cour d’honneur, m’a intéressé par toutes les contradictions mises en bouche.
La graphiste de Rodez préfère payer deux places du « off » plutôt qu’une place dans la file du « in » tellement entre soi,
la prof de Saint Siméon de Bressieux qui venait avec sa troupe amateur, s’en remettra à Antigone jusqu’à sa mort,
le conseiller d’éducation qui voit une centaine de pièces par an, propose un texte de 16 pages à la sortie tellement il ne peut tout dire sur scène, sinon que le théâtre lui permet de se chercher comme tant d’autres de tous âges qui s’expriment avec intensité, finesse, drôlerie.
« Que doit être l'homme ? Soi-même. Voilà ma réponse brève. » Ibsen
Des acteurs ponctuent les témoignages.
Un danseur interprète un morceau de « Wolf » qui n’a pu être joué en 2003 pour cause de grève des intermittents, l’alpiniste d’« Inferno » regrimpe contre le mur de la cour d’honneur.
La pièce de Castellucci  citée à plusieurs reprises a du être un grand moment.
Huppert apparait dans le témoignage du médecin qui était de service lors de la présentation de Médée et un acteur russe apporte une intensité extraordinaire avec le décompte des morts de la seconde guerre : un toutes les 4,6 secondes.
Des figurants reviennent jouer leurs cavalcades antérieures, leurs chutes, ou une revanche d’un soir depuis que des spectateurs insultèrent des acteurs en disant : « vive la télé ! »
Je vois plus souvent du théâtre en vrai que par écran interposé, mais j’ai bien aimé par l’intermédiaire d’un outil méprisé prendre un air de cette année en Avignon quand les jours d’été ont  fini de grésiller au pied des gradins.
J’ai entendu les cris des martinets.

dimanche 25 août 2013

Petit garçon



Hier au soir il y a eu de beaux arcs-en-ciel.
Et tôt ce matin Nino Chassigneux est né.
Il rejoint Mia dans la maison de Julien et Stéphanie.
Bienvenue.

dimanche 30 juin 2013

Proverbes détournés.



Pour clore la saison, je suis allé chercher sur d’autres sites dont je n’ai pas retenu l’appellation*, quelques formules amusantes. 
Quand on tape « proverbes détournés » sur le moteur de recherche, les trouvailles savoureuses abondent.
- Vaut mieux avoir volé un bœuf
Tout le poulailler et l’étable
Que piquer l’œuf.
- Un âne averti en vaut deux.
- Pour vivre heureux, prends ton cachet.
- Il faut pas casser les mêmes œufs
dans l’même panier.
- La nuit tous les fachos sont gris.
- C’est-y qu’y a pas d’fumier sans dieu.
- Ventre affamé n’a pas d’papiers.
- La flemme est l’avenir de l’homme.
- C’est pas ton frère, s’il se nettoie.

Bonnes vacances aux lecteurs fidèles et rendez-vous début septembre.
* Une buissonnière comparse précise:
"Les proverbes détournés sont une bien belle chanson d'Allain Leprest, Loïc Lantoine, musique JeHaN, chantée par JeHaN avec dans le refrain: "je suis pour l'indépendance du verbe" et qui a pour titre Tous les proverbes,  enregistrée sur le CD : Les ailes de JeHaN. "
Merci.
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Voilà l'été

samedi 29 juin 2013

L’hiver des hommes. Lionel Duroy.



Après une rencontre avec l’auteur organisée par la librairie du Square, j’ai acheté son  livre au titre fort qui ne trompe pas sur le contenu.
L’ancien reporter de Libération se consacre désormais à sa vie d’écrivain et s’il invente dans ce roman un personnage qu’il appelle Marc, il ressort de ces pages documentées, une sincérité émouvante. L’écriture est limpide, les décors bien plantés, les portraits vifs. Nous sommes amenés à nous interroger sans cesse mais sans sommation.
« …je vois que la neige s’est remise à tomber. Personne n’a songé à venir allumer, de sorte que l’ombre des flocons sur les murs, dans le jour finissant, donne le sentiment qu’une pluie de cendres s’abat lentement sur nos têtes. »
Il a essayé de résoudre ses blessures d’enfance sous d’autres titres mais en enquêtant sur la mort de la fille de Ratko Mladić « le bourreau des Balkans », et en s’interrogeant sur  ce que sont devenus les enfants des nazis, il n’est  toujours pas guéri d’être le fils d’un père d’extrême droite.
La superposition d’une l’histoire personnelle et des évènements de 1995 quand la Yougoslavie disparaissait avec le plus grand massacre en Europe depuis la seconde guerre (6000 à 8000 personnes) est poignante, sans effet spectaculaire mais d‘une grande efficacité.
Nous le suivons pendant 350 pages dans le  misérable territoire serbe en Bosnie, du côté de Pale, d’où sourd une tristesse infinie.
« Celui qui nous conduit à la gare routière est en panne d’essuie glaces, de sorte qu’il roule avec sa vitre baissée pour pouvoir sortir le bras à intervalles et dégager son pare-brise à l’aide d’une raclette qu’il a ficelée au bout d’un fil de fer. »
Il rencontre des acteurs de ce drame qui se disent vainqueurs, mais ils sont en réalité désespérés, s’estimant trahis par tous, y compris des serbes de Belgrade, ils vivent comme en prison dans une peur qui n’en finit pas.
Un éclair d’espoir, in extrémis, quand il passe à Sarajevo, il aperçoit deux reclus qu’il avait connus lors de son séjour. Les deux amoureux se tiennent par la main :
« Ils ont osé venir et maintenant ils voient combien ce qu’on raconte là haut est faux - délires de survivants aveuglés par la peur et par  la haine. »
C’est à la dernière page.

vendredi 28 juin 2013

Internet : quelles révolutions ?



« Les réseaux sociaux interdits aux moins de 13 ans sont utilisés par 64% d’entre eux. »
Une pelletée de plus extraite du fossé d’incompréhension entre générations dont la plus ancienne, la mienne, qui occupe habituellement les estrades, n’a pas pris toute la mesure.
Dans le Forum de Libération  2013 à Grenoble qui affichait : « Jeunes débattez-vous ! » la thématique internet traversait tous les débats. J’avais déjà remarqué qu’à l’occasion la formule « éducation populaire » lui était  parfois attribuée ; une bonne occasion de se refaire une jeunesse.
Les jeunes intervenants sont prometteurs.    
Mehdi Benchoufi fondateur du Club Jade dans un texte charpenté, qui peut se retrouver bien sûr sur le net, avait prévenu :
«  l’Ecole française est un espace reclus, où l’on ne partage pas, où pire, partager est gruger, un espace compétitif où l’on bâtit l’estime de soi contre celle des autres. A l’heure où le savoir circule partout à toute vitesse notamment et notablement par internet, il s’en faudra peu pour que l’Ecole et l’université n’apparaissent aux yeux des générations qui viennent ce que nous percevons aujourd’hui des abbayes du bas moyen-âge, des lieux canoniques, clos et fermés de dispensation du savoir. »
Bien entendu, nous n’échappons pas à l’anglais : « Serious gaming », « learning by doing » pour faire valoir des choix pédagogiques promus jadis sous d’autres appellations.
Descendu  désormais de mon estrade, je leur préfère encore les expressions : « la main à la pâte » ou « tâtonnement expérimental ».
Ce qui n’enlève  par ailleurs aucun bienfondé à des prophéties pas si folles :
« les enjeux économiques sont forts et il ne faudra pas s'étonner que le sort réservé aux Majors et autres Virgin ne soit celui de l’industrie éducative. En effet, La bataille du savoir étant une des clés, sinon la clé qui ouvrira le chemin de la compétitivité, de nombreux pays développent des stratégiques économiques agressives autour d’un marché de l’apprentissage aujourd’hui mondial. »
Jérémie Zimmermann fondateur de la quadrature du Net « un collectif citoyen qui informe sur des projets législatifs qui mettent en péril les libertés individuelles dans l’environnement numérique » s’est battu contre HADOPI, mais  la bagarre  sur le plan européen contre ACTA est  d’actualité depuis 2 ans « Les règles de l’ACTA et, plus généralement, de la propriété intellectuelle ont un impact énorme sur nos vies quotidiennes. Culture, éducation, santé ou communication … »
Sabine Blanc journaliste à Owni.fr, est spécialisée en matière de « hacking » piratage citoyen qui porte l’ambition de férus de bidouillage vers une alternative démocratique où la machine changerait la vie. « L’homme doit contrôler la machine et non l’inverse. »
Ces stimulants intervenants sont nés dans ce bain d’échanges, de mise en commun, de transparence, aux allures libertaires qui adorent divulguer ce qui est caché,  et se montrent très vigilants quant aux entraves mises aux libertés.
Ces acteurs du Net  prouvent que le jugement  peut porter sur leurs œuvres et non sur leur âge, leur position, leur nationalité, leurs diplômes.
Quand Facebook en sait plus sur chacun d’entre nous que notre famille, il est temps de faire jouer l’intelligence collective et: «  RTFM ! Read The Fucking Manual ! » Foutus anglais !
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Dans le Canard de cette semaine:



jeudi 27 juin 2013

Schnock. n°7. Eté 13.



Miou Miou remonte une bretelle de sa robe légère en couverture du trimestriel qui consacre un dossier complet aux « Valseuses » de bientôt quarante ans d’âge.
Souvenir jubilatoire pour une génération, bien que la revue Ecran trouva, lors de sa sortie, ce film de Bertrand Blier « authentiquement nazi, putride comme un abcès mal soigné ».
Le sens de la nuance a-t-il existé ?
 « On est pas bien là ? »
Outre la souvenance de quelques dialogues croustillants, pendant 175 pages nous pouvons nous rappeler la victoire de Noah en 83,  de « Bonne nuit les petits » en 62,  de Gérard Pirès  auteur de « Fantasia chez les ploucs en 1971,  de Bercoff  qui eut son succès sous le nom de Caton en 88 et du critique Angelo Rinaldi « l’as des piques »…
« Mon désespoir ne serait rien si je ne pouvais vous le décrire » Madame de Sévigné.
Et quel plaisir de découvrir une plume alerte : Benjamin Chagall qui pointe des bourdes dans les chansons françaises :
« c’était fin août début juillet » Johnny Hallyday,
et à même la pochette de Carene Cheryl : « Ne raccroches pas. Je t’aime » 
le correcteur orthographique en reste muet !
J’ai appris que Cino Del Duca fut un personnage beaucoup plus complexe que l’image qu’il m’en restait aux couleurs de « Nous deux » :
 « ses anciens camarades du parti communiste trouveront toujours auprès du richissime éditeur qu’il va devenir un travail ou une aide financière »
Dans l’article consacré au tour de France une dernière citation du maître Blondin :
« Anquetil incarnait la partie libre de l’homme, Poulidor sa partie fatale »

mercredi 26 juin 2013

Diégo Rivera et les peintres muralistes.


Christian Loubet nous lit à la fin de sa conférence un extrait d’une déclaration du sous- commandant (j’ai toujours adoré ce grade) Marcos :
« Nous les indigènes ne faisons pas partie du passé mais du futur. Car on regarde vers l’arrière mais on rêve vers l’avant. Nos pieds demeurent dans la glaise de l’histoire mais notre tête aperçoit de lumineux lendemains »
 C’est que d’histoire il en fut question, pas celle d’archives scellées mais s’inscrivant au présent, indissociable du sujet de la soirée aux amis du musée. 
Dès 1906, Murillo professeur à l’académie des beaux arts fait appel au nationalisme des  peintres mexicains contre «  le colonialisme parisien ». Il invente des procédés nouveaux (visions aériennes pleines de courbes), de nouveaux produits (pétro résine).
C’est avant le temps de Pancho Villa et Zapata dont les révoltes commencées en 1911 seront confisquées par Obregón en 1920.
Siqueiros, élève de Murillo participe à la révolution activement puis il rencontre Diégo Rivera à Barcelone avec lequel ils lancent un appel aux artistes d’Amérique, rejoints par Orozco.
« Nous proclamons que lorsqu’on passe d’un ordre décrépit à un ordre neuf, les créateurs de beauté doivent faire tous leurs efforts afin que leur production ait une valeur idéologique pour le peuple. Ainsi le but de l’art qui est actuellement une expression de la masturbation individualiste, sera enfin un art pour tous, d’éducation et de lutte. »
Ils bénéficient de commandes du ministre Vasconcelos.
Rivera  nourri de Giotto exécute une grande fresque : « La création » sur 100 m 2, avec des personnages à la Gauguin.
« Le dîner de capitalistes » occupera 1600 m2 et prendra 4 ans.
Bien d’accord pour fustiger la peinture aristocratique de chevalet, ils vont vers un expressionisme tropical qui réactualise des traditions et se nourri de l’énergie du futurisme.
Le trotskiste Rivera sera traité de « folkloriste » par son comparse le stalinien Siqueiros, allant  lui vers plus d’abstraction.
Lors de leur séjour aux Etats-Unis, ils seront fascinés par la société industrielle, ses immeubles, son dynamisme.  Au temps du « New deal », Roosevelt  leur procure aussi du travail.
Rivera réalise «L’homme à la croisée des chemins » qui avait été refusé par Rockefeller à cause d’une représentation de Trotski, figurait aussi Darwin.
Frida Khalo, sa jeune épouse passionnée, sera au centre d’une fresque distribuant des armes aux paysans et aux prolétaires. Elle qui n’a pu être mère, protège Diégo enfant dans «  Rêve dans le parc d’Alameda ».
Le palais national  sera la Sixtine de Rivera : l’histoire mexicaine avec son versant colonial, révolutionnaire autour de l’aigle et du serpent originels est rappelée.
Le monde indien y figure dans toute sa richesse :
le Quetzalcóatl, serpent à plumes des Toltèques,
le marché Aztèque où une femme tatouée auréolée d’arums reçoit un bras en offrande,
chez les Zapotèques,  au pays de l’or et  de la plume, les prêtres portent des masques de mort,
les artistes Tarasques travaillent le caoutchouc, les teintures,
les voladores Totonaques effectuent 13 cercles  autour de mâts (13X4= 52 semaines),
le maïs est à l’honneur chez les Huastèques, et le sisal et l’agave.
L’origine de ces représentations est citée sur les grisailles en soubassement du  colossal panorama où Cortès n’a pas le beau rôle, les noirs sont marqués au fer rouge, le servage est montré dans toute sa violence. 
Orozco  dans sa « tranchée » guerrière, exprime toute sa noire vigueur.
Le combattant Siqueiros apporte un souffle épique avec sa « Marche de l’humanité », son « Peuple en armes », sa puissante « Nouvelle démocratie », quand il représente la sécurité sociale et son « écho d’un cri » résonne encore.
Ces peintres ont magnifié le collectif dans des rythmes puissants, mis au jour l’héroïsme individuel, rappelé les aspirations du peuple, ses valeurs, ses luttes, dans des cathédrales contemporaines en conviant l’histoire, quand l’avenir se peignait de couleurs vives.

mardi 25 juin 2013

Le démon du soir ou la ménopause héroïque. Florence Cestac.



Dès la première page : « Tumeur bénigne, microkystes calcifiés, opacité tumorale, biopsie mastopathie, tumorectomie », même en bulles, ce vocabulaire n’est pas vraiment hilarant.
Alors quand la sexagénaire, qui a dépassé « le démon de midi » et « d’après midi » depuis deux BD, va se tirer d’affaire après quelques angoisses,et  refaire sa vie avec une énergie décuplée.
Elle quitte son travail, d’autant plus qu’elle elle se sent poussée vers la sortie.
« Je vous rippe les visuels dans le CTP ou je vous les switche ?
Ok ! je vous fais une sortie papier comme d’hab…»
Elle divorce d’un mari éteignoir, se libère de sa fille donneuse de leçons dont elle verra moins mais mieux les enfants. Sa mère qui se prend pour Brigitte Bardot ne la reconnait plus. 
Elle émigre dans les Pyrénées dans une maison qu’elle retape avec des artisans tels qu’ils s’appliquent à se caricaturer, quoique l’un deux est honnête et prévenant, et finit dans les délais…
La mamie boomeur va vivre ses utopies hédonistes qui firent florès dans les années 60, ici ramenées à des bains au soleil et des repas sous les arbres. Les générations suivantes peuvent « prendre les boules » devant ces privilégiés qui ne manquent pas de se poser tellement intelligemment en modèles tellement rigolos.
Elle a cultivé les copines, et « cougard chez les ploucs » se sent heureuse comme un papillon.  
Cet album se lit le temps d’un sourire.
Il va faire un malheur pour les départs à la retraite. Son optimisme passe sans niaiserie avec une dose de vacheries, de dévoilements qui lui font visiblement du bien ; à nous aussi.

lundi 24 juin 2013

Effets secondaires. Steven Sorderbergh.



Nous sommes à New York au pays du roi pognon, dans le milieu des psys, des labos pharmaceutiques, où tout le monde prend ses pilules pour se dessiner un sourire. Mais il y a du sang sur le parquet et les cuisines recèlent des armes de destruction efficaces pour vous faire sursauter, les médias s’emballent et les histoires d’amour, « les histoires d’amour finissent… »
Tout l’intérêt du dernier  film du réalisateur de « Sex mensonges et vidéo » de 1989, est dans les faux semblants que nous nous attendons à gober : alors comme il se doit il ne convient pas de révéler l’issue de ces manipulations dont nous sommes les complices consentants même si la conclusion s’étire pourtant un peu au bout d’une heure quarante. L’actrice Rooney Mara, mystérieuse, fragile, porte le film, l’emmène au-delà d’un divertissement qui ne laissera pourtant aucun souvenir impérissable.

dimanche 23 juin 2013

Un homme. Albin de la Simone.



La poésie ne niche pas seulement dans les éditions confidentielles autoéditées, elle est dans le dernier CD de celui qui a pris le nom de la rivière de son village de Picardie, et dans la pochette élégante qui l’accompagne.
Cette dernière production agréable, permet de patienter en attendant le prochain Souchon, si l’on aime la légèreté, la modestie, les hommes complexes, l’allégresse qui côtoie la gravité, et l’amour qui n’en finit pas des s’inventer.
Sa sensibilité nous réveille bien plus que des  exhortations péremptoires.
« Et toc un coup du ciel, à nouveau la vie est belle
Pour un oui pour un non, tout va bien pour de bon
C'est la crise, c'est la crise qui m'épuise, rien à faire
C'est la crise, c'est la crise, qui s'éternise, on va s'y faire »
Des chansons d’avril prometteuses mais qui se souviennent d’une fin d’hiver incertaine.
« Le poids de mon nom ridicule,
Ce fantôme à particule,
Qui avance quand je recule
J'espère que tout cela va tenir sur mes épaules,
Pas bien gaulées, pas baraquées»
Le nouveau papa parle de son enfant récemment venu au monde.
Sa voix est douce, et l’éloignement des fracas contemporains ne nous fait pas de mal, tout en nous rappelant qu’on peut mourir en plein air.

samedi 22 juin 2013

Mon traître. Sorj Chalandon.



S’il ne m’avait pas été recommandé je serai passé à côté de ce livre important qui va bien au-delà de la guerre en Irlande.
L’ancien journaliste de Libération qui revient en romancier sait de quoi il parle et il nous interroge : depuis le temps des engagements qu’avons nous laissé en chemin ?
Au pays où il trouve « la bière amère, noire, lourde comme un repas d’hiver »
A Belfast : « Ici encore, tout était en dimanche. Avec cet air épais de tourbe et de charbon. L'odeur de Belfast. En hiver, en automne, en été même, lorsque la pluie glace, je ferme les yeux et j'écoute l'odeur de cette ville. Un mélange d'âtre brûlant, de lait pour enfant, de terre, de friture et d'humide. »
Le luthier parisien dont il décrit avec finesse le travail minutieux découvre l’amitié virile dans les pubs et il apporte son aide à la cause des opprimés catholiques :
«  J’avais un goût de briques, un goût de guerre, un goût de tristesse et de colère aussi. J’ai quitté les musiques inutiles pour ne plus jouer que celles de mon nouveau pays. »
Bien que nous sachions d’emblée de quoi il retourne, nous allons au bout des 216 pages avec avidité tant la construction simple est habile et l’écriture acérée sans froideur, délicate et forte.
L’émotion  alimente une réflexion qui ne nous livre pas tous les secrets pour nous laisser face à des interrogations essentielles sur la culpabilité, le mensonge, l’amitié, l’identité, la trahison…

vendredi 21 juin 2013

Fin de l'Occident, naissance du monde. Hervé Kempf.



L’animateur du site Reporterre " le forum de tous ceux qui imaginent le nouveau monde où l’on arrêtera de détruire l’environnement et qui retrouvera l’idéal de la justice", chroniqueur au journal « Le Monde » était invité par la librairie du Square.
Les titres de ses livres dont certains  furent recommandés par Chavez :
« L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie », « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », « Comment les riches détruisent la planète », « La Guerre secrète des OGM », sont évocateurs.
Face aux questions simplistes du président de la Maison de la nature, il devait se montrer plus nuancé que ne l’annoncent ses propres titres en reconnaissant la force de séduction du commerce et récusant la notion de « faute » toujours présente chez les prêcheurs écolos.
Cependant ses appels à des convergences politiques pour aller vers « une décroissance heureuse » sont pollués par des réflexes durables qui sacrifient aux plaisirs de « bons » mots : «  les boas constrictors que doivent avaler les verts comme autant de saucisses de Francfort ».
Le renvoi de Cohn Bendit comme commentateur de foot sur Canal+ parlent peut être à un public de convaincus mais stigmatise un produit qui fut séduisant.
La dénonciation de Rosanvallon pour cause de défunt club Saint Simon peut paraitre anecdotique mais réduit encore le nombre des accessibles à la convergence ; quant au PS n’en parlons pas : reste le PC dont il semble être le seul à ne pas avoir aperçu l’évanouissement.
Visiblement peu au fait des évolutions ni de l’apport de l’auteur de « La société des égaux » qu’il renvoie à une pensée datant de la guerre froide, il n’en maintient pas moins une condamnation hors d’âge. Il fait douter de la dynamique d’un groupe, devant impulser des changements vitaux , qui risque plutôt la régression comme banquise.
Pourtant le regard est renouvelé sur des constats incontestables : 
les disparités existent bien autant à l’intérieur des pays qu’entre la zone Nord et le Sud.
Dans un monde peuplé et riche de ses capacités techniques, les ressources primaires vont se tarir : qui ne le sait ?
Revisitant des cycles historiques longs jusqu’à la révolution industrielle qui a entamé « la grande divergence » après des millénaires de relative égalité énergétique, l’essayiste explique la suprématie occidentale d’alors par le charbon anglais et le coton américain venant après le lin et la laine de proximité.
Il estime que la technique n’existe pas en soi mais dans un rapport social: la science jadis gouvernée par l’état est entrée dans la logique de la libre entreprise (les OGM).
Les remarques concernant des réalités minorées par les médias, bras armés de l’oligarchie économique et politique, illustrées par les 2 millions de manifestants portugais disparaissant derrière Rigide Fardeau, alimentent un optimisme dans l’issue des luttes sociales qui me semble démesuré.
Les manifestations en Turquie amorcées autour d’un parc menacé de destruction ou au Chili autour des droits d’inscription à la fac ne visent pas uniquement à réorienter la croissance au même titre que les opposants à l’aéroport de Notre Dame des Landes.
Bien que depuis quelques jours le pays de Neymar  secoue les cocotiers.
……………
Dans le Canard de cette semaine :

jeudi 20 juin 2013

Une passion française : la collection Hays.



Après un tour du côté du cimetière de Montparnasse où subsistent des souvenirs de l’universalité artistique de la capitale, il est intéressant, même rétrospectivement, de voir à Orsay les tableaux d’un couple américain qui aimait tant Paris.  
Ces témoignages de « la belle époque » sont mieux mis en valeur que dans leurs appartements du « nouveau monde ».
Les nabis nous enchantent : Bonnard,  Denis, Vuillard.
Leurs compositions originales contribuent à la chaleur de l’intimité des scènes.
Nous découvrons de nouveaux pastels de Degas  déjà très présent dans les collections permanentes.
Les saltimbanques mélancoliques de Fernand Pelez sont très forts.
La princesse de ligne de Paul Helleu a bien du charme.
Les fauves Derain, Marquet rougissent.
Pour des amateurs, au départ, le couple texan a su s’éclairer et reconnaitre aussi Matisse et Modigliani, les impressionnistes étaient trop chers.
« Les Nabis peignent la famille, les amis, la vie quotidienne. Et c'est ce que nous apprécions »a dit M. Hays qui avait commencé sa carrière en vendant des livres au porte à porte, quand il a été décoré par Aurélie Filipetti.

mercredi 19 juin 2013

Art brut. Lausanne.



La Mecque de l’art brut est située au château Beaulieu à Lausanne depuis 1976 avec au départ la donation du pape du mouvement : Dubuffet.   
« Une chanson que braille une fille en brossant l’escalier me bouleverse plus qu’une savante cantate. Chacun son goût. J’aime le peu. J’aime aussi l’embryonnaire, le mal façonné, l’imparfait, le mêlé. J’aime mieux les diamants bruts, dans leur gangue. Et avec crapauds »
Ma première visite avait été un choc, qui m’avait fait placer cette forme artistique au sommet de l’intensité émotionnelle, je viens d’y retourner et retrouver quelques œuvres singulières, magiques, magnifiques :
les lambris de Clément Fraisse sculptés à l’aide d’une cuiller,
la robe de mariée de  Marguerite Sir, réalisée à l’aiguille à coudre avec du fil tiré de draps usagés,
un retable de Verbena en bois flotté,
et ces fleurs étonnantes, si fines, qu’elles en creusent le papier d’application  
Je ne me souvenais pas de Teuscher mais ses traits ondoyants au café m’ont impressionné, comme celui qui prenait ses cheveux pour confectionner un pinceau et d’autres du suc de fleurs comme couleurs, ou leurs excréments.
Cette nécessité impérieuse de s’exprimer, le caractère élémentaire des moyens sont émouvants, et le résultat appelle souvent les adjectifs les plus étonnés.
Ce lieu nécessiterait des heures d’exploration tant sont nombreuses les œuvres présentées (700), tant sont incroyables les destins des auteurs, souvent  placés enfants comme valets de ferme, dont l’origine s’est diversifiée avec l’enrichissement des collections.
Aloïse après avoir été gouvernante, tellement enflammée en religion qu’elle sera internée, coud ses cartons pour présenter un univers foisonnant de princesses.
Ratier anime des sculptures inventives, Krüsi commence à dessiner ses vaches à l’âge de cinquante-cinq ans…
En ce moment, une exposition temporaire consacrée à Deeds aux dessins délicats est plus saisissante que celle consacrée aux mises en scène des personnages de comics américains de Daniel Johnston.
Une vidéo consacrée à Paul Amar qui compose des tableaux de coquillages aux vives couleurs nous fournit un contre-point joyeux bienvenu dans un ensemble où se manifestent surtout des souffrances.

mardi 18 juin 2013

Le monde est chez moi. Kambiz.



Avec le bandeau : « Le Sempé perse », même avec les yeux bandés, j’aurais acheté ce recueil de dessins.
Je n’ai pas été déçu même si le natif de Shiraz est plus porté vers le symbolique que le bordelais. 
Le rappel des dessins qui sont alors titrés au bout des 115 pages n’était pas vraiment indispensable, comme les poèmes qui séparent les trois parties :
la servitude, le détachement, l’envol.
Le trait dépouillé qui rappelle Bosc ou Chaval se suffit à lui-même.
Les arbres, les ailes, les oiseaux, les livres sont des objets poétiques efficaces et quelques  trouvailles élémentaires sont percutantes.
Un pêcheur a tellement péché que sa barque menace de  couler,
devant sa fenêtre murée un homme ouvre des boites de conserves découvrant des étoiles, une lune.
Des douaniers se montrent soupçonneux devant une valise contenant une plume et un encrier : 
ont-ils raison d’avoir peur?

lundi 17 juin 2013

Blackbird. Jason Buxton.



Prix écran junior à Cannes en  2013, il a récolté une moisson de récompenses  au Canada. 
Film pédagogique sans lourdeur sur les pièges des réseaux internet qui peuvent compromettre la liberté des individus alors qu’ils permettent par ailleurs qu’elle s’exprime. Le danger d’images en fragments sur fond de société parano.
La violence contemporaine est montrée sans complaisance en offrant une issue optimiste qui a en général le don d’agacer nos gencives de ce côté de l’Atlantique mais qui est cohérente avec la démarche positive du film.
Un lycéen qui a adopté le look gothique est exclu par d’autres élèves. Il se défoule sur Internet et la police voulant  éviter un nouveau massacre type Colombine va trouver des éléments pour nourrir ses soupçons d’où enfermement préventif et engrenage répressif inquiétant.
Le poids de la communauté, une famille éclatée, l’emprise du conformisme, mais au bout des épreuves, l’amour est là.